Sam-Ouandja : un pont stratégique emporté par les pluies, la ville coupée en deux
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/pont-construit-par-le-pnud-a-sam-ouandja-effondre.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le pont construit par le PNUD à la demande de la population de Sam-Ouandja qui s’effondre. Photo CNC
Dans la préfecture de la Vakaga, l’effondrement d’un pont vital paralyse Sam-Ouandja, signe de l’abandon des infrastructures par les autorités du pays.
À Sam-Ouandja, dans le nord de la Centrafrique, un important pont reliant les deux parties de la ville s’est effondré il y a quelques jours, emporté par la montée des eaux après de fortes pluies qui s’abat sur la ville.
Construit à l’origine généreusement par un collecteur de Sam-Ouandja pour aider la population, ce pont en dur permettait le passage quotidien des habitants vers leurs champs, l’accès à la cité administrative et le transit des commerçants se rendant jusqu’au Soudan voisin pour s’approvisionner. Véritable artère économique, il supportait le passage de taxis-motos, véhicules et camions chargés de ravitailler la ville.
Le pont, construit généreusement par ce collecteur, s’est effondré après plusieurs années. Après ce premier effondrement, la population, sous l’autorité du maire et du sous-préfet, avait bâti un ouvrage provisoire en bois. Contre toute attente, ce pont sommaire avait résisté plusieurs mois, avant que le PNUD, sollicité pour une reconstruction durable, ne le remplace par un nouveau pont. Mais l’ouvrage onusien, malgré l’apport de soi-disant techniciens diplômé, n’a tenu que peu de temps : les crues l’ont à nouveau emporté. Quelques minutes plus tard, notre équipe de reportage est arrivée sur place. Le constat est dur : la structure gisait éventrée, disloquée par la force de l’eau. Les planches arrachées pendaient dans le vide, certaines coincées entre les branchages, tandis que des poutres brisées dérivaient encore au fil du courant.Sur les berges, on pouvait voir les traces boueuses laissées par la montée des eaux, signe d’une crue violente et soudaine. Le passage était devenu impraticable, isolant à nouveau les deux rives.
Le pont de fortune construit par la population pour le dépannage d’urgence. Photo CNC
Privée d’accès à un pont fiable, la population a repris les outils pour ériger un petit passage de fortune, limité aux piétons. Lorsque notre équipe est parvenue à atteindre ce nouvel ouvrage, elle a découvert une passerelle improvisée faite de troncs d’arbres entremêlés, reposant sur des supports rudimentaires plantés dans l’eau. Deux habitants tentaient prudemment de franchir ce pont étroit, au-dessus d’une rivière gonflée et turbulente. Cette structure, bien que précaire, reste aujourd’hui le seul lien physique entre les deux rives, mais elle ne permet pas le passage des motos ou des véhicules, aggravant encore les difficultés de circulation et d’approvisionnement. Dans ce contexte, la vie quotidienne, des activités agricoles au commerce transfrontalier, est profondément perturbée.
Alors que les habitants se battent pour maintenir un lien entre les deux rives, le gouvernement, lui, détourne ses priorités. Plutôt que d’investir dans les routes et les ponts dans le pays, il consacre environ 10 milliards de francs CFA chaque mois au paiement du groupe des Mercenaires russes imposés par Vladimir Poutine et au transfert massif de ressources minières vers la Russie. Les infrastructures, elles, s’effondrent, laissant la population de Sam-Ouandja patauger dans l’oubli, au propre comme au figuré.
le désarmement des combattants rebelles du mouvement 3R suspendu depuis le 8 août 2025
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/07/desarmement-rebelle-3r-koui.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/07/desarmement-rebelle-3r-koui-450×260.jpg” alt=”Centrafrique : le désarmement des combattants rebelles du mouvement 3R suspendu depuis le 8 août 2025″ width=”450″ height=”260″ />Opération de désarmement des rebelles de 3R menée par les mercenaires de Wagner
Faute de financement, le processus de désarmement des combattants rebelles du mouvement 3R est à l’arrêt depuis le 8 août dernier.
Le désarmement des combattants rebelles du mouvement 3R, lancé vers le 17 juin 2025 après l’accord signé le 19 avril à Ndjamena entre le gouvernement centrafricain et les groupes armés 3R et UPC, a avancé dès le départ de manière irrégulière. Les opérations ont connu plusieurs interruptions suivies de reprises, avant de se poursuivre jusqu’au vendredi 8 août. Ce jour-là, la Délégation du comité de DDRR a annoncé un nouvel arrêt.
En cause, selon le comité de pilotage,: un manque de financement.
Rappelons que chaque combattant qui dépose les armes reçoit 65 000 francs CFA. Pour le mouvement 3R, cette enveloppe est désormais épuisée. À ce stade, à peine une centaine de leurs hommes ont été désarmés, contre plus de deux cents pour l’UPC.
Les autorités assurent que les opérations devraient reprendre entre le 14 et le 16 août, une fois les fonds arrivés de Bangui. Mais sur le terrain, cette explication passe mal : le gouvernement ne manque pas d’argent pour financer les voyages présidentiels à l’étranger, construire des immeubles ou verser chaque mois environ 10 milliards de francs CFA aux Mercenaires russes. En revanche, il affirme ne pas pouvoir assurer la continuité d’un désarmement pourtant présenté comme essentiel pour la stabilité du pays.
À l’OCRB, Nourd Gregaza, accusé l’d’avoir utilisé un téléphone portable dans sa cellule, vient d’être placé en isolement total dans une cellule à double verrou
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/05/La-prison-de-lOCRB-sous-controle-des-mercenaires-russes-de-la-societe-Wagner-ou-est-place-en-detention-maitre-Crepin-Mboli-Goumba-coordonnateur-du-BRDC-450×299-1.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/05/La-prison-de-lOCRB-sous-controle-des-mercenaires-russes-de-la-societe-Wagner-ou-est-place-en-detention-maitre-Crepin-Mboli-Goumba-coordonnateur-du-BRDC-450×299-1.jpg” alt=”À l’OCRB, Nourd Gregaza, accusé l’d’avoir utilisé un téléphone portable dans sa cellule, vient d’être placé en isolement total dans une cellule à double verrou” width=”450″ height=”299″ />La principale entrée de l’OCRB du centre-ville
Détenu à l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB) depuis plus d’un mois, Nourd Gregaza subit désormais un régime d’isolement total, dans une cellule fermée par deux portes verrouillées.
Extrait le 7 juillet 2025 de la prison du Camp de Roux et transféré à l’OCRB, Nourd Gregaza, Président du PRNC, est maintenu depuis lors par cette structure policière bien au-delà du délai légal de rétention fixé par le Code de procédure pénale centrafricain. En tant que prévenu sous mandat de dépôt, sa place devrait être en établissement pénitentiaire, non dans une structure de police judiciaire.
Depuis le retour à l’OCRB de l’ancien ministre Armel Sayo dans la nuit du 29 au 30 juillet, la tension semble baisser autour de Nourd Gregaza. Jusqu’à récemment, il pouvait encore sortir quelques minutes pour prendre l’air et échanger brièvement avec des visiteurs sous surveillance. Puis, brusquement, tout a changé. Un matin, on l’accuse d’avoir utilisé un téléphone. Pourtant, à l’OCRB, il ne possède aucun appareil. Pas de téléphone, pas de radio, pas de télévision. Même les policiers présents affirment ne pas comprendre d’où vient cette accusation.
Depuis le retour à l’OCRB de l’ancien ministre Armel Sayo dans la nuit du 29 au 30 juillet, la tension semble baisser autour de Nourd Gregaza. Jusqu’à récemment, il pouvait encore sortir quelques minutes pour prendre l’air et échanger brièvement avec des visiteurs sous surveillance. Puis, brusquement, tout a changé en quelques minutes. Cette possibilité lui a été retirée. Un matin du vendredi 8 août, la direction l’accuse faussement d’avoir utilisé un téléphone portable. Pourtant, à l’OCRB, il ne possède aucun appareil. Pas de téléphone, pas de radio,. Même certains policiers présents affirment ne pas comprendre d’où vient cette histoire de téléphone portable. En réalité, l’accusation d’avoir utilisé un téléphone, alors qu’il ne dispose d’aucun appareil , a servi de prétexte pour le placer dans une cellule totalement isolée, sans contact extérieur, sans radio.
Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, l’ordre ne vient pas de la direction de l’Office. Les instructions auraient été transmises “d’en haut”, sur pression politique directe du ministre d’État, ministre de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène. Dans la foulée, Gregaza est placé à nouveau en isolement complet : cellule verrouillée à double porte, douche à l’intérieur, aucune sortie autorisée, même en journée. Il reste enfermé 24 heures sur 24, totalement coupé du monde extérieur.
Pour des observateurs, ce maintien prolongé à l’OCRB en dehors de tout cadre légal et dans des conditions aussi restrictives constitue non seulement une détention arbitraire, mais aussi un traitement inhumain et dégradant, prohibé par les conventions internationales ratifiées par la République centrafricaine.
Un soldat FACA, pris en flagrant délit de vol du téléphone d’un mercenaire russe, est arrêté et placé en détention à la gendarmerie de Birao
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2019/12/Un-combattant-du-FPRC-conduit-une-moto-devant-des-passants-sur-la-route-principale-de-Birao-le-20-décembre-2017.jpg” data-wpel-link=”internal”>Dans la ville de Birao CopyrightAFP
Un soldat FACA a été interpellé par les Mercenaires russes du groupe Wagner après avoir été pris en flagrant délit de vol d’un téléphone satellitaire d’un mercenaire russe, localisé grâce au GPS intégré de l’appareil.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
L’histoire se déroule à Birao, dans le nord-est du pays, à plus de mille kilomètres de Bangui. Cette ville frontalière avec le Soudan et le Tchad accueille depuis quelque temps des soldats FACA et des mercenaires russes. Certains militaires centrafricains sont même détachés pour garder la base russe….
C’est dans ce cadre là que la semaine dernière, un mercenaire russe arrive de la capitale par avion. Comme d’habitude, des soldats FACA vont le chercher à l’aérodrome de Birao, situé à environ 12 kilomètres du centre-ville, et le ramènent à la base….
Le trajet s’est déroulé sans incident apparent. Cependant, une fois arrivé à destination, le mercenaire russe découvre la disparition de son téléphone satellitaire Turaya lors de la vérification de ses effets personnels. Initialement convaincu que l’appareil avait pu chuter durant le transport, il entreprend des recherches infructueuses….
C’est l’activation du système de géolocalisation GPS qui révèle la véritable nature de la disparition. La position transmise par l’appareil conduit directement vers un soldat FACA présent sur la base militaire. La fouille révèle effectivement la présence du téléphone dans la poche du militaire, qui ne parvient pas à fournir d’explication plausible concernant sa possession de l’objet….
Interrogé par les russes, le soldat ne sait pas quoi répondre. Aucune explication cohérente. Aussitôt, ils l’ont conduit devant leur commandant, qui est chef du détachement militaire à Birao….
Face à cette situation compromettante, le commandant du détachement ordonne immédiatement le transfert du suspect à la gendarmerie de Birao pour vol caractérisé….
Mais cette affaire va prendre une tournure plus complexe et inquiétant. Le lendemain de l’incarcération du soldat, deux de ses collègues militaires se présentent à la gendarmerie avec un repas destiné à leur collègue incarcéré. Ces soldats FACA exigent du chef de poste, un gendarme de deuxième classe, que leur camarade soit extrait de sa cellule pour prendre son repas en leur présence….
Le gendarme refuse net. Les consignes sont claires : la nourriture se donne dans la cellule, point final. Il fait son travail, applique les ordres du commandant….
Les deux soldats s’énervent. Pour eux, c’est inadmissible de traiter ainsi “un homme en uniforme”. Ils commencent à menacer le gendarme : “Si on te croise en ville, on va s’occuper de toi“….
Le gendarme ne prend pas les menaces au sérieux. Il dépose le repas dans la cellule et les deux hommes repartent….
Les menaces se concrétisent le vendredi suivant. Alors que le chef de poste effectue une transaction Orange Money au marché, les deux soldats l’identifient et passent à l’acte. Ils l’encerclent, lui portent plusieurs coups et renversent sa motocyclette sur son pied, lui causant des blessures….
L’altercation entre les deux soldats FACA et le gendarme, survenue en plein marché, a rapidement attiré une foule nombreuse. Alerté par l’attroupement, notre journaliste s’est précipité sur les lieux et a pu constater la scène de ses propres yeux. Il a immédiatement engagé des échanges avec des témoins afin de comprendre les circonstances précises de l’incident, ce qui a permis de lancer une enquête pour reconstituer le déroulement exact des faits.
Et ce n’est pas tout! Malgré ses souffrances, le gendarme regagne son poste et rapporte immédiatement l’agression à sa hiérarchie. Le commandant du détachement militaire, alerté des faits, ordonne l’arrestation immédiate de l’agresseur, qui rejoint ainsi son complice dans les cellules de la gendarmerie de Birao….
Cette affaire relance les discussions sur le recrutement dans l’armée centrafricaine. Beaucoup reprochent aux responsables de ne pas faire d’enquêtes sérieuses sur la moralité des nouvelles recrues….
À Birao, plusieurs soldats ont déjà eu des problèmes avec la justice : vols, violences, drogue. Tout cela nuit à la discipline et à la sécurité du détachement….
L’incident montre aussi les tensions qui peuvent naître entre les différentes forces présentes dans cette région sensible du pays….
À Bangui, un général amputé de Wagner félicite les 3R pour leur tactiques de combat
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/11/Les-drones-abandonnes-par-les-mercenaires-russes-de-Wagner-et-repris-par-mes-rebelles-de-3-R.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/11/Les-drones-abandonnes-par-les-mercenaires-russes-de-Wagner-et-repris-par-mes-rebelles-de-3-R-342×450.jpg” alt=”À Bangui, un général amputé de Wagner félicite les 3R pour leur tactiques de combat” width=”342″ height=”450″ />Le drone abandonné par les Mercenaires russes du groupe Wagner dans leur fuite et repris par les rebelles de 3R dans la localité de Ngaoukala.
Un officier russe félicite publiquement les combattants du groupe armé pour leur expertise militaire.
Le 14 juillet dernier, à l’issue de la cérémonie symbolique de désarmement du groupe 3R à Koui, localité située à plus de 500 kilomètres de Bangui, une scène inédite s’est produite sur la base des mercenaires russes de l’aéroport international de la capitale. L’hélicoptère affrété par Wagner pour transporter la délégation mixte – composée du chef des 3R et de ses lieutenants, de conseillers présidentiels, de journalistes et de représentants tchadiens signataires de l’accord de paix du 19 avril 2025 – venait d’atterrir dans l’enceinte militaire russe à l’aéroport international de Bangui Mpoko.
Alors que les participants s’apprêtaient à regagner leurs véhicules, deux figures de Wagner les ont approchés : Dimitri City, responsable du groupe en Centrafrique, et un autre officier russe prénommé également Dimitri, général chargé des opérations militaires. Ce dernier, facilement reconnaissable par ses prothèses remplaçant une main et une jambe perdues, a pris la parole devant toute la délégation.
Face au chef des 3R, aux autorités centrafricaines, aux délégués tchadiens et aux journalistes présents, l’officier mutilé a livré un témoignage aussi direct qu’inattendu : « Ce sont vos tactiques qui ont servi de base à nos méthodes. Nos hommes ont appris sur le terrain grâce à vos façons de combattre ». Poursuivant son allocution improvisée, il a ajouté : « Quand nous sommes arrivés, nous étions surpris par vos manœuvres. C’est en vous affrontant que nous avons compris comment adapter notre stratégie ».
Cette reconnaissance publique d’un haut gradé de Wagner tranche avec le discours habituel du groupe russe, qui se présente comme formateur des forces armées centrafricaines. Pourtant, sur le terrain du nord-ouest du pays, les combattants des 3R ont longtemps tenu tête aux FACA et à leurs alliés russes. Leurs techniques d’embuscade, leur agilité tactique, leur stratégie d’attaque de la base des mercenaires russes très tôt le matin et leurs stratégies de repli ont contraint Wagner à repenser ses modes opératoires.
Plusieurs témoins confirment que les propos du général ont été énoncés clairement, sans ambiguïté, devant l’ensemble de la délégation. Cette reconnaissance mutuelle entre anciens ennemis, exprimée dans l’enceinte même de la base russe, témoigne d’une réalité militaire plus complexe que les discours officiels ne le laissent entrevoir. L’expertise combattante des 3R, forgée dans les maquis du nord-ouest, a visiblement impressionné leurs adversaires russes au point de les amener à adapter leurs propres méthodes.
Cette séquence impromptue à l’aéroport de Bangui démontre ainsi les liens paradoxaux qui unissent parfois combattants ennemis : une forme de respect professionnel né de l’épreuve du feu.
CENTRAFRIQUE : sur la route de l’enfer entre GALO et ABA. QUAND LES SOLDATS FACA DEVIENNENT des grands bandits
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2020/06/barrière-checkpoint-gendarmes-de-Gallo-dans-la-nan-mambéré-le-17-avril-2020-par-cnc.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2020/06/barrière-checkpoint-gendarmes-de-Gallo-dans-la-nan-mambéré-le-17-avril-2020-par-cnc-450×355.jpg” alt=”Ancienne Barrière de contrôle des gendarmes à Gallo, non loin de Baboua, dans la préfecture de la Nana-Mambéré, au nord-ouest de la République centrafricaine.” width=”450″ height=”355″ />Ancienne Barrière de contrôle des gendarmes à Gallo, non loin de Baboua, dans la préfecture de la Nana-Mambéré, au nord-ouest de la République centrafricaine. Photo CNC
Entre extorsion et violence, les soldats FACA, les gendarmes, les policiers transforment ce trajet de 70 km entre Gallo et Abba en parcours du combattant pour les usagers.
Sur cette route maudite qui serpente entre Gallo et Abba, la République centrafricaine montre clairement son visage le plus hideux. Ici, à 60 kilomètres de Bouar, l’uniforme militaire n’est plus un symbole de protection mais un étendard de terreur. Les éléments de Forces armées centrafricaines (FACA) ont abandonné leur serment pour endosser le costume des rebelles, transformant chaque kilomètre en un tribunal de racket sauvage où la cruauté règne en maître absolu.
Pendant que le gouvernement centrafricain se félicite d’avoir supprimé les barrages sur l’axe principal Bangui-Béloko, les routes de l’intérieur racontent une histoire différente. À Gallo par exemple, située à 60 kilomètres de Bouar, quitter la route goudronnée pour s’enfoncer vers Aba devient un calvaire financier pour tous les usagers.
Les usagers de cet axe de la mort doivent franchir quatre points de contrôle entre Gallo et Aba : à Gallo, puis à Zarami, Fo et Diba. À chaque arrêt, les FACA exigent de l’argent, accompagnés de gendarmes, policiers, agents phytosanitaires et représentants de la mairie. Cette coalition impose des “droits de passage dit formalité “ qui n’existent dans aucun texte officiel.
Ici, la barbarie ne connaît ni âge ni pitié. Les tarifs de formalité varient selon les documents en possession des usagers. Ceux qui n’ont pas de carte d’identité nationale paient plus cher. Les adolescents de 13 ou 14 ans ne bénéficient d’aucune exemption. Même les bébés accompagnant leurs parents sont comptabilisés dans le “péage”. Une aberration qui montre l’étendue de la prédation.
Des pierres, des troncs d’arbres et des dos d’âne posés sur la route, bloquent physiquement le passage. Impossible de contourner ou de fuir. Les conducteurs de moto, principal moyen de transport dans la région, doivent s’acquitter de taxes pour leur moto en plus des sommes réclamées pour les passagers.
Face à l’urgence de la mort, face aux pleurs d’un mourant qui agonise, ces voleurs en uniforme restent de marbre. Aucune détresse humaine ne peut émouvoir leurs cœurs de pierre. L’argent prime sur la vie, le profit sur la compassion. Un père transportant son enfant mourant vers l’hôpital ? Qu’il paie d’abord la formalité de passage. Une mère en couches en détresse ? Ses gémissements ne vaudront jamais les billets froissés qu’elle devra sortir de son pagne.
Ainsi, dans ce contexte, refuser de payer expose l’usager à des conséquences immédiates : confiscation de la moto ou du vélo, coups, détention. Les agents ne font aucune exception, même en cas d’urgence médicale ou de deuil.
Cette indifférence montre clairement la transformation de ces hommes en uniforme. Ils ne voient plus dans les voyageurs des concitoyens à protéger mais des sources de revenus à exploiter.
Ainsi, les sommes collectées par ces barbares se chiffrent en millions de francs CFA chaque mois. Cet argent remonte la hiérarchie selon un schéma bien connu: les hommes sur le terrain reversent une partie à leurs chefs d’unité, qui transmettent à leur tour aux échelons supérieurs. Une partie des fonds atteint même l’état-major.
Justement, l’état-major, censé incarner l’honneur militaire, se révèle être le cerveau de cette pieuvre tentaculaire. Dans leurs bureaux de Bangui, ils comptent les profits de la terreur, transformant la souffrance populaire en dividendes personnels.
À Gallo, comme à Zawa, Gaga ou Village Carrefour, les habitants ont trouvé les mots justes : “grands bandits”. Cette appellation populaire démasque la réalité crue d’un État qui a abdiqué sa responsabilité première. Quitter l’asphalte de l’axe principal équivaut à franchir les portes de l’enfer, à abandonner toute prétention aux droits humains les plus élémentaires.
Cette géographie de l’horreur ne se limite pas à Gallo-Aba. L’axe Bangui-Damara-Sibut-Bambari-Kaga-Bandoro-Bria – Birao déroule le même scénario d’épouvante, aggravé par la présence des hommes armés qui ajoutent leurs propres couches de violence à cette symphonie de la terreur.
Pendant que le gouvernement centrafricain se glorifie de ses prétendus succès sécuritaires, la réalité du terrain hurle sa vérité : la pacification n’est qu’un déplacement de la violence d’État vers les zones oubliées des médias internationaux. Les FACA ont simplement redistribué leur barbarie, concentrant leur sadisme sur les populations les plus vulnérables.
Cette stratégie montre la perversité d’un système qui préfère masquer ses crimes plutôt que les éradiquer. Les routes secondaires deviennent les laboratoires secrets où s’expérimente l’oppression la plus pure, loin des regards indiscrets de la communauté internationale.
L’axe Gallo-Aba n’est pas une anomalie mais le miroir fidèle d’un État qui s’est mué en prédateur de son propre peuple. Ces 70 kilomètres de terreur crystallisent l’échec moral d’institutions militaires qui ont trahi leur serment le plus sacré.
Sans un démantèlement radical de ces fiefs de la corruption, sans une purge impitoyable de ces criminels en uniforme, sans une refondation complète du système sécuritaire centrafricain, Galo-Aba restera ce qu’elle est devenue : un monument à la cruauté d’État, un mausolée de la dignité humaine assassinée par ceux-là mêmes qui jurèrent jadis de la protéger.
La route continue de s’étendre, indifférente, sous le soleil centrafricain. Mais sur son bitume brûlant, ce ne sont plus des kilomètres qui se comptent : ce sont des larmes, du sang et de la honte. La honte d’un pays qui a perdu son âme sur les barrages de ses propres soldats.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/11/Deux-mercenaires-du-groupe-Wagner-sur-deux-motos-en-province.jpg” data-wpel-link=”internal”>Deux mercenaires du groupe Wagner sur deux motos
Trois attaques en quelques heures, habitants dépouillés, commerces vidés, et le Président Touadera, comme dans son habitude, détourne le regard.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le samedi 9 août 2025, des mercenaires russes de Wagner, en provenance de Bocaranga, dans la préfecture de l’Ouham-Pendé, se sont dirigés vers le village de Toubanko, situé à dix kilomètres au sud-ouest de Koui. Leur arrivée a marqué le début d’une série d’attaques méthodiques qui allaient plonger la population dans la peur et la colère.
À l’entrée du village, ils ont bloqué tous les taxis-motos et motos particulières. Chaque conducteur et chaque passager a été fouillé. L’argent trouvé a été immédiatement confisqué, pour un montant estimé à 240 000 francs CFA. Cette première étape n’était qu’un prélude à une opération plus large.
Poursuivant leur avancée, ils sont entrés dans le centre du village et ont pris pour cible les commerces. Dans l’une des boutiques, ils ont vidé les étagères, emportant marchandises, boissons et jus, qu’ils ont commencé à consommer sur place, installés sur des chaises qu’ils venaient de s’approprier sur le lieu. La scène se déroulait au vu de tous, dans une atmosphère d’intimidation silencieuse.
Lorsque le propriétaire de la boutique est arrivé par surprise, l’un des mercenaires Russes lui a adressé un signe de main accompagné d’un « good » en anglais. Le propriétaire, pris de court, a répondu machinalement : « good », sans savoir comment réagir face à ces hommes armés qui occupaient son commerce.
Vers onze heures, après avoir terminé tranquillement leur pillage, les mercenaires ont repris la route en direction de Koui, laissant derrière eux un village dépouillé et meurtri. Ce type d’attaque, répété dans plusieurs localités, se déroule sans la moindre réaction officielle. À Bangui, le président Faustin-Archange Touadéra poursuit sa collaboration avec ces hommes, leur offrant un terrain d’action sans contrôle ni sanction, au détriment de la sécurité et de la dignité des habitants.
Maître Crépin Mboli-Goumba ne mâche pas ses mots. Dans une interview accordée à la Radio Ndékè Luka, le leader du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC) lance un avertissement sans détour contre l’Autorité Nationale des Élections. L’avocat centrafricain qualifie de « diabolique » l’attitude de cet organe qui persiste à organiser les Élections de 2025 malgré des défaillances manifestes.
L’ancien ministre fustige l’incapacité de l’ANE à apprendre des erreurs passées. Il rappelle le « hold-up électoral » de 2020-2021, période durant laquelle, selon ses termes, aucune véritable élection n’a eu lieu. Cette histoire se répète aujourd’hui avec les mêmes acteurs et les mêmes méthodes défaillantes. « La légitimité d’un pouvoir est importante parce qu’il faut que le peuple se reconnaisse son élu », insiste Mboli-Goumba, pointant l’enjeu démocratique fondamental que compromet cette approche.
Les dysfonctionnements techniques alimentent ses critiques. L’avocat évoque les 777 bureaux de vote aux problèmes non résolus et les tablettes défectueuses utilisées pour l’enrôlement des électeurs. Malgré ces difficultés concrètes, l’ANE maintient son calendrier électoral, une position que le leader du BRDC juge contraire « au bon sens le plus élémentaire ». Cette obstination va également à l’encontre des recommandations d’experts internationaux qui appellent à plus de prudence.
La communauté internationale partage ces inquiétudes. Mboli-Goumba cite l’expert indépendant Al-Betse qui a dénoncé l’incompétence de l’ANE et réclamé sa refonte. Lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies, le représentant américain a insisté sur la nécessité d’un dialogue politique préalable pour garantir des Élections crédibles. L’Union Européenne adopte une position similaire, confirmant que les critiques du BRDC ne constituent pas un cas exceptionnel.
Face à cette impasse, le BRDC exige la suspension de toute action électorale jusqu’à l’obtention d’un consensus entre les différents acteurs. Mboli-Goumba doute néanmoins que sa voix soit entendue. Il déplore l’entêtement d’une institution qui persiste dans l’erreur malgré le discrédit qui l’entoure. Cette attitude risque de reproduire les « élections bâclées » du passé et de plonger la République Centrafricaine dans une nouvelle crise électorale.
L’avocat appelle à une prise de conscience collective pour éviter que le pays ne replonge dans les dérives antérieures. Seuls une refonte de l’ANE et un dialogue inclusif peuvent, selon lui, garantir des élections crédibles et apaiser les tensions politiques. Sans cette remise à plat, le spectre d’un processus électoral discrédité continuera de planer sur l’avenir démocratique centrafricain.
Minusca : Comment ses dirigeants s’enrichissent avec de fausses entreprises créées sur mesure
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/tonny.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/tonny-307×450.jpg” alt=”MINUSCA : Comment ses dirigeants s’enrichissent avec de fausses entreprises créées sur mesure” width=”307″ height=”450″ />tony Mushimbelé
Un système de fraude organisé permet aux responsables de la mission onusienne de détourner des millions via des entreprises fantômes qu’ils contrôlent en secret.
Souris Sangare maîtrise parfaitement les rouages du système qu’il a hérité. Depuis son arrivée comme Directeur d’Appui à la Mission en novembre 2023, il perpétue une mécanique bien conçue. Avec Ibrahima Djamonka et leurs associés, ils transforment chaque appel d’offres en opportunité personnelle.
Le schéma fonctionne avec une précision chirurgicale. Les besoins de la MINUSCA sont identifiés en amont. Simultanément, des entreprises locales voient le jour sous des noms d’emprunt. Ces sociétés écrans disposent mystérieusement des informations exactes sur les commandes à venir. Elles soumissionnent avec des offres calibrées pour remporter les marchés.
Les fournitures concernées représentent des millions de dollars : matériaux de construction, équipements électriques, matériel informatique. Le ciment arrive par camions entiers depuis Douala. Les tôles ondulées s’empilent dans des entrepôts non répertoriés. Les groupes électrogènes disparaissent avant même d’atteindre les sites officiels.
Umoja, la base de données centrale des Nations Unies, ne garde aucune trace de ces acquisitions. Cette invisibilité numérique permet tous les trafics. Les marchandises existent physiquement mais n’apparaissent dans aucun inventaire officiel. Elles peuvent donc être revendues sans risque de détection.
Le marché de Kilomètre 5 devient la plaque tournante de ces reventes. Là, au cœur de Bangui, s’écoulent discrètement les biens détournés de la mission. Les commerçants locaux achètent à prix cassé des matériaux qu’ils ignorent provenir des programmes d’aide internationale.
Les profits remontent directement vers les organisateurs du réseau. Chaque vente génère des commissions réparties selon une hiérarchie bien établie. Sangare et ses complices se partagent des bénéfices considérables, prélevés sur des fonds destinés à la reconstruction du pays.
Cette captation systématique des marchés étouffe l’économie nationale légitime. Les entreprises centrafricaines authentiques ne peuvent rivaliser avec des concurrents qui disposent d’informations privilégiées. Elles perdent des contrats qui auraient pu les développer et créer des emplois durables.
Les projets humanitaires subissent directement les conséquences de ces détournements. Des écoles restent sans toiture faute de tôles. Des dispensaires manquent d’équipement médical. Des routes demeurent impraticables car les matériaux prévus ont été vendus ailleurs.
L’impunité du système repose sur le contrôle des postes clés. Sangare dispose d’un pouvoir de nomination qui lui permet de placer ses alliés aux endroits stratégiques. Les agents intègres sont écartés ou mutés. Les dénonciateurs voient leurs contrats non renouvelés.
La section juridique de la mission, infiltrée par le réseau, fait disparaître les plaintes gênantes. Les audits internes sont sabotés ou orientés. Les enquêteurs externes se heurtent à des murs de silence et de fausses pistes soigneusement préparées.
Ces pratiques violent ouvertement les règlements onusiens. Les fonctionnaires internationaux ont l’interdiction formelle de détenir des intérêts dans les entreprises contractantes. La transparence des appels d’offres constitue un principe intangible des Nations Unies.
L’argent détourné représente une perte sèche pour le développement centrafricain. Ces sommes auraient dû financer des infrastructures, former des entrepreneurs locaux et stimuler l’économie nationale. Au lieu de cela, elles enrichissent un cercle fermé de profiteurs.
Les autorités centrafricaines restent exclues de ces circuits parallèles. Elles ne perçoivent ni taxes ni redevances sur des activités qu’elles ne peuvent identifier. Cette économie souterraine échappe totalement au contrôle de l’État.
Seul un audit indépendant peut démanteler cette machine à cash. Il faut éplucher tous les contrats conclus depuis l’arrivée de Sangare. Identifier les véritables propriétaires des entreprises bénéficiaires. Tracer les flux financiers jusqu’aux comptes personnels des organisateurs. La République centrafricaine mérite que les fonds de sa reconstruction profitent réellement à sa population….
Sikikédé sous la menace : braquages et pénurie sécuritaire paralysent le commerce transfrontalier
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/village-5-kilos-dans-la-vakaga-proche-de-boromata.jpg” data-wpel-link=”internal”>Image d’illustration de Vue du village 5 kilos, situé à 70 kilomètres de Boromata, dans la préfecture de la Vakaga. Photo CNC
Le carrefour commercial de Sikikédé s’enfonce dans l’insécurité face aux attaques répétées.
Sikikédé, localité stratégique située à 55 kilomètres de Boromata et à 170 kilomètres de Birao dans la préfecture de Vakaga, vit un cauchemar sécuritaire. Cette ville-carrefour, porte d’entrée vers le Tchad et le Soudan, subit une vague de braquages qui paralyse son économie et terrorise sa population.
Les axes routiers qui font la richesse de Sikikédé se transforment en pièges mortels. Les bandits armés multiplient les embuscades contre les commerçants et voyageurs qui empruntent ces voies vitales pour les échanges transfrontaliers. Chaque convoi devient un pari risqué, chaque voyage une épreuve d’endurance face à la peur. Les pertes matérielles s’accumulent tandis que les victimes, dépouillées de leurs marchandises, rentrent bredouilles après des trajets de plusieurs centaines de kilomètres.
L’insuffisance des Forces armées centrafricaines aggrave cette spirale de violence. Avec des effectifs dérisoires pour couvrir un territoire immense, les militaires présents ne peuvent assurer une surveillance continue des routes. Leurs patrouilles sporadiques laissent de larges fenêtres d’opportunité aux malfaiteurs qui connaissent parfaitement les horaires et itinéraires des forces de l’ordre. Cette faiblesse opérationnelle encourage l’audace des criminels qui agissent en toute impunité.
L’économie locale s’effrite progressivement. Les commerçants, piliers de l’activité économique de Sikikédé, hésitent à entreprendre leurs voyages habituels vers les marchés tchadiens et soudanais. Les approvisionnements se raréfient, les prix flambent et les revenus chutent. Cette ville autrefois prospère grâce à sa position géographique privilégiée voit son dynamisme commercial s’étioler jour après jour.
La population locale paie le prix fort de cette dégradation sécuritaire. Les familles qui dépendent du commerce transfrontalier pour survivre voient leurs sources de revenus se tarir. L’isolement grandissant de Sikikédé compromet l’accès aux services essentiels et aux biens de première nécessité. Cette détérioration des conditions de vie pousse certains habitants à envisager l’exode vers des zones plus sûres.
Seule une intervention musclée pourrait inverser cette tendance inquiétante. Le renforcement des effectifs militaires, l’amélioration de leur équipement et la coordination avec les forces tchadiennes et soudanaises constituent des pistes urgentes à explorer. Sans action rapide, Sikikédé risque de perdre définitivement son statut de hub commercial, avec des conséquences dramatiques pour toute la préfecture de Vakaga.
Chronique d’une disparition institutionnelle programmée
Par la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique.
Dans un bureau délabré de Bangui, un préfet contemple son territoire sur une carte murale déchirée datant des années 1960. Son téléphone ne fonctionne pas, sa voiture est en panne depuis des mois, et ses fonctionnaires n’ont pas été payés depuis un an. Cette scène, rapportée par Élie OUEIFIO dans son ouvrage “La RCA doit-elle toujours dépendre des autres ?” (août 2024), illustre parfaitement le concept d’État-fantôme : toutes les apparences d’une administration sans aucune capacité d’action réelle.
L’effondrement de l’État centrafricain n’est pas le fruit du hasard ou d’une simple négligence. Il résulte d’un processus méthodique de destruction des institutions, où chaque régime a contribué à démanteler un peu plus ce qui restait de l’appareil étatique. “Nous avons créé une façade administrative derrière laquelle il n’y a plus rien”, confie un ancien ministre à OUEIFIO. “C’est comme un décor de théâtre : de loin, ça ressemble à un État, mais dès qu’on s’approche, on découvre qu’il n’y a que du vide“.
Cette désagrégation systématique s’observe d’abord dans l’incapacité de l’État à assurer ses fonctions les plus élémentaires. La sécurité, prérogative régalienne par excellence, est devenue une fiction. “Nous avons des policiers sans uniformes, sans armes, sans moyens de transport”, explique un commissaire. “Comment voulez-vous que nous protégions la population quand nous ne pouvons même pas nous protéger nous-mêmes ?”
Le magistrat Rock Alfred Ngoumbré
La justice, autre pilier fondamental de l’État, n’existe plus que sur le papier. OUEIFIO décrit des tribunaux où les magistrats travaillent sans codes juridiques à jour, sans greffiers formés, sans moyens de transport pour se rendre sur les lieux des crimes. “Nous rendons des jugements que personne ne peut exécuter”, confie un juge d’instruction. “Les justiciables préfèrent se tourner vers les chefs traditionnels ou, pire, vers les groupes armés pour régler leurs différends“. Cette faillite judiciaire a créé un vide juridique où prospèrent les systèmes de justice parallèle, minant un peu plus l’autorité de l’État.
L’éducation nationale offre peut-être l’illustration la plus criante de cette déliquescence institutionnelle. Dans les régions éloignées de Bangui, l’école publique a pratiquement disparu. “Nous avons des établissements scolaires qui n’existent plus que dans les statistiques officielles”, révèle un inspecteur d’académie. Les bâtiments sont en ruine, les enseignants ont déserté, et les élèves ont été abandonnés à leur sort. Les “maîtres-parents”, ces bénévoles sans formation qui tentent de maintenir un semblant d’éducation, symbolisent parfaitement cet État-fantôme : des civils tentant désespérément de pallier l’absence de services publics.
Dr. Pierre Somsé, ministre de la santé
La santé publique n’échappe pas à ce processus de décomposition. Les hôpitaux publics, jadis fierté du système sanitaire centrafricain, sont devenus des coquilles vides. OUEIFIO rapporte l’histoire d’un centre hospitalier régional où les patients doivent apporter leur propre lit, leurs médicaments, et même l’eau pour leur traitement. “Nous sommes des médecins de l’impossible”, témoigne un praticien. “Nous devons soigner sans équipement, opérer sans anesthésie, diagnostiquer sans laboratoire”.
L’administration territoriale, ossature traditionnelle de l’État, s’est transformée en un vaste théâtre de l’absurde. OUEIFIO décrit des préfectures où les représentants de l’État n’ont jamais mis les pieds dans leur circonscription, des sous-préfets qui administrent leur territoire par téléphone quand les réseaux fonctionnent, des maires qui n’ont même pas un bureau. “Mon prédécesseur a emporté jusqu’au tampon officiel”, raconte un administrateur. “Je signe les documents sur des bouts de papier, en espérant que quelqu’un quelque part les reconnaîtra comme valides”.
La fonction publique, autrefois colonne vertébrale de l’État, est devenue un corps sans âme. Les fonctionnaires, quand ils sont présents, passent plus de temps à chercher des moyens de survie qu’à servir l’État. OUEIFIO rapporte le cas édifiant d’un ministère où les agents ont transformé les bureaux en boutiques de fortune. “Le matin, nous sommes fonctionnaires, l’après-midi commerçants”, explique un chef de service. “C’est la seule façon de survivre avec des salaires qui ne viennent difficilement.”
Plus grave encore, l’État a perdu sa capacité à se projeter dans l’avenir. La planification, fonction essentielle de tout appareil étatique, a totalement disparu. “Nous vivons dans l’instantané“, analyse un ancien directeur de la planification. “Les projets de développement sont remplacés par des plans d’urgence permanents, les stratégies à long terme par des solutions de survie au jour le jour”. Cette incapacité à penser l’avenir transforme chaque crise en catastrophe, chaque défi en tragédie.
Les finances publiques, nerf de la guerre, illustrent parfaitement cette déliquescence. OUEIFIO révèle comment le système de collecte des recettes s’est transformé en une vaste entreprise de détournement organisé. “L’argent qui devrait aller dans les caisses de l’État disparaît à tous les niveaux”, confie un inspecteur des finances. “C’est comme verser de l’eau dans un panier : tout s’écoule avant d’atteindre le Trésor public.”
Cette décomposition institutionnelle a engendré un phénomène particulièrement pernicieux : l’émergence d’un “État parallèle”. Dans le vide laissé par les institutions officielles, des structures informelles se sont développées, créant une forme de gouvernance hybride où le légal et l’illégal se confondent. OUEIFIO décrit comment des groupes armés assurent des fonctions régaliennes, comment des réseaux mafieux se substituent aux services fiscaux, comment des milices privées remplacent la police. “Nous ne savons même plus qui détient réellement l’autorité”, confesse un cadre administratif. “Entre les représentants officiels de l’État et les pouvoirs de fait, la frontière est devenue totalement floue.”
La diplomatie, vitrine internationale de l’État, n’échappe pas à cette déliquescence. Les ambassades centrafricaines, quand elles existent encore, sont devenues des coquilles vides. OUEIFIO rapporte le cas d’une représentation diplomatique importante où l’ambassadeur doit utiliser son téléphone personnel pour les communications officielles, faute de budget de fonctionnement. “Nous sommes des mendiants en costume-cravate”, résume un diplomate. Cette précarité diplomatique transforme chaque négociation internationale en un exercice d’humiliation.
Le comble de l’absurde est atteint dans la gestion des ressources naturelles. Dans un pays regorgeant de richesses minières, l’État est incapable d’exercer le moindre contrôle sur leur exploitation. “Nous avons des directeurs des mines qui n’ont jamais visité une mine”, révèle OUEIFIO. Les permis d’exploitation sont délivrés sans vérification, les taxes sont négociées de gré à gré, et les revenus disparaissent dans des circuits parallèles. “C’est comme si nous avions un coffre-fort rempli d’or mais sans la clé pour l’ouvrir”,
La désorganisation atteint son paroxysme dans la gestion des archives nationales. La mémoire institutionnelle de l’État s’efface littéralement jour après jour. OUEIFIO décrit des documents officiels stockés dans des cartons pourris, des registres d’état civil rongés par les termites, des traités internationaux égarés. “Nous sommes en train de perdre notre histoire administrative”, s’alarme un archiviste. “Dans quelques années, nous ne pourrons même plus prouver l’existence légale de notre État.”
Face à cette décomposition systémique, les tentatives de réforme semblent dérisoires. OUEIFIO analyse avec lucidité l’échec des nombreux programmes de “renforcement des capacités” financés par les bailleurs internationaux. “On ne renforce pas un fantôme”, ironise-t-il. “Ces programmes partent du principe qu’il existe encore un État à reformer, alors que la réalité est bien plus dramatique : il faut d’abord le ressusciter avant de pouvoir le réformer”.
La reconstruction de l’État centrafricain nécessite bien plus qu’une simple réforme administrative. Elle exige une véritable refondation, un nouveau contrat social entre les citoyens et leurs institutions. “La première étape”, souligne un constitutionnaliste cité par OUEIFIO, “est de reconnaître l’ampleur du désastre. Nous ne sommes plus dans une situation de dysfonctionnement, mais de non-existence institutionnelle“.
Les solutions traditionnelles – assistance technique, formations, équipements – apparaissent désormais insuffisantes. “C’est comme donner un GPS à quelqu’un qui ne sait pas conduire”, analyse OUEIFIO. “Nous avons besoin de reconstruire les fondamentaux : le sens du service public, l’éthique administrative, la notion même d’État“. Cette reconstruction passe nécessairement par une réappropriation nationale du projet étatique.
La jeunesse centrafricaine, paradoxalement, pourrait être le fer de lance de cette renaissance institutionnelle. “N’ayant pas connu l’État fonctionnel, elle est peut-être plus à même de le réinventer”, suggère un sociologue. Encore faut-il lui en donner les moyens et la vision. “Nous devons cesser de pleurer sur notre État perdu”, conclut OUEIFIO, “et commencer à imaginer celui que nous voulons construire.”
Car c’est bien là que réside l’enjeu fondamental : au-delà de la reconstruction administrative, c’est l’idée même d’État qui doit être réinventée en République centrafricaine. Un État qui ne soit plus une simple façade pour les ambitions personnelles, mais un véritable outil au service du développement national. Le défi est immense, mais comme le rappelle OUEIFIO dans sa conclusion : “Un État-fantôme peut redevenir réel si le peuple décide de lui redonner vie. C’est un choix qui nous appartient encore.”
Routes Dégradées et Agriculture en RCA : L’ICRA s’alarme et Propose des Solutions Urgentes pour l’Accès aux Marchés et le Stockage
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/09/une_moto_taxi_de_bozoum.jpg” data-wpel-link=”internal”>Un conducteur de moto-taxi transportant un passager et trois sacs d’arachides sur une route en terre à Bozoum
En République Centrafricaine, les routes sont dans un état lamentable, et ça ne date pas d’hier. Des pistes défoncées, des ponts à peine debout, des chemins où même les motos peinent à passer : c’est le quotidien des agriculteurs qui tentent, contre vents et marées, d’acheminer leurs récoltes vers les marchés.
L’Institut Centrafricain de Recherche Agronomique (ICRA) ne tourne pas autour du pot : ce problème des routes pourries est en train de saboter l’agriculture du pays. Les villes manquent de produits frais, les prix des denrées s’envolent, et les paysans galèrent. Pendant ce temps, l’argent censé réparer ces routes semble partir en fumée, direction des villas de luxe ou des poches du groupe Wagner. Alors, on fait quoi ?
Des routes en piteux état, un frein à tout
Dans les ville de provinces centrafricaines, les routes, c’est le néant. Les pistes rurales sont tellement abîmées que les agriculteurs ne peuvent plus bouger. Pour apporter leurs produits – manioc, maïs, arachides – aux marchés des grandes villes comme Bangui, c’est une mission impossible. L’ICRA explique que sans routes correctes, tout le système agricole est bloqué. Les paysans n’ont pas accès aux semences ou aux engrais dont ils ont besoin, et leurs récoltes, quand elles arrivent à être produites, pourrissent souvent sur place faute de transport. Résultat : moins de nourriture dans les villes, des prix qui grimpent, et des familles rurales qui s’appauvrissent.
Des idées concrètes pour sortir de l’impasse
L’ICRA ne se contente pas de pointer les problèmes, il propose des solutions, et elles ont du sens. D’abord, il faut rapprocher les marchés des agriculteurs. Aujourd’hui, un paysan doit parcourir des dizaines de kilomètres sur des pistes impraticables pour vendre ses produits. Pourquoi ne pas organiser plus de foires agricoles directement dans les zones rurales ? Ces marchés locaux permettraient aux producteurs de vendre leurs récoltes sans dépendre de routes en mauvais état. L’État pourrait aussi envoyer plus d’agents agricoles sur le terrain pour aider les paysans à s’organiser, leur fournir des conseils ou les mettre en contact avec des acheteurs. Ce serait un vrai coup de pouce.
Ensuite, il faut investir dans des entrepôts pour stocker les récoltes. Chaque année, des tonnes de produits agricoles sont perdues parce que les agriculteurs n’ont nowhere to put them. L’ICRA propose de construire des espaces de stockage modernes, où les paysans pourraient conserver leurs produits en bon état, même s’ils ne les vendent pas tout de suite. Avec des réserves sur une ou deux années, les agriculteurs auraient plus de stabilité financière, et les prix des denrées fluctueraient moins. Mais pour ça, il faut des fonds, et pas ceux qui s’évaporent dans des projets bidons.
Enfin, et c’est la priorité numéro un : il faut réparer les routes. Pas juste boucher quelques trous, mais lancer un vrai plan pour construire des axes solides et les entretenir. Des routes en bon état, c’est la base pour que les agriculteurs puissent acheter leurs intrants, transporter leurs récoltes et atteindre les marchés. Sans ça, l’agriculture centrafricaine restera coincée, et le pays continuera de dépendre des importations, au lieu de soutenir ses propres producteurs.
L’argent, toujours l’argent
Tout ça demande des investissements, et c’est là que le bât blesse. Les Centrafricains ont de quoi douter de la gestion des fonds publics. On annonce des millions pour les routes, mais rien ne change sur le terrain. Alors, où va cet argent ? Dans des villas qui poussent comme des champignons ? Dans les poches de groupes comme Wagner ? Les gens en ont ras-le-bol de ces rumeurs et de l’absence de résultats. L’ICRA appelle à une gestion claire et honnête : chaque franc doit aller là où il est prévu, dans des projets qui profitent vraiment au pays, pas dans des détournements.
L’agriculture, c’est le cœur de l’économie centrafricaine. Si elle s’effondre, c’est tout le pays qui trinque : moins de nourriture, moins d’argent pour les familles rurales, moins de stabilité. L’ICRA insiste : agir maintenant, c’est donner un avenir aux agriculteurs et garantir que les Centrafricains puissent se nourrir sans dépendre de l’extérieur. Prenons un exemple : dans la région de la Ouaka, les paysans produisent du manioc à foison, mais sans routes, ils ne peuvent pas l’acheminer à Bangui. Avec des foires locales et des entrepôts, ils pourraient vendre sur place et stocker le reste. Avec des routes réparées, ils pourraient même viser les marchés voisins, comme au Tchad ou au Cameroun. Mais pour ça, il faut de l’action, pas des promesses….
Plus de 615 millions d’africains possèdent un smartphone. De plus, 70 % des connexions internet se font à partir d’un appareil mobile. Autant dire que le continent est prêt pour l’explosion du divertissement en ligne. D’ailleurs, la tendance a déjà débuté avec les applications de réseaux sociaux et de messagerie telles que WhatsApp, Facebook, Instagram et TikTok. Les entreprises du divertissement qui souhaitent se positionner devraient se lancer dès maintenant afin de conquérir des parts de marché.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/bazoum.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/bazoum-359×450.jpg” alt=”Comment profiter du potentiel inexploité du divertissement transfrontalier en ligne en Afrique ?” width=”359″ height=”450″ />
Réussites et approches stratégiques
Plusieurs sociétés de divertissement ont réussi à établir une présence transfrontalière en Afrique, chacune avec des stratégies distinctes adaptées à la diversité du continent. Showmax, le service de streaming sud-africain appartenant au groupe MultiChoice, s’est imposé comme un leader régional.
L’entreprise a fait le choix stratégique de privilégier les contenus africains locaux tout en proposant une programmation internationale. Sa stratégie est axée sur la production de séries, de films et de documentaires africains originaux, qui trouvent un écho dans plusieurs pays, tout en tenant compte des langues et des nuances culturelles locales.
iROKOtv, souvent surnommée le « Netflix de l’Afrique », a bâti son succès en se focalisant d’abord sur les contenus de Nollywood. L’entreprise a ensuite étendu ses programmes sur l’ensemble du continent. La plateforme a fait reconnaitre la popularité du divertissement nigérian, et notamment des films de Nollywood, en Afrique et dans la diaspora. En obtenant les droits de milliers de titres de Nollywood et en intégrant progressivement des contenus d’autres industries cinématographiques africaines, iROKOtv a posé les bases solides de son expansion internationale. Dans le secteur des jeux, de nouveaux casinos en ligne ont émergé, permettant aux africains de payer avec des moyens de paiement répandus sur le continent. Certains permettent même les dépôts et retraits instantanés, grâce aux crypto-monnaies.
Bongo Live, une plateforme principalement présente en Afrique de l’Est, a connu le succès en combinant le streaming en direct et les fonctionnalités des réseaux sociaux. Il en résulte une des expériences de divertissement interactives les plus intéressantes pour le public jeune au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.
Les prérequis d’une expansion du divertissement numérique
Le succès du divertissement transfrontalier repose sur l’amélioration des infrastructures numériques en Afrique. La pénétration d’Internet est passée de moins de 10 % en 2010 à plus de 40 % aujourd’hui, puisque les données mobiles sont devenues plus abordables. Des pays comme le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud sont leaders en matière de connectivité.
Le Rwanda et le Ghana rattrapent rapidement leur retard grâce à des initiatives de numérisation soutenues par les gouvernements. Cette expansion numérique crée de vastes opportunités pour les plateformes capables de diffuser efficacement des contenus au-delà des frontières, tout en respectant les préférences et réglementations locales.
Les stratégies axées sur le mobile se sont avérées essentielles à la réussite sur ce marché. Contrairement aux marchés occidentaux où l’informatique de bureau a précédé l’adoption du mobile, les consommateurs africains accèdent principalement aux divertissements via leurs smartphones et leurs tablettes. Cette réalité a forcé les développeurs à proposer des plateformes plus légères, pour éviter une surconsommation de données.
Surmonter les défis transfrontaliers
Les plateformes de divertissement transfrontalières performantes doivent relever des défis complexes, notamment :
Des environnements réglementaires variés
La multiplicité des devises
La diversité des systèmes de paiement
Les préférences de contenu
Les entreprises leaders ont relevé ces défis grâce à des partenariats localisés, des options de paiement flexibles, notamment l’intégration du mobile money, et une sélection de contenu conciliant attrait panafricain et pertinence locale.
Conclusion : La voie à suivre
L’avenir du divertissement en ligne transfrontalier en Afrique repose sur des plateformes capables de concilier attrait universel et authenticité locale. Les fournisseurs doivent donc investir dans la production de contenus africains originaux, le développement d’algorithmes de recommandation sophistiqués qui comprennent les préférences culturelles et la création de modèles économiques flexibles qui s’adaptent aux diverses conditions économiques sur le continent.
Lors du deuxième ᵉ congrès du MCU, Alexis N’Dui-Yabela affirme qu’Arnaud Djoubaye Abazène a volontairement supprimé son nom de la liste des candidats validée par acclamation.
Le Mouvement Cœurs Unis vit l’un des affrontements internes les plus brutaux de son histoire. D’un côté, Alexis N’Dui-Yabela, professeur de droit et rapporteur général du Conseil juridique. De l’autre, Arnaud Djoubaye Abazène, président de ce même Conseil et figure de l’appareil politique. Les deux hommes, véritables poids lourds du parti, se sont heurtés de front lors du 2ᵉ congrès, après que N’Dui-Yabela a découvert que son nom avait disparu de la liste officielle des 96 candidats validés la veille par l’ensemble des congressistes.
Les faits sont clairs. Le 25 juillet, la « Commission candidature » présidée par Abazène valide publiquement 96 noms, parmi lesquels celui de N’Dui-Yabela pour Nola 1. Mais le lendemain, au moment de la proclamation officielle par le rapporteur Ernest Mada, seuls 94 noms sont lus. Deux ont été effacés : Alime Aziza Soumaine (Ndélé 1) et Alexis N’Dui-Yabela (Nola 1). Pour N’Dui-Yabela, ce retrait n’est pas une erreur : il accuse Abazène d’avoir sciemment modifié la liste pendant la nuit pour imposer un autre candidat.
La manœuvre est renforcée par deux SMS envoyés par Abazène le 26 juillet à 11h34 et 11h36. « Il y’ aura la reprise des primaires mon très cher frère. Soyons sage » et « C’est votre superviseur qui nous a communiqué tous ces documents. Il dépend directement du SEN ». Pour N’Dui-Yabela, ces messages prouvent que la décision avait été prise avant la proclamation et que le prétexte du « superviseur » n’est qu’un écran destiné à masquer une opération préparée à l’avance.
Le bénéficiaire de cette substitution, Pogola Abdoulaye Hassan, n’est ni militant MCU ni éligible au regard du droit. Président-coordonnateur du COCAFAT dans la Sangha-Mbaéré, absent de tous les registres d’adhésion, il détient une carte que N’Dui-Yabela qualifie de « fausse », datée de 2020, antérieure à la remise officielle du registre local. De plus, il ne possède pas le baccalauréat, condition obligatoire prévue par la Constitution et le code électoral pour se présenter aux législatives.
Pour N’Dui-Yabela, cette élimination s’inscrit dans une longue série de règlements de comptes orchestrés au sein du parti. Il rappelle ses précédentes mises à l’écart : limogeage de l’ENAM malgré les financements internationaux qu’il avait obtenus, éviction de la Primature sans justification, obstacles répétés à ses ambitions électorales. Il accuse Abazène de détourner le fonctionnement du parti pour régler des comptes personnels et verrouiller les candidatures.
Le professeur insiste : aucune disposition ne permet à un président de commission, même à la tête du Conseil juridique, de modifier seul une liste approuvée par le congrès, l’instance suprême du MCU. Pour lui, l’acte d’Abazène n’est pas seulement illégal, il est dangereux pour la crédibilité interne du parti.
Trois autres candidats, Nalimo Ayméric (Nola 2), Crépin Valeur Pkangba-Worioba (Bossangoa 2) et Alime Aziza Soumaine (Ndélé 1), ont subi le même sort. Le retrait simultané de ces noms confirme que la modification n’est pas accidentelle mais relève d’une action concertée.
Le face-à-face entre N’Dui-Yabela et Abazène dépasse désormais la simple querelle de personnes. Il montre clairement une fracture majeure au sommet du MCU : d’un côté, un juriste qui exige le respect des règles ; de l’autre, un homme d’appareil accusé de manipuler les procédures pour imposer ses choix. Un affrontement d’hommes forts, chacun décidé à ne pas céder, qui menace de faire exploser l’unité du parti présidentiel à la veille des élections.
Trafic des faux diplômes : le gouvernement fournit des diplômes falsifiés à ses députés analphabètes
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/08/le_depute_demissionnaire_percus_kette.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/08/le_depute_demissionnaire_percus_kette-450×365.jpg” alt=”Trafic des faux diplômes : le gouvernement fournit des diplômes falsifiés à ses députés analphabètes” width=”450″ height=”365″ />L’ancien député du MLPC, Percus Ketté, un autre député sans bac de l’opposition Qui Fait Honte à la nation
35 députés déclarés admis au bac 2025, malgré leur niveau jugé très médiocre d’un élève de la maternelle.
En effet, l’article 153 de la Constitution du 30 août 2023 impose désormais à tout candidat à la députation d’être titulaire du baccalauréat ou d’un diplôme équivalent. Cette exigence, qui devait théoriquement élever le niveau du débat parlementaire, a entraîné une réponse criminelle de la part du pouvoir : organiser la régularisation de ses députés analphabètes par la délivrance de faux diplômes.
Selon plusieurs sources au sein de l’administration, trente-cinq députés sortants ont été ajoutés à la liste des admis au baccalauréat 2025, sans avoir mis un seul pied dans une salle de classe. Certains n’ont jamais dépassé l’école primaire. D’autres ne savent ni lire ni écrire. Ces élus, choisis pour leur loyauté politique au MCU, parti au pouvoir en Centrafrique, ont bénéficié d’un accompagnement discret mais efficace, coordonné au plus haut niveau par le Président lui-même, pour obtenir les documents nécessaires à leur candidature.
Le dispositif est bien connu : fausses inscriptions dans les établissements secondaires, bulletins inventés, identités introduites dans les bases de données du ministère de l’Éducation, résultats fabriqués. Ce sont des diplômes sur commande, livrés à temps pour satisfaire aux exigences constitutionnelles. En échange, les bénéficiaires s’engagent à rester dans le camp présidentiel.
Ce climat a provoqué des tensions jusque dans les rangs du Mouvement Cœurs Unis (MCU). À Mbaïki, la désignation du député sortant Makango Ghislain Magloire, dont les lacunes scolaires sont notoires, a été contestée par son collègue Brice Kevin Kakpayen. Ce dernier a publiquement affirmé que Makango n’a jamais obtenu le bac. Sa mise à l’écart de l’investiture a été perçue comme une sanction politique. Il s’est donc présenté en indépendant, accusant la direction du parti d’avoir instauré un système fondé sur l’exclusion et les règlements de compte.
Le bac est devenu un outil de fidélisation. Pour rester député, il faut le diplôme. Pour avoir le diplôme, il faut rejoindre le pouvoir. Tout s’achète, tout s’arrange. Le ministère de l’Éducation est impliqué dans cette opération discrète. Des recteurs valident des dossiers fictifs, des inspecteurs appliquent des consignes, des centres d’examen ajoutent des noms à la dernière minute. Le résultat final est présenté comme régulier, avec une liste d’admis publiée selon le calendrier officiel.
Dans un pays où les véritables candidats échouent souvent faute de professeurs ou de manuels, la réussite programmée d’élus analphabètes n’est pas passée inaperçue. Des centrafricains ont dénoncé l’écart entre les conditions réelles d’apprentissage et les privilèges accordés à ceux qui détiennent un mandat. Le silence des institutions renforce ce sentiment d’impunité.
L’article 153 n’a pas eu pour effet de moraliser la vie politique. Il a seulement changé les règles du contournement. Le bac, dans ce contexte, n’est plus un diplôme ; c’est un document politique. La majorité des députés actuels, concernés par cette obligation nouvelle, ont trouvé une solution rapide : faire établir un faux certificat, se soumettre aux consignes du parti présidentiel et poursuivre leur carrière.
Le processus électoral est donc ouvert, mais verrouillé de l’intérieur. Derrière les discours officiels sur la rigueur et le mérite, la réalité est plus simple : ceux qui obéissent obtiennent les papiers nécessaires. Les autres sont écartés. Le bac devient un filtre, mais pas un filtre académique. C’est un instrument de tri politique, dont les résultats sont décidés à l’avance.
Crypto-monnaie : l’ex-détenu et Kitandaire Maxime Balalou défend une politique opaque face aux soupçons d’escroquerie et de blanchiment d’argent
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/balalou.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le ministre centrafricain de la communication, porte-parole du gouvernement,, l’ex-détenu Maxime Balalou
Lors de son point de presse hebdomadaire du lundi 4 août 2025, le porte-parole du gouvernement centrafricain, Maxime Balalou, a tenté de justifier l’engagement du régime dans la promotion des crypto-monnaies. Face à des accusations précises de blanchiment, d’escroquerie et d’opacité, le ministre a répondu par des attaques contre les critiques, sans apporter d’éléments concrets sur le bilan réel de cette stratégie controversée.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Interrogé par le journaliste Bélisar Dorval du quotidien Afrique en plus, sur le silence du gouvernement concernant les recettes générées par les crypto-actifs et l’affaire d’une société ayant escroqué des fonctionnaires, l’ex-détenu, kitandaire professionnel Maxime Balalou a balayé d’un revers de main toute mise en cause. « Si on utilise les crypto-actifs, c’est pour contourner. Contourner quoi ? », a-t-il lancé. Piqué par la question, l’ex-détenu a dénoncé ce qu’il appelle un deux poids deux mesures : « Quand c’est les autres, il n’y a pas de problème. Mais quand c’est la République centrafricaine, non.Parce qu’on va contourner ».
En réponse aux soupçons de blanchiment, l’ex-détenu Maxime Balalou a réagi par une série de phrases vagues et accusatoires : « C’est une manière de blanchir. Blanchir quoi ? Ce type de messages décourage des initiatives. On avance. On avancera. Aux maux bizarres et aux sauts pour le développement ». Aucune donnée n’a été fournie sur l’impact économique réel de cette politique monétaire, ni sur les retombées réelles pour les finances publiques.
S’agissant du scandale impliquant une société crypto nigériane installée à Bangui, dont les responsables sont désormais introuvables depuis 2021 après avoir collecté des milliards de plusieurs centrafricains, l’ex-détenu Maxime Balalou a choisi l’omission pure et simple. Aucun mot n’a été prononcé pour évoquer les victimes, ni pour indiquer si une enquête a été ouverte. Ce silence est interprété comme un désintérêt du gouvernement pour une affaire qui touche pourtant directement ses citoyens.
L’ex-détenu Maxime Balalou a préféré insister sur l’invitation du président Touadéra au sommet crypto de Dubaï, qu’il présente comme une reconnaissance internationale de la stratégie centrafricaine : « Il a été chaleureusement accueilli par la communauté crypto-monnaie de Dubaï, où il a donné sa vision de mobilisation des ressources à travers cet outil important ». Il affirme que des résultats concrets seront bientôt visibles, sans préciser lesquels ni à quelle échéance.
En se refusant à toute transparence sur les sommes perçues, les partenaires impliqués ou les mécanismes de contrôle, le gouvernement accentue les soupçons déjà pesants sur cette politique. Aucune mention n’a été faite sur la manière dont sont sélectionnées les plateformes partenaires, ni sur les garde-fous pour éviter les détournements ou la spéculation. Le choix de maintenir un flou sur ces aspects nourrit l’hypothèse d’un recours à la crypto comme voie de contournement des sanctions financières, notamment à l’heure où plusieurs partenaires traditionnels de la Centrafrique ont suspendu leur aide.
Dans un contexte économique critique, avec les pénuries de carburant, la suspension des salaires durant plusieurs mois dans certaines agences étatiques et les tensions pré-électorales croissantes, le pari du gouvernement sur une monnaie numérique instable interroge. L’ex-détenu Maxime Balalou reconnaît lui-même les risques liés à la volatilité : « À partir de la volatilité, oui. On prend aussi des risques ». Mais aucun mécanisme de protection n’est évoqué pour limiter les effets d’un éventuel effondrement de valeur sur l’économie nationale.
La posture adoptée par Maxime Balalou montre clairement une stratégie de communication fondée sur la défiance vis-à-vis des critiques et l’orgueil national, sans effort de pédagogie ni démonstration des bénéfices réels pour le pays. À défaut de clarté, cette fuite en avant entretient une atmosphère de méfiance généralisée autour d’un projet censé « financer le développement », mais dont les contours restent insaisissables.
En entretenant l’ambiguïté, en refusant de s’expliquer sur les pertes déjà subies par des centrafricains victimes d’arnaques, et en éludant toute responsabilité sur la gouvernance de ce secteur, le gouvernement prend le risque d’entraîner la République centrafricaine dans une spirale de défiance encore plus profonde.
Attaques contre Michel Djotodia : son ex-épouse Denise Madina Duekoe dénonce une campagne de dénigrement parfaitement organisée
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2022/03/Michel-Djotodia-et-Catherine-Samba-Panza-dans-lhemicycle-de-lAssemblee-nationale-le-21-mars-2022-le-jour-douverture-du-dialogue-republicain.jpg” data-wpel-link=”internal”>Michel Djotodia et Catherine Samba-Panza dans l’hemicycle de l’Assemblee nationale le 21 mars 2022, le jour d’ouverture du dialogue
Denise Madina Duekoe , l’ex-épouse de l’ancien président de transition Michel Djotodia accuse ses détracteurs de mener, depuis 2014, une campagne malveillante.
Depuis son installation au Bénin en 2014, Michel Djotodia subit, selon son ex-épouse Denise Madina Duekoe, ancienne préfète de l’Ombella-Mpoko, un flot d’attaques en série insultantes émanant de personnes jugées illégitimes et parfois qui ne sont que des centrafricains par droit de sol.
Plus de dix ans après avoir quitté la présidence de la transition, Michel Djotodia reste la cible régulière de propos insultants et de rumeurs persistantes. Pour son ex-épouse Denise Madina Duekoe, ces attaques ne relèvent plus de la critique politique mais d’une « propagande criminelle » entretenue par un climat d’impunité.
« Un ancien chef d’État accepte naturellement d’être critiqué, mais pas d’être insulté par n’importe qui », affirme-t-elle. Selon elle, parmi ceux qui attaquent aujourd’hui Michel Djotodia, certains n’ont jamais eu le niveau intellectuel ou la légitimité pour débattre avec lui : « Des gens qui n’ont pas dépassé le stade du collège, qui ne méritent même pas d’être à ses chevilles, se permettent de parler de lui comme s’ils étaient ses égaux », déclare Denise Madina Duekoe.
Elle vise aussi des personnes ayant obtenu la nationalité centrafricaine par le seul droit du sol : « Ce sont des fils et filles d’étrangers, nés ici, qui n’ont aucun lien profond avec ce pays et qui osent dénigrer un Centrafricain pur, de père et de mère en l’accusant de tous les mots ».
Pour elle, ces attaques trouvent un terrain favorable grâce au pouvoir en place : « Même des anciens vendeurs nocturnes de pétrole dans les quartiers KM5, devenus aujourd’hui proche du pouvoir actuel, , se croient aujourd’hui autorisés à insulter Michel Djotodia, ancien président de transition ». Elle dénonce également « un laisser-faire délibéré » qui permet à des voix marginales ou sans passé politique crédible de s’imposer dans le débat public en ciblant Michel Djotodia.
Denise Madina Duekoe rappelle que l’ancien président, diplômé des universités russes dans les années 1970-1980, a dirigé le pays dans une période critique et qu’il demeure un cadre reconnu. « Ce n’est pas un homme ramassé au hasard », insiste-t-elle, ajoutant qu’un jour, elle pourrait révéler un à un les noms de ceux qui mènent ces campagnes hostile contre l’ancien Président.
Pour son ex-épouse Denise Madina Duekoe, la ligne rouge a été franchie : « On ne s’attaque pas à l’homme qu’il est, à son parcours et à ses services rendus au pays, avec de simples ragots ou des discours de mauvaise foi ».
Elle dénonce également les accusations qu’elle juge « insensées » et « inventées de toutes pièces » selon lesquelles, en 2013 et 2014, Michel Djotodia aurait été entouré de combattants étrangers — djandjawids, mercenaires tchadiens, gardes de Boko Haram ou encore hommes du M23, et que la Séléka aurait été un mouvement islamiste assimilable à Al-Qaïda.« Ce genre de propos est une pure manipulation, une réécriture malhonnête de l’histoire. Assimiler la Séléka à Al-Qaïda, c’est chercher à semer la haine et la division entre les Centrafricains. Aucun fait concret ne vient étayer de telles accusations gratuite », affirme-t-elle. Pour elle, ces affirmations sont « pathétiques » et participent à un discours politique toxique visant à salir l’image de l’ancien président.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/07/yamodo.jpg” data-wpel-link=”internal”>Tronçon de route entre Berberati et Nola, juste au niveau du Pk5, village yamando. Photo CNC/ Bertin Siri
Pendant que l’État prévoit désormais de verser à Poutine 10 milliards par mois aux Mercenaires russes, cette liaison vitale tombe en ruine.
Entre Berberati et Nola, située à 720 kilomètres de la capitale, la route a disparu. Ce tronçon de 136 kilomètres, autrefois praticable, ne permet plus aucune circulation normale. Les voitures restent bloquées dès les premiers kilomètres. Quand arrive la saison des pluies, même les motos abandonnent.
Les passagers montent sur des camions de bois ou de matériel minier. Ils s’accrochent aux ridelles, debout sur les chargements, bringuebalés à chaque nid-de-poule. Ces poids lourds constituent leur seul moyen de transport. Pas de gare routière, pas d’horaires fixes. Tout dépend du passage aléatoire des camionneurs.
Les compagnies forestières qui réparaient ces pistes ont quitté la zone. Elles ont emporté leurs bulldozers et leurs équipes d’entretien. Quelques sociétés minières chinoises exploitent encore le sous-sol, mais ne financent aucune réfection routière. Elles extraient, exportent, puis détruisent l’environnement avant de partir sans laisser de traces.
L’isolement pèse lourd sur la vie quotidienne. Les femmes enceintes des villages situés entre ces trajets accouchent dans leurs villages, faute de pouvoir rejoindre l’hôpital. Les commerçants voient leurs marchandises pourrir sur place. Les écoliers manquent les cours quand les camions ne passent pas. Les prix flambent à cause des difficultés d’approvisionnement.
Pendant ce temps, Moscou vient d’exiger à partir du mois de septembre 2025 une somme de 15 millions d’euros mensuels pour maintenir ses services des mercenaires sur le territoire. Cette somme équivaut à 10 milliards de francs CFA par mois. Avec ce montant, l’État pourrait refaire entièrement la liaison Berberati-Nola et bien d’autres axes routiers du pays. Mais les priorités sont ailleurs.
Pendant que le gouvernement sollicite des prêts auprès de la Banque mondiale pour financer les infrastructures, il trouve miraculeusement des milliards pour payer les mercenaires russes. Cette contradiction frappe les populations de plein fouet. Les routes se dégradent tandis que les coffres de l’État se vident au profit d’intérêts étrangers.
À Nola, personne n’attend plus de miracle. Les gens se sont habitués à cette situation. Prendre un camion pour aller au marché ou à l’hôpital fait partie du quotidien. Cette route qui n’existe plus raconte l’histoire d’un territoire sacrifié sur l’autel des alliances douteuses.
Le Parti pour le Rassemblement de la Nation Centrafricaine accuse les mercenaires de Wagner et le pouvoir en place de détention illégale de son leader.
Le Parti pour le Rassemblement de la Nation Centrafricaine (PRNC) affirme que son président, Nourd Gregaza, est privé de liberté depuis son arrestation à la suite de son expulsion forcée de France le 20 septembre 2024. Selon le PRNC, il a été maintenu en détention au Camp de Roux avant d’être transféré le 7 juillet 2025, avec Armel Sayo, vers un site tenu par Wagner au sein de l’Office central de répression du banditisme (OCRB), connu pour ses conditions de détention particulièrement dures.
Le PRNC rappelle que Nourd Gregaza, ancien résident en France avec sa famille, est accusé à tort de complicité de meurtre dans une affaire montée de toutes pièces. Le parti estime que cette situation vise à faire taire un opposant capable de rassembler plusieurs milliers de combattants.
Dans son communiqué, le PRNC dénonce la violation des droits fondamentaux et des engagements internationaux de la République centrafricaine. L’organisation réclame la libération immédiate de son président, l’ouverture d’une enquête internationale sur les activités de Wagner et de ses soutiens au sein de l’appareil d’État, ainsi que l’intervention urgente des Nations Unies, de l’Union africaine, de la France et d’autres États pour mettre fin à cette détention.
Le PRNC appelle enfin à une mobilisation à la fois sur le territoire national et au sein de la diaspora pour soutenir la cause de son chef. Le communiqué conclut que le mot d’ordre #FreeNourd symbolise un engagement collectif pour la justice, la vérité et la liberté.
Bayanga : la création de trois nouveaux quartiers par la sous-préfecture est totalement illégale
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Batiment-de-la-sous-prefecture-de-Bayanga-dans-la-Sangha-Mbaere-.jpg” data-wpel-link=”internal”>Bâtiment de la sous-préfecture de Bayanga, Sangha-Mbaéré, République centrafricaine. CopyrightCNC
La sous-préfecture de Bayanga invoque incorrectement la loi de 2021 pour s’arroger des prérogatives qui appartiennent exclusivement aux communes selon la réglementation.
La sous-préfecture de Bayanga, située à 720 kilomètres au sud-ouest de Bangui, a annoncé la création de trois nouveaux quartiers : Mokoko 2, Jolisoir 2 et Jolisoir 3, portant à douze le nombre total de quartiers de cette localité. Le secrétaire de la sous-préfecture justifie cette mesure par « la loi n° 21-001 du 21 janvier 2021 », une interprétation juridiquement incorrecte puisque la création et la gestion des quartiers appartiennent exclusivement aux communes.
Depuis l’ordonnance n° 88-006 du 12 février 1988, la gestion des quartiers urbains incombe aux municipalités sous l’autorité du maire. La désignation ou le remplacement des chefs de quartier s’effectue par décision municipale, avec validation de l’administration territoriale si nécessaire. Les préfets et sous-préfets ne possèdent aucun pouvoir légal pour créer des quartiers ou nommer leurs responsables.
La loi n° 21-001 du 21 janvier 2021 invoquée par la sous-préfecture réforme effectivement la structuration territoriale de l’État en instituant sept régions, vingt préfectures et quatre-vingt-cinq sous-préfectures. Elle définit les missions des gouverneurs, préfets et sous-préfets comme représentants de l’État déconcentré. Cette législation ne mentionne ni la création des quartiers ni la désignation des chefs de quartier. Elle ne retire aucune prérogative aux communes, qui demeurent les collectivités territoriales de base.
En s’appuyant sur cette loi pour créer trois nouveaux quartiers, le secrétaire de la sous-préfecture de Bayanga agit hors de ses compétences et du cadre légal. Cet acte ne peut produire d’effets juridiques valables. Seule une délibération du conseil municipal suivie d’un arrêté municipal peut officialiser la création ou le découpage de quartiers. Cette décision administrative improvisée fragilise la légitimité des chefs de quartier nommés et reste contestable devant les juridictions administratives.
Ce glissement de compétences vers l’administration préfectorale constitue un recul dans l’application de la décentralisation, principe inscrit dans la législation centrafricaine. L’éviction progressive des communes au profit des représentants de l’État déconcentré affaiblit la gouvernance locale et génère une confusion entre les pouvoirs étatiques et ceux des collectivités territoriales.
La situation de Bayanga pourrait servir de précédent à d’autres sous-préfectures, particulièrement dans les zones où les mairies sont affaiblies ou inactives. Cette pratique, si elle n’est pas corrigée, risque d’entraîner une centralisation abusive de l’autorité, en contradiction avec les réformes destinées à rapprocher les services publics des citoyens….
Boda face à la crise de la viande : l’élevage paralysé par l’insécurité et les extorsions
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/04/Sur-le-marche-central-de-Bambari-la-boucherie-en-plein-air.jpg” data-wpel-link=”internal”>Sur le marché central de Bambari, dans le secteur de la vente de viande. Photo
La pénurie de viande frappe cette ville de 14 000 habitants située à 192 kilomètres de Bangui.
Cela fait déjà trois mois que Boda vit cette crise de la viande. Les parcs à bétail se vident. Les éleveurs ont fui. Entre les groupes armés qui rançonnent et une administration qui taxe abusivement, le secteur de l’élevage s’écroule.
Les bergers ne viennent plus. Ils craignent les hommes en armes qui bloquent leurs troupeaux dans la brousse. Ces bandits confisquent les bêtes ou exigent des rançons. Certains éleveurs qui ont tenté de résister ont été battus. D’autres ont reçu des menaces de mort.
Dans les bureaux administratifs, la situation empire. Des agents se font passer pour des autorités et imposent des amendes inventées. Ils réclament des pots-de-vin en disant : “En cas d’infraction, c’est le miel qu’on verse dans le litre”. Cette expression de la rue désigne la corruption pure et simple des forces de l’ordre.
Les vrais fonctionnaires du ministère de l’élevage ne valent guère mieux. Ceux venus de Bangui demandent 8 500 francs CFA par bœuf abattu. La taxe officielle ne dépasse pourtant pas 2 000 francs par bête. Cette surfacturation décourage les bouchers.
Gboko Gervais, un vétéran boucher de Boda, résume la situation : “Avant, nous abattions dix bœufs par jour. Maintenant, nous avons du mal à en traiter trois. La population manque de viande et les prix montent“.
Cette pénurie touche directement les ménages. La viande devient un luxe. Les familles modifient leurs habitudes alimentaires. Certaines se contentent de poisson séché ou de légumes. Les restaurants de la rue adaptent leurs menus. Les fêtes traditionnelles perdent leur éclat sans les grillades habituelles.
L’élevage faisait vivre des milliers de personnes dans la préfecture de la Lobaye. Éleveurs, bouchers, transporteurs, commerçants – tous dépendaient de cette filière. Sa paralysie actuelle prive ces communautés de leurs revenus principaux et pousse certaines vers d’autres activités de survie.
Pour la population, les autorités doivent réagir rapidement. Cette crise de la viande montre les dysfonctionnements profonds du système. La sécurisation des axes de transhumance et l’assainissement de l’administration fiscale constituent les priorités pour rétablir l’approvisionnement normal de Boda.
En RCA, les peuples autochtones, notamment les Akka (Pygmées), font face à des défis majeurs : discrimination, marginalisation, perte de terres et érosion de leur culture. Malgré leur richesse culturelle et leurs savoirs ancestraux, ces communautés restent reléguées aux marges de la société, victimes d’une politique gouvernementale caractérisée par une dualité claire : des discours internationaux prônant la protection des droits humains, mais une inaction nationale qui perpétue leur exclusion. La Journée mondiale des peuples autochtones, célébrée avec le thème « L’intelligence artificielle pour défendre les droits et façonner l’avenir », met en lumière ces enjeux, mais montre aussi l’incapacité du gouvernement à traduire les engagements globaux en actions.
L’invitée spéciale, qui a commenté l’événement pour la Radio Centrafrique, a rappelé que la Journée mondiale des peuples autochtones, instaurée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1994, vise à sensibiliser sur la situation des peuples autochtones. En République Centrafricaine, les Akka, souvent désignés aussi comme Pygmées, subissent une discrimination sociale généralisée. Les invités ont souligné que ces communautés, premières à occuper le territoire centrafricain, sont confrontées à un « état de discrimination sur tous les plans sociaux ». Leur identité, marquée par des caractéristiques culturelles distinctes, les expose à une marginalisation que le gouvernement ne parvient pas à enrayer.
Le terme « Pygmée », d’origine grecque, comme l’explique la transcription, découle d’une perception extérieure datant des premières observations coloniales. Cette appellation, bien que courante, reflète une stigmatisation historique qui perdure. Les Akka, loin d’être en « état sauvage », comme certains préjugés le laissent entendre, sont des communautés riches de traditions, mais privées de leurs terres traditionnelles, essentielles à leur mode de vie. Cette perte de territoire, particulièrement criante dans les régions de Boganda, dans la Lobaye, explique une dépossession systématique que le gouvernement n’a pas su empêcher.
Par ailleurs, le gouvernement centrafricain, de son côté, affiche un double discours dans sa gestion des droits des peuples autochtones. D’un côté, il participe aux initiatives internationales, comme la reconnaissance de la Journée mondiale des peuples autochtones, et s’aligne sur les recommandations de l’ONU. De l’autre, il échoue à mettre en œuvre des politiques concrètes pour protéger les ACAM. Cette journée, bien que célébrée mondialement, « n’est pas souvent célébrée en République Centrafricaine ». Cette négligence traduit un manque de priorité accordée aux peuples autochtones, dont les contributions à la préservation de l’environnement sont pourtant reconnues mondialement.
Aucun représentant gouvernemental n’est cité pour défendre une politique spécifique en faveur des autochtones, révélant un vide institutionnel. Ce silence contraste avec les engagements pris par le pays lors de la première Décennie internationale des populations autochtones (1994-2004), où des recommandations claires avaient été formulées. Vingt ans plus tard, les défis – discrimination, perte de terres, marginalisation – restent inchangés, signe d’une incapacité chronique à traduire les promesses en actions. Cette dualité entre les déclarations internationales et l’inaction locale prive les ACAM d’un accès équitable aux droits fondamentaux, comme l’éducation, la santé ou la justice.
Rappelons que les peuples autochtones, comme les Akka, jouent un rôle capital dans la préservation de la biodiversité et des savoirs traditionnels, notamment en matière de gestion des ressources naturelles. Pourtant, leur marginalisation les empêche de participer pleinement au développement national. Les deux invités de la radio Centrafrique ont insisté sur le long processus de prise de conscience nécessaire pour que ces communautés soient reconnues comme distinctes, mais cette reconnaissance reste lettre morte face à l’absence de politiques inclusives. Le gouvernement, en négligeant de protéger leurs terres et leur culture, compromet non seulement leur avenir, mais aussi celui de la République Centrafricaine, qui perd une partie de son patrimoine culturel.
Par ailleurs, le thème de la Journée mondiale, centré sur l’intelligence artificielle, offre une opportunité théorique pour défendre les droits des autochtones, par exemple en documentant leurs savoirs ou en luttant contre la désinformation sur leur situation. Pourtant, en République Centrafricaine, où l’accès aux technologies de base reste limité, cette perspective semble hors de portée. Le gouvernement, déjà incapable de répondre aux besoins fondamentaux des Akka, n’a montré aucun signe d’intégration de solutions innovantes pour leur cause. Cette déconnexion entre les ambitions globales et les réalités nationale, montre, , une fois encore, la dualité d’un État qui brille par ses absences.
On ne peut pas s’apitoyer sur sa situation » : déclare Fidèle Gouandjika à propos de la disparition de l’’ancien ministre Armel Sayo
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/05/Fidele-Gouandjika-avec-deux-mercenaires-russes-du-groupe-Wagner-baptise-Africa-Corps-dans-son-quartier-Boye-Rabe-a-Bangui.jpg” data-wpel-link=”internal”>Mercenaires russes du groupe Wagner baptisé Africa Corps dans son quartier Boye-Rabe à Bangui” width=”379″ height=”450″ />Fidele Gouandjika avec deux mercenaires russes du groupe Wagner baptisé Africa Corps dans son quartier Boye-Rabe à Bangui
Intervenant dans l’émission Patara sur la radio Ndékè Luka, Fidèle Gouandjika, ministre conseiller spécial à la présidence, a défendu la ligne officielle du gouvernement dans l’affaire de la disparition d’Armel Sayo. Selon lui, l’ancien ministre aurait été pris en flagrant délit de tentative de coup d’État, ce qui justifie à ses yeux l’attitude des autorités qui le fait disparaitre pour être interroger par les mercenaires russes du groupe Wagner.
« Il est pris en flagrante délit de tentative. C’est grave. Son crime est grave, et donc on ne doit pas s’amuser. Donc, on ne peut pas s’apitoyer sur sa situation. Il est vivant comme a dit le gouvernement. Moi, je m’en tiens à la déclaration du gouvernement », a-t-il déclaré… lors de cette émission quelques jours avant l’apparition de l’ancien ministre Armel Sayo au tribunal de grande instance de Bangui.
Le contexte de cette déclaration renvoie à une fouille ciblée, menée le 4 juillet 2025 dans la cellule de l’ancien ministre Armel Sayo et de son co-détenu Nourd Gregaza à la prison du camp de Roux. Cette opération n’a pas été déclenchée par l’administration pénitentiaire, mais directement décidé par le Président Touadera, et organisée de bout en bout par son conseiller à la sécurité, Cédric Gbaka, accompagné de deux mercenaires russes et du directeur de la CNS. Officiellement, ils y auraient découvert un document présenté comme un plan de tentative de coup d’État, rédigé à l’intérieur de la cellule.
À la suite de cette fouille, le conseiller Cédric Gbaka a appelé le ministre de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazene pour déclencher l’extraction immédiate des deux détenus : Armel Sayo et Nourd Gregaza . Le jour même, sur instruction du ministre de la justice, le substitut du procureur, le magistrat Issa a signé un ordre d’extraction dans des circonstances non clarifiées. Le 7 juillet, le général Barrabas Armel se rend à Ngaragba pour les transférer à l’OCRB. C’est dans la nuit du 7 au 8 juillet qu’Armel Sayo est enlevé par des éléments russes. Durant plus de 3 semaines, et après la pression forte de la population et de la communauté internationale, les mercenaires russes sont contraints de le ramener dans la nuit du 29 au 30 juillet à l’OCRB avant d’être présenté au juge d’instruction le 30 juillet dans la matinée. Hors, durant trois semaines que les mercenaires russes l’ont fait disparaitre, le gouvernement tente en vain de maquiller son enlèvement jusqu’à produire une vidéo que les avatars du régime l’ont balancé sur les réseaux sociaux, dans laquelle on voyaient une silhouette comparant à l’ancien ministre Armel Sayo, s’est révélée être un faux généré par intelligence artificielle.
L’argument du « flagrant délit de tentative de coup d’État » pousse à s’interroger : comment un détenu placé sous surveillance constante, sans accès à un ordinateur ou à une connexion sécurisée, aurait-il pu rédiger un plan d’attaque ? Comment un tel document aurait-il pu être conçu, conservé ou imprimé dans une cellule pénitentiaire sous contrôle ?
L’attitude de Fidèle Gouandjika, qui rejette toute compassion et reprend sans réserve la version officielle, apparaît comme une caution politique à un processus hors la loi. Aucune confrontation, audition ou expertise du document n’a été menée. Le seul fait établi est qu’un conseiller présidentiel est entré dans une prison avec des forces étrangères, a organisé une fouille unilatérale et déclenché une procédure d’extraction express.
La déclaration de Gouandjika, présentée comme un simple commentaire, s’inscrit ainsi dans une communication politique visant à légitimer un enlèvement par les mercenaires russes du groupe Wagner, sans fondement juridique ni transparence procédurale. Ce positionnement, qualifié de “pathétique” par plusieurs juristes interrogés, confirme l’absence d’État de droit autour du sort d’Armel Sayo, détenu à Bangui depuis mai 2025 sans procès.
Quand la Minusca participe au démantèlement de la démocratie en Centrafrique en se livrant au service d’un coup d’État électoral
Le don des motos fait par la Minusca aux autorités pour le soutien aux élections du décembre 2025
Alors que la MINUSCA prétend soutenir la sécurité électorale, la dotation de motos aux FACA alimente les soupçons d’un soutien logistique à une dictature électorale déjà décriée.
Le mardi 5 août 2025, la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA) a remis 150 motocyclettes aux Forces armées centrafricaines (FACA), première tranche d’un lot de 300, dans le but officiel de “faciliter la mobilité dans les zones non accessibles en véhicules”. Mais cette cérémonie médiatisée cache mal la réalité : l’opération est perçue comme une caution technique à un processus électoral verrouillé, rejeté par la société civile et l’opposition démocratique.
La remise a eu lieu en présence de la représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU, Valentine Rugwabiza, du général d’armée Bruno Izamo, représentant du ministère de la Défense, et du général Zéphirin Mamadou, chef d’état-major des armées. Tous ont salué un appui à la sécurité en période électorale. Mais sur le terrain, les critiques fusent.
Plusieurs observateurs centrafricains estiment que ces motos ne quitteront jamais Bangui. “Ce n’est pas pour les zones lacunaires, c’est pour renforcer la présence des forces loyales au régime à Bangui.Ces motos seront utilisées pour intimider, surveiller ou réprimer. Et une partie risque même de finir entre les mains des mercenaires russes du groupe Wagner ”, confie un officier joint sous anonymat.
La MINUSCA, dont la neutralité est déjà fortement contestée depuis sa gestion des élections de 2015, 2020, est de plus en plus accusée de soutenir un système électoral truqué. La plateforme de l’opposition démocratique, des figures de la société civile et une partie des défenseurs des droits humains ont dénoncé la logistique fournie au gouvernement sans garantie de transparence du processus électoral. Aucun plan de sécurisation neutre, aucune réforme de la Cour constitutionnelle, aucun encadrement du fichier électoral n’a été annoncé en contrepartie.
Derrière cette initiative de la MINUSCA, nombreux voient une tentative maladroite de prouver, auprès du siège onusien à New York, une implication “constructive” dans le soutien aux institutions centrafricaines. Mais sur le terrain, cette communication ne trompe plus personne. “Ils veulent montrer qu’ils agissent, mais c’est une façade. Ils savent très bien que ce processus n’a ni base légale, ni soutien populaire. Ce qu’ils apportent, ce sont des moyens pour valider l’autoritarisme”, commente un diplomate ouest-africain à Bangui.
La désignation de Valentine Rugwabiza comme garante de ce soutien fait aussi débat. La diplomate rwandaise, accusée de fermer les yeux sur les dérives du pouvoir, est devenue une figure contestée à Bangui. “Son attitude n’est plus diplomatique, elle est politique”, déclare un ancien ministre centrafricain.
Le vrai enjeu reste pourtant ailleurs : l’absence de conditions pour une élection crédible. Le climat sécuritaire reste instable en province, les listes électorales sont contestées, et les opposants empêchés d’accéder aux médias publics. Aucun organe électoral indépendant ne garantit la transparence du processus. Le souvenir du référendum constitutionnel, dont les chiffres ont été largement contestés, plane sur cette nouvelle séquence électorale. “On va encore nous annoncer 90% de participation, alors que les gens ne votent même pas”, ironise un militant associatif.
Plutôt que de soutenir une sortie de crise démocratique, la MINUSCA apparaît aujourd’hui comme un acteur de stabilisation du régime en place. L’obsession de la “sécurité” semble avoir pris le pas sur l’exigence de légitimité électorale. Résultat : une distribution de motos sert de paravent à un processus sans crédibilité, dans un pays où la dictature s’installe à coups de logistique onusienne.
Ouanda-Djallé : Hassan Come, candidat du MCU, s’attaque désormais au sultan Massanguia Ngrebaye Abdallah
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/ancien-ministre-hassan-come.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/ancien-ministre-hassan-come-337×450.jpg” alt=”Hassan Come, ancien ministre du commerce, et candidat du MCU à Ouanda-Djallé” width=”337″ height=”450″ />Hassan Come, ancien ministre du commerce, et candidat du MCU à Ouanda-Djallé
À Ouanda-Djallé, la politique prend des allures de règlement de comptes. Hassan Come, ancien ministre du Commerce devenu candidat du MCU aux législatives, s’en prend maintenant au sultan Massanguia Ngrebaye Abdallah. Une attaque qui surprend dans cette ville où les tensions montent depuis sa désignation controversée par le congrès du MCU à Bangui.
Les règles du MCU sont pourtant claires : quand plusieurs personnes veulent la même place, on organise des primaires. Simple et démocratique. Mais Hassan Come avait d’autres plans. Face au député sortant Adam IdrissSendé, il a préféré jouer la carte de ses relations mafieuses dans la capitale plutôt que de convaincre sur le terrain.
Dès son retour à Ouanda-Djallé après plus de 30 ans d’absence, Hassan Come annonce sa candidature pour les législatives prochaines. Face à son intension de postuler comme candidat du MCU, les sections locales du parti, femmes et jeunes en tête, insistent désormais pour l’organisation de primaires comme le parti l’exige. Mais la surprise vient du côté de l’ancien ministre Hassan Come lui-même. Il a annoncé dans un premier temps que la liste des candidats devrait être envoyée à Bangui, et c’est l’assemblée nationale qui va désigner le candidat du MCU. Devant la persistance de militants du MCU de Ouanda-Djallé d’organiser seulement les primaires, Hassan Come a choisit la fuite pour rentrer à Bangui. Mais 24 heures après son arrivée à Bangui, il publie des vieilles photos de lui avec les membres de sa famille sur les réseaux sociaux qu’il est choisi par les militants de Ouanda-Djallé comme le candidat du MCU aux législatives. Pourtant, il n’y avait eu aucun vote, aucune consultation. Juste une décision tombée de son chapeau.
Ainsi, le congrès du MCU du 26 juillet à Bangui entérine cette désignation. Résultat : les habitants de Ouanda-Djallé ne digèrent pas la méthode. Certains parlent même d’organiser une marche pacifique pour exprimer leur désaccord. Rien de révolutionnaire, juste le droit de dire qu’on n’apprécie pas d’être ignoré.
Hassan Come interprète différemment ces réactions. Pour lui, c’est de l’opposition au régime. Pire, il désigne un responsable : le sultan Massanguia Ngrebaye Abdallah. L’accusation tombe comme un couperet dans une ville qui connaît bien son sultan. Cette figure respectée n’a jamais fait de politique partisane. Son rôle traditionnel l’en tient éloigné. Mais Hassan Come a besoin d’un bouc émissaire.
La situation se tend davantage quand le maire de la ville entre en scène. Cet ancien commandant du RPRC, aujourd’hui proche de Hassan, évoque des arrestations possibles. Il confie à son adjoint que des dispositions ont été prises pour interpeller des jeunes, accusés de préparer une manifestation “contre le pouvoir”. Aucune manifestation n’aura lieu finalement, mais le message est passé : mieux vaut se taire.
Cette méthode divise profondément Ouanda-Djallé. D’un côté, un candidat qui impose sa volonté par la pression. De l’autre, une population qui se sent méprisée dans ses attentes légitimes. Au milieu, un sultan instrumentalisé dans un conflit qui ne le concerne pas.
Les habitants voient dans cette affaire bien plus qu’une simple investiture ratée. C’est leur droit à être consultés qui est bafoué. C’est aussi le respect dû à leurs autorités traditionnelles qui est foulé aux pieds. Le sultan Massanguia Ngrebaye Abdallah représente une stabilité morale dans leur communauté. L’attaquer sans motif valable revient à s’attaquer à un pilier de la société locale.
Cette approche de Hassan Come révèle une conception particulière de la politique : imposer plutôt que convaincre, accuser plutôt qu’écouter. Une méthode qui peut fonctionner à court terme mais qui laisse des traces durables dans les relations sociales.
À Ouanda-Djallé, beaucoup s’interrogent sur l’avenir de leur représentation politique. Si cette méthode devient la norme, que reste-t-il de la démocratie locale ? Comment faire confiance à quelqu’un qui commence son mandat en divisant sa propre communauté ?
Le MCU, parti au pouvoir, devra tirer les leçons de cette affaire. Les règles internes existent pour éviter précisément ce genre de situation. Les ignorer au profit de quelques-uns peut coûter cher en termes de crédibilité et d’adhésion populaire.
Pour l’instant, Hassan Come a obtenu ce qu’il voulait : l’investiture de son parti. Mais à quel prix ? Sa candidature, loin de rassembler, cristallise les mécontentements. Ses accusations contre le sultan ne font qu’aggraver son cas auprès d’une population déjà dubitative.
L’histoire de Ouanda-Djallé montre comment une ambition personnelle peut déstabiliser tout un équilibre local. Elle questionne aussi sur les méthodes acceptables en politique. Faut-il tout accepter au nom de la discipline partisane ? Ou existe-t-il des limites à ne pas franchir ?
La réponse viendra peut-être des urnes. En attendant, Ouanda-Djallé vit avec cette tension née d’une candidature imposée et d’un sultan injustement mis en cause. Une situation qui aurait pu être évitée avec un peu plus de respect pour les procédures démocratiques et les sensibilités locales.
L’imposture de Sandra Boodhun : Anatomie d’une pathétique manipulation
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/08/Maria-SANDRA-Boodhun-influente-conseillere-mauricienne-du-President-Touadera-est-une-reprise-de-justice-aux-Etats-Unis-1.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/08/Maria-SANDRA-Boodhun-influente-conseillere-mauricienne-du-President-Touadera-est-une-reprise-de-justice-aux-Etats-Unis-1-450×426.jpg” alt=”L’imposture de Sandra Boodhun : Anatomie d’une pathétique manipulation” width=”450″ height=”426″ />Maria SANDRA Boodhun, se présentant comme la conseillère spéciale du Président centrafricain Faustin Archange Touadera
L’article publié par Sandra Boodhun le 17 avril 2025 sur la prétendue participation du Président Touadéra au Sommet TOKEN 2049 de Dubaï constitue une opération de désinformation d’une ampleur inédite.
Participation présidentielle : Un mensonge documenté
L’affirmation centrale de l’article : la présence de Touadéra comme “invité spécial” au TOKEN 2049, est factuellement fausse. Les archives officielles du sommet, les listes d’intervenants et les comptes-rendus des sessions ne mentionnent aucune intervention du chef d’État centrafricain.
Les 15 000 participants ont assisté aux interventions des dirigeants de Binance, Tether et Telegram. Touadéra n’apparaît dans aucun programme, aucune photo officielle, aucun communiqué de l’événement. Cette absence totale de preuves invalide l’intégralité du récit de Boodhun.
Sandra Boodhun : Une “conseillère” autoproclamée
Aucun décret présidentiel ne confirme le statut de “conseillère spéciale” revendiqué par Boodhun. Les archives du Journal Officiel de la République centrafricaine ne contiennent aucune nomination la concernant. Son auto-désignation comme “femme d’affaires mauricienne à succès” reste également non documentée. À part sa séparation avec son mari, suivi de son interpellation par la police américaine qui est largement documentée.
Cette usurpation de titre officiel constitue une tromperie délibérée, visant à légitimer ses déclarations par une autorité fictive. Boodhun exploite l’opacité institutionnelle pour s’arroger un rôle qu’elle n’occupe pas.
L’escroquerie des 527 millions de dollars
L’affirmation selon laquelle le memecoin centrafricain aurait levé 527 millions de dollars représente le mensonge le plus flagrant de l’article. Les données de marché révèlent que le token $CAR a perdu 80% de sa valeur dans les 24 heures suivant son lancement.
Cette chute brutale contredit totalement les chiffres avancés par Boodhun. Un actif qui perd 80% de sa valeur en une journée ne peut prétendre avoir généré une levée de fonds de plusieurs centaines de millions. Les mécanismes financiers élémentaires invalident cette assertion.
Aucune institution financière, aucun régulateur, aucune autorité monétaire n’a confirmé ces montants. L’absence totale de traçabilité financière expose cette affirmation comme une fabrication pure.
Projet Sango : Entre promesses et réalités
L’article présente le Plan National Centrafrique Digitale 2025 comme une révolution en cours. La réalité statistique contredit cette vision :
– Taux d’électrification rurale : 3%
– Accès Internet : moins de 15% de la population
– Infrastructure de télécommunications : défaillante dans 80% du territoire
L’abandon du projet d’usine à bitcoins de Bangui, omis par Boodhun, illustre l’inadéquation entre ambitions affichées et capacités réelles. L’échec de l’adoption du bitcoin comme monnaie légale en 2022-2023 confirme cette déconnexion structurelle.
Manipulation éditoriale et désinformation
L’article de Boodhun utilise les techniques classiques de la propagande :
Amplification mensongère : Transformer une absence en présence officielle.
Auto-légitimation : S’attribuer des titres inexistants **Manipulation chiffrée** : Annoncer des montants fantaisistes **Omission stratégique** : Taire les échecs patents
Cette construction narrative vise à créer une réalité alternative, déconnectée des faits vérifiables. L’objectif n’est pas d’informer mais de promouvoir une image fabriquée.
Contexte du vrai TOKEN 2049
Le sommet a effectivement annoncé des développements majeurs : intégration USDT sur The Open Network, partenariats Google Cloud-Berachain, nouvelles régulations singapouriennes. Ces véritables enjeux n’apparaissent pas dans l’article de Boodhun, révélant sa méconnaissance du secteur qu’elle prétend analyser.
Cette ignorance des dynamiques réelles du marché crypto expose l’amateurisme derrière les prétentions d’expertise.
Impact sur la crédibilité institutionnelle
Cette opération de désinformation porte atteinte à l’image de la République centrafricaine. Associer le pays à des mensonges financiers compromet sa réputation auprès des investisseurs internationaux légitimes.
L’utilisation abusive du protocole présidentiel pour cautionner des affirmations mensongères constitue un détournement des symboles étatiques à des fins mafieuse.
L’article semble servir trois objectifs :
Valorisation personnelle : Établir Boodhun comme actrice influente 2. Légitimation financière : Crédibiliser le memecoin défaillant 3. Manipulation d’image : Présenter Touadéra comme leader technologique reconnu
Ces motivations expliquent la structure mensongère du texte, conçu comme outil promotionnel plutôt que comme information factuelle….
L’accord de paix du 19 avril 2025 à Ndjamena relance le débat sur la gestion des groupes armés en République centrafricaine.
L’accord de paix signé le 19 avril 2025 à Ndjamena entre le gouvernement centrafricain et les groupes armés UPC et 3R continue de diviser. Paul-Crescent Beninga, enseignant-chercheur à l’Université de Bangui et porte-parole du GTSC, a exprimé ses réserves lors de l’émission Patara sur la radio Ndékè Luka. Pour lui, cette politique gouvernementale transforme la violence en “passeport politique” au bénéfice des rebelles centrafricains.
L’universitaire remet en question la stratégie qui consiste à intégrer les leaders rebelles dans l’administration et l’armée. Ali Darassa de l’UPC et Bobo du 3R, figures centrales de ces mouvements armés, bénéficient de postes selon les termes de l’accord. Beninga considère que cette approche fait de la violence “un moyen d’accès à l’arène politique”. Ces personnalités, impliquées dans des exactions documentées, reçoivent des fonctions officielles plutôt que de répondre de leurs actes devant la justice.
Cette politique envoie un signal problématique à la jeunesse centrafricaine, observe l’enseignant-chercheur. Le message implicite suggère que les armes constituent une voie légitime vers la reconnaissance et le pouvoir. Pendant ce temps, les opposants non violents, comme le BRDC, font face à une répression gouvernementale qui les présente comme des adversaires du régime.
Beninga établit une distinction entre le traitement accordé aux rebelles armés et celui réservé aux voix démocratiques. Les premiers bénéficient d’une intégration dans l’appareil d’État, tandis que les seconds subissent une marginalisation systématique. Cette logique privilégie ceux qui optent pour la force, à l’image des anciens leaders de la Séléka, au détriment du dialogue politique traditionnel.
L’accord de Ndjamena illustre cette dynamique en garantissant des postes à des chefs rebelles. Pour l’universitaire, cette approche légitime l’usage des armes comme méthode d’accès au pouvoir. Elle risque d’alimenter un cycle de violence en présentant la rébellion comme un tremplin politique viable.
Beninga met en garde contre les conséquences à long terme de cette stratégie. En négociant avec des figures comme Ali Darassa et Bobo, le gouvernement renforce l’idée que la violence paie. Cette logique compromet l’émergence d’une culture de dialogue et de paix durable dans le pays.
L’analyse de Paul-Crescent Beninga appelle à une réflexion sur les priorités gouvernementales. Elle questionne une politique qui fait de la violence un instrument de promotion sociale et politique. L’universitaire plaide pour une réconciliation fondée sur la justice et le dialogue démocratique, seuls garants d’une stabilité durable en République centrafricaine….
Bambari : une victime d’agression détenue par la brigade de gendarmerie pendant que ses agresseurs, ex-rebelles de l’UPC, arrêtés, puis libérés, reprennent leurs activités
À Bambari, la brigade de la gendarmerie détient un ouvrier minier agressé par six ex-rebelles de l’UPC et relâche ces derniers, pendant que la victime, elle, reste en prison.
Un ouvrier minier de Bambari reste en détention à la brigade, tandis que ses agresseurs, six ex-rebelles de l’UPC, ont retrouvé honteusement leur liberté sur la décision du commandant de la brigade.
En effet, il y a quelques jours, six anciens combattants rebelles de l’UPC, qui se sont désarmés à Maloum, localité située à 50 kilomètres de Bambari, suite à l’accord de cessation d’hostilité signé à Ndjamena le 19 avril dernier. Ces ex-combattants, qui n’ont plus rien à faire, se sont rendus sur un site d’orpaillage près de Ndassima. Sans terrain pour travailler, ils ont été accueillis par un jeune ouvrier minier originaire de la Lobaye, qui leur a cédé une partie de sa parcelle pour leur permettre de gagner leur vie.
Au départ, chacun exploitait la zone qui lui avait été attribuée. Mais rapidement, les ex-rebelles ont franchi la limite fixée, empiétant sur la portion personnelle de leur bienfaiteur. Lorsque ce dernier a tenté de leur rappeler l’accord initial, le ton est monté. Les six hommes ont sorti un couteau pour l’agresser. Le jeune ouvrier s’est défendu vigoureusement comme un buffle blessé.
L’altercation a attiré l’attention de miliciens anti-balaka opérant sous contrôle des mercenaires russes et communément appelés « Russes noirs ». Ces derniers sont intervenus sur place, ont maîtrisé les ex-rebelles et l’ouvrier, puis ont contacté la gendarmerie de Bambari. Une équipe a été envoyée pour les conduire tous à la brigade.
C’est à ce moment que l’affaire a pris une tournure incompréhensible. À la brigade, le commandant, un lieutenant de gendarmerie, a déclaré qu’il s’agissait simplement d’une “affaire de bagarre” nécessitant le paiement d’une somme pour obtenir la libération. Le montant exigé a été fixé à 50 000 francs CFA, que l’ouvrier minier a intégralement payé, tout comme les 6 ex-combattants rebelles de l’UPC.
Mais, contre toute attente, ce ne sont pas les droits de la victime qui ont été rétablis. Le commandant de brigade a choisi de libérer immédiatement les six ex-rebelles de l’UPC, ceux-là mêmes qui avaient sorti une arme contre leur bienfaiteur, et de maintenir ce dernier en détention malgré le paiement de la somme de 50 000 francs CFA.
Jusqu’à ce jour, aucune explication claire n’a été donnée sur cette décision. Plusieurs témoins avancent l’hypothèse que les ex-rebelles auraient remis une somme plus importante au commandant de brigade, ce qui expliquerait leur remise en liberté immédiate et le maintien illégal de la victime derrière les barreaux jusqu’à ce jour. Cette manœuvre qui leur permettrait de récupérer définitivement la parcelle de terrain que jeune l’ouvrier leur avait concédée, pendant que ce dernier est toujours maintenu en prison.
Cette situation dévoile clairement un dysfonctionnement grave au sein de la brigade de gendarmerie de Bambari. L’institution, censée protéger les citoyens, apparaît ici comme l’instrument d’une injustice, transformant une victime en prisonnier et laissant ses agresseurs reprendre leurs activités, en dépit total de la loi et de l’éthique professionnelle.
Après 33 ans de présidence centrafricaine marqués par des difficultés structurelles, la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) connaît un tournant décisif. Avec l’arrivée d’un nouveau gouverneur à la BEAC et l’injection de 206 milliards de FCFA, l’institution dispose enfin des moyens de sa renaissance. Pour la République Centrafricaine, cette nouvelle donne représente une opportunité historique de financer enfin les infrastructures lourdes indispensables à son développement économique.
Dans cette analyse, Jean-Pierre Mara, ancien député, examine les enjeux et les perspectives d’une BDEAC rénovée, appelée à abandonner ses pratiques passées pour se concentrer sur des projets productifs et générateurs de revenus. De l’électrification par micro-centrales hydroélectriques à l’industrialisation agricole, en passant par la modernisation des infrastructures de transport et de télécommunications, l’auteur dessine les contours d’une stratégie d’investissement pragmatique et ambitieuse pour la RCA.
La Banque en générale.
L’argent et la monnaie divisent, nous le savons. Mais qui crée l’argent et qu’est ce qui lie monnaie et argent ?
C’est une vielle relation qui s’est construite au fil des années pour aboutir à la création des banques. Au départ, chacun produisait et amener sur la place des trocs pour échanger contre ce qu’il ne produit pas. L’éleveur de cochons amenait sa viande sur le marché et échangeait contre le poulet, le blé ou contre le foin. Très vite ils se rendirent compte qu’il faut des pièces de monnaie pour faciliter les échanges car deux éleveurs de cochons ne pouvaient pas s’échanger des produits. Les Orfèvres qui fabriquaient les pièces de monnaient sont dès lors réguler et protéger par l’état pour limiter les abus et les vols. Ils devaient disposer de Coffres-forts pour stocker les pièces de monnaie. La Banque est née, et le mécanisme de régulation, de perfection et de distribution deviendra de plus en plus perfectionné. L’histoire de la Banque et de l’influence de l’Etat amène à différencier Banque centrale, Banque d’investissement et Banque Commerciale.
Les banques centrales gèrent la politique monétaire et la stabilité financière d’un État ou d’un groupe de pays organisés en communauté monétaire comme la CMAC. Elle fabrique et émet les billets de banque. Mon objectif ici n’est pas de donner un cours sur les banques. J’ouvre une parenthèse pour éviter les confusions de genre.
Une banque commerciale est un établissement de crédit qui effectue des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises ou les collectivités publiques. Nous avons BIAO, UBAC, CBCA, BSIC, BGFI, BPMC, etc.
Quant aux banques d’investissement, elles se spécialisent dans le financement complexe et la gestion d’actifs. Ce sont des établissements bancaires spécialisée dans les services financiers apportés aux entreprises: fusions/acquisitions, lancements ou placements d’emprunts, montages financiers divers (augmentations de capital, filialisations…). On parle parfois aussi de banque de financement. Ici citons BAD, Banque Mondiale, la BDEAC La RCA et la BDEAC Ici, je voudrais particulièrement m’intéresser aux raisons de la création de la BDEAC le 03 décembre 1975 comme instrument pour le développement communautaire au sein de l’ancienne Union Douanière et Economique des Etats de l’Afrique Centrale (UDEAC), aujourd’hui CEMAC pour servir d’instrument d’intégration économique supplémentaire.
Les cinq (5) Etats fondateurs, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon et le Tchad seront rejoints par la Guinée équatoriale en décembre 1983 (explication reprise du site de la BDEAC, Nous sommes le bras financier de la CEMAC dans son ambition de faire des économies des Etats membres une vaste zone intégrée sur les plans industriel, commercial et social où les disparités de développement vont s’atténuant.) On peut sans se tromper dire que la BDEAC, quand bien même ayant son siège à Brazzaville au Congo, est une institution régionale marquée par une emprunte de gestion à la Centrafricaine, sous la direction de plusieurs responsables centrafricains qui ont assuré la présidence:
Des conflits et divergences dans la gestion de cette banque d’investissement au service de UDEAC/CEMAC ont conduit à la suppression du monopole de la Présidence par la RCA pendant 33 ans, un acte concrétisé par la mise en place d’une rotation des dirigeants. Malgré ce changement les présidents successifs n’ont pas encore réussi à redresser durablement la situation financière de la BDEAC, qui demeure vulnérable et critique.
La République Centrafricaine a pour ainsi dire, l’obligation d’apporter des propositions concrètes avec des solutions managériales Pour mieux comprendre pourquoi l’exigence est d’abord centrafricaine, Intéressons-Nous particulièrement aux projets présentés par les différents gouvernements Centrafricains et financés par la BDEAC (voir https://www.bdeac.org/jcms/rh_30406/centrafrique. ) On note que du point de vue du financement, les opérations approuvées par la BDEAC au profit du Centrafrique totalisent un volume de plus 40 milliards de F CFA. Celles-ci portent sur vingt-trois (23) opérations sous forme de prêts directs et subvention, couvrante des opérations aussi bien du secteur public que du privé. Toutefois, le débat sur l’impact de ces financement reste entier sur l’économie nationale surtout dans la Santé, l’Agriculture, l’Agro-industrie, l’Industrie, les Infrastructures de base, les Télécommunications, les Finances et Services, l’Education et l’Energie car n’étant pas à la hauteur des attentes.
Opérations financées par la BDEAC en Centrafrique On peut citer entre autres :
la création d’un complexe agro-industriel de palmiers à huile à Lessé (Palme d’Or), particulièrement l’implantation d’une palmeraie d’une étendue de 5 000 ha et de deux usines; le projet de reconstruction économique et social en milieu urbain à Bangui par le financement des travaux de réhabilitation des avenues de la CEMAC et Idriss DEBY ainsi que l’acquisition des équipements de la Mairie de Bangui; le projet de sécurisation de l’Aéroport International de Bangui M’poko par la construction de la barrière de l’Aéroport sur un linéaire de 12 kilomètres ainsi que des guérites et des miradors ; le programme de renforcement et d’extension du réseau GSM de Telecel Centrafrique ; le Plan National de Riposte COVID-19 par le renforcement du système national de santé à travers la reconstruction et la construction des centres de santé de qualité sur l’ensemble du territoire, ainsi que la formation du personnel soignant.
CONFUSION DE GENRE ou abus de diversion.
En dernier dans la liste précédente, ka BDEAC mentionne le COVID et RCPCA dans son Plan Stratégique 2017-2022 et 2021-2023 ainsi que d’autres plans de développement qui prennent en compte les thématiques aussi variées que la politique du genre, la croissance durable et inclusive et l’intégration régionale.
Il est à ce demander quel est le rapport avec sa stratégie d’investissement dans des grands projets d’envergure et d’intégration régionale.
Aujourd’hui, la BDEAC continue de faire face à des défis hérités de son passé, notamment une période de quasi-cessation d’activité qui a marqué l’institution sur de longues périodes particulièrement pendant les 33 ans de la présidence par des ressortissants Centrafricains..
UNE BANQUE D’INVESTISSEMENT DE CE TYPE N’EST PAS UNE BANQUE COMMERCIALE ; ELLE FINANCE LES INFRASTRUCTURES LOURDES Pour ce qui concerne la RCA, les entrepreneurs et les entreprises de productions PME ne peuvent pas exister parce qu’il n’y a pas d’électricité de puissance 24h/24. On ne peut souder de carrosserie, on ne peut pas fabriquer des sandales, on peut pas industrialiser le manioc, le maïs, les arachides ou égrener le coton et travailler la fibre et les écorces pour les industries textiles, parce qu’il n’y a pas d’électricité.
1-Pourquoi ne pas lancer un plan d’investissement dans le Financement des Soudeurs et Constructeurs de Micro ou Pico barrages hydro electriques qui seront interconnectés pour produire la Haute tension en RCA ? Les projets existent, juste le financement manque et la BDEAC est une Banque d’Investissement 2-Pourquoi ne pas lancer un plan d’investissement dans le Financement des Artisans Ruraux constructeurs de Ponts et Routes . Nous avons exploités les techniques rudimentaires initiés par les projets de type LONDO pour la fabrication des routes et des ponts. Ces projets peuvent revitaliser et élargis juste par le financement de la BDEAC qui est une Banque d’Investissement. Il suffit de financer des études de faisabilité sérieuses pour redynamiser la circulation routière et par ricochet le commerce interne et donc la circulation monétaire.
2-Pourquoi ne pas lancer un plan d’investissement dans le Financement du transport de l’information afin de vilgaser l’utilisation du numérique ? La création des dorsales régionales Fibre optique est possible. Si le numérique a évoluer le transfert d’argentvchez les éleveurs Massaï au Kenya et rendu riche MTN et Orange, c’était d’abord parce que le gouvernement Kenyan avait rendu performant les backbones régionaux à travers les institutionss de financement. Les projets de ce type existent mais il manque juste le financement et la BDEAC est une Banque d’Investissement 4-Pourquoi ne pas lancer un plan d’investissement dans le Financement de la production industrielle du manioc dont 80% des Centrafricains sont consommateurs. La production f’un manioc propre est un investissement à haute rentabilité puisque le marché existe. Les projets existent aussi juste le financement manque et la BDEAC est une Banque d’Investissement. Elle doit briser le cycle et les concepts hérités de son passé, notamment une période de quasi-cessation d’activité qui a marqué l’institution dès sa conception basée sur une canalisation méthodiquement orientée vers la mainmise pour servir un marché de périphérie pour les économies nanties.
NOUVEL HOMME, NOUVELLE VISION, LE NOUVEAU GOUVERNEUR DE LA BEAC IMPULSE Le nouveau gouverneur de la BEAC vient de lancer un signal fort qui contraste avec les pratiques antérieurs.
Il est plutôt animé d’une nouvelle volonté, celle d’apporter un soutien significatif à la BDEAC par :
– Le relèvement du capital social à hauteur de 86 milliards de FCFA, dont 17,5 milliards libérés en 2024 et 17,5 milliards en 2025.
– L’activation d’un compte courant d’associé de 120 milliards de FCFA, avec 40 milliards libérés d’ici décembre 2025 et 80 milliards en 2026.
Ces appuis financiers prioritaires visent à permettre à la BDEAC de retrouver un équilibre financier solide, d’honorer ses engagements envers les bailleurs de fonds auprès desquels elle a levé des fonds, et de finaliser le déblocage de plusieurs projets déjà engagés mais non achevés.
Ce volontarisme n’occultevoas toutefois l’autre problème majeur auquel la BDEAC est confrontée aujourd’hui. La difficulté de recouvrer les financements accordés pour le compte des États est réelle et devra être ciblée. En effet, avec les changements de régimes politiques et une certaine opacité dans la gestion des projets, plusieurs États refusent de rembourser leurs dettes. Cette situation fragilise considérablement la situation financière de la BDEAC. Elle impacte directement sa performance ainsi que sa notation auprès des agences.
Mais la gestion bancaire pour des investissements n’est pas une science statique. Il lui faut un dynamisme et une adoption de nouveau modèle économique qui se veut tributaires des nouvelles technologies de la communication, de l’information et surtout de production.
Pour relancer durablement la BDEAC, il est primordial de fixer un objectif prioritaire : ne financer que les projets productifs et générateurs de revenus pouvant garantir leur remboursement. De tels axes existent ou peuvent être crées avec une n Un soutien financier conséquent pour redresser la trésorerie de la BDEAC par le gouvernement de la BEAC est une des réponses que pourrait apporter la vision du nouveau gouverneur. Ce soutien tel que annoncé pourra contribuer à réparer les difficultés passées par la BDEAC sous les 36 ans de présidence centrafricaine. Naturellement les conditions politiques imposées par les Etats membres doivent cadopter un regard investisseur sur ce soutien financier, afin de donner à la BDEAC la liberté d’action pour assurer pleinement sa mission de développement dans la sous-région. Il revient au Gouvernement Centrafricain, à la BDEAC et à sa Représentation locale de saisir l’opportunité pour initier des projets d’envergures en République Centrafricaine.
Pour une fois, la BDEAC à l’opportunité d’investir dans les secteurs primaires à haute intensité financière qui sont :
construire une Autoroute à deux-Voies Bangui-Garamboulauye pour faciliter l’évacuation des marchandises, construire le Réseau métropolitain en Fibre optique et redynamiser le réseau Cuivre de la SOCATEL pour interconnecter les Banque et fluidifier les opérations bancaires ne fût-ce que dans Bangui lancer des investissements dans les pico et micro centrales hydroélectriques si possibles Industrialiser certains produits agricoles comme le Maïs, le Gozo ou encore la conservation de la viande, le Yama Avec les 40 milliards injectés, la BDEAC doit, à l’instar des autres banques régionales d’Investissement, contribuer par des vrais projets d’envergures, à moderniser les infrastructures lourdes que les sociétés privées n’ont pas vocation à financer.
Grève des avocats à Bangui: Quand le ministre de la Justice échoue dans sa stratégie de la roublardise
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2022/09/les-avocats-huissiers-et-notaires-reunis-avant-leur-assemblee-generale-extraordinaire-du-mercredi-14-septembre-2022.-Photo-CNC.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2022/09/les-avocats-huissiers-et-notaires-reunis-avant-leur-assemblee-generale-extraordinaire-du-mercredi-14-septembre-2022.-Photo-CNC-450×338.jpg” alt=”Grève des avocats à Bangui: Quand le ministre de la Justice échoue dans sa stratégie de la roublardise” width=”450″ height=”338″ />les avocats, huissiers et notaires réunis avant leur assemblée générale extraordinaire à Bangui
Les avocats boycottent la session criminelle, dénonçant les manœuvres dilatoires d’un ministère incapable de tenir ses engagements.
La première session criminelle de la Cour d’appel de Bungie n’aura pas lieu. Les avocats refusent de cautionner l’amateurisme gouvernemental.
La Cour d’appel de Bangui a fermé ses portes avant même d’ouvrir sa première session criminelle de l’année. Les avocats ont décidé de boycotter les audiences, laissant magistrats et justiciables dans l’impasse. Cette grève montre clairement une vérité dérangeante : le ministère de la Justice, principal auteur du désordre en cours, navigue à vue, incapable de gérer les tensions qu’il a lui-même créée et qui minent le système judiciaire centrafricain.
Maître Jean-Louis Opalégna, bâtonnier de l’ordre des avocats centrafricains, ne mâche pas ses mots. Lors de sa conférence de presse, il a exposé les violations répétées des droits de la défense dans les enquêtes préliminaires et les instructions. “Nous avons documenté ces entraves“, précise-t-il, refusant de cautionner un système qui bafoue les règles élémentaires de la procédure pénale. L’ensemble du barreau le suit dans cette démarche, conscient que céder reviendrait à accepter la dégradation continue de leurs conditions d’exercice.
Devant cette levée de boucliers, le ministre d’État chargé de la Justice a sorti de ses tiroirs la circulaire n°206 du 7 avril 2025. Ce texte ordonne aux acteurs de la chaîne pénale de respecter strictement la loi. Une évidence qui aurait dû être superflue, mais qui témoigne de la réalité du terrain. Trois mois plus tard, les avocats constatent que rien n’a changé. Pire, les violations se sont multipliées, transformant cette circulaire en simple exercice de communication.
Le procureur général Jean Vidal de Damas se retrouve dans une position intenable. Il reconnaît l’impossibilité de tenir les assises sans les avocats, la loi l’interdisant formellement. Dans ses déclarations, il évoque un “désagrément indépendant de notre volonté” et mentionne des discussions avec le ministre de la Justice. Cette approche défensive révèle un magistrat contraint de subir les conséquences d’une crise qu’il n’a pas créée mais qu’il ne peut résoudre seul.
Le gouvernement centrafricain affiche deux visages contradictoires. D’un côté, il proclame son attachement aux droits humains et à la bonne gouvernance. De l’autre, il laisse perdurer des pratiques qui violent ces mêmes principes. Cette incohérence paralyse le fonctionnement de la justice et érode la confiance des citoyens dans leurs institutions. Les justiciables, premiers concernés par ces dysfonctionnements, voient leurs dossiers reportés indéfiniment.
Cette crise n’est pas unique dans la capitale. La session criminelle de Bouar a également été reportée pour des raisons logistiques, révélant un problème structurel qui dépasse le cas de Bungie. Jean Angotias Gouniou, impliqué dans les discussions, tente de trouver des solutions, mais les négociations piétinent face à l’ampleur des dysfonctionnements.
Les avocats maintiennent leur position tout en gardant la porte ouverte au dialogue. Une assemblée générale du barreau doit évaluer les résultats des échanges avec le ministre de la Justice. Toutefois, l’expérience récente ne plaide pas en faveur d’un règlement rapide. Les discussions risquent de s’éterniser, prolongeant l’attente des justiciables et renforçant leur sentiment d’abandon.
Le report de cette session criminelle dépasse le simple conflit corporatiste. Il révèle l’incapacité du gouvernement à maintenir un système judiciaire fonctionnel. Entre promesses non tenues et mesures inefficaces, le ministère de la Justice accumule les échecs. Cette situation ne peut perdurer sans compromettre durablement l’État de droit en République Centrafricaine.
L’Institut Centrafricain des Statistiques et des Études Économiques et Sociales (ICASEES) a engagé une campagne de recensement des prix des produits de première nécessité dans l’ensemble des 20 préfectures de la République centrafricaine. Cette opération vise à actualiser l’indice des prix à la consommation, indispensable pour les politiques publiques et la recherche de financements extérieurs.
À Mbaïki, chef-lieu de la préfecture de la Lobaye, une rencontre s’est tenue vendredi 1er août à la mairie entre les représentants de l’ICASEES, les autorités locales et les acteurs économiques. Dorcas Guinegoume, superviseure de la mission, a précisé que les agents descendront dans les boutiques, les pharmacies et les marchés pour collecter les prix des produits alimentaires comme la viande, les légumes, le riz, le sorgho ou encore la canne à sucre. « Ces données nous permettront de calculer l’indice des prix de consommation », a-t-elle déclaré, appelant les commerçants à coopérer pleinement.
Quelques jours plus tard à Boali, dans la préfecture de l’Ombella-M’Poko, une session d’information a réuni autorités locales et commerçants dans la salle de conférence de la mairie. Cette sensibilisation s’inscrit dans le cadre de la deuxième édition de l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM-2), indispensable à l’élaboration de l’Indice Harmonisé des Prix à la Consommation (IHPC). La rencontre a été présidée par Joseph Dokombo, gouverneur de la région des Plateaux.
Dorcas Guinegoume, cheffe de mission sur place, a expliqué qu’un recrutement local sera organisé pour former les agents chargés de collecter les prix dans les marchés, boutiques et foires hebdomadaires. « Nous couvrons toutes les préfectures du pays. Après la Lobaye, nous sommes aujourd’hui à Boali, et d’autres équipes sont déployées dans les autres préfectures », a-t-elle précisé.
Solange Mokolomboka-Makanda, sous-préfète de Boali, a exprimé le soutien des autorités locales : « Nous allons nous impliquer afin que les populations aient accès à des produits à prix abordables. Une fois les statistiques disponibles, des textes pourront être adoptés pour encadrer les prix », a-t-elle affirmé, tout en encourageant l’ICASEES à étendre ses actions jusque dans les villages les plus reculés.
Les autorités maintiennent la date du 14 juillet pour la reprise du baccalauréat pour les victimes du drame du lycée Boganda malgré les troubles graves documentés par les psychologues
L’Association des femmes juristes de Centrafrique a pris en charge 730 victimes du drame du lycée Barthélémy-Boganda entre le 28 juin et le 7 juillet. Sa présidente, Irène Moussa-Kembé, dénonce l’obstination des autorités à maintenir les examens malgré l’état psychologique inquiétant des élèves documenté par les professionnels.
Les chiffres de cette intervention d’urgence financée par UNIFAM parlent d’eux-mêmes : 226 garçons, 345 filles, ainsi que parents et enseignants ont bénéficié d’un accompagnement psychosocial immédiat. Les entretiens menés par l’équipe ont révélé un tableau clinique inquiétant : stress aigu, difficultés respiratoires, pertes de conscience répétées, fractures, insomnie chronique, peur persistante, pertes de mémoire, vertiges, nervosité extrême, flashbacks du drame et sentiment de culpabilité.
Ces symptômes, observés chez l’ensemble des personnes prises en charge, compromettent gravement leur capacité à affronter des examens. Les pertes de mémoire empêchent toute révision efficace et toute restitution cohérente des connaissances. L’insomnie perturbe leur récupération physique et mentale, condition pourtant indispensable à toute performance intellectuelle. Les cauchemars et les images qui ressurgissent du drame transforment chaque moment de concentration en nouvelle épreuve.
L’accompagnement de dix jours n’a pas suffi à stabiliser l’état mental des victimes. Les psychologues mobilisés par l’association ont formellement établi que ces jeunes ne peuvent supporter la pression d’un examen dans leur état actuel. Leurs rapports, basés sur des entretiens professionnels approfondis, constituent une expertise scientifique que les autorités éducatives ont choisi d’ignorer.
La décision de maintenir le calendrier expose ces élèves fragilisés à une double violence : celle du traumatisme initial et celle d’une institution qui nie leur souffrance. Les troubles respiratoires signalés chez certaines victimes risquent de s’aggraver sous la pression des épreuves. Les fractures physiques limitent la mobilité de plusieurs candidats. Les pertes de conscience répétées rendent dangereuse leur participation à des examens de plusieurs heures.
Le volume des victimes prises en charge – 730 personnes en dix jours – témoigne d’une crise collective qui aurait dû alerter immédiatement les autorités sur l’impossibilité d’une reprise normale. Cette ampleur dépasse largement les capacités d’intervention d’une organisation de la société civile, aussi dévouée soit-elle. Elle appelle une réponse institutionnelle coordonnée et adaptée à la gravité de la situation.
Les enseignants, eux aussi potentiellement affectés par les événements, se retrouvent dans une position impossible. Ils doivent encadrer des élèves en détresse psychologique tout en maintenant les exigences académiques habituelles. Cette contradiction génère des tensions supplémentaires dans un environnement scolaire déjà profondément perturbé.
La dimension familiale du traumatisme amplifie encore l’inadéquation de cette décision. Les parents, souvent présents lors des séances de prise en charge, vivent dans l’angoisse permanente. Ils tentent de soutenir leurs enfants dans un contexte de grande fragilité tout en gérant leurs propres troubles. L’imposition du calendrier de la reprise du baccalauréat pour le 14 juillet dernier fait peser sur eux une pression supplémentaire insupportable.
Les rapports psychologiques établis par l’équipe d’Irène Moussa-Kembé constituent une expertise de terrain incontestable. Ces documents, fruit d’observations cliniques rigoureuses, confirment l’incapacité des élèves à reprendre une scolarité normale. Le mépris affiché par les autorités pour cette expertise professionnelle pose des questions graves sur leur conception du bien-être étudiant.
La persistance des symptômes chez les victimes rend dérisoire toute tentative de normalisation forcée. La nervosité extrême et les vertiges compromettent leur capacité de concentration. Les flashbacks peuvent déclencher des crises de panique au moment le moins opportun. Le sentiment de culpabilité, partagé par de nombreuses victimes, sabote leur confiance en eux et leur projection dans l’avenir.
Cette situation révèle les carences structurelles du système éducatif centrafricain face aux situations de crise. L’absence totale de coordination entre les autorités éducatives et les professionnels de la santé mentale crée un fossé dangereux entre les besoins réels des victimes et les réponses institutionnelles apportées.
Le maintien aveugle du calendrier scolaire traduit une vision purement administrative qui place les procédures bureaucratiques au-dessus de la santé des élèves. Cette approche rigide risque de transformer des victimes déjà fragilisées en échecs scolaires, ajoutant ainsi un traumatisme académique au traumatisme psychologique initial.
L’intervention limitée à dix jours par l’Association des femmes juristes, contrainte par ses ressources financières, souligne l’absence d’une stratégie gouvernementale à long terme. Dans ce vide institutionnel, le maintien des examens apparaît comme un aveu d’impuissance déguisé en fermeté administrative.
Les troubles observés varient certes en intensité d’un élève à l’autre, mais leur gravité collective justifie amplement un ajustement du calendrier. Les difficultés respiratoires peuvent s’aggraver sous l’effet du stress. Les pertes de conscience répétées constituent un danger réel en situation d’examen. Les troubles de la mémoire compromettent toute performance intellectuelle cohérente.
Irène Moussa-Kembé et son équipe ont tenté d’alerter les autorités sur cette inadéquation fondamentale. Leur expertise, acquise auprès de 730 victimes, mérite plus de considération que les calculs administratifs qui semblent seuls guider les décisions éducatives actuelles. Le silence des autorités face à ces alertes constitue en soi un abandon de leurs responsabilités….
Affaire Armel Sayo : Quand le pouvoir transforme la vérité en “complot contre le peuple centrafricain “
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Le-Chef-rebelle-Armel-Sayo-dans-un-local-de-la-police-camerounaise.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Le-Chef-rebelle-Armel-Sayo-dans-un-local-de-la-police-camerounaise-373×450.jpg” alt=”Affaire Armel Sayo : Quand le pouvoir transforme la vérité en "complot contre le peuple centrafricain "” width=”373″ height=”450″ />
Lors de la conférence de presse hebdomadaire du 21 juillet 2025, le porte-parole du gouvernement, Maxime Balalou, a multiplié les références à “l’unité nationale” et à la “vérité”. Ce discours, prononcé dans le contexte explosif de l’affaire Armel Sayo, accusé de “menaces contre l’État” et détenu dans des conditions opaques , apparaît comme une manœuvre visant à étouffer les vérités. En insistant sur des slogans patriotiques, Balalou tente de transformer une affaire judiciaire controversée en un symbole d’attaque contre la nation.
La disparition durant 21 jours de l’ancien ministre Armel Sayo, officier de l’armée nationale, nourrit les rumeurs de torture pratiquée par les Mercenaires russes du groupe Wagner. La diffusion des images ressemblant parfaitement à lui, gisant dans le sang, avec le corps tranché, avait encore accentué la défiance, jusqu’à provoquer l’inquiétude de Paul Biya, président du Cameroun. Interrogé sur ces accusations, Balalou a préféré recentrer le débat sur la “cohésion nationale”, évitant toute clarification sur la situation réelle de Sayo.
“Je l’ai toujours dit et je le redis”, répète Balalou, en appelant à la “préservation de l’unité nationale”. Selon lui,
“un complot est ourdi contre ce peuple pour nous ramener en arrière, pour créer la misère encore au peuple centrafricain. Je pense que nous ne pouvons pas accepter”.
Cette formule transforme une affaire individuelle en une menace collective, un procédé rhétorique qui permet de délégitimer toute critique en la présentant comme hostile au peuple centrafricain.
Sur la gestion des rumeurs, le porte-parole se félicite de l’“intérêt pour la vérité” :
“Toutes les manipulations, les fuites en avant que nous constatons à travers des manipulations de l’opinion ne vont pas empêcher le gouvernement de continuer sereinement à mener l’enquête”.
Toutefois, il ne donne aucun élément réel sur les accusations de possible torture de l’ancien ministre Armel Sayo, préférant dénoncer des “bizarreries” véhiculées par les réseaux sociaux, jugés responsables de “troubles”.
Maxime Balalou affirme que la RCA “respecte les droits des individus” et que Sayo reste “présumé innocent”. Mais la famille et les avocats de l’ancien ministre ne peuvent cependant ni le voir ni obtenir d’informations fiables sur son état. Cette contradiction alimente le doute sur l’indépendance de la justice, utilisée ici comme un bouclier pour justifier une détention hors de tout contrôle public.
“Ne vous laissez pas enivrer par des informations qui créent des troubles.Pourquoi on n’organise pas ces genres de live là ? Si c’est de parler des questions personnelles, des questions des bizarreries, on ne prend que notre temps à ne faire que ça”.
Balalou oppose ainsi les “bonnes informations”, celles validées par le gouvernement, aux critiques en ligne, réduites à des rumeurs. Cette stratégie vise à discréditer les voix dissidentes, alors même que les réseaux sociaux restent, faute de médias indépendants solides, un des rares espaces de contestation.
“La RCA appartient à tout le monde. Et qu’ensemble, aujourd’hui, c’est le président de la RCA qui gouverne la RCA. C’est notre président. Derrière lui, travaillons. Travaillons pour développer notre pays”.
Cet appel à l’unité derrière le président vise à fédérer autour du régime des criminels, transformant toute critique en un acte anti-patriotique.
L’analyse de ce discours montre une stratégie classique de contrôle narratif :
Émotions patriotiques pour détourner l’attention des manquements de l’État.
Diabolisation des réseaux sociaux comme source de “manipulation”.
Mise en avant de l’État de droit, tout en refusant la transparence sur Sayo.
Narratif positif sur le développement, malgré les réalités sociales et économiques inchangées.
La rétention d’informations sur la détention et de la disparition durant 21 jours d’Armel Sayo renforce l’impression d’une communication organisée, davantage tournée vers la propagande que vers l’information. Tant que le gouvernement continuera d’invoquer l’unité nationale pour esquiver les critiques, la méfiance des Centrafricains ne fera que croître….
À Sosso-Nakombo, l’armée transforme les mineurs en esclaves au service des Chinois
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/sur-un-chantier-minier-artisanal-en-Centrafrique.png” data-wpel-link=”internal”>Sur un chantier minier d’or et de diamant artisanal
Dans la ville de Sosso-Nakombo, , l’exploitation minière artisanale devient un crime puni de prison dans cette sous-préfecture centrafricaine.
Dans la sous-préfecture de Sosso-Nakombo, située à environ 500 kilomètres de Bangui, dans la Mambéré-Kadéi, une transformation radicale bouleverse l’économie locale. Ce qui constituait hier encore l’activité principale des habitants : l’exploitation minière artisanale, est devenu un délit passible d’emprisonnement et de violences physiques.
Les témoignages recueillis par la rédaction du CNC auprès des populations locales décrivent un système d’oppression minutieusement organisé. Porter une simple pelle ou transporter un sac de gravier expose désormais tout habitant aux coups de chicotte, aux agressions ou à l’incarcération immédiate. Cette criminalisation de pratiques ancestrales vise un objectif précis : vider les sites miniers de leurs exploitants traditionnels.
L’engrenage de la spoliation suit une mécanique implacable. Lorsque les habitants découvrent un nouveau gisement minier, l’intervention des éléments de forces armées centrafricaines ne se fait pas attendre. Les tirs d’intimidation dispersent les mineurs, les expulsions violentes s’ensuivent, et le site passe instantanément sous contrôle militaire. Cette appropriation par la force ouvre invariablement la voie à une cession aux entreprises chinoises, sans qu’aucune négociation ni compensation ne soit envisagée avec les communautés dépossédées.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/04/Les-jeunes-ouvriers-miniers-tabasses-par-les-soldats-FACA-a-Sosso-Nakombo.jpg” data-wpel-link=”internal”>Les jeunes ouvriers miniers tabassés par les soldats FACA à Sosso-Nakombo
La brutalité de ces opérations dépasse la simple expulsion. Les infrastructures commerciales développées autour des chantiers : points de vente, espaces de stockage, lieux d’échange, subissent un sort radical : l’incendie systématique. Cette politique de la terre brûlée ne laisse aucune possibilité de retour aux populations chassées, contraintes d’assister impuissantes à la destruction de leur outil de travail.
Les conséquences humanitaires de cette guerre économique touchent des centaines de familles. Privées brutalement de leurs moyens de subsistance, chassées de leurs lieux de travail, elles cherchent refuge dans les établissements scolaires de Sosso-Nakombo. Mais cette solidarité de fortune se heurte à l’intransigeance du maire de Nakombo, qui expulse régulièrement ces déplacés des écoles, leur ordonnant de trouver ailleurs un toit pour la nuit.
Cette double sanction : perte de revenus et absence d’hébergement, plonge des communautés entières dans une précarité extrême. L’activité minière artisanale ne constituait pas seulement une source de revenus directe ; elle alimentait tout un écosystème économique local, créait des emplois indirects et dynamisait le commerce de proximité. Sa confiscation brutale provoque un effondrement économique dont les répercussions touchent l’ensemble de la sous-préfecture.
L’analyse de ce système révèle une collusion entre autorités militaires et civiles locales. Loin de protéger les intérêts de leurs administrés, certains responsables locaux facilitent activement cette mainmise étrangère sur les ressources du sous-sol. Cette complicité transforme le maires en instruments d’un pillage organisé, trahissant son mandat de représentation des populations.
La transformation des pratiques minières traditionnelles en activités criminalisées montre un détournement institutionnel du jamais vu. Les forces censées protéger les citoyens se muent en instruments de répression au service d’intérêts privés étrangers. Cette inversion des rôles institutionnels sape les fondements même de l’État de droit dans cette partie du territoire centrafricain.
Les témoignages recueillis par CNC révèlent également l’ampleur psychologique du traumatisme subi par les populations. Voir confisquer un héritage familial transmis de génération en génération, assister à la criminalisation de savoir-faire ancestraux, subir la violence pour avoir exercé une activité légale : autant d’éléments qui brisent le lien social et détruisent la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/chantier-minier-berberati.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le chantier minier d’or dans la préfecture de la Mambéré Kadéi, dans le village de bone wala. Photo CNC
Cette situation à Sosso-Nakombo s’inscrit dans une problématique plus large de gouvernance des ressources naturelles en République centrafricaine. Elle questionne la capacité de l’État à garantir un partage équitable des richesses du sous-sol et à protéger les droits économiques de ses citoyens face aux appétits d’acteurs économiques extérieurs disposant de moyens financiers considérables.
L’asservissement des populations minières de Sosso-Nakombo au profit d’entreprises chinoises, instrumenté par l’appareil militaire et cautionné par les autorités locales, constitue un cas d’école de néocolonialisme économique.
Nouveau coup de théâtre électoral en Centrafrique : le gouvernement s’assoit sur le code électoral et réécrit ses règles à la veille des élections
Bruno Yapande, ministre de l’administration du territoire
À quelques mois des élections groupées prévues pour décembre 2025, le ministère de l’Administration du territoire a officiellement transmis à l’Autorité nationale des élections (ANE) une série de propositions visant à modifier une quinzaine d’articles du code électoral.
Le document, signé par le ministre Bruno Yapandé, ne laisse aucun doute sur l’intention du pouvoir : réajuster les règles à sa convenance, sans consultation large, sous prétexte d’une soi-disant harmonisation des vues. Cette approche traduit une stratégie bien connue, dans laquelle l’appareil d’État se met au service d’un objectif politique précis : sécuriser le contrôle du processus électoral, en dépit des nombreuses alertes formulées depuis plus d’un an par les partenaires étrangers.
Car la situation est déjà critique. Depuis des mois, l’ANE n’arrive pas à produire une liste électorale fiable. Or, selon les dispositions précédentes du code, cette liste devait être disponible au moins une année avant la convocation du corps électoral. Ce délai étant dépassé, le gouvernement a déjà fait adopter une modification de l’article 18 pour réduire ce temps, sans pour autant parvenir à remplir ses obligations. Au lieu de se remettre en question, les autorités enchaînent désormais les amendements, avec l’objectif de contourner les difficultés institutionnelles par des arrangements successifs.
La lettre du ministre est explicite : les articles 28, 41, 42, 58, 59, 60, 66, 68, 69, 94, 121, 177, 179, 206, 265 et 266 sont visés. Les changements proposés touchent aussi bien les modalités de vote que les délais de dépôt et de traitement des candidatures, le nombre d’isoloirs, le rôle du tribunal administratif ou encore les règles encadrant la parité. À titre d’exemple, un électeur pourrait désormais voter sans carte, simplement sur présentation d’un récépissé. Le nombre d’électeurs par isoloir serait revu à la hausse, tandis que le traitement des contentieux électoraux passerait de 15 à 20 jours. Certaines formulations sont corrigées pour intégrer le vote des militaires ou pour préparer le terrain à une élection municipale avec une liste unique, si les autres sont invalidées.
En même temps, le ministre appelle l’ANE à une réunion en urgence, prévue le 8 août 2025, pour “mettre en commun les propositions” et valider cette démarche dite dérogatoire. À peine cette étape franchie, un atelier d’information devrait être organisé dès le début de la semaine suivante, pour élargir l’adhésion aux autres entités du processus électoral.
Ce calendrier resserré, imposé sans débat ni transparence, révèle une pratique installée : agir vite, imposer le rythme, court-circuiter les contre-pouvoirs, verrouiller les marges de contestation. L’ensemble des institutions concernées – Conseil constitutionnel, tribunal administratif, ANE – se retrouvent ainsi instrumentalisées dans une logique politique où l’efficacité administrative n’est plus un objectif, mais un alibi.
Tout cela se déroule alors même que les partenaires internationaux – États-Unis, Nations unies, Union européenne – ont exprimé à plusieurs reprises leurs doutes quant à la capacité de l’ANE à garantir une élection crédible. Ces doutes ne datent pas d’hier. Ils s’appuient sur l’inefficacité manifeste de l’organe en charge des élections, son incapacité à tenir les délais, son manque d’indépendance, et les multiples ingérences de l’exécutif dans les décisions techniques. C’est dans ce contexte que le pouvoir réécrit les règles à la dernière minute, sans jamais assumer les responsabilités de sa propre impréparation.
Il ne s’agit donc plus seulement d’une dérive. Ce qui se joue ici relève d’un choix assumé : celui de la criminalité politique, c’est-à-dire l’usage de l’appareil juridique pour consolider un pouvoir en place, au mépris des principes fondamentaux de la démocratie. Ce choix, progressif mais méthodique, remet en cause la sincérité du scrutin à venir.
Dans ce contexte, faut-il encore parler d’élection ? Ou s’agit-il d’un simple habillage procédural destiné à valider, par les urnes, un résultat déjà décidé ? Ce que le régime impose aujourd’hui n’est ni un ajustement ni un consensus. C’est une transformation unilatérale des règles du jeu, imposée par ceux qui ne veulent plus jamais perdre.
Centrafrique : Maxime Kazagui, votre projet est-il crédible sous occupation Wagner ?
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2019/10/ange-maxime-kazagui-à-cap-corbeaunews-15-septembre-2017-.jpg” data-wpel-link=”internal”>Ange-Maxieme Kazagui, ancien ministre de communication, et responsable de Kara Investissement
Ange-Maxime Kazagui vante les opportunités centrafricaines malgré l’emprise russe grandissante dans le pays
Ange-Maxime Kazagui, président de KARA Investissement, défend les opportunités d’affaires en République centrafricaine lors de sa récente interview sur la radio Ndékè Luka. Son argumentaire repose sur l’idée d’un marché vierge où les besoins élémentaires restent à combler. Il cite la fabrication locale de cure-dents, de seaux ou d’allumettes comme autant de créneaux porteurs. Pour lui, les premiers investisseurs dans un pays post-conflit récoltent souvent les bénéfices les plus importants.
Cette vision optimiste trouve ses limites dans la réalité des faits. La présence du groupe russe Wagner s’est imposée comme un facteur dissuasif majeur pour les partenaires économiques étrangers. Les pratiques de cette force paramilitaire russe créent un climat d’insécurité politique, sociale et juridique permanent. Arrestations sans motif, interventions directes dans les procédures judiciaires, pressions sur les institutions : autant d’éléments qui compromettent la stabilité nécessaire aux affaires.
La justice centrafricaine ne jouit plus de son indépendance. Elle subit les directives du pouvoir exécutif et l’influence directe des conseillers russes. Des détenus ont été extraits des prisons et enlevés par les Wagner durant plusieurs semaines avant qu’ils apparaissent en public, sans respect des procédures légales. Cette fragilisation des institutions judiciaires décourage tout investissement sérieux.
Les finances publiques reflètent également cette dérive. L’État consacre une part substantielle de ses ressources au financement des forces étrangères présentes sur son territoire. Les contingents rwandais et les Mercenaires russes pèsent lourdement sur le budget national. Ces dépenses se font au détriment des investissements productifs et des infrastructures nécessaires au développement économique.
Monsieur Ange-Maxime Kazagui évoque l’existence d’investisseurs potentiels sans toutefois les identifier précisément. Cette discrétion interroge sur la réalité de ces partenaires supposés. Quelle est la sincérité de son projet face à un pays sous tutelle étrangère ? Les fonds d’investissement sérieux exigent des garanties que la Centrafricaine ne peut actuellement offrir. L’absence d’État de droit, la corruption endémique et l’instabilité politique constituent autant d’obstacles à tout engagement financier conséquent.
Les autorités actuelles ne proposent aucune vision cohérente pour l’économie nationale. Leur priorité semble se limiter au maintien au pouvoir plutôt qu’à la construction d’un environnement propice aux investissements. Après plus de trois décennies de crises successives, le pays attend toujours les réformes structurelles nécessaires à son redressement.
L’analyse de Ange-Maxime Kazagui contient une part de vérité : les besoins du pays sont considérables et les opportunités potentiellement nombreuses. Mais les investisseurs ne se contentent pas de promesses. Ils exigent des garanties institutionnelles, une justice indépendante et un environnement politique stable. La Centrafrique actuelle ne remplit aucune de ces conditions essentielles. Monsieur Ange-Maxime Kazagui devra expliquer comment son projet peut prospérer dans un pays où l’État souverain a cédé la place à l’occupation étrangère.
Zémio n’a plus de réseau d’Orange Centrafrique depuis plusieurs jours. Cette ville du sud-est centrafricain, située à plus de mille kilomètres de Bangui, vit aujourd’hui complètement coupée du monde extérieur. Le site Orange Télécom a été vandalisé de fond en comble par des soldats des Forces armées centrafricaines sous les ordres du commandant Mikaël Banafio.
Les témoins interrogés par la rédaction du CNC racontent tous la même histoire : les militaires ont démonté méthodiquement toute l’installation d’Orange Centrafrique dans la ville. Panneaux solaires, batteries, équipements électroniques, tout a été emporté. “Ces gens-là n’ont aucun cerveau, aucun respect pour la population”, confie un habitant de Zemio contacté juste avant la coupure totale. À Zémio, perdre le téléphone revient à perdre son lien avec le reste du pays.
L’installation d’Orange Centrafrique fonctionnait grâce à l’énergie solaire, une solution pratique pour éviter les problèmes d’approvisionnement en carburant dans cette région isolée. Ce système permettait un service stable sans dépendre des livraisons de fuel souvent détournées en chemin. La destruction de ces équipements remet tout en question.
Ces faits arrivent quelques jours après le pillage du village voisin de Tabane par des Mercenaires russes du groupe Wagner et d’anciens rebelles de l’UPC. L’hôpital de Tabane avait été vidé de tout son matériel médical. Face aux protestations, une partie du matériel a finalement été renvoyée depuis Bangui.
Sur les réseaux sociaux, un message résumait la situation : “Depuis hier soir, nous sommes dans le noir total. Wagner, l’UPC et les FACA se sont attaqués à l’antenne Orange Centrafrique de Zémio. Tout a été volé. Ce que font Wagner et les FACA ici, c’est inadmissible“.
Le commandant Mikaël Banafio, qui était censé protéger la zone, se retrouve directement accusé par plusieurs sources locales d’avoir organisé ce pillage. Une situation paradoxale qui pose des questions sur le rôle réel de certains militaires dans le pays.
Aujourd’hui, les conséquences se font sentir dans tous les secteurs. Les familles ne peuvent plus communiquer, les commerçants, particulièrement ceux qui font de transfert de crédit et d’Orange Money voient leurs activités paralysées, les urgences médicales deviennent plus compliquées à gérer. Cette coupure transforme Zémio en zone isolée, privée d’un outil devenu indispensable au quotidien.
Les autorités, qu’elles soient civiles ou militaires, restent muettes sur cette affaire. Orange Centrafrique n’a communiqué aucun délai pour le rétablissement du service, probablement en raison de l’ampleur des dégâts et de l’instabilité sécuritaire persistante.
Pour l’instant, aucune mesure d’urgence n’est annoncée. Zémio reste privée de communications, laissant ses habitants dans une situation d’isolement qui perdure sans perspective de solution rapide. Cette affaire révèle les dysfonctionnements au sein même des forces qui devraient assurer la sécurité et la protection des infrastructures civiles.
L’aube du mercredi 6 août 2025 s’est levée sur un spectacle inhabituel dans les ruelles animées de Ngawi. Au cœur du mythique marché du PK5, temple du commerce de la capitale Bangui, les ronronnements familiers des machines à coudre ont brutalement cessé. Sous l’œil médusé des passants matinaux, une armada d’agents des impôts a organisé une opération éclair : cadenas après cadenas, atelier après atelier, tout un pan de l’artisanat de Ngawi s’est retrouvé muselé.
Les artisans, arrivés comme chaque matin avec leurs projets de la journée, ont été surpris par l’arrivée des agents du ministère des finances, notamment ceux de la direction générale des impôts. Aucun avertissement, aucune sommation préalable. Les agents ont procédé à la fermeture de chaque atelier, posant cadenas après cadenas. Tout un pan de l’artisanat de Ngawi s’est retrouvé paralysé, plongeant le quartier dans un silence inhabituel là où résonnaient habituellement les conversations animées et le cliquetis des aiguilles.
Dès la fin de l’opération, les artisans ont tenté de réagir. Une délégation s’est immédiatement rendue à la direction générale des impôts pour comprendre les raisons de ces fermetures et discuter d’un éventuel arrangement.
L’incompréhension a rapidement cédé place à l’indignation lorsque les montants réclamés ont été révélés. À la direction générale des impôts, les chiffres ont fait l’effet d’une douche froide. Par exemple, 600 000 francs CFA pour un modeste atelier équipé de quatre machines à coudre. Une somme qui représente des mois, voire des années de labeur pour ces artisans qui vivent au jour le jour.
“Nous ne tenons pas boutique, nous ne stockons rien”, explique l’un des couturiers. “Nos revenus dépendent entièrement de la clientèle. Certains jours, nous rentrons les poches vides. Comment peut-on nous demander de telles sommes ?”.
Cette réalité économique, faite d’incertitudes et de revenus irréguliers, semble échapper aux calculs administratifs. Dans ces ateliers, point de registres de commerce ni de chiffres d’affaires prévisibles. Seulement des hommes et des femmes qui transforment, fil après fil, les étoffes en gagne-pain quotidien.
Ngawi, ce quartier à dominante musulmane où se concentrent les savoir-faire textiles, vit aujourd’hui dans l’incertitude. Les ateliers fermés, les artisans se retrouvent privés de leur unique source de revenus. Beaucoup sont rentrés chez eux, déterminés à revenir à la charge la semaine prochaine.
L’atmosphère dans le quartier oscille entre résignation et détermination. Si les négociations n’aboutissent pas, l’option d’un mouvement social est déjà évoquée. Car au-delà des montants réclamés, c’est tout un mode de vie, toute une économie de proximité qui se trouve remise en question.
Le marché PK5, poumon économique de la capitale, observe cette situation avec attention. Ces fermetures simultanées s’inscrivent-elles dans une nouvelle politique fiscale ou ne sont-elles qu’un épisode de plus dans les relations tendues entre administration et artisanat ? Les prochains jours apporteront sans doute des éléments de réponse, mais les couturiers de Ngawi ont déjà fait savoir qu’ils ne renonceraient pas sans se battre.
Dologuélé : Touadéra signe son dixième accord de paix en dix ans
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2020/02/Anicet-Georges-Dologuele-le-chef-de-file-de-lopposition-démocratique-reçut-par-Touadera-le-28-janvier-à-la-Présidence-de-la-République.jpg” data-wpel-link=”internal”>Anicet Georges Dologuele, leader de l’URCA , reçut par Touadera le 28 janvier à la Présidence de la République
Après les accords de défense signés par Touadera avec pratiquement tous les pays du monde, c’est le tour des accords de paix avec les groupes armés. Selon le Président de l’URCA Anicet Georges Dologuelé, Touadéra vient de signer son dixième accord de paix en dix ans. L’opposition y voit une mise en scène préélectorale.
Le rideau se lève sur une scène familière au pays de Boganda. Dans les couloirs du palais de la renaissance de Bangui, Faustin-Archange Touadéra tends la main à Ali Darassa et à Oumar Abdelkader alias Sembé Bobo,. Sourires convenus, poignées de main solennelles, promesses de paix éternelle. Un spectacle bien connu que les Centrafricains ont déjà vu neuf fois depuis 2016.
Anicet Georges Dologuelé, observateur aguerri de ces pantomimes politiques, ne cache plus son agacement. “Le président joue au yoyo avec la paix”, lâche-t-il sans détour. Cette valse permanente entre réconciliation et rupture traduit, selon lui, une vision purement comptable de la gouvernance où chaque geste vise un rendement électoral.
L’ancien banquier de la BEAC, ancien ministre des finances, ancien premier ministre, Anicet Georges Dologuelé dissèque cette mécanique avec la froideur de l’analyste financier qu’il fut. Quand Touadéra négocie avec ses “partenaires” armés – le terme fait grimacer Dologuélé -, il transforme la République en terrain de marchandage. D’un côté, des hommes en armes qui monnayent leur violence. De l’autre, un président qui achète sa tranquillité à crédit, remboursable après les élections.
Cette arithmétique de la paix ignore superbement les vrais acteurs de la démocratie. Pendant que le chef de l’État déroule le tapis rouge aux seigneurs de guerre, les partis d’opposition végètent dans l’antichambre du pouvoir. “Nous sommes les parias de notre propre démocratie”, s’indigne le président de l’URCA. Cette inversion des valeurs républicaines transforme les outlaws en interlocuteurs privilégiés et les démocrates en figurants.
L’ironie ne lui échappe pas : un mathématicien qui confond équations politiques et additions électorales. Touadéra calcule ses alliances comme on résout un problème de géométrie, sans saisir que la paix obéit à des lois plus complexes que les théorèmes euclidiens. Ses formules produisent des solutions temporaires qui explosent dès la première épreuve de vérité.
Anicet Georges Dologuelé pointe du doigt cette diplomatie à géométrie variable qui cultive l’instabilité pour mieux la gérer. Chaque crise devient une opportunité de briller en pompier providentiel. Chaque accord permet de redorer un blason terni par l’échec des précédents. Cette stratégie du chaos contrôlé transforme la Centrafrique en laboratoire permanent d’expérimentations sécuritaires.
Le leader de l’opposition refuse de cautionner cette comédie institutionnelle. Pour lui, la vraie paix commence par le respect de ceux qui ont choisi les urnes plutôt que les armes. Elle exige une égalité de traitement entre tous les Centrafricains, qu’ils portent un fusil ou un bulletin de vote. Cette vision démocratique heurte frontalement la logique touadérienne qui préfère négocier avec la force qu’avec la légitimité.
La machine électorale s’emballe déjà. Dans quelques mois, Touadéra brandira cet accord comme un trophée de sa politique de réconciliation. Les électeurs découvriront alors si cette paix de façade résiste au verdict des urnes ou si elle rejoindra le cimetière des bonnes intentions présidentielles….
Les conducteurs de l’entreprise chinoise terrorisent les villages sur l’axe Mbaïki-Boyiba.
Rédigé le .
Par : la rédaction du CNC.
Les habitants de Boyiba 1 et 2 n’en peuvent plus. Ces deux villages situés à vingt kilomètres de Mbaïki (107 km de Bangui) subissent depuis des mois les excès de vitesse des camions de Chino Hydro. L’entreprise chinoise, chargée des travaux du corridor 13, traverse quotidiennement ces localités sans aucun respect pour la population.
Jeudi dernier, dans les après-midi, vers 16h30, la situation a failli virer au drame. Une réunion de tontine se déroulait tranquillement dans le village quand un camion de Chino Hydro a débarqué à toute vitesse. La pluie tombait, la visibilité était réduite, mais le chauffeur n’a pas ralenti. Il a d’abord écrasé le chien d’un pasteur du village dans sa folie.
Au retour, le même véhicule a manqué son virage. Le camion s’est retrouvé à quelques centimètres d’une maison où dix-sept personnes se trouvaient à l’intérieur. Une autre habitation toute proche abritait plusieurs familles venues pour la cotisation. L’accident a été évité de peu.
“Si ce camion était rentré dans ces maisons, on aurait eu des dizaines de morts”, explique le président du tribunal coutumier. “Ces chauffeurs de Chino Hydro roulent comme des fous. Ils se fichent complètement de nous. Nos enfants ne peuvent même plus jouer dehors“.
Mama Brigitte, vendeuse au marché local, partage cette inquiétude : “Chaque matin, j’ai peur de traverser la route. Ces camions passent si vite qu’on n’a même pas le temps de se pousser. Et ils klaxonnent comme si on n’avait pas le droit d’être sur notre propre route“.
Le chef de village de Boyiba 2 va plus loin : “Chino Hydro doit comprendre qu’on n’est pas des animaux. On a le droit de vivre en paix dans nos villages. Leurs chauffeurs doivent apprendre le respect ou partir d’ici“.
Cette conduite irresponsable de Chino Hydro devient un véritable fléau pour ces communautés. Les témoignages s’accumulent. Les accidents avec les animaux se multiplient. Mais c’est surtout la menace permanente sur les vies humaines qui inquiète le plus.
Les villageois demandent aux autorités d’intervenir rapidement. Ils veulent que Chino Hydro impose des limitations de vitesse strictes à ses chauffeurs et installe des ralentisseurs dans les zones habitées. Sans ces mesures, Boyiba risque de connaître sa première tragédie routière.