La radio-Canada exagère en présentant l’Afrique comme une « fabrique d’arnaqueurs
Rédigé le 9 mai 2026.
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
La radio-Canada transforme tout le continent africain en fabrique d’arnaqueurs. Alors, exagération ou constat ?
L’émission Enquête de Radio-Canada a présenté un documentaire affirmant qu’un réseau criminel « principalement de Côte d’Ivoire » s’est installé au Québec via des permis d’études, avec des branches dédiées à l’arnaque amoureuse, au faux documentaire, au blanchiment d’argent et à l’exportation de véhicules volés vers l’Afrique de l’Ouest. Le texte d’annonce emploie l’expression « mafia africaine » et décrit une organisation structurée entre Montréal et Abidjan.
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, le reportage s’appuie d’abord sur le témoignage de victimes québécoises. À Mercier, 15 kilomètres au sud de Montréal, une retraitée raconte avoir été piégée par un faux Français rencontré en ligne, avant de perdre plus de 10 000 $. À Trois-Rivières, un ancien représentant commercial a cru pendant des mois parler à une mère de famille, une certaine « Féline », avant de découvrir qu’il avait versé près de 300 000 $ à des fraudeurs. Les scénarios suivent toujours la même logique : instaurer la confiance, multiplier les preuves fabriquées : certificats médicaux, actes notariés falsifiés, et demander des virements pour régler des urgences inventées.
Cette accumulation de témoignages mène ensuite à l’identification de figures centrales par les enquêteurs. Deux Ivoiriens sont nommés dans les dossiers : Aboubacar Diallo et Mamadou Berthe. Tous deux sont arrivés au Canada avec un permis d’étude, mais n’ont jamais fréquenté les universités censées les accueillir. Leurs comptes bancaires, leurs multiples identités et leurs photos de luxe retrouvées lors de perquisitions suggèrent une implication profonde dans un réseau de fraudes à grande échelle, générant selon les estimations plusieurs millions de dollars.
De fil en aiguille, l’affaire dépasse le seul cadre des fraudes amoureuses. Les services frontaliers expliquent que les mêmes réseaux sont liés à la production de faux documents, à l’ouverture de comptes fictifs et surtout à l’exportation de véhicules volés. Des conteneurs saisis à Montréal et à Abidjan prouvent que le Canada est devenu une source d’approvisionnement pour des marchés parallèles en Afrique de l’Ouest. Des témoins en Côte d’Ivoire reconnaissent l’existence de voitures canadiennes vendues localement, parfois avec l’aide de douaniers corrompus.
L’autre élément frappant du reportage concerne la porte d’entrée choisie par ces groupes. Près de 80 % des membres du réseau seraient arrivés grâce à un permis d’étude. Faute de contrôle centralisé, les universités sont censées signaler les absences, mais elles ne disposent ni des moyens ni de l’intérêt pour vérifier la présence réelle des étudiants étrangers. Des agences d’immigration locales proposent même ce système comme solution rapide pour obtenir un visa.
En parallèle, l’enquête de Radio-Canada a mené ses journalistes jusqu’à Abidjan, berceau de ces réseaux. Dans les cybercafés, des jeunes expliquent comment ils ont commencé à « brouter », terme local pour désigner l’arnaque en ligne. Un ancien fraudeur, Alvin, décrit l’importance des rituels mystiques censés « envoûter » les victimes, et affirme qu’aucun brouteur ne travaille sans marabout. Dans les quartiers, ces activités se traduisent par une ostentation de richesse : vêtements de luxe, voitures de prestige, villas. Pour beaucoup, le broutage est devenu un métier à part entière.
Face à cette mise en scène, les experts interrogés parlent d’une véritable mafia en construction. Des criminologues évoquent un système organisé, où chacun a un rôle : création de profils fictifs, fabrication de documents, blanchiment d’argent, exportation de véhicules. Certains craignent que les fonds transitant en Afrique soient réinjectés dans d’autres filières criminelles, voire dans des activités liées au terrorisme.
Pourtant, cette présentation pose question. Employer l’expression « mafia africaine » et présenter l’Afrique comme une « fabrique d’arnaqueurs » tend à généraliser un phénomène limité à des réseaux précis. Les données officielles canadiennes montrent que la fraude en ligne est multiforme. En 2024, le Centre antifraude du Canada a recensé plus de 638 millions de dollars de pertes toutes fraudes confondues. Les arnaques amoureuses comptent pour une part importante, plus de 50 millions en 2023, mais les escroqueries d’investissement représentent la plus grosse portion des pertes.
Ainsi, si l’enquête de Radio-Canada décrit des méthodes sophistiquées et documente des cas réels, son cadrage peut conduire à des amalgames. Le risque est d’assimiler un continent entier à une industrie du crime, alors que le Canada lui-même affronte des formes variées de fraudes, venues de multiples horizons. La véritable question n’est pas de savoir si l’Afrique est une « fabrique d’arnaqueurs », mais comment renforcer les contrôles aux frontières, encadrer les permis d’études et sensibiliser les citoyens canadiens pour limiter l’impact de ces stratagèmes.
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