Nouveau coup de théâtre électoral en Centrafrique : le gouvernement s’assoit sur le code électoral et réécrit ses règles à la veille des élections

À quelques mois des élections groupées prévues pour décembre 2025, le ministère de l’Administration du territoire a officiellement transmis à l’Autorité nationale des élections (ANE) une série de propositions visant à modifier une quinzaine d’articles du code électoral.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le document, signé par le ministre Bruno Yapandé, ne laisse aucun doute sur l’intention du pouvoir : réajuster les règles à sa convenance, sans consultation large, sous prétexte d’une soi-disant harmonisation des vues. Cette approche traduit une stratégie bien connue, dans laquelle l’appareil d’État se met au service d’un objectif politique précis : sécuriser le contrôle du processus électoral, en dépit des nombreuses alertes formulées depuis plus d’un an par les partenaires étrangers.
Car la situation est déjà critique. Depuis des mois, l’ANE n’arrive pas à produire une liste électorale fiable. Or, selon les dispositions précédentes du code, cette liste devait être disponible au moins une année avant la convocation du corps électoral. Ce délai étant dépassé, le gouvernement a déjà fait adopter une modification de l’article 18 pour réduire ce temps, sans pour autant parvenir à remplir ses obligations. Au lieu de se remettre en question, les autorités enchaînent désormais les amendements, avec l’objectif de contourner les difficultés institutionnelles par des arrangements successifs.
La lettre du ministre est explicite : les articles 28, 41, 42, 58, 59, 60, 66, 68, 69, 94, 121, 177, 179, 206, 265 et 266 sont visés. Les changements proposés touchent aussi bien les modalités de vote que les délais de dépôt et de traitement des candidatures, le nombre d’isoloirs, le rôle du tribunal administratif ou encore les règles encadrant la parité. À titre d’exemple, un électeur pourrait désormais voter sans carte, simplement sur présentation d’un récépissé. Le nombre d’électeurs par isoloir serait revu à la hausse, tandis que le traitement des contentieux électoraux passerait de 15 à 20 jours. Certaines formulations sont corrigées pour intégrer le vote des militaires ou pour préparer le terrain à une élection municipale avec une liste unique, si les autres sont invalidées.
En même temps, le ministre appelle l’ANE à une réunion en urgence, prévue le 8 août 2025, pour “mettre en commun les propositions” et valider cette démarche dite dérogatoire. À peine cette étape franchie, un atelier d’information devrait être organisé dès le début de la semaine suivante, pour élargir l’adhésion aux autres entités du processus électoral.
Ce calendrier resserré, imposé sans débat ni transparence, révèle une pratique installée : agir vite, imposer le rythme, court-circuiter les contre-pouvoirs, verrouiller les marges de contestation. L’ensemble des institutions concernées – Conseil constitutionnel, tribunal administratif, ANE – se retrouvent ainsi instrumentalisées dans une logique politique où l’efficacité administrative n’est plus un objectif, mais un alibi.
Tout cela se déroule alors même que les partenaires internationaux – États-Unis, Nations unies, Union européenne – ont exprimé à plusieurs reprises leurs doutes quant à la capacité de l’ANE à garantir une élection crédible. Ces doutes ne datent pas d’hier. Ils s’appuient sur l’inefficacité manifeste de l’organe en charge des élections, son incapacité à tenir les délais, son manque d’indépendance, et les multiples ingérences de l’exécutif dans les décisions techniques. C’est dans ce contexte que le pouvoir réécrit les règles à la dernière minute, sans jamais assumer les responsabilités de sa propre impréparation.
Il ne s’agit donc plus seulement d’une dérive. Ce qui se joue ici relève d’un choix assumé : celui de la criminalité politique, c’est-à-dire l’usage de l’appareil juridique pour consolider un pouvoir en place, au mépris des principes fondamentaux de la démocratie. Ce choix, progressif mais méthodique, remet en cause la sincérité du scrutin à venir.
Dans ce contexte, faut-il encore parler d’élection ? Ou s’agit-il d’un simple habillage procédural destiné à valider, par les urnes, un résultat déjà décidé ? Ce que le régime impose aujourd’hui n’est ni un ajustement ni un consensus. C’est une transformation unilatérale des règles du jeu, imposée par ceux qui ne veulent plus jamais perdre.
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![MLPC : Martin Ziguélé sort du silence et fustige les « mercenaires politiques » à la solde du pouvoir MLPC : Martin Ziguélé sort du silence et fustige les « mercenaires politiques » à la solde du pouvoir Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de , En marge de la réunion hebdomadaire du bureau politique du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), le président du parti et ancien Premier ministre, Martin Ziguélé, a vigoureusement répondu aux dissidents de sa formation politique. Face aux actions de Jackson Mazette, Chantal Jean-Édouard Koyambonou et Étienne Malekoudou, qu'il qualifie de « mercenaires politiques », le leader du MLPC a tenu à clarifier la situation juridique et politique de son parti. Une « escroquerie intellectuelle » : le rappel des textes du parti Interrogé sur la légitimité de la direction actuelle face aux contestations des dissidents, Martin Ziguélé a d'abord tenu à effectuer un rappel rigoureux du cadre juridique régissant le MLPC. Qualifiant la situation créée par les dissidents de « complètement ridicule », il a rappelé que le parti est régi par des statuts et un règlement intérieur déposés auprès du ministère de l’Administration du territoire ainsi que du notaire du parti, des textes dont la légalité n'a jamais été contestée. S'appuyant sur l'article 24 des statuts et du règlement intérieur, Martin Ziguélé a expliqué le fonctionnement des instances : « Le Congrès est l'organise suprême du parti. Il élit le président du parti, le bureau politique, le Conseil politique national, tous les organes du parti. Il reste en fonction pendant 3 ans, c'est la durée statutaire. Mais, parce qu'il y a un mais, ce bureau est automatiquement dissous lorsque se met en place le bureau du nouveau congrès ordinaire du parti. » Dans la continuité de sa démonstration, l'ancien Premier ministre a réfuté l'argument des dissidents selon lequel le mandat du bureau actuel serait arrivé à expiration. Il a retracé l'histoire du parti, créé en 1979, rappelant que les congrès ordinaires ont souvent connu des intervalles particulièrement longs, neuf ans entre le premier et le deuxième congrès, puis treize ans entre le troisième et le quatrième, organisé en 2020, sans que cela n'ait jamais remis en cause la légitimité de la direction en place. « Le fait que depuis 2020 on n'ait pas tenu un congrès jusqu'en 2020, ou jusqu'en 2023 ou en 2024, ce n'est pas là la raison. C'est de l'escroquerie intellectuelle. Le véritable problème est ailleurs. » explique-t-il. Les révélations sur une déstabilisation orchestrée par le pouvoir Au-delà de l'aspect juridique, Martin Ziguélé estime que la crise actuelle trouve son origine dans un contexte politique bien précis. Selon lui, la fracture au sein du MLPC est née au lendemain des élections de 2021. Après le refus du MLPC de participer au Dialogue républicain, une décision prise collégialement par le bureau politique et non par lui seul, le pouvoir en place aurait, selon lui, activé plusieurs leviers afin de déstabiliser le parti. Martin Ziguélé accuse directement le président de la République, Faustin-Archange Touadéra, d'avoir financé les dissidents : « Dès le lendemain du dialogue républicain, le pouvoir a décidé de déstabiliser la direction du MLPC. Et le pouvoir, et notamment le président de la République, a donné des moyens financiers. Puisque c'est eux-mêmes qui en parlent, c'est eux-mêmes qui le ddisent, c'est eux-mêmes qui se disputent publiquement sur la répartition de cet argent-là, avec pour objectif de déstabiliser la direction du parti. » À ses yeux, l'éclatement des dissidents en plusieurs factions, « MLPC », « MLPC CO », tandis que Stanislas Zoumbeti évoluerait en solitaire, constitue une illustration supplémentaire de cette stratégie de division. Il y voit la preuve qu'ils ne disposent d'« aucune base légale sérieuse ». Il rappelle, à cet égard, que l'article 12 des statuts prévoit que seul le président du parti ou les deux tiers des membres du Conseil politique national peuvent convoquer un congrès. Dès lors, le seul congrès qu'il considère comme pleinement légitime demeure le cinquième congrès ordinaire, tenu les 9 et 10 septembre derniers. Des « porteurs d'eau » et des « mercenaires » Poursuivant son argumentaire, le président du MLPC estime que l'attitude de ses opposants internes est incompatible avec la vocation même d'un parti d'opposition, dont la mission consiste à proposer une alternative politique crédible afin de conquérir démocratiquement le pouvoir. « Vous ne pouvez pas dire que vous voulez révolutionner, réveiller votre parti politique en allant soutenir celui qui est au pouvoir. Ça veut dire que c'est des porteurs d'eau, c'est des gens qui sont utilisés, employés. C'est des mercenaires comme les Wagner sur le plan politique là, ils sont des mercenaires également sur le plan politique. » Par ailleurs, Martin Ziguélé affirme que la plainte déposée il y a plus de deux ans contre ces dissidents demeure bloquée. Selon lui, ce procès serait entravé par le pouvoir ainsi que par le ministre d'État à la Justice, comme l'aurait indiqué l'avocat du parti, Maître Nicolas Tiangaye. Malgré cette situation, le président du MLPC assure que « Le parti est debout ». Il estime que le peuple centrafricain demeure lucide et ne se laissera pas abuser par ce qu'il considère comme des manœuvres de déstabilisation financière et politique. L’ancien Premier ministre balaie d'un revers de main les prétendus projets de « réconciliation » avancés par les dissidents du MLPC CO ou d'autres mouvances. Il martèle que la direction d'un parti historique ne se conquiert ni par des accords de couloir ni par des alliances opportunistes avec le pouvoir en place. En réaffirmant sa confiance dans la clairvoyance du peuple centrafricain, Martin Ziguélé présente le MLPC qu'il dirige comme un parti uni, résolu à résister aux tentatives de déstabilisation et aux entreprises de corruption politique. Par Gisèle MOLOMA Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC Abonnez-vous à notre chaine YouTube : Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65 Email : Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/martin-ziguele-1-218x150.jpg)