Élections fantômes : l’ANE paie des taxi-motos pour supplier les Centrafricains de se présenter, mais personne ne veut participer à la parodie d’Élections de Touadéra
Les moto taximens appelés en renfort par l’ANE afin de faire des campagnes dans les quartiers demandant aux citoyens d’aller déposer leurs candidatures aux Élections du 28 décembre 2025
Pour la première fois dans l’histoire de la République Centrafricaine, l’Autorité Nationale des Élections (ANE) a lancé une campagne désespérée pour supplier les Centrafricains de déposer leurs candidatures aux Élections du 28 décembre 2025. Depuis l’ouverture du dépôt des candidatures le 2 octobre dernier, l’ANE a recruté des jeunes conducteurs de taxi-motos, leur a donné des gilets estampillés “ANE”, les a payés pour sillonner les quartiers de Bangui avec des mégaphones en criant : “Venez déposer vos dossiers de candidature !”
Cette situation inédite et pathétique montre l’ampleur du rejet populaire des élections organisées par le régime Touadéra. Personne ne veut participer. Le silence est total. Les Centrafricains ont compris que ces élections ne sont qu’une parodie, une nomination déguisée en scrutin démocratique.
Les chiffres sont accablants. Pour l’Assemblée Nationale qui compte environ 145 sièges de députés, l’ANE n’a reçu que 300 et quelques dépôts de candidatures au moment de la clôture le 11 octobre. C’est largement inférieur au nombre normalement attendu pour des élections législatives crédibles. Pour les élections communales, c’est encore pire : les candidatures sont quasi-inexistantes.
Qui a déposé ces 300 candidatures ? Principalement le MCU, le parti de Touadéra. Et de manière révélatrice, le MCU a mis en place une stratégie cynique : pour chaque circonscription, il présente un candidat officiel MCU ET un candidat “indépendant” qui est en réalité aussi du MCU. Cette astuce permet au MCU de monopoliser les candidatures et de créer l’illusion d’une compétition là où il n’y en a aucune.
Tu trouves donc dans chaque circonscription un candidat officiel du MCU et un candidat soi-disant indépendant mais qui est en fait du MCU. Peu importe qui “gagne”, c’est le MCU qui remporte le siège. C’est le MCU qui remplit à lui seul la majorité des demandes de candidature. Les vrais partis d’opposition, les vrais candidats indépendants, brillent par leur absence.
Ce désintérêt massif a poussé l’ANE à prendre des mesures désespérées. Au lieu de s’interroger sur les raisons de ce boycott, au lieu de créer les conditions d’élections crédibles qui donneraient envie aux gens de participer, l’ANE a décidé de faire de la publicité pour recruter des candidats.
Des jeunes conducteurs de taxi-motos ont été recrutés et payés par l’ANE. On leur a donné des gilets aux couleurs de l’ANE. On leur a remis des mégaphones. Et on les a envoyés dans différents quartiers de Bangui pour crier : “Venez déposer vos candidatures ! Présentez-vous aux élections !”. Ces jeunes sillonnent les rues depuis plusieurs jours, répétant inlassablement leur message, essayant de convaincre les Centrafricains de participer à des élections auxquelles personne ne croit.
Cette campagne de l’ANE pour recruter des candidats est sans précédent. Jamais dans l’histoire du pays une institution électorale n’a dû supplier les citoyens de se présenter aux élections. Cela montre le degré de rejet de ces élections par la population. Les Centrafricains ont compris que c’est une comédie pathétique et ils refusent d’y participer, même comme candidats.
Malgré cette campagne intensive, malgré les jeunes en gilets ANE qui crient dans les mégaphones, malgré l’argent dépensé pour payer ces taxi-motos, le résultat est zéro. Les gens ne viennent pas. Ils ne veulent pas déposer leurs candidatures. Le silence est assourdissant.
L’exemple le plus frappant de ce rejet est la ville de Birao, dans la préfecture de la Vakaga. Du 2 octobre au 6 octobre, aucun candidat n’a déposé de dossier à Birao. Zéro candidature. Pendant quatre jours, le bureau de l’ANE à Birao est resté vide. Personne n’est venu. On ne sait pas si des candidatures ont été déposées dans les derniers jours avant la clôture le 11 octobre, mais le fait qu’aucun candidat ne se soit présenté pendant les quatre premiers jours est révélateur.
À Birao, les jeunes avaient déjà clairement dit à Hassan Bouba qu’ils ne voulaient pas de son association “100% Touadéra” dans leur ville. Ce refus s’étend maintenant aux élections elles-mêmes. Les habitants de Birao boycottent massivement ce scrutin truqué.
Cette situation est grave pour l’ANE et pour le régime Touadéra. Comment peut-on organiser des élections quand personne ne veut se présenter ? Comment peut-on prétendre que c’est un scrutin démocratique quand il faut payer des taxi-motos pour supplier les gens de déposer leurs candidatures ?
Les Centrafricains ont bien compris. Ils ont compris que ces élections ne sont pas de vraies élections. Ils ont compris que Touadéra va faire un coup de force. Ils ont compris que ce ne sera pas une élection mais une nomination. Ils ont compris qu’il ne sert à rien de dépenser son argent pour payer les frais de candidature, pour perdre son argent pour rien.
Pourquoi payer une caution de plusieurs millions de francs CFA pour participer à des élections dont le résultat est écrit d’avance ? Pourquoi se présenter quand on sait que le MCU va “gagner” de toute façon parce qu’il contrôle l’ANE, le Conseil Constitutionnel, l’administration, et qu’il pille les caisses publiques pour financer sa campagne ?
Les vrais partis d’opposition ont déjà annoncé leur boycott : le BRDC, le PCS, et probablement d’autres vont suivre. Les candidats indépendants sérieux refusent de cautionner cette parodie. Restent seulement les candidats du MCU, les faux indépendants du MCU, et quelques opportunistes qui espèrent gagner quelque chose en participant.
Le fait que l’ANE doive recruter des taxi-motos pour faire de la publicité pour ces élections montre que l’institution elle-même sait que ces élections sont rejetées par la population. Mais au lieu de reconnaître le problème et de créer les conditions d’un scrutin crédible, l’ANE continue à faire semblant, à organiser cette comédie électorale que personne ne prend au sérieux.
Les jeunes en gilets ANE qui circulent dans Bangui avec leurs mégaphones sont les symboles vivants de cette farce. Ils crient dans le vide. Ils supplient les gens de participer à une mascarade. Et les gens passent à côté d’eux sans s’arrêter, sans écouter, sans répondre.
Un conducteur en fuite après un premier accident a semé la panique samedi soir dans les 8ème et 5ème arrondissements de Bangui, provoquant un second accident qui a fait plusieurs blessés.
Les faits se sont déroulés vers 20 heures dans la nuit du samedi à dimanche. Un automobiliste a d’abord causé un accident au croisement du 8ème arrondissement. Au lieu de s’arrêter, le conducteur a pris la fuite en direction du croisement Marabéna, également appelé Place Omar Bongo.
Des conducteurs de taxi-moto présents sur les lieux au croisement du huitième ont immédiatement pris en chasse le véhicule, klaxonnant pour alerter les autres usagers. Le conducteur, paniqué, a accéléré davantage, déclenchant une course-poursuite sur près de deux kilomètres entre les deux croisements.
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Arrivé au croisement Marabéna, le conducteur a perdu le contrôle de son véhicule et a percuté deux motos, faisant de nouveaux blessés. Les gendarmes positionnés au carrefour ont immédiatement interpellé le conducteur.
Les victimes de cet accident ont été transportées à l’hôpital. L’auteur présumé se trouve actuellement aux mains de la gendarmerie qui a ouvert une enquête sur les circonstances de ces deux accidents successifs.
Le Rassemblement Unitaire lance une alerte d’avant-crise en RCA : le régime Touadéra utilise le droit comme arme de dictature
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2022/11/Jean-Francois-Akandji-Kombe.jpg” data-wpel-link=”internal”>Jean-Francois-Akandji-Kombe – Centrafrique : qui sont les quatre leaders de l’opposition poursuivis par la justice privée de Touadera ?
Le Rassemblement Unitaire, un mouvement de l’opposition centrafricaine basée à Paris et dirigée par le Professeur Jean-François Akandji-Kombé, vient de lancer une alerte d’avant-crise en République Centrafricaine. Dans son communiqué numéro 12 du 17 octobre 2025, cette organisation dresse un constat accablant : le régime Touadéra utilise le droit et la justice comme instruments d’arbitraire, d’oppression du peuple et de division de la société.
Cette alerte intervient après l’arrestation non justifiée du Président du parti MDSP, le Dr Dominique Désiré Erenon, et les manœuvres d’élimination politique du Président du parti URCA, Anicet-Georges Dologuélé, député de la nation, déclaré apatride par le régime après avoir renoncé à la nationalité française pour se conformer à la Constitution de 2023.
Le Rassemblement Unitaire avait déjà lancé un premier avertissement dans son communiqué numéro 11 du 27 septembre 2025, attirant l’attention sur le risque imminent et sérieux d’une nouvelle et grave crise en Centrafrique. Les événements de ces dernières semaines confirment malheureusement cette perspective funeste.
L’organisation considère que la Constitution de 2023, obtenue par coup d’État, ainsi que les institutions et procédures qui en découlent, sont non seulement illégitimes, mais aussi porteuses de dynamiques contraires à la démocratie et au vivre-ensemble en République Centrafricaine.
Le communiqué du Rassemblement Unitaire détaille sept techniques utilisées par le régime pour instrumentaliser le droit et la justice. Cette analyse mérite d’être examinée attentivement car elle met en lumière les mécanismes précis par lesquels Touadéra transforme l’État de droit en État de non-droit.
Première technique : l’installation du désordre juridique. Le régime utilise une loi ancienne de 1961, héritée de la colonisation, pour appliquer la Constitution de 2023. Cette pratique viole le principe cardinal du droit selon lequel une Constitution ne dispose que pour l’avenir. On ne peut pas appliquer une Constitution nouvelle avec une loi vieille de 64 ans qui n’a jamais été appliquée pendant toutes ces années. C’est exactement ce qui se passe avec le cas Dologuélé : le régime invoque la loi de 1961 pour prétendre qu’il a perdu sa nationalité en 1994 quand il a acquis la nationalité française.
Deuxième technique : l’inversion de la hiérarchie des normes. Dans un État de droit normal, la Constitution est au sommet de la hiérarchie des normes. Toutes les lois doivent être conformes à la Constitution. Mais dans la Centrafrique de Touadéra, c’est l’inverse : la Constitution de 2023 est subordonnée à la loi de 1961. On applique une loi ancienne pour interpréter une Constitution nouvelle. C’est une aberration juridique totale qui montre que le régime manipule le droit selon ses besoins politiques.
Troisième technique : la création d’une insécurité juridique généralisée. Quand personne ne peut prédire quelle règle s’applique, quand même les juristes ne peuvent pas anticiper les décisions des tribunaux, quand le droit change selon les personnes concernées, il n’y a plus d’État de droit. Il y a seulement l’arbitraire. Les citoyens perdent confiance dans la loi parce qu’ils voient qu’elle est appliquée de manière discriminatoire. Dologuélé est déclaré apatride en invoquant la loi de 1961, mais des centaines d’autres binationaux au gouvernement et à l’Assemblée ne sont pas inquiétés.
Quatrième technique : la suppression des recours constitutionnels. La Constitution démocratique de 2016 permettait aux citoyens d’attaquer les lois et décrets présidentiels inconstitutionnels devant la Cour Constitutionnelle. C’est grâce à cette possibilité que la Cour avait pu annuler le dispositif de la cryptomonnaie et d’autres actes du régime. Mais la Constitution de 2023 a supprimé ces possibilités de recours. Les citoyens ne peuvent plus contester les décisions du pouvoir devant une juridiction indépendante. Et même si formellement ces recours existent encore, le Conseil Constitutionnel est dirigé par le cousin de Touadéra et valide tout ce que veut le régime.
Cinquième technique : la division des Centrafricains. Les dispositions constitutionnelles relatives à la nationalité instaurent une différence de droits et de devoirs entre les Centrafricains dits “d’origine” et les autres Centrafricains. Ces derniers sont exclus de toute fonction élective ainsi que des hautes fonctions civiles et militaires. Cette distinction crée deux catégories de citoyens : les Centrafricains de première classe qui ont tous les droits, et les Centrafricains de seconde classe qui sont exclus de certains droits politiques. C’est une violation du principe fondamental d’égalité devant la loi.
Sixième technique : l’application discriminatoire des dispositions légales. Le régime n’applique les lois que contre ceux qu’il considère comme gênants, et dispense de leur respect les tenants du pouvoir et leurs amis. Dologuélé est poursuivi pour double nationalité alors que des dizaines de personnalités du régime ont aussi la double nationalité sans être inquiétées. Sylvie Baïpo-Temon, Thierry Kamach, Annie-Michelle Mouanga, Pierre Somsé et tant d’autres sont binationaux mais continuent tranquillement à exercer leurs fonctions. La loi n’est appliquée que de manière sélective, selon les intérêts politiques du régime.
Septième technique : la fabrication volontaire d’apatrides. Par une fausse application et une fausse interprétation du droit, le régime exclut des Centrafricains avérés du corps national et fabrique des apatrides. Cela viole les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et à l’apatridie que la Centrafrique a ratifiées. Dologuélé est le cas le plus visible, mais combien d’autres Centrafricains pourraient subir le même sort si le régime décidait de leur appliquer la même interprétation tordue de la loi de 1961 ?
Cette analyse du Rassemblement Unitaire est précise, documentée, et juridiquement solide. Elle montre que le régime Touadéra n’utilise pas simplement la force brute pour réprimer l’opposition. Il utilise aussi, et peut-être surtout, une manipulation sophistiquée du droit pour donner une apparence de légalité à ses actes arbitraires.
C’est ce qu’on appelle l’autoritarisme légaliste : un régime qui maintient les formes de l’État de droit – des lois, des tribunaux, des procédures – mais qui vide ces formes de leur substance en les manipulant pour servir ses intérêts politiques. C’est plus insidieux que la dictature ouverte parce que ça permet au régime de prétendre qu’il respecte le droit alors qu’en réalité il le viole constamment.
Le Rassemblement Unitaire conclut son communiqué en réitérant que le dialogue politique inclusif reste l’unique et dernière chance de résoudre pacifiquement les graves maux qui minent la Centrafrique. L’organisation pose comme préalable à toute élection l’organisation d’un tel dialogue et la réalisation d’un consensus national sur les graves questions de l’heure.
Cet appel au dialogue est louable. Mais il faut être réaliste : le régime Touadéra n’a aucun intérêt à organiser un vrai dialogue inclusif. Pourquoi dialoguerait-il quand il peut simplement imposer sa volonté par la force et la manipulation juridique ? Pourquoi chercherait-il un consensus quand il peut truquer les Élections et se maintenir au pouvoir de toute façon ?
Le dialogue n’est possible que si les deux parties ont intérêt à dialoguer. Mais quand une partie a tous les moyens de la force – l’armée, Wagner, la justice, les institutions – et qu’elle n’a aucun scrupule à les utiliser, pourquoi dialoguerait-elle avec l’opposition ?
La vraie question est : que se passera-t-il quand l’opposition et le peuple centrafricain réaliseront que le dialogue est impossible, que les Élections sont truquées, que toutes les voies légales et pacifiques sont fermées ? C’est là que réside le risque d’une nouvelle crise grave que le Rassemblement Unitaire tente d’éviter en lançant cette alerte.
Si le régime continue sur cette voie – élimination de l’opposition, trucage des Élections, manipulation du droit, répression de toute dissidence – il pousse les Centrafricains vers la seule option qui leur restera : la résistance violente. Et c’est exactement ce que le Rassemblement Unitaire essaie d’éviter en appelant au dialogue avant qu’il ne soit trop tard.
Mais le régime Touadéra écoutera-t-il cet appel ? Acceptera-t-il d’organiser un vrai dialogue inclusif ? Cessera-t-il de manipuler le droit pour écraser l’opposition ? Malheureusement, rien dans le comportement du régime ces dernières années ne permet de l’espérer.
Le Rassemblement Unitaire a raison de lancer cette alerte d’avant-crise. Tous les indicateurs sont au rouge. L’opposition est éliminée. Les Élections sont truquées. Le droit est manipulé. Le peuple est opprimé. La tension monte. Et la communauté internationale regarde sans rien faire.
Amnesty International alerte sur le risque de fermeture de la Cour pénale spéciale en RCA
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/11/Lors-du-proces-dit-Ndele-1.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le juge de la Section d’assises de la Cour pénale spéciale lors d’une audience dans le procès Ndélé I. CopyrightCPS
À quelques jours du septième anniversaire de la Cour pénale spéciale (CPS) de la République centrafricaine, Amnesty International tire la sonnette d’alarme. L’organisation de défense des droits humains appelle à un soutien financier urgent pour éviter la fermeture de cette juridiction hybride qui enquête sur les crimes graves commis depuis 2003 dans le pays.
Dans un communiqué publié ce 17 octobre 2025, Amnesty International exprime sa profonde préoccupation face à l’avenir de la Cour qui souffre d’un manque de financement critique. “La fermeture de la CPS serait catastrophique pour les milliers de victimes et de survivants qui espèrent obtenir justice pour les crimes graves commis au cours de deux décennies de conflit”, souligne l’organisation.
La crise financière de la CPS fait suite à la suspension, en janvier 2025, du financement américain. Les États-Unis, qui étaient le principal donateur de la Cour, ont laissé environ 4,15 millions de dollars d’engagements impayés. Cette réduction drastique compromet les procédures en cours et les services essentiels apportés aux victimes et aux témoins.
Le budget de la Cour repose uniquement sur les contributions volontaires des États et des organisations internationales. Outre les États-Unis, la mission de maintien de la paix des Nations unies Minusca et l’Union européenne figuraient parmi les principaux contributeurs.
Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, appelle “l’Union africaine, l’Union européenne et leurs États membres respectifs, ainsi que tous les autres États partenaires, à apporter davantage de ressources financières et humaines à la CPS pour qu’elle puisse poursuivre son travail essentiel”.
L’organisation insiste sur le fait que les tribunaux nationaux ne disposent toujours pas des ressources et capacités nécessaires pour assumer le mandat de la CPS. “Mettre fin au financement de la CPS avant qu’ils n’aient les capacités requises reviendrait à laisser l’impunité l’emporter”, prévient Marceau Sivieude.
Inaugurée le 22 octobre 2018, la CPS est un tribunal hybride composé de procureurs et de juges centrafricains et étrangers. Elle a pour mandat d’enquêter et de poursuivre les crimes relevant du droit international commis pendant les conflits en RCA depuis 2003, période durant laquelle des milliers de civils ont été tués, violés, enlevés, mutilés ou déplacés.
La Cour a mené trois procès, dont deux sont encore en phase d’appel, et compte actuellement une vingtaine de dossiers en attente. Elle a également émis des mandats d’arrêt contre près de 50 personnes, dont beaucoup sont toujours en fuite. Parmi les décisions marquantes figure le mandat d’arrêt délivré en 2024 contre l’ancien président François Bozizé.
Amnesty International souligne que si la CPS ferme ses portes après avoir poursuivi seulement quelques individus de rang inférieur pour des incidents récents, elle aura largement manqué à son mandat et déçu les espoirs de la population centrafricaine. “Les victimes et les survivants de crimes relevant du droit international ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations”, rappelle l’organisation.
Il reste actuellement trois ans au mandat de la CPS, qui célébrera son septième anniversaire le 22 octobre prochain.
675 millions pour 29 véhicules de luxe pendant que les employés de l’Assemblée cumulent deux mois d’arriérés de salaire
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/05/ngamana-au-cote-de-sarandji-et-chef-de-Wagner.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le Président de l’assemblée nationale, Simplice Mathieu Sarandji et son adjoint, Évariste Ngamana au côté du chef de Wagner en Centrafrique.
Pendant qu’un travailleur centrafricain de la société minière chinoise se noie à Dimbi faute d’équipement de sécurité, pendant que les employés de l’Assemblée nationale cumulent deux mois d’arriérés de salaire, pendant que certains députés n’ont pas reçu leurs indemnités, l’Assemblée nationale vient de commander 29 véhicules neufs pour un montant total de 675 500 000 francs CFA.
Six cent soixante-quinze millions et demi. Pour des voitures. Pendant que les salaires ne sont pas payés.
Voici le détail de cette commande scandaleuse :
– 1 Toyota Land Cruiser 300 : 72 millions FCFA
– 1 Toyota Land Cruiser 75 : 32 millions FCFA
– 3 Toyota Fortuner : 32 millions FCFA chacun (96 millions au total)
– 18 Suzuki Vitara : 20 millions FCFA chacun (360 millions au total)
– 3 Suzuki : 15 millions 500 mille FCFA chacun (46,5 millions au total)
– 3 Mitsubishi L200 : 23 millions FCFA chacun (69 millions au total)
Total : 29 véhicules pour 675 500 000 FCFA.
Ces véhicules ne sont pas destinés aux services administratifs de l’Assemblée. Ce ne sont pas des ambulances pour transporter les malades. Ce ne sont pas des véhicules utilitaires pour les besoins du service public. Non. Ce sont des véhicules de luxe, des gros cylindres, des 4×4 haut de gamme pour que les députés et les hauts responsables de l’Assemblée puissent rouler confortablement sur les routes chaotiques de Bangui.
Un Toyota Land Cruiser 300 à 72 millions de francs. C’est le véhicule le plus cher de la commande. Probablement destiné au Président de l’Assemblée ou à un Vice-Président. Pendant que les balayeurs de l’Assemblée attendent depuis deux mois leur salaire de 50 000 francs.
Dix-huit Suzuki Vitara à 20 millions chacun. Trois cent soixante millions rien que pour ces 18 véhicules. Avec 360 millions, on pourrait payer les salaires de tous les employés de l’Assemblée pendant six mois. Mais non, on préfère acheter des voitures neuves.
Trois Toyota Fortuner à 32 millions chacun. Quatre-vingt-seize millions pour trois voitures. Avec 96 millions, on pourrait équiper tous les sites miniers du pays en gilets de sauvetage et dispositifs de sécurité. Mais non, on préfère que les députés roulent dans des 4×4 climatisés.
Cette commande de véhicules survient au moment même où l’Assemblée nationale traverse une crise financière grave. Les employés sont en grève depuis le 9 octobre parce qu’ils cumulent deux mois d’arriérés de salaire. Certains députés n’ont pas reçu leurs indemnités depuis plusieurs mois. Le budget 2022 voté par l’Assemblée avait été réduit de manière unilatérale par le ministère des Finances, créant un gap budgétaire qui rend difficile le paiement des salaires et indemnités de décembre.
Mais visiblement, il y a de l’argent pour acheter des voitures de luxe. Six cent soixante-quinze millions trouvés miraculeusement pour commander 29 véhicules neufs. Alors qu’on dit aux employés qu’il n’y a pas d’argent pour les payer.
Le gouvernement et l’Assemblée nationale répètent à longueur de journée que l’État traverse une tension de trésorerie. Ils disent qu’il n’y a pas d’argent pour payer les salaires, pour financer les hôpitaux, pour réparer les routes, pour équiper les écoles. Mais miraculeusement, il y a toujours de l’argent pour acheter des véhicules de luxe pour les dignitaires.
Cette commande de 675 millions de véhicules démontre les priorités du régime Touadéra : le luxe pour les dirigeants, la misère pour le peuple. Pendant que les Centrafricains galérent, pendant que les travailleurs meurent faute d’équipement, pendant que les employés ne sont pas payés, les députés et les responsables de l’Assemblée commandent des 4×4 haut de gamme pour rouler paisiblement sur les routes défoncées de Bangui.
Avec 675 millions, on pourrait :
– Payer les arriérés de salaire de tous les employés de l’Assemblée pendant un an
– Équiper tous les sites miniers du pays en matériel de sécurité
– Construire deux centres de santé dans les provinces abandonnées
– Équiper 20 écoles en tables-bancs et fournitures scolaires
Mais non. On préfère acheter 29 voitures. Parce que l’essentiel, pour les dirigeants centrafricains, c’est de rouler dans des véhicules neufs et climatisés pendant que le peuple marche à pied dans la poussière.
Cette commande s’inscrit dans la logique du rapport de la Commission Spéciale de Comptabilité et de Contrôle de 2022 que Corbeau News a récemment publié. Ce rapport documentait déjà comment l’Assemblée nationale détournait des centaines de millions pendant que les salaires n’étaient pas payés. Deux cent soixante-dix millions avaient été votés en 2022 pour l’achat de véhicules des membres du Bureau. Aucun véhicule n’avait été acheté, l’argent avait disparu.
Maintenant, en 2025, on recommence. On vote 675 millions pour acheter des véhicules pendant que les employés ne sont pas payés. Le scénario est identique : détourner l’argent public pour le luxe des dirigeants pendant que les travailleurs crèvent de faim.
Les employés de l’Assemblée nationale qui sont en grève depuis jeudi dernier ont raison de bloquer l’entrée du palais. Ils ont raison de refuser que l’institution fonctionne tant qu’ils ne sont pas payés. Comment peuvent-ils accepter de travailler gratuitement pendant que leurs patrons commandent des voitures de luxe à 675 millions ?
Les députés qui n’ont pas reçu leurs indemnités depuis plusieurs mois devraient également se révolter. Comment peuvent-ils accepter de ne pas être payés pendant que l’Assemblée dépense 675 millions pour acheter des voitures ? Certains députés ont des mois d’arriérés, mais le Président de l’Assemblée, lui, va rouler dans un Toyota Land Cruiser 300 à 72 millions.
Cette commande de véhicules est un crachat au visage du peuple centrafricain. Elle montre le mépris total des dirigeants pour la population qui souffre. Pendant que les Centrafricains meurent dans les hôpitaux faute de médicaments, pendant que les enfants étudient assis par terre faute de tables-bancs, pendant que les routes sont impraticables, l’Assemblée nationale achète des 4×4 de luxe à 675 millions.
Le régime Touadéra verse 10 milliards par mois à Wagner pendant que les fonctionnaires ne sont pas payés. L’Assemblée nationale achète des voitures à 675 millions pendant que ses employés cumulent deux mois d’arriérés. La logique est la même : le luxe pour les dirigeants, la misère pour le peuple.
Voilà ce que veut ce régime. Voilà ses priorités. Pas la santé, pas l’éducation, pas les routes, pas la sécurité. Non. Le luxe. Les gros cylindres. Les véhicules climatisés. Le confort des dirigeants pendant que le peuple souffre.
Les Centrafricains doivent savoir où passe leur argent. Ils doivent savoir que pendant qu’on leur dit qu’il n’y a pas de budget pour les hôpitaux, il y a 675 millions pour acheter des voitures de luxe. Ils doivent savoir que pendant qu’on leur dit que l’État est en tension de trésorerie, l’Assemblée nationale commande 29 véhicules neufs.
Pour les centrafricains, cette commande doit être annulée immédiatement. Les 675 millions doivent être utilisés pour payer les arriérés de salaire des employés de l’Assemblée et les indemnités des députés. Si après cela il reste de l’argent, qu’on l’utilise pour équiper les hôpitaux, réparer les routes, construire des écoles.
Mais tant que Touadéra restera au pouvoir, rien ne changera. Les dirigeants continueront à s’acheter des voitures de luxe pendant que le peuple crève de faim. Les députés continueront à voter des budgets pour leur confort pendant que leurs propres employés ne sont pas payés.
Six cent soixante-quinze millions pour 29 voitures. Voilà la Centrafrique de Touadéra.
Détournement de pièces à conviction : les promesses creuses de Jean Vidal Damas
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/10/vidal-le-procureur-general-cour-appel-Bangui.jpg” data-wpel-link=”internal”>Jean Vidal Damas, procureur général près la Cour d’appel de Bangui. Photo : RNL/Christ-Roi Jordan Bandengbe, octobre 2025.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le Procureur général de la Cour d’appel de Bangui, Jean Vidal Damas, a déclaré vouloir lutter contre le détournement des pièces à conviction qui mine les procédures judiciaires. Mais ses propos rassurants ne peuvent cacher une réalité : la justice centrafricaine est gangrenée par la corruption et l’impunité, et les pièces à conviction disparaissent régulièrement sans que personne ne soit sanctionné.
Dans une interview accordée à la radio Ndèkè-Luka, Jean Vidal Damas a reconnu l’ampleur du problème : “Nous n’avons pas de baguette magique pour régler ce genre de problème mais nous pensons que c’est une entorse grave à la loi. Lorsque des pièces à conviction sont déposées ou sont consignées dans une procédure, logiquement ces pièces à conviction doivent accompagner l’ensemble du dossier jusqu’au jugement de cette affaire”.
Le magistrat Jean Vidal Damas a admis que ce dysfonctionnement est fréquent : “C’est des manquements graves qu’on a observé et souvent au cours des audiences criminelles on se rend compte que le parquet a des difficultés pour représenter des pièces à conviction quand bien même les accusés pouvaient ne pas contester l’existence de ces pièces”.
Jean Vidal Damas a rappelé les sanctions prévues par la loi : “La dissipation ou le détournement d’une pièce à conviction constitue une faute pénale et les OPJ qui refuseraient de représenter ces pièces à conviction qui sont essentielles pour la manifestation de la vérité s’exposent d’abord à une poursuite disciplinaire qui peut aller jusqu’à la révocation de leur qualité d’OPJ et aussi si c’est avéré qu’ils ont totalement fait disparaître des pièces à conviction pour des raisons personnelles ils peuvent s’exposer à des poursuites pénales”.
Le Procureur général de la Cour a proposé des mesures : “Tous les juges d’instruction ou les parquets qui font remonter les procédures au niveau du parquet général doivent s’assurer que ces pièces à conviction qui sont essentielles dans les procédures soient convenablement transmises au parquet. Si un dossier arrive au parquet général sans pièces à conviction, ces dossiers devaient être retournés à qui de droit pour qu’on ne puisse pas aller les mains vides à l’audience”.
Mais ce ne sont que des paroles sans effet. Ces déclarations sonnent creux. Les pièces à conviction disparaissent depuis 10 années dans la justice centrafricaine et personne n’a jamais été sanctionné. Les officiers de police judiciaire qui font disparaître des pièces ne sont jamais révoqués. Les poursuites pénales promises ne sont jamais engagées.
Le détournement des pièces à conviction n’est pas un simple dysfonctionnement technique. C’est un système organisé de corruption où les pièces disparaissent parce que quelqu’un a payé pour qu’elles disparaissent. Des armes saisies qui sont revendues, de l’argent confisqué qui est volé, des documents compromettants qui sont détruits.
Jean Vidal Damas reconnaît que “souvent au cours des audiences criminelles le parquet a des difficultés pour représenter des pièces à conviction”. Cette formulation pudique masque une réalité scandaleuse : dans de nombreux procès, les pièces essentielles ont disparu avant l’audience.
Comment peut-on juger équitablement un accusé quand les pièces qui pourraient l’innocenter ou le condamner ont disparu ? Comment peut-on parler de justice quand les dossiers arrivent à l’audience amputés de leurs éléments essentiels ?
Le Procureur général de la Cour d’Appel propose que les parquets “s’assurent” que les pièces soient transmises et que les dossiers incomplets soient renvoyés. Mais qui contrôle les parquets ? Qui vérifie que ces mesures sont appliquées ? Personne.
La réalité est que le système judiciaire centrafricain fonctionne ainsi depuis des décennies. Les pièces à conviction disparaissent, tout le monde le sait, personne n’est sanctionné, et le système continue. Les déclarations de Jean Vidal Damas ne changeront rien tant qu’aucune sanction concrète ne sera appliquée.
Le magistrat Jean Vidal Damas évoque des “poursuites disciplinaires” et des “poursuites pénales” contre les OPJ responsables. Mais combien d’OPJ ont été révoqués pour détournement de pièces à conviction ces dernières années ? Combien ont été poursuivis pénalement ? Zéro.
Cette impunité totale explique pourquoi le phénomène persiste. Les OPJ savent qu’ils peuvent faire disparaître des pièces sans risquer de sanctions. Ils savent que leurs supérieurs ferment les yeux. Ils savent que le système protège les corrompus.
Le détournement des pièces à conviction profite à ceux qui ont les moyens de payer. Un accusé riche peut faire disparaître les preuves contre lui. Un accusé pauvre verra toutes les pièces, même fabriquées, produites contre lui. La justice devient une marchandise qu’on achète.
Dans certains cas, ce sont les forces de Wagner qui contrôlent les pièces à conviction. Elles décident ce qui sera transmis à la justice et ce qui disparaîtra. Les magistrats centrafricains n’ont aucun pouvoir face aux Mercenaires russes qui leur dictent leurs décisions.
Jean Vidal Damas peut multiplier les déclarations d’intention. Tant qu’aucun OPJ ne sera révoqué, tant qu’aucune poursuite pénale ne sera engagée, tant que l’impunité régnera, les pièces à conviction continueront de disparaître.
Le Procureur général de la Cour d’Appel dit qu’il n’a “pas de baguette magique”. Il n’a surtout pas de volonté politique ni de moyens pour s’attaquer à ce système de corruption. Ses paroles sont vides parce qu’elles ne seront suivies d’aucun acte concret.
La justice centrafricaine restera ce qu’elle est : un système où les pièces à conviction disparaissent régulièrement, où la corruption règne en maître, où les accusés riches ou protégés échappent aux sanctions pendant que les pauvres sont condamnés sans preuve.
Les belles paroles de Jean Vidal Damas ne changeront rien à cette réalité tant que le système judiciaire restera gangréné par la corruption et soumis au pouvoir de Wagner et du régime Touadéra.
Bimbo : quand la réforme pénitentiaire cache-t-elle l’abandon des femmes détenues ?
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2018/02/femmes-sorcières-de-Bimbo-afp.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2018/02/femmes-sorcières-de-Bimbo-afp-300×200.jpg” alt=”Bimbo : quand la réforme pénitentiaire cache-t-elle l’abandon des femmes détenues ?” width=”300″ height=”200″ />Les femmes détenues de la prison de Bimboo
Les apparentes améliorations de la maison d’arrêt de Bimbo masquent-elles les défaillances chroniques du système carcéral centrafricain ?
La maison d’arrêt pour femmes de Bimbo affiche des statistiques rassurantes : 40 détenues pour 60 places disponibles. Ces chiffres, présentés par la régisseuse Natacha Clarisse Ndokoyanga, dessinent le portrait d’un établissement maîtrisé. Mais cette façade dissimule-t-elle une réalité plus sombre ?
La démilitarisation tant vantée pose une question : comment un État souverain peut-il déléguer la gestion de ses prisons à une mission internationale ? La Minusca finance la formation du personnel féminin et soutient les activités de l’établissement. Cette dépendance pathologique traduit l’incapacité du gouvernement centrafricain à assumer ses responsabilités régaliennes les plus élémentaires.
Parmi les 40 femmes incarcérées, 15 demeurent de simples prévenues. Ces détentions préventives prolongées posent une question: combien de temps ces femmes devront-elles attendre un jugement dans un système judiciaire défaillant ? Certaines croupissent depuis des mois, voire des années, victimes d’une justice paralysée par l’inefficacité et la corruption.
Les motifs d’emprisonnement interrogent : coups et blessures volontaires, abus de confiance, mais aussi charlatanisme et sorcellerie. Cette dernière catégorie témoigne d’un système judiciaire archaïque, incapable de distinguer les infractions réelles des superstitions populaires. Comment un État moderne peut-il emprisonner des femmes pour des accusations aussi douteuses ?
L’infrastructure médicale révèle une négligence scandaleuse. L’infirmerie, dépourvue de médecin permanent, est gérée par deux agentes de la défense. Les femmes enceintes subissent des transferts humiliants vers des hôpitaux externes, sous escorte, pour des consultations prénatales. Cette situation précaire expose les détenues à des risques sanitaires inacceptables dans un système pénitentiaire digne de ce nom.
Les programmes de formation professionnelle cachent une exploitation éhontée. Sur les bénéfices générés par le travail des détenues, seulement 25 % leur reviennent. L’administration pénitentiaire s’octroie 25 % tandis que 50 % couvrent les matières premières. Cette répartition scandaleuse transforme les femmes incarcérées en main-d’œuvre bon marché au service d’un système qui les exploite.
L’emplacement aberrant de la prison, héritée des années 80, constitue une bombe à retardement. Située au cœur du centre commercial de Bimbo, elle expose la population civile aux risques de mutinerie. Aucun projet de délocalisation n’a été engagé, témoignant de l’irresponsabilité criminelle des autorités.
La gestion quotidienne impose des règles draconiennes : deux visites mensuelles maximum, communications téléphoniques surveillées, activités strictement encadrées. Cette discipline autoritaire ne compense nullement les carences structurelles béantes du système.
L’absence de surpopulation à Bimbo, présentée comme un succès, cache une réalité cynique. Cette situation privilégiée résulte uniquement de la spécificité d’un établissement réservé aux femmes, traditionnellement moins nombreuses dans le système carcéral. Elle ne témoigne d’aucune amélioration systémique.
La formation du personnel féminin par la MINUSCA, bien que nécessaire, souligne l’échec retentissant de l’État à former ses propres agents pénitentiaires. Cette dépendance humiliante à l’expertise étrangère traduit l’abdication totale des responsabilités gouvernementales.
Les défis demeurent écrasants. Le système judiciaire centrafricain maintient des centaines de femmes dans des limbes juridiques interminables. Les infrastructures médicales archaïques menacent la santé des détenues. La formation professionnelle exploite leur travail sans perspective réelle de réinsertion.
La maison d’arrêt de Bimbo incarne parfaitement les contradictions d’un système pénitentiaire déliquescent. Derrière les réformes cosmétiques se cache l’abandon systématique des femmes détenues par un État défaillant. Ces améliorations superficielles ne masquent pas l’effondrement d’un système qui bafoue quotidiennement les droits humains les plus fondamentaux. La question demeure : combien de temps encore ces femmes devront-elles payer le prix de l’incompétence gouvernementale ?
Hekpingba : quand le gouvernement se contente de couper des rubans et de faire des discours sur le dos des partenaires
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/12/Baba-Kongoboro-devant-les-deputes-le-samedi-28-decembre-lors-de-son-discours.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le Président Touadera alias Baba Kongoboro devant les députés lors de son discours sur l’état de la nation le 28 décembre 2024. Photo la renaissance.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Maxime Balalou a encore sorti son grand numéro. Le 8 septembre 2025, il a passé un temps fou à vanter les mérites du projet Hekpingba, comme si le simple fait de citer des chiffres et des noms de bailleurs suffisait à prouver que le gouvernement travaille. Sauf que la réalité, elle, est têtue : ce régime ne fait presque rien par lui-même. Tout ce qu’il inaugure, tout ce qu’il annonce, tout ce qu’il “lance”, c’est grâce à l’argent des autres. Le gouvernement, lui, se contente d’être là le jour de l’inauguration, de faire un discours, et de récupérer les applaudissements.
Balalou a aligné les “réalisations” de Hekpingba de Mbaïki comme un comptable lit une liste de courses : 186 salles de classe, 3 348 tables-bancs, 282 enseignants contractuels, 15 forages, une maternité, une maison de la femme, un centre de transformation agroalimentaire. Très bien. Sauf qu’il a lui-même admis que Hekpingba , tout ça, c’est le PNUD, le Japon, la Banque mondiale et d’autres partenaires qui paient. Le gouvernement centrafricain, lui, n’a sorti aucun franc de sa poche. Alors où est la fierté ? Où est l’effort national ? Où est la contribution de l’État, à part les discours et les coupures de ruban ?
Et puis, il y a cette phrase qui résume tout : Ces réalisations majeures de Hekpingba […] prouvent que notre pays redevient plus crédible.” Crédible ? Un pays dont le ministre de la Communication est un ancien détenu accusé de détournements, dont le gouvernement passe son temps à inaugurer ce qu’il n’a pas financé, et dont les “succès” ne tiennent qu’à l’argent des autres ? La crédibilité, ça se gagne en assumant ses responsabilités, pas en se cachant derrière des partenaires pour justifier son inaction.
Balalou parle de développement inclusif de Hekpingba “, de modernisation”, d’autonomisation des femmes”. Des mots, toujours des mots. Parce que dans les faits, rien ne bouge vraiment. Les routes sont toujours en mauvais état, l’électricité reste un luxe, les hôpitaux manquent de tout, et la quasi-totalité des Centrafricains continuent de vivre dans la précarité. Mais peu importe : le régime a ses photos d’inauguration, ses discours bien ficelés , et ses chiffres à réciter comme une leçon apprise par cœur.
Et puis, il y a ce petit détail qui en dit long : Le président a lancé un appel pour que la population veille […] à entretenir et protéger ces ouvragesde Hekpingba .” Traduction : On n’a même pas les moyens de maintenir ce que les autres ont construit pour nous, alors c’est à vous, citoyens, de vous débrouiller pour que ça ne tombe pas en ruine.” Voilà le niveau. Un gouvernement qui ne construit pas, qui ne répare pas, mais qui exige des autres qu’ils préservent ce qu’on leur donne.
Balalou annonce que le projet Hekpingba va s’étendre à la Vakaga, la Basse-Kotto, le Mbomou. Tant mieux. Encore des inaugurations en vue, encore des discours, encore des photos pour les réseaux sociaux. Mais la vraie question, c’est : où est l’engagement de l’État ? Où sont les fonds publics ? Où est la stratégie nationale qui ne dépendrait pas des bailleurs ?
La vérité, c’est que ce gouvernement ne sait pas faire grand-chose seul. Il sait demander, il sait inaugurer, il sait se féliciter. Le reste – les écoles, les forages, les centres de santé –, c’est les autres qui le font. Et Balalou, lui, se contente de réciter des chiffres, comme un élève qui aurait appris sa leçon sans rien comprendre.
Alors non, monsieur le ministre, la Lobaye n’est pas “un exemple d’espoir”. C’est le symbole d’un gouvernement qui ne tient debout que grâce à l’aide internationale, et qui ose se vanter de “réalisations” qu’il n’a même pas payées. La vraie question, c’est : sans vos partenaires, que feriez-vous ? La réponse, tout le monde la connaît. Pas grand-chose. Presque rien. Juste des discours et des promesses en l’air.
Il existe en République centrafricaine des lieux dont le simple nom fait trembler. Camp de Roux. OCRB. Ngaragba. SRI. Ce ne sont pas des prisons. Ce sont des antichambres de l’enfer, où l’État centrafricain et ses supplétifs russes torturent, humilient et font disparaître tous ceux qui osent s’opposer au régime Touadéra.
La communication déposée le 8 octobre 2025 à la Cour pénale internationale lève le voile sur un système organisé de détention arbitraire et de torture qui fonctionne en toute impunité depuis 2018. Un système où les mercenaires de Wagner, les Forces armées centrafricaines (FACA), les Forces de sécurité intérieure (FSI) et la milice présidentielle des “Requins” collaborent pour enlever, séquestrer, torturer et faire disparaître opposants politiques, membres de l’ethnie gbaya, journalistes, militaires récalcitrants et simples citoyens soupçonnés de sympathie pour la rébellion.
Les chiffres sont accablants. Les témoignages sont glaçants. Et la responsabilité du président Touadéra est écrasante.
526 violations en un an, l’ONU a bien tout documenté. En effet, entre juillet 2020 et juin 2021, la Division des Droits de l’Homme de la Minusca et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ont recensé 526 violations des droits humains et du droit international humanitaire à travers la RCA, faisant au moins 1 221 victimes, dont 144 civils.
photo de torture d’un centrafricain par les mercenaires russes du groupe Wagner
Parmi ces violations figuraient des exécutions sommaires, des arrestations et détentions arbitraires et des actes de torture liés au conflit. Près de 46% de ces incidents confirmés étaient en partie attribuables aux FACA, aux FSI et aux instructeurs militaires russes opérant pour le Groupe Wagner.
Ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. Car beaucoup de victimes ne parlent jamais. Par peur. Par honte. Ou parce qu’elles ont tout simplement disparu.
Dès 2019 : Wagner torture à Bambari
L’ONG Human Rights Watch a documenté qu’en janvier 2019, des éléments du Groupe Wagner avaient détenu arbitrairement et torturé un groupe de 14 hommes à Bambari en raison de leur appartenance présumée à un groupe rebelle.
Deux des victimes ont témoigné avoir été torturées par des soldats russophones qui les ont frappées avec des barres de fer. Les mercenaires de Wagner ont également sectionné le doigt d’une des victimes et l’ont étranglée avec une chaîne.
Ce n’était qu’un début.
Après le déclenchement du conflit contre la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) en décembre 2020, les mercenaires de Wagner, les FACA, les FSI et les “Requins” se sont rendus responsables de nombreuses arrestations et détentions arbitraires ainsi que d’actes de torture sur la population civile.
Les cibles : opposants, Gbayas, musulmans, Peuhls. Ces exactions ont visé principalement :
– Des civils accusés à tort de collusion avec la CPC
– Des opposants présumés au régime Touadéra
– Des membres du parti Kwa na Kwa (KNK) de l’ancien président François Bozizé
– Des officiers militaires récalcitrants au pouvoir
– Des journalistes et défenseurs des droits humains
En mars 2022, Michelle Bachelet, alors Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, avait dénoncé le fait que “la réponse gouvernementale aux groupes armés passait par des arrestations arbitraires de plus en plus nombreuses de membres de communautés déjà vulnérables, comme les musulmans et les Peuls, que le gouvernement associe aux groupes armés”.
Un soldat FACA menaçant à mort un jeune avec son fusil, peut-être tué déja.
En septembre 2023, l’Expert Indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en RCA rapportait que les FACA et les FSI se sont rendus responsables de nombreuses arrestations et détentions arbitraires visant principalement les communautés peules musulmanes considérées comme complices des groupes armés, ainsi que des actes de torture commis principalement lors d’opérations menées dans des villages ainsi qu’à des postes de contrôle et de surveillance.
2023 : 431 arrestations arbitraires, 1521 victimes. Pour l’année 2023 seule, le Haut-Commissariat aux Nations Unies aux Droits de l’Homme a conclu à une “situation persistante et inquiétante” des arrestations et détentions illégales commises par les FACA, les FSI et les différentes brigades spécialisées de l’Office Central de Répression du Banditisme (OCRB) et de la Section de Recherches et d’Investigations (SRI).
Les statistiques sont implacables : 431 arrestations et détentions arbitraires rien qu’en 2023, affectant un total d’au moins 1 521 victimes.
De plus, 125 cas de torture ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants ont été recensés en détention sur l’année 2023, certains ayant causé des décès.
Les lieux de l’horreur
Les actes de torture ont été signalés dans des établissements pénitentiaires, dans des unités de police et de gendarmerie et dans des bases du Groupe Wagner où des personnes sont illégalement détenues.
Les principaux centres de torture documentés sont :
Camp de Roux
Prison militaire située à Bangui, Camp de Roux est devenu un symbole de l’arbitraire. La Cour pénale internationale connaît déjà cet établissement pour les exactions qui y ont été perpétrées lors de la période précédente (situation RCA II).
Rien n’a changé. Au contraire.
En 2023, les Nations Unies ont documenté qu’au Camp de Roux, 20 personnes étaient détenues depuis plusieurs années sans n’avoir jamais rencontré un seul magistrat.
Les mercenaires russes lourdement armés dans les rues de la capitale Bangui. Photo CNC
Des témoins décrivent des conditions de détention épouvantables :
– Conditions d’hygiène déplorables
– Nourriture insuffisante et avariée
– Surpopulation carcérale
– Absence d’assistance médicale
Un témoin rapporte avoir été torturé par les “Requins” au Camp de Roux avant d’être détenu pendant des mois à la SRI puis à Ngaragba. Les “Requins” l’ont tabassé avec un bâton et des ceinturons sur plusieurs parties de son corps. Depuis les tortures, le témoin souffre de diverses pathologies et est constamment sous assistance respiratoire.
OCRB (Office Central de Répression du Banditisme)
L’OCRB, dirigé par Armel Paraba, est devenu le centre névralgique de la collaboration entre Wagner et la police centrafricaine.
Depuis au moins 2021, les mercenaires de Wagner et Paraba collaborent dans le cadre de missions d’arrestations arbitraires. Un témoin ayant participé à plusieurs de ces missions confirme qu’avant chaque mission, des réunions avaient lieu à l’OCRB avec Paraba et des mercenaires de Wagner.
Plusieurs missions menées conjointement par des mercenaires de Wagner et l’OCRB en vue de procéder à des arrestations arbitraires ont également été effectuées à la demande de Bienvenu Zokoué, Directeur Général de la Police.
La principale entrée de l’OCRB du centre-ville
Paraba et Zokoué ne refusent rien aux mercenaires de Wagner.
Paraba a notamment affirmé à un témoin en détention que “les mercenaires de Wagner peuvent décider de tuer toute personne sur le terrain s’ils estiment celle-ci coupable de quoi que ce soit”.
Zokoué a également facilité la mise en place de tortures par Wagner à l’OCRB. Zokoué et Vitali Perfilev, l’un des trois dirigeants du Groupe Wagner en RCA, se sont rencontrés à de nombreuses reprises au Camp de Roux ou au siège de la police.
3. Ngaragba (Maison d’Arrêt Centrale)
La prison centrale de Bangui, Ngaragba, est le terminus de nombreux détenus arbitraires. Les conditions y sont inhumaines.
Un témoin décrit avoir été placé arbitrairement pendant des mois en isolement à Ngaragba sans pouvoir recevoir de visites ou d’assistance médicale. Le témoin a ensuite dû payer les autorités de la prison afin d’éviter de retourner en isolement.
Les unités de police et institutions pénitentiaires, telles que l’OCRB et Camp de Roux, empêchent les personnes arrêtées pour raisons politiques de recevoir des visites, y compris des visites d’avocats.
SRI (Section de Recherches et d’Investigations)
Unité de gendarmerie devenue un centre de détention illégale, la SRI accueille régulièrement des personnes enlevées par les “Requins”, la Garde Présidentielle ou Wagner.
Des témoins confirment que des mercenaires de Wagner se rendent régulièrement à la SRI avec des mercenaires afin d’y réquisitionner des gendarmes du Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) pour que ces derniers partent en opérations aux côtés des mercenaires de Wagner.
Un témoin détenu plusieurs mois à la SRI a vu Dimitri Sytyi, l’un des principaux dirigeants de Wagner en RCA, se rendre régulièrement à la SRI pour y réquisitionner des gendarmes.
5. Les bases du Groupe Wagner
Plusieurs témoins ont été détenus et torturés directement dans les bases du Groupe Wagner : au camp de Roux, à Berengo (60 km de Bangui), près de l’aéroport de Bangui M’Poko, à Bossangoa, à Bouar.
Tous les témoins ayant été détenus dans les bases Wagner y ont fait l’objet de tortures.
Les méthodes :
– Frappés presque à mort avec des matraques
– Décharges électriques
– Amputation
– Simulations de noyade (waterboarding)
– Strangulation avec des chaînes
– Section de doigts
Des cas d’amputation et de simulations de noyade commis par les mercenaires de Wagner avaient déjà été rapportés par le Groupe de Travail sur les Mercenaires dès mars 2021.
Le circuit de la terreur : de Wagner aux prisons
Le système fonctionne selon un circuit bien connu :
Étape 1 : L’arrestation
Les mercenaires de Wagner, accompagnés ou non de gendarmes, de policiers ou de FACA, procèdent à l’arrestation. Aucun mandat d’arrêt n’est jamais présenté. Les victimes sont enlevées à leur domicile, souvent de nuit.
Des témoins confirment que des mercenaires de Wagner se rendent dans des postes de gendarmerie ou à la SRI et y réquisitionnent des gendarmes afin de procéder à des arrestations arbitraires.
De nombreux témoins ont ainsi été arrêtés par des mercenaires de Wagner accompagnés de gendarmes ou par des gendarmes directement, avant d’être remis aux mercenaires de Wagner, puis détenus dans leurs bases.
Dès septembre 2021, le Groupe de Travail sur les Mercenaires rapportait que des personnes détenues dans les postes de police ou de gendarmerie ont été remises aux mercenaires de Wagner afin d’être transférées dans leurs bases, sans aucune garantie de procès équitable.
Étape 2 : La torture dans les bases Wagner
Les victimes sont emmenées dans une base Wagner où elles sont torturées pour “avouer” leur appartenance à un groupe rebelle ou leur sympathie pour l’opposition.
Un témoin arrêté arbitrairement a été torturé dans une base Wagner avant d’être détenu au Camp de Roux. Un autre témoin, qui avait été arrêté sur base d’allégations de contacts avec François Bozizé, a été torturé par décharges électriques dans une base Wagner.
Étape 3 : Le transfert en prison
Après la torture, les victimes sont transférées dans des postes de police, de gendarmerie ou des établissements pénitentiaires : Camp de Roux, OCRB, SRI, Ngaragba.
Un témoin qui était en détention au Camp de Roux confirme avoir parlé à Dimitri Sytyi depuis sa cellule. Sytyi lui avait dit qu’il avait personnellement contacté l’OCRB et la SRI afin d’opérer son transfert dans un autre établissement pénitentiaire.
Les établissements pénitentiaires se rendent ainsi complices de ces pratiques illégales en accueillant et en maintenant en détention, souvent sans base légale ni procédure judiciaire régulière, des personnes arrêtées arbitrairement, tout en tolérant les actes de torture qui y sont perpétrés.
Étape 4 : La détention sans fin
Une fois transférés, les détenus restent en prison pendant des mois, voire des années, sans procès.
Aucun des témoins rencontrés par les enquêteurs n’a été arrêté sur base d’un mandat d’arrêt officiellement émis par un magistrat centrafricain.
De nombreux témoins et personnes codétenues sont restés détenus pendant des mois ou des années sans qu’aucune date de procès n’ait été fixée à leur égard ni même qu’aucun développement judiciaire de leur dossier n’ait été constaté.
En d’autres termes, les individus restent détenus sans savoir si et quand leur détention prendra fin.
Des témoins n’ont reçu l’assistance d’un avocat que parce qu’ils avaient les moyens financiers de s’en procurer un par eux-mêmes.
Les victimes : des profils ciblés
Les témoignages recueillis montrent que les arrestations et détentions arbitraires sont menées sur base de :
– Appartenance au KNK, le parti politique de François Bozizé
– Allégations de contacts avec Bozizé ou avec la CPC
– Liens avec un opposant politique au régime Touadéra
– Prises de positions contraires au régime Touadéra
– Appartenance à l’ethnie gbaya
Le Général Ngaïfé : un enlèvement d’État
L’un des cas les plus emblématiques est celui du Général Ludovic Ngaïfé, ancien Chef d’État-Major des FACA.
Ngaïfé a été victime d’une arrestation arbitraire à son domicile par des éléments des Wagner, de la gendarmerie, de la police, des FACA et de la milice des “Requins”.
Son arrestation était liée à ses prises de positions considérées comme opposées au régime Touadéra.
Après son enlèvement, Ngaïfé a été détenu arbitrairement à la SRI et au Camp de Roux.
Même un général, ancien chef de l’armée, n’est pas à l’abri.
Des parlementaires enlevés
Un témoin, qui était parlementaire au moment des faits, a été arrêté au sein de l’Assemblée Nationale par des gardes présidentiels, accompagnés de policiers et de gendarmes, avant d’être détenu arbitrairement à la SRI et à Camp de Roux.
L’immunité parlementaire n’existe plus en Centrafrique.
Des citoyens ordinaires
D’autres témoins sont de simples citoyens, arrêtés pour avoir exprimé une opinion, pour être membre du mauvais parti politique, ou simplement pour appartenir à la mauvaise ethnie.
Un témoin a été arrêté arbitrairement par la Garde Présidentielle et torturé en public par treize éléments de la Garde Présidentielle. Le témoin est passé proche de la mort en raison des tortures subies et continue à ce jour d’en souffrir des séquelles.
Il a ensuite été détenu à la SRI et à Ngaragba sur base de fausses accusations d’atteinte à la sûreté de l’État.
Un autre témoin a été arrêté arbitrairement par des éléments des FACA et de la Garde Présidentielle sur base de fausses allégations de complicité avec des rebelles et de coup d’État. Le témoin a été torturé et ligoté en public par des FACA avec pour témoins la gendarmerie et la population locale, avant d’être transféré à la SRI.
La torture : méthodes et objectifs
Les témoignages décrivent des méthodes de torture d’une brutalité extrême :
– Coups avec barres de fer, matraques, bâtons, ceinturons
– Décharges électriques
– Strangulation avec des chaînes
– Section de doigts
– Amputation
– Simulation de noyade (waterboarding)
– Tabassage jusqu’à perte de connaissance
L’objectif est toujours le même : forcer les victimes à avouer à tort qu’elles sont membres d’un groupe rebelle, qu’elles soutiennent Bozizé, qu’elles complotent contre Touadéra.
Human Rights Watch a documenté qu’entre juin et août 2021, les FACA ont arrêté et détenu au moins 21 hommes dans un trou à ciel ouvert sur une base militaire à Alindao pendant une durée allant de 4 jours à un mois pour certains d’entre eux.
Des mercenaires de Wagner et des FACA les ont ensuite tabassés afin de les forcer à avouer à tort qu’ils étaient membres d’un groupe rebelle appartenant à la CPC.
Certains de ces hommes ont ensuite été abattus.
La complicité de la justice : Nana Bibi, le “doyen” aux ordres
Le système judiciaire centrafricain est totalement instrumentalisé par le pouvoir.
Des témoins arrêtés arbitrairement pour raisons politiques ont été présentés devant le doyen des juges, Mathieu Nana Bibi, un militant du MCU (le parti de Touadéra) placé à son poste de doyen des juges afin de traiter tous les dossiers de détenus politiques.
Nana Bibi a confirmé explicitement à un témoin ne pas pouvoir ordonner de libération de détenus dont les dossiers concernent des affaires politiques.
Dans le même sens, Arnaud Djoubaye Abazène, Ministre de la Justice, a indiqué au proche d’un témoin qu’une personne arrêtée pour raisons politiques peut rester détenue pendant des mois sur base du refus de mercenaires de Wagner d’approuver une libération préalable de la personne.
Wagner décide. La justice centrafricaine obéit.
Un témoin victime d’une arrestation arbitraire a confirmé que Gervais Yarkokpa (membre de la Garde Présidentielle et parent de Touadéra), Gabriel Patassé (lieutenant-colonel des FACA) et la SRI collaborent avec un Procureur de la République, Benoit Narcisse Foukpio, afin de procéder à l’arrestation arbitraire de civils considérés comme des opposants au régime Touadéra.
Des témoins ont confirmé que les magistrats centrafricains sont soumis au pouvoir, ont peur d’instruire des dossiers et certains juges ont ouvertement avoué à des proches de détenus que les dossiers politiques liés à Bozizé ne doivent pas être rapidement traités.
Un système, pas des bavures
Ce qui frappe dans la documentation présentée à la CPI, c’est le caractère systématique et organisé de ces violations.
Il ne s’agit pas de bavures. Il ne s’agit pas d’excès isolés commis par des éléments incontrôlés.
Il s’agit d’un système de répression politique mis en place par Touadéra, géré par son “cercle restreint” et ses alliés du Groupe Wagner, et exécuté par les forces de sécurité centrafricaines sous leur contrôle.
Les Nations Unies le confirment. En 2023, le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme parle d’une “situation persistante et inquiétante”.
Dès septembre 2021, le Groupe de Travail sur les Mercenaires rapportait que la coopération entre les autorités de police locales avec les mercenaires russes du Groupe Wagner constituait une entrave majeure à l’accès des victimes à la justice car les victimes sont dissuadées de déposer une plainte ou de demander des réparations pour des exactions commises à leur égard par les mercenaires russes et les FACA.
Les conclusions du Groupe de Travail sur les Mercenaires sont toujours valables à ce jour.
La responsabilité de Touadéra
En tant que Président de la République, Chef suprême des armées et Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, Touadéra exerce un pouvoir de jure sur l’ensemble de la chaîne de commandement militaire, sécuritaire et judiciaire.
Il dispose également d’un pouvoir de facto sur les mercenaires des Wagner, les “Requins” et les miliciens soutenant son régime.
En sa qualité de supérieur hiérarchique, Touadéra ne peut ignorer les exactions massives, systématiques et répétées commises par ses subordonnés.
Le document déposé à la CPI établit que Touadéra a sciemment usé d’un système pyramidal dans lequel les ordres sont transmis par des proches collaborateurs faisant partie d’un cercle restreint et les Dirigeants du Groupe Wagner.
Chaque ordre est attribué à la Présidence et aucun ordre donné par le cercle restreint de Touadéra ou un Dirigeant de Wagner ne peut être contesté par les subordonnés.
Touadéra, son cercle restreint et les Dirigeants de Wagner n’ont mis en place aucune action punitive ou préventive vis-à-vis des exactions commises par leurs subordonnés en RCA.
Une autorité politique proche de Touadéra a confirmé que les exactions sont faites pour protéger le pouvoir de Touadéra et que toute personne disposée à dénoncer les exactions reçoit pour ordre de se taire de la part de la Présidence.
Camp de Roux, OCRB, Ngaragba : des noms qui doivent résonner
Camp de Roux. OCRB. Ngaragba. SRI.
Ces noms doivent résonner à La Haye comme ont résonné ceux d’Abou Ghraib, de Guantanamo, de la prison de Hama en Syrie.
Ce sont les noms de lieux où l’État centrafricain, avec la complicité active du Groupe Wagner, torture systématiquement ses propres citoyens.
526 violations documentées en un an. 431 arrestations arbitraires en 2023. 1521 victimes. 125 cas de torture. Des centaines de personnes détenues pendant des années sans procès. Des dizaines de témoignages convergents.
Ce n’est pas le chaos d’une guerre civile. C’est un système de terreur organisé depuis le sommet de l’État.
Et ce système a un nom : Faustin-Archange Touadéra.
À elle de dire si torture, détention arbitraire et disparition forcée commises de manière systématique contre une population civile relèvent de sa compétence.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/08/wagner_lourdement_armee_dans_les_rues_de_bangui.jpg” data-wpel-link=”internal”>Les mercenaires russes lourdement armés dans les rues de la capitale Bangui. Photo CNC
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Lors d’une émission sur la chaîne gabonaise SIBIKAN MEDIA, Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et porte-parole du BRDC, a dénoncé l’emprise du groupe Wagner en République centrafricaine qu’il qualifie de “schéma colonial” et de “recolonisation”.
Martin Ziguélé commence par rappeler les origines de la présence de Wagner : “En 2016, quand il y avait la première législature, j’étais déjà député, président de la commission finance. Nous avions commencé par voter des lois de ratification, des accords de défense entre la RCA et l’Angola, la RCA et le Rwanda, puis la RCA et la Russie. Nous venions de sortir d’une transition qui a mis à genoux le pays et il n’y avait presque plus d’armée, il fallait reconstruire l’armée».
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé explique comment le piège s’est refermé : “Naturellement nous sommes allés comme des jeunes avec la fleur au fusil pour signer ces accords. Mais comme on le dit, le diable est dans le détail. Dans l’application, la fédération de Russie, au lieu d’envoyer des conseillers militaires de l’armée régulière russe, nous a envoyé les mercenaires du groupe Wagner».
Martin Ziguélé rappelle le déni initial des autorités : “Au début, vous vous souvenez, les autorités ne voulaient pas reconnaître que Wagner était là. Mais au fil du temps, tout le monde a fini par constater, et malheureusement par leur modus operandi sur le terrain, les exactions multiples et variées, documentées aussi bien sur le plan national qu’international, que ces mercenaires-là n’étaient pas des enfants de chœur et qu’ils ont fait beaucoup de dégâts».
Sur le plan sécuritaire, l’ancien Premier ministre Martin Ziguélé concède un point : “C’est peut-être le seul élément qu’on peut reconnaître au crédit du président Touadéra, c’est qu’ils ont pu faire en sorte qu’il n’y ait plus de zones du pays qui soient vraiment occupées dans le vrai sens du terme par des groupes armés».
Mais il nuance immédiatement : “Le coût de l’intervention de Wagner sur le plan des droits humains reste à documenter, à compléter. S’il y a une relative sécurité, il faut le reconnaître. On peut circuler aujourd’hui pratiquement dans toute la RCA, sauf qu’il faut toujours savoir qu’on n’est pas à l’abri d’actions armées».
Martin Ziguélé cite un exemple récent : “Comme il y a deux, trois jours, nous apprenons qu’un convoi même de la MINUSCA a été attaqué par des hommes armés dans la région de Zémiou, dans le sud-est du pays. Des actions isolées de ce type existent toujours».
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé qualifie la coopération russo-centrafricaine de “poker menteur” : “Je pense que la fédération de Russie n’a pas joué le jeu de manière honnête avec notre pays. Ils nous ont donné des mercenaires à la place des conseillers militaires. C’est ce qui a été fait aussi au Burkina et au Mali».
Martin Ziguélé décrit l’étendue de l’emprise de Wagner : “Aujourd’hui, contrairement à ce que vous dites, ils ont une emprise totale sur l’appareil militaire, l’appareil économique, l’appareil sécuritaire et même avec des instruments politiques. C’est vraiment le chef de guerre ici. Ça, il faut le dire clairement».
En tant qu’homme de gauche, Martin Ziguélé exprime sa déception : “Mon parti est un parti membre de l’Internationale socialiste. Je suis un homme de gauche et la Russie, le visage de la Russie que je vois ici ne ressemble pas à tout ce que nous avons appris de ce pays qui, à l’époque, était progressiste et qui aujourd’hui, par le biais notamment des groupes Wagner et par d’autres pratiques également, nous montre un visage, j’allais dire, même pire qu’un capitaliste, fasciste. Un visage fasciste».
Sur le plan économique, Martin Ziguélé décrit la mainmise de Wagner : “Les Wagner sont toujours présents dans le pays, présents d’abord sur le plan sécuritaire, ils sont présents partout, y compris sur le cordon douanier. Même si je pense, suite aux protestations du FMI et d’autres partenaires techniques et financiers, ils ne s’impliquent plus directement dans les opérations douanières».
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé donne un exemple concret : “Dans la région centrale du pays, dans l’Ouaka, et notamment dans la région de Ndassima, où a été découvert il y a plus de 30 ans un gisement très riche en teneurs d’or. Ce gisement-là qui appartenait au groupe canadien Axmin, qui n’a pas pu l’exploiter pour des raisons de sécurité, a été rétrocédé par l’État sous le président Touadéra à une nébuleuse de Wagner. Et selon ce qu’on dit, même l’administration des mines ne peut pas accéder à ce territoire-là pour ne serait-ce que contrôler».
Martin Ziguélé tire la conclusion : “Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où c’est un secret de Polichinelle que les Wagner ont une emprise totale sur la sécurité, la politique et une grande partie de l’économie».
L’ancien Premier ministre analyse le modèle économique de Wagner : “Mais l’économie de ‘take and carry’, comme on dit en anglais, c’est-à-dire qu’ils n’investissent pas pour transformer des matières premières, pour apporter de la valeur ajoutée, ils s’inscrivent dans la tradition de traite, l’économie de rente».
Martin Ziguélé cite l’économiste Samir Amin : “Comme disait Samir Amin, nous sommes la périphérie pour eux. Cette puissance russe qui parle de développement, en fait, fonctionne comme depuis trois siècles aujourd’hui, c’est-à-dire l’économie de traite, l’économie de rente. Ils sont le centre, nous sommes la périphérie. Ils exploitent ce qui est le moins coûteux en matière de transformation. L’or, le diamant, ils les comprennent directement et puis vous avez des ressources. Donc nous sommes dans ce schéma-là, c’est-à-dire un schéma colonial».
L’ancien Premier ministre dénonce le silence international : “Moi, je n’arrêterais jamais de dénoncer le silence de tous par rapport à cette recolonisation de notre pays par le groupe Wagner. Parce que même sur le plan politique, le changement de la constitution, tout ce que vous voyez en Centrafrique, le groupe Wagner est derrière».
Ziguélé emploie une métaphore forte : “C’est vraiment une entreprise criminelle multidimensionnelle et c’est comme le virus du sida. Il vous entre dans les gènes, il rentre dans les gènes, il se localise dans vos gènes, il les transforme, il s’approprie la propriété de vos gènes, mais après pour affaiblir l’État et désosser l’État, désarticuler l’État».
L’analyse de Martin Ziguélé établit un parallèle entre la présence de Wagner et les pires moments de la colonisation. Cette milice privée ne se contente pas d’exploiter les ressources : elle contrôle la sécurité, influence la politique, dicte les lois, et transforme la Centrafrique en périphérie destinée à nourrir le centre russe.
Le “poker menteur” initial – promettre des conseillers militaires réguliers et envoyer des mercenaires – s’est transformé en occupation totale. La Russie a trompé la Centrafrique en exploitant sa vulnérabilité post-transition pour installer une emprise qui va bien au-delà de la coopération militaire initialement prévue.
L’économie de rente dénoncée par Ziguélé rappelle les sociétés concessionnaires coloniales. Wagner extrait l’or et le diamant sans investir dans la transformation, sans créer d’emplois durables, sans développer le pays. Cette extraction pure reproduit exactement le schéma colonial critiqué par les économistes du développement comme Samir Amin.
Le contrôle du gisement de Ndassima symbolise cette emprise. Un territoire entier échappe au contrôle de l’administration centrafricaine. L’État ne peut même plus accéder à une partie de son propre territoire pour exercer ses fonctions régaliennes de contrôle.
L’influence politique de Wagner, selon Ziguélé, s’étend jusqu’à la Constitution de 2023. Cette affirmation suggère que les mercenaires russes ne se contentent pas d’exploiter les ressources : ils façonnent le cadre juridique du pays pour pérenniser leur présence et leurs privilèges.
La métaphore du virus utilisée par Martin Ziguélé décrit un processus de destruction progressive de l’État. Wagner ne conquiert pas frontalement : il s’infiltre, transforme les institutions de l’intérieur, les affaiblit jusqu’à les rendre incapables de fonctionner de manière autonome.
Cette analyse de Martin Ziguélé confirme les craintes exprimées par Akandji-Kombé : la Centrafrique vit une recolonisation sous une forme nouvelle où une milice privée remplace les anciennes puissances coloniales, mais avec les mêmes méthodes d’exploitation et de contrôle.
Mathurin Dimbélé Nakoué, ancien député de Sosso-Nakombo (2016-2020) et deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, revient en force comme candidat aux Élections législatives de décembre 2025. Pourtant, en 2020-2021, la Cour Constitutionnelle présidée par la juge Danièle Darlan avait refusé sa candidature pour “moralité douteuse” en raison de son implication dans de multiples affaires de vols massifs, détournements de fonds et trafics illicites.
Comment un homme débouté par la justice pour criminalité économique peut-il redevenir candidat cinq ans plus tard ? La réponse est simple : Touadéra a éjecté la juge Darlan de la Cour Constitutionnelle et l’a remplacée par son cousin, un pantin qui dit “oui” à tout ce que veut le président.
Mathurin Dimbélé Nakoué est un criminel économique notoire. Ce type n’est pas un homme ordinaire. C’est un “grand, grand, grand voleur, un grand détourneur” selon les termes de sources proches du dossier.
Sous le régime de François Bozizé, Mathurin a été nommé directeur générale d’une société para-publique. À ce poste, il a détourné des fonds massifs.
Les vols étaient tellement massifs que Bozizé a fini par le faire arrêter et incarcérer. Mathurin Dimbélé Nakoué a donc un casier judiciaire. Il a été emprisonné pour détournement de fonds publics et vol aggravé.
Mais quand Touadéra est arrivé au pouvoir en 2016, Mathurin a rallié le nouveau président. Il est devenu membre du Mouvement Cœurs Unis (MCU), le parti de Touadéra. Et grâce à cette allégeance politique, il a échappé aux poursuites judiciaires et a même réussi à se faire élire député de Sosso-Nakombo en 2016.
Étant député entre 2016 – 2020, Mathurin Dimbélé Nakoué est un fraudeur et un grand trafiquant. Pendant son mandat de député entre 2016 et 2020, Mathurin ne s’est pas assagi. Au contraire, il a utilisé son immunité parlementaire et sa position de deuxième vice-président de l’Assemblée nationale pour se livrer à de nouvelles activités criminelles.
En juin 2020, Corbeau News Centrafrique a révélé l’implication de Mathurin dans une affaire de fraude douanière et trafic de faux documents officiels.
Voici les faits : trois commerçants camerounais importaient des marchandises d’Europe vers la Centrafrique. Pour éviter de payer les taxes douanières, ils avaient besoin d’un complice centrafricain haut placé qui se présenterait comme le propriétaire des marchandises afin d’obtenir des exonérations fiscales.
Le premier complice qu’ils ont trouvé était le député Teddy Arnauld Weïdane, représentant de Bouca 2. Moyennant une compensation financière, Weïdane se présentait aux autorités comme le propriétaire des cargaisons pour qu’elles soient exonérées de taxes. “Un jeu de mafia très juteux”, selon les termes de l’article de CNC publié en juin 2020.
Mais un jour, Weïdane a tenté de jouer ses complices camerounais en bloquant une partie de la marchandise importée. Les Camerounais ont immédiatement saisi la justice pour escroquerie aggravée. Weïdane a été écarté du réseau.
C’est alors que Mathurin Dimbélé Nakoué est entré en scène. Étant deuxième vice-président de l’Assemblée nationale et cadre influent du MCU, il avait plus de pouvoir que Weïdane. Les trois Camerounais l’ont recruté pour remplacer Weïdane.
Mathurin a alors confectionné de faux macarons officiels de l’Assemblée nationale qu’il a apposés sur le pare-brise du véhicule de ses trois complices camerounais. Ces faux macarons leur permettaient de circuler librement comme s’ils étaient des députés, sans être contrôlés par la police.
Le système fonctionnait bien. Mais Weïdane, furieux d’avoir été écarté, a discrètement fliqué ses anciens complices. Le 4 juin 2020, quand les trois Camerounais se sont rendus au cabinet de leur avocat à bord de leur véhicule frappé du faux macaron de l’Assemblée nationale, Weïdane a alerté la police.
La Compagnie Nationale de Sécurité (CNS) est intervenue et a interpellé les trois Camerounais. Lors de l’interrogatoire, ils ont immédiatement dénoncé leur complice : le député Mathurin Dimbélé Nakoué. Ce dernier a été convoqué et auditionné longuement par les enquêteurs.
Une enquête a été ouverte pour fraude douanière et trafic de faux documents officiels. Le service juridique de l’Assemblée nationale a été saisi.
En juillet 2020, CNC a révélé qu’une perquisition avait eu lieu au domicile de Weïdane dans le cadre d’une plainte déposée par les Camerounais pour escroquerie et vol aggravé. Les policiers n’ont rien trouvé : tous les conteneurs étaient vides, même le véhicule faisant partie de la marchandise était introuvable.
Mathurin Dimbélé Nakoué , qui veut à nouveau être député, est débouté par la Cour Constitutionnelle en 2020. En effet, en 2020, à la fin de son mandat de député, Mathurin Dimbélé a voulu se représenter aux Élections législatives dans la même circonscription de Sosso-Nakombo.
Mais la Cour Constitutionnelle, présidée à l’époque par la juge Danièle Darlan, a refusé sa candidature. Le motif : moralité douteuse” en raison de son implication dans des affaires de vols massifs, détournements de fonds et trafics illicites.
La loi électorale centrafricaine est claire : un candidat aux élections législatives doit avoir une moralité irréprochable. Quelqu’un qui a été emprisonné pour détournement de fonds sous Bozizé et qui a été impliqué dans une affaire de fraude douanière et trafic de faux documents officiels pendant son mandat de député ne remplit manifestement pas ce critère.
La juge Darlan a simplement appliqué la loi. Elle a débouté Mathurin Dimbélé Nakoué et plusieurs autres candidats dont la moralité était douteuse.
Cette décision était juste et courageuse. Elle montrait que la Cour Constitutionnelle pouvait encore jouer son rôle de garante de la légalité, même face aux pressions du pouvoir.
Mais Touadéra n’a pas apprécié que la Cour Constitutionnelle ose refuser la candidature de ses protégés. En 2022, quand la juge Darlan a déclaré inconstitutionnel le comité chargé de rédiger les amendements visant à abolir la limitation du nombre de mandats présidentiels, Touadéra a décidé de se débarrasser d’elle.
En octobre 2022, Touadéra a publié un décret présidentiel révoquant la juge Danièle Darlan de ses fonctions de présidente de la Cour Constitutionnelle. C’était une révocation illégale, une vengeance pure et simple contre une juge qui avait osé s’opposer aux plans de Touadéra.
Puis, avec la réforme constitutionnelle de 2023 imposée par référendum truqué, Touadéra a transformé la Cour Constitutionnelle en Conseil Constitutionnel et a nommé à sa tête son propre cousin, Jean-Pierre Waboué.
Ce cousin est décrit par les sources comme “un pantin qui dit oui à tout, qui ne dit jamais non”. Il n’a aucune indépendance, aucune colonne vertébrale. Il valide tout ce que veut Touadéra sans jamais poser de questions.
Et ce n’est pas tout! Le retour de Mathurin Dimbélé Nakoué en 2025. Avec ce pantin à la tête du Conseil Constitutionnel, Touadéra a maintenant les mains libres. Il peut faire valider n’importe quelle candidature, même celle de criminels notoires.
C’est ainsi que Mathurin Dimbélé Nakoué, débouté en 2020 pour moralité douteuse, vols, détournements et trafics, revient aujourd’hui comme candidat aux élections législatives de décembre 2025 dans la circonscription de Sosso-Nakombo.
Le MCU, le parti de Touadéra, l’a officiellement investi. Et le Conseil Constitutionnel, dirigé par le cousin de Touadéra, va évidemment valider sa candidature sans poser aucune question.
Peu importe que Mathurin ait été emprisonné pour détournement de fonds. Peu importe qu’il ait été impliqué dans une affaire de fraude douanière. Peu importe qu’il ait fabriqué de faux macarons de l’Assemblée nationale. Peu importe qu’il ait été débouté en 2020 pour moralité douteuse.
Tout cela n’a plus d’importance. Parce que le Conseil Constitutionnel n’est plus indépendant. Parce qu’il est dirigé par un pantin qui valide tout ce que veut Touadéra.
Mahamat Al-Khatim, le Tchadien devenu “Russe noir” : comment le chef du MPC traque et livre ses propres rebelles à Wagner
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/mahamat-al-khatim-a-ndele.jpg” data-wpel-link=”internal”>Mahamat Al-Khatim, ancien leader du MPC, reduit à un état d’un gamin, actuellement de retour en Centrafrique, dans le village Ndelé, près de Markounda.
Mahamat Al-Khatim, chef du Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC), est devenu le dernier traître en date au service de Wagner. Ce Tchadien de naissance, qui n’a de centrafricain que le nom de son mouvement rebelle, travaille désormais main dans la main avec les mercenaires russes pour traquer, arrêter et livrer d’autres leaders de groupes armés centrafricains. Les “Russes noirs” ont un nouveau collaborateur, et c’est un collaborateur zélé.
L’affaire la plus récente vient de se produire. Al-Khatim a ordonné l’arrestation de deux de ses propres chefs de chantier, deux rebelles du MPC qui avaient refusé de rejoindre les mercenaires russes dans une opération de traque contre Florent Kema, chef d’état-major de CMSPR et ex-député de Nana-Bakassa. Ces deux hommes, Ali Choc et Hamid Saraga, ont été arrêtés par le commandant de zone du MPC surnommé “Libanais”, puis livrés à Wagner. Ils sont actuellement emprisonnés à Kaga-Bandoro par les mercenaires russes. Leur crime ? Avoir refusé de collaborer avec Wagner.
Cette affaire confirme parfaitement la transformation d’Al-Khatim en “Russe noir”, ces rebelles convertis au service de Wagner qui font le sale boulot des mercenaires contre les centrafricains.
Mais qui est vraiment Mahamat Al-Khatim ? Rappelons les faits, parce que cet homme n’a rien de centrafricain malgré le nom de son mouvement, “Mouvement Patriotique pour la Centrafrique”.
Al-Khatim est un Tchadien pur et simple. Père et mère d’origine tchadienne. Il a grandi au Tchad. Il est venu en Centrafrique dans le cadre des “libérateurs”, ces combattants tchadiens que François Bozizé avait recrutés dans sa rébellion pour prendre le pouvoir en 2003. Al-Khatim a accompagné la rébellion de Bozizé et, après la prise de pouvoir, il a été intégré dans l’armée nationale centrafricaine avec le grade de caporal.
Un caporal tchadien dans l’armée centrafricaine. C’est ça Mahamat Al-Khatim. Après la chute de Bozizé en 2013, ce caporal tchadien a rejoint la Séléka. Puis, après l’éclatement de la Séléka, il a créé sa propre rébellion : le MPC, Mouvement Patriotique pour la Centrafrique. Le nom est trompeur. Il n’y a rien de “patriotique” ni de “centrafricain” dans ce mouvement dirigé par un Tchadien qui traque maintenant des Centrafricains pour le compte de mercenaires russes.
Depuis quelques temps, Al-Khatim avait soi-disant signé un accord de paix avec le gouvernement, même avant l’Accord de Ndjamena du 19 avril 2025. Il avait été le premier chef rebelle tchadien à signer un accord avec le régime Touadéra. Puis, mystérieusement, il s’est retrouvé en prison au Tchad où il a passé presque un an. Après sa sortie de prison, le gouvernement centrafricain ne tenait plus compte de lui.
Al-Khatim s’est donc tourné vers Wagner. C’était sa stratégie de survie, sa manière de se rattraper, de rester pertinent dans le paysage complexe des groupes armés centrafricains. Il a décidé de faire le sale boulot pour les mercenaires russes : traquer les autres groupes armés centrafricains, les leaders rebelles qui ne veulent pas se soumettre à Wagner.
Al-Khatim est devenu un “Russe noir”. Cette expression désigne les rebelles formés et recrutés par les mercenaires russes pour les appuyer dans leurs opérations. À Bambari, par exemple, des rebelles de l’UPC sous Hassan Bouba sont devenus des “Russes noirs”. Maintenant, Al-Khatim et ses hommes rejoignent cette catégorie de traîtres qui travaillent pour les occupants étrangers contre les centrafricains.
Al-Khatim a converti ses ex-rebelles en “Russes noirs” pour appuyer Wagner. Ces hommes sont déployés dans les sites miniers de l’Ouham, où Al-Khatim a placé ses éléments comme chefs de chantier pour bénéficier des retombées financières de l’exploitation minière. C’est un arrangement profitable : Wagner contrôle les mines, Al-Khatim fournit les hommes, et tout le monde se partage l’argent pendant que les Centrafricains sont dépouillés de leurs ressources.
Mais il y a quelques jours, Al-Khatim a demandé à deux de ces chefs de chantier, deux de ses rebelles : Ali Choc et Hamid Saraga, de se rallier aux mercenaires russes pour aller combattre et pourchasser Florent Kema, chef d’état-major de CMSPR et ancien député de Nana-Bakassa. Ces deux hommes ont refusé. Ils ont dit à Al-Khatim : “Non, nous ne voulons pas faire ce travail. Ce n’est pas notre rôle. Nous avons signé un accord avec le gouvernement et nous attendons la suite du processus. Nous ne sommes pas intéressés à travailler avec les mercenaires russes”.
Un refus clair et courageux. Ali Choc et Hamid Saraga ont compris qu’Al-Khatim les entraînait sur une mauvaise voie, qu’il les transformait en collaborateurs de Wagner contre d’autres Centrafricains. Florent Kema est un Centrafricain, ancien député de la Nation. Pourquoi iraient-ils le traquer pour le compte de mercenaires russes ?
La réaction d’Al-Khatim a été immédiate. Il a donné l’ordre à son commandant de zone, surnommé “Libanais”, d’arrêter Ali Choc et Hamid Saraga. Libanais a exécuté l’ordre. Il a arrêté les deux rebelles vers Sido et les a remis aux mercenaires russes. Ali Choc et Hamid Saraga sont actuellement emprisonnés à Kaga-Bandoro par Wagner. Leur seul crime ? Avoir refusé de collaborer avec les mercenaires russes pour traquer un ancien député centrafricain.
Cette affaire montre le vrai visage d’Al-Khatim. Ce n’est pas un chef rebelle qui négocie pour améliorer les conditions de vie de sa communauté. Ce n’est pas un acteur politique qui cherche une place dans le système pour servir son peuple. C’est un mercenaire tchadien au service d’autres mercenaires russes, qui traque et livre des Centrafricains à Wagner.
Al-Khatim est surnommé “le nabot” parce qu’il est très petit, dépassant à peine 1m50. Depuis sa sortie de prison au Tchad, il a apparemment perdu beaucoup de poids. Quand on le voit, on dirait un enfant. Pourtant, c’est un chef de guerre dangereux qui travaille maintenant pour Wagner.
L’objectif d’Al-Khatim et de Wagner est clair : traquer et capturer Florent Kema, chef d’état-major de CMSPR et ancien député de Nana-Bakassa.
Al-Khatim n’est pas le seul chef rebelle à avoir fait ce choix. D’autres, comme Hassan Bouba de l’UPC à Bambari, ont également choisi de devenir des “Russes noirs”. Mais Al-Khatim va peut-être plus loin que les autres dans sa collaboration avec Wagner. Il arrête et livre ses propres hommes quand ils refusent de travailler pour les mercenaires russes.
Cette affaire d’Ali Choc et Hamid Saraga emprisonnés à Kaga-Bandoro montre aussi quelque chose d’important : tous les rebelles ne sont pas prêts à devenir des collaborateurs de Wagner. Ces deux hommes ont eu le courage de dire non. Ils ont refusé de se transformer en “Russes noirs”. Ils ont refusé de traquer Florent Kema pour le compte de Wagner. Et ils paient maintenant le prix de leur refus.
Interrogé sur une information évoquant un retrait possible de 4000 casques bleus de la MINUSCA, le porte-parole du gouvernement, Maxime Balalou, a livré une réponse qui frôle encore une fois le délire. Plutôt que de clarifier la véracité de cette rumeur, il s’est contenté de banaliser la question et d’assurer que « le pays dispose d’un plan de sécurisation » pour les Élections de décembre 2025. Une promesse qui, à l’épreuve des faits, sonne totalement vide et pathétique.
Maxime Balalou a tenté de rassurer en répétant que « les Élections seront sécurisées et organisées à bonne date ». Mais il n’a donné aucun détail : ni mesures concrètes, ni composition claire de ce fameux « plan ». Tout se réduit à des phrases vides, récitées comme un refrain politique. Il a même osé affirmer que « la population elle-même a demandé le retrait des casques bleus », un argument absurde qui détourne la responsabilité de l’État et vise à légitimer un éventuel désengagement international.
Cette rhétorique pathétique montre une fois de plus la stratégie habituelle du régime : masquer son incapacité en multipliant les slogans. Comment peut-on croire un gouvernement qui n’arrive pas à sécuriser un tronçon de route de 34 km depuis plus d’un an, mais qui prétend pouvoir garantir des Élections paisibles sur l’ensemble du territoire sans l’appui des Nations unies ? La contradiction est flagrante.
L’ex-détenu Balalou a aussi évoqué « l’appui des partenaires », sans préciser lesquels. Derrière cette formule vague, chacun comprend que la sécurité réelle du pays repose toujours sur les forces étrangères, qu’elles soient russes ou onusiennes. Pourtant, le pouvoir préfère nourrir l’illusion d’une autonomie totale, au risque de plonger le processus électoral dans le chaos.
Ce discours n’est pas seulement vide, il est dangereux. En minimisant l’importance de la MINUSCA, le gouvernement envoie un signal de désinvolture à la communauté internationale. Si un retrait massif venait à se confirmer, les Élections de décembre se dérouleraient dans un climat d’insécurité généralisée. Les populations le savent, et les partenaires étrangers aussi.
La vérité est simple : la République centrafricaine n’a pas aujourd’hui les moyens militaires, logistiques ou institutionnels d’assurer seule la sécurité d’un scrutin national. Les propos de Balalou ne relèvent pas d’un plan sérieux, mais d’une propagande électorale de plus. En promettant l’impossible, le régime se prépare à transformer les élections de 2025 en mascarade sécuritaire.
Vakaga : quand Wagner fabrique sa vidéo de propagande à Birao pendant que les villages vers Amdafock se vident
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/10/dans-la-ville-de-birao-dans-la-vakaga.jpg” data-wpel-link=”internal”>Dans la ville de Birao, chef-lieu de la préfecture de la Vakaga. Photo CNC
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le 16 septembre 2025, les Mercenaires russes du groupe Wagner ont massacré quatre à cinq éleveurs arabes soudanais près de Birao avant de se retirer à leur base. Ce crime a déclenché une spirale de représailles qui continue aujourd’hui. Les groupes soudanais ont riposté en attaquant plusieurs villages centrafricains de la région. Les populations ont fui massivement vers Ndélé et Amdafock. Les Soudanais sont même entrés sur le territoire centrafricain et ont tiré deux roquettes sur Amdafock le 1er octobre, créant la panique parmi les civils.
Ces faits sont documentés, vérifiés, et confirmés par de nombreux témoignages. Plusieurs villages se sont complètement vidés de leurs habitants. Des milliers de personnes ont abandonné leurs maisons, leurs champs, leurs commerces pour fuir une violence qu’elles n’ont pas provoquée.
Face à cette catastrophe humanitaire déclenchée par Wagner, le gouvernement centrafricain a choisi une réponse surprenante : le ministère de la défense, dans un communiqué, nie catégoriquement les faits, et produit au passage une vidéo de propagande pour nier la réalité. Aussitôt après la déclaration du ministère de la défense, les mercenaires russes ont amené leurs journalistes habituels à Birao pour filmer quelques minutes censées démontrer que “tout va bien” et que les informations circulant sur les réseaux sociaux ne sont que des “rumeurs”.
Cette vidéo suit un schéma prévisible. On sélectionne soigneusement un petit secteur de Birao épargné par les violences. On filme le marché central où quelques commerçants continuent de travailler. On montre le stade de l’église catholique où des jeunes jouent au football. On passe devant le centre accueillant les réfugiés soudanais. On termine par une interview du président du tribunal qui assure que tout est normal.
Le narrateur de cette vidéo commence par ces mots : “Nous sommes à Birao, chef-lieu de la Vakaga dans la région de Fertile.Comme vous pouvez le constater, la vie suit son cours normalement. Entre rumeurs, tout se dit ça et là. Il y a la vie à Birao”.
Cette introduction donne le ton. Les faits rapportés – villages vidés, populations déplacées, tirs de roquettes – sont qualifiés de “rumeurs”. La propagande opposera ensuite à ces “rumeurs” une réalité fabriquée pour l’occasion : quelques images rassurantes d’une ville qui continue de fonctionner.
La vidéo montre ensuite le grand centre accueillant les réfugiés soudanais qui ont fui la guerre dans leur pays. Le narrateur précise : “Nous sommes au stade de l’église catholique de Birao. Des jeunes qui s’organisent pour se détendre avec des activités sportives”.
Ce passage ajoute une touche cynique. On montre des réfugiés soudanais paisibles pour prouver que Birao reste calme, sans mentionner que les mercenaires russes viennent de massacrer des éleveurs de la même nationalité, déclenchant la crise actuelle.
L’interview du président du tribunal constitue le moment clé de cette propagande. Le journaliste demande : “Les instructeurs russes ont été déployés dans la ville de Birao en appui aux forces de défense et de sécurité nationales. Dites-nous quel est l’état de la collaboration avec ces instructeurs russes ?”
La réponse du magistrat suit le script attendu : “Ils sont là, c’est pour la sécurité. Nous sommes là pour la justice. Je pense qu’ils font leur travail. Et nous, nous sommes là pour accueillir les plaintes de la population, des justiciables. Si il y a des cas, nous allons voir comment apprécier au niveau du tribunal”.
Cette déclaration intervient alors que ces mêmes “instructeurs russes” viennent de massacrer des éleveurs, provoquant une crise qui a vidé plusieurs villages et entraîné des tirs de roquettes transfrontaliers. Le président du tribunal affirme que ces mercenaires “font leur travail” pendant que les populations fuient leurs maisons.
Cette vidéo porte la signature habituelle de Wagner. Les mercenaires russes ont compris qu’ils peuvent commettre des massacres, déclencher des crises humanitaires, provoquer des déplacements massifs de populations, la machine de propagande se mettra toujours en marche pour nier, minimiser, et inverser la réalité.
Le gouvernement centrafricain se prête volontiers à ce jeu. Les autorités locales acceptent de participer aux vidéos de propagande. Le président du tribunal déclare devant les caméras que tout va bien. Les officiels répètent les éléments de langage préparés par Wagner. Tout le monde joue son rôle dans cette comédie pendant que les villages se vident.
Cette complicité n’est pas nouvelle. L’année dernière, Quand Wagner avait tué un transporteur camerounais, toute la machine étatique s’était activée par Wagner pour étouffer l’affaire. Le service de la gendarmerie, le gouvernement, jusqu’au président – tous avaient participé à l’opération de désinformation pour protéger les mercenaires.
Le même schéma se répète avec Birao. Wagner massacre des éleveurs soudanais le 16 septembre. Les Soudanais ripostent en attaquant des villages centrafricains. Les populations fuient massivement. Les Soudanais tirent des roquettes sur Amdafock. Et le gouvernement produit une vidéo montrant quelques jeunes jouant au football pour prouver que “ce ne sont que des rumeurs”.
Cette stratégie repose sur un principe simple : mentir massivement et systématiquement jusqu’à ce que la vérité se noie dans le flot de désinformation. Peu importe que les faits contredisent la propagande, peu importe que les témoignages des habitants démentent la version officielle, on continue de marteler le message : “tout va bien, ce ne sont que des rumeurs”.
Les habitants de Birao et Amdafock savent la vérité. Ils ont vu leurs voisins partir. Ils connaissent des gens qui ont fui vers des villages voisins. Ils ont entendu parler et voir comment les tirs de roquettes tombent. Ils vivent avec la peur quotidienne. Mais le gouvernement leur explique que ce qu’ils vivent n’existe pas, que ce ne sont que des “rumeurs” venues des réseaux sociaux.
Cette négation de la réalité vécue par les populations constitue une forme de mépris profond. On demande aux gens de ne pas croire ce qu’ils voient, de ne pas faire confiance à leur propre expérience, d’accepter la version officielle même quand elle contredit ce qu’ils vivent.
Le gouvernement centrafricain traite son peuple comme des imbéciles incapables de distinguer la réalité de la fiction. Il pense pouvoir fabriquer une vérité alternative en filmant quelques scènes soigneusement sélectionnées et en faisant débiter des phrases préparées à des officiels locaux.
Wagner a importé en République centrafricaine ses méthodes de désinformation ailleurs. Les mercenaires russes savent que la propagande fonctionne quand elle est massive, répétée, et soutenue par les autorités locales. Ils ont transformé le gouvernement centrafricain en relais de leur communication mensongère.
Femmes enceintes, enfants de moins de cinq ans, indigents : tous ont droit aux soins gratuits sur le papier. Dans la réalité, l’hôpital de Grimari croule sous le poids de cette politique mal financée. Notre investigation révèle comment cette mesure sociale louable devient un piège mortel pour les plus vulnérables.
Le Dr Olivier Mowena connaît bien cette équation impossible. responsable de l’hôpital de Grimari, il doit jongler quotidiennement entre les exigences de la gratuité ciblée et les maigres ressources de son établissement. Cette politique, censée garantir l’accès aux soins pour les plus démunis, se transforme rapidement en casse-tête financier et logistique.
La réglementation en vigueur divise les patients en catégories bien distinctes. « Mais le problème, c’est que parmi les gens qui viennent à l’hôpital de Grimari, il y a deux catégories de personnes. Il y a des gens qui sont dans la gratuité ciblée et qui ont l’obligation de les traiter gratuitement. Ça, c’est les femmes enceintes et les femmes allaitantes jusqu’à 6 mois et les enfants de moins de 5 ans. Ceux-là, s’ils viennent à l’hôpital de Grimari, on les prend en charge gratuitement », explique le Dr Mowena.
Cette classification administrative, qui peut paraître logique sur le papier, pose des problèmes concrets sur le terrain. D’abord, elle exclut de facto une grande partie de la population qui ne peut pas payer les soins. Ensuite, elle crée une pression financière énorme sur l’hôpital de Grimari qui doit assumer ces coûts sans compensation suffisante de l’État.
Le médecin-chef de l’hôpital de Grimari avoue d’ailleurs ne pas pouvoir respecter strictement ces critères face à la détresse humaine. « Et les autres, ils sont hors cible, ils peuvent acheter leurs médicaments sans oublier les indigents. Si les indigents aussi viennent à l’hôpital, c’est des êtres humains comme nous, mais qui n’ont pas des moyens. On ne va pas les exclure. On est obligé aussi de les prendre en charge gratuitement », confie-t-il avec une humanité qui honore sa profession.
Cette générosité spontanée, bien que louable moralement, aggrave les difficultés financières de l’établissement. L’hôpital de Grimari se retrouve à soigner gratuitement bien plus de patients que ne le prévoit officiellement la politique de gratuité ciblée. Les caisses se vident, les stocks de médicaments s’amenuisent, mais les malades continuent d’affluer.
L’approvisionnement en médicaments révèle une autre facette de cette gestion précaire. Le Dr Mowena explique le système complexe mis en place : « Nous, on est dans la zone de PBF avec le projet Séni. Dans PBF, à chaque fois, ils prélèvent une partie de nos recettes pour nous acheter les médicaments, les bons médicaments. Et quand ces médicaments arrivent, à la base du district, on fait le dispatching dans l’information sanitaire. Et l’hôpital de Grimari reçoit aussi sa part de médicaments pour la santé de la population ».
Ce mécanisme de financement basé sur la performance semble ingénieux en théorie. L’hôpital génère des recettes, une partie est prélevée pour acheter des médicaments qui sont ensuite redistribués. Mais cette logique comporte une faille majeure : comment générer suffisamment de recettes quand la majorité des patients bénéficient de la gratuité ?
Le médecin tient à rassurer sur la qualité des médicaments disponibles. « Donc nous, on a les médicaments. On n’a pas que le paracétamol . On a aussi les autres médicaments, certaines gammes de médicaments qu’on utilise pour la santé de la population », précise-t-il. Cette précision n’est pas anodine. Elle répond aux critiques récurrentes sur la distribution de médicaments de qualité douteuse dans les structures publiques.
Toutefois, avoir des médicaments ne résout pas tous les problèmes. L’infrastructure défaillante de l’hôpital compromet gravement l’efficacité de cette politique de gratuité. « Effectivement, au niveau des salles d’hospitalisation, on a constaté un nombre insuffisant des lits et presque vétustes », reconnaît le Dr Mowena. Comment hospitaliser correctement des patients quand les lits manquent et que ceux disponibles tombent en ruine ?
La question des matelas vient compléter ce tableau d’insuffisance généralisée. « À propos de la vétusté des matelas, oui, c’est avéré. Là, présentement, l’hôpital a un budget pour acheter quelques matelas pour essayer de remplacer ces matelas vétustes », explique le responsable médical. Quelques matelas pour remplacer ceux qui sont complètement usagés, voilà l’ambition de cet établissement public.
Cette gestion au jour le jour montre l’incohérence fondamentale de la politique sanitaire centrafricaine. L’État proclame la gratuité des soins pour certaines catégories de population sans se donner les moyens de financer correctement cette mesure. Les hôpitaux de district, comme celui de Grimari, se retrouvent pris en étau entre leurs obligations sociales et leurs contraintes budgétaires.
Les conséquences de cette politique mal conçue dépassent le cadre strictement médical. Les médecins, contraints de faire des choix impossibles entre leurs obligations déontologiques et les réalités financières, développent des stratégies de survie qui fragilisent tout le système. Ils soignent gratuitement plus de patients que prévu, épuisent leurs stocks plus rapidement, et voient leurs équipements se dégrader faute de MAINTENANCE suffisante.
L’hôpital de Grimari devient ainsi le symbole d’une politique sanitaire populiste mais irréaliste. Annoncer la gratuité des soins sans financer correctement les structures qui doivent l’appliquer revient à condamner ces établissements à l’asphyxie progressive. Les populations de la Ouaka, qui croient bénéficier d’un droit acquis, découvrent amèrement que la gratuité proclamée cache souvent une pénurie organisée qui transforme leur quête de soins en parcours du combattant.
Bangui sans eau ni électricité : Mboli-Goumba dénonce “dix ans de rien” pour les mandats de Touadera
Bangui.jpg” data-wpel-link=”internal”>De gauche à droite : les principaux dirigeants du BRDC, dont Martin Ziguélé, Maître Nicolas Tiangaye, Maitre Crépin Mboli-Goumba et Mahamat Kamoun, lors de leur conférence de presse du 11 octobre 2024 à Bangui
Le leader du BRDC dresse un bilan catastrophique des conditions de vie dans la capitale centrafricaine.
L’ancien candidat à la présidentielle ne prend pas de gants. Dans son intervention sur la Radio Ndékè Luka, Crépin Mboli-Goumba livre une analyse impitoyable de la situation qui prévaut à Bangui. “Il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas de travail”, énumère-t-il sans détour. Cette trilogie des manques dessine le portrait d’une capitale en déshérence, où les services de base font défaut aux habitants.
Le Coordinateur du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution élargit son constat aux autres fléaux qui minent le quotidien des Banguissois. “Il y a division au sein des Centrafricains, il y a l’insécurité, il n’y a pas de route, il y a pollution”, poursuit-il. Cette accumulation de dysfonctionnements transforme la vie urbaine en parcours du combattant pour des milliers de familles.
L’opposant établit une comparaison saisissante entre la capitale et l’intérieur du pays. Si Bangui devrait théoriquement offrir de meilleures conditions de vie, la réalité dépeinte par Mboli-Goumba montre que même la ville principale du pays ne parvient pas à garantir le minimum vital à ses habitants. “Nos compatriotes de l’intérieur vivent un enfer”, affirme-t-il, suggérant que la situation empire à mesure qu’on s’éloigne du centre politique.
Cette charge frontale s’accompagne d’une critique acerbe de la gouvernance actuelle. Mboli-Goumba fustige “dix ans de rien”, une formule lapidaire qui résume son jugement sur la décennie écoulée. Il dénonce l’attitude du pouvoir qui, selon lui, fait preuve d’”arrogance” au lieu de reconnaître ses échecs. Le dirigeant du BRDC estime qu’après tant d’années sans résultats probants, les autorités devraient “passer la main” à d’autres parmi les cinq millions de Centrafricains capables de gouverner.
L’intervention de Crépin Mboli-Goumba dessine le portrait d’une capitale abandonnée par ses dirigeants. Son diagnostic sans complaisance révèle l’ampleur du défi à relever pour redonner à Bangui les moyens de son développement. Entre pénuries et divisions, la première ville du pays attend encore les changements promis depuis des années.
Centrafrique : comment la justice meurt en direct sous les yeux de Touadéra
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2022/09/les-avocats-huissiers-et-notaires-reunis-avant-leur-assemblee-generale-extraordinaire-du-mercredi-14-septembre-2022.-Photo-CNC.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2022/09/les-avocats-huissiers-et-notaires-reunis-avant-leur-assemblee-generale-extraordinaire-du-mercredi-14-septembre-2022.-Photo-CNC-450×338.jpg” alt=”Centrafrique : comment la justice meurt en direct sous les yeux de Touadéra” width=”450″ height=”338″ />les avocats, huissiers et notaires réunis avant leur assemblée générale extraordinaire à Bangui
Depuis début septembre, les avocats centrafricains ont cessé le travail. Pas par protestation politique, mais parce que l’exercice de leur profession est devenu impossible.
Le 4 septembre marque le début d’une paralysie judiciaire en République centrafricaine. Le Barreau a suspendu ses activités, confronté à des obstacles qui rendent l’exercice du droit impossible. Cette décision démontre une crise profonde du système judiciaire centrafricain.
Les revendications des avocats portent sur deux points fondamentaux : l’accès aux clients détenus et une rémunération décente. Actuellement, les forces de l’ordre empêchent régulièrement les avocats d’assister aux interrogatoires de leurs clients. Les procès-verbaux sont établis en leur absence, privant les prévenus de leur droit à la défense.
Arlette Sombo Dibélé, avocate au Barreau de Bangui, témoignait déjà en avril : « On nous refuse l’accès sous prétexte que les interrogations sont en cours. Quand nous arrivons, les décisions sont déjà prises ». Cette pratique transforme la défense en simple formalité administrative.
Les honoraires d’avocat commis d’office n’ont pas été revalorisés depuis des années, rendant impossible la prise en charge correcte des dossiers. Cette situation pousse de nombreux justiciables vers une justice à plusieurs vitesses, où seuls ceux qui peuvent payer accèdent à une défense de qualité.
Par ailleurs, certains avocats font face à des pressions directes. En 2022, Émile Bizon et Manguereka avaient reçu des menaces après avoir dénoncé des dysfonctionnements. Ces intimidations créent un climat d’insécurité qui décourage l’exercice indépendant de la profession.
Le ministre de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène, évoque des « discussions en cours » sans proposer de calendrier précis ni de mesures concrètes. Le président Touadéra parle du Barreau comme d’un « pilier fondamental » de la démocratie, mais les actes tardent à suivre les discours.
Cette situation intervient dans un contexte préélectoral tendu. Le gouvernement semble privilégier la temporisation plutôt que les réformes structurelles nécessaires au bon fonctionnement de la justice.
Cette paralysie affecte directement les justiciables. Des prévenus restent en détention prolongée sans jugement, des familles attendent des réponses qui ne viennent pas, et la confiance dans l’institution judiciaire s’érode.
La grève des avocats montre un problème plus large : l’affaiblissement de l’État de droit en RCA. Quand les défenseurs ne peuvent plus exercer, c’est l’équilibre des pouvoirs qui se trouve menacé.
Au-delà des revendications corporatistes, cette crise soulève des questions essentielles sur l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. Elle met en lumière les difficultés de la RCA à consolider ses institutions démocratiques.
La résolution de ce conflit nécessitera des engagements précis et un calendrier de mise en œuvre. Sans cela, la crise risque de s’installer durablement, avec des conséquences graves pour l’ensemble du système judiciaire centrafricain.
Centrafrique : pour Évariste Ngamana, Touadera répond aux critères pour un troisième mandat. Mais quels critères parle-t-il ?
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/07/Remise-du-projet-de-la-nouvelle-constitution-par-le-President-Touadera-a-son-directeur-national-de-campagne-Evariste-Ngamana-dans-lhemicycle-de-lassemblee.jpg” data-wpel-link=”internal”>Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/07/Remise-du-projet-de-la-nouvelle-constitution-par-le-President-Touadera-a-son-directeur-national-de-campagne-Evariste-Ngamana-dans-lhemicycle-de-lassemblee-450×300.jpg” alt=”Centrafrique : pour Évariste Ngamana, Touadera répond aux critères pour un troisième mandat. Mais quels critères parle-t-il ?” width=”450″ height=”300″ />Remise du projet de la nouvelle constitution au Président Touadera par son directeur national de campagne Evariste Ngamana-
Évariste Ngamana vient de sortir sa baguette magique. Le porte-parole du MCU et vice-président de l’Assemblée nationale explique tranquillement que Faustin-Archange Touadéra peut briguer un troisième mandat. Comment ? Grâce à la constitution de 2023 qui, selon lui, a créé une “nouvelle république”. Et voilà le tour joué.
“Le président répond aux critères”, assène Ngamana avec l’assurance de celui qui ne doute de rien. Mais quels critères exactement ? Là, silence radio. L’homme politique et titulaire d’un faux diplôme préfère rester dans le vague, comme si cette imprécision allait convaincre les Centrafricains.
Au départ, une constitution taillée sur mesure
Cette fameuse constitution de 2023, Évariste Ngamana la brandit comme un talisman. Elle aurait effacé d’un coup de crayon constitutionnel tous les précédents mandats de Touadéra. Une remise à zéro providentielle qui tombe à pic, juste avant l’échéance électorale. Quelle coïncidence !
Le problème, c’est que cette explication ne tient pas debout. Quand on change de constitution pour permettre à un président de rester au pouvoir, on appelle ça comment déjà ? Ah oui, une manipulation. Évariste Ngamana peut bien enrober sa démonstration dans du jargon juridique, le fond reste le même : on modifie les règles du jeu quand on risque de perdre.
Les questions qui dérangent
Parlons de ces fameux “critères” que Touadéra remplirait soi-disant. L’âge ? La nationalité ? L’état de santé ? Évariste Ngamana ne dit rien. C’est pourtant légitime de s’interroger sur la capacité d’un dirigeant à exercer ses fonctions, non ? Dans d’autres pays, ces questions se posent ouvertement. Ici, c’est le silence complet.
Cette opacité pose problème. Quand un responsable politique refuse d’expliquer clairement pourquoi son patron peut se représenter, on a le droit de se méfier. Surtout quand la constitution a été modifiée spécialement pour l’occasion.
Aussi, Évariste Ngamana lui-même cumule les casquettes : porte-parole du parti au pouvoir, vice-président de l’Assemblée nationale. Une position qui lui permet de parler au nom du législatif pour défendre l’exécutif. Pratique, cette confusion des rôles. Elle évite les questions embarrassantes venues du Parlement.
Ce mélange des genres n’est pas nouveau. Il montre une stratégie bien connue: placer ses hommes aux bons endroits pour contrôler le discours. Quand c’est Ngamana qui parle depuis l’Assemblée pour défendre Touadéra, où est la séparation des pouvoirs ?
L’art de dire sans dire
Écoutons bien Évariste Ngamana: “Si le président répond aux critères, il peut se représenter, ce qui est le cas”. Cette phrase dit tout et rien à la fois. Elle affirme sans prouver, elle conclut sans démontrer. C’est de la communication politique pure, celle qui mise sur la répétition plutôt que sur l’explication.
Cette technique fonctionne avec ceux qui ne creusent pas. Mais elle agace ceux qui attendent des réponses précises. Pourquoi ne pas détailler ces critères ? Pourquoi ne pas expliquer en quoi la “nouvelle république” change la donne ? Parce que l’explication révélerait la manœuvre.
Évariste Ngamana semble ignorer les conséquences de son raisonnement. Ou alors, il les assume parfaitement. Dans les deux cas, c’est inquiétant pour la petite démocratie centrafricaine. Les institutions ne sont plus des garde-fous mais des outils au service du pouvoir en place.
Au-delà des arguments juridiques de Ngamana, une question demeure : les Centrafricains veulent-ils vraiment de ce troisième mandat ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Peu importe les contorsions constitutionnelles, peu importe les “critères” mystérieux. Ce qui compte, c’est l’avis du peuple.
Mais cette question-là, Évariste Ngamana ne la pose pas. Normal, la réponse pourrait ne pas lui plaire. Alors il préfère s’abriter derrière sa constitution sur mesure et ses explications alambiquées. Une stratégie qui révèle surtout la faiblesse de sa position.
Le tour de passe-passe d’Évariste Ngamana ne trompe personne. Derrière les grands mots se cache une réalité simple : on change les règles pour garder le pouvoir.
Votre acharnement frise l’obsession” : quand Anicet-Georges Dologuelé attaque frontalement Touadéra et refuse le statut d’apatride
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/09/anicet-georges-dologuele.jpg” data-wpel-link=”internal”>Anicet-Georges DOLOGUELÉ, leader de l’URCA, et membre influent du BRDC
Rédigé le . Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). Dans une lettre incendiaire, l’ancien premier ministre et député de Bocaranga 1 détaille dix ans de persécutions et accuse le président Baba Kongoboro de “perdre son sang-froid” avant les Élections. La guerre est ouvertement déclarée entre les deux rivaux politiques.
La rupture est désormais totale et irréversible. Anicet Georges Dologuelé, que maître Nicolas Tiangaye accusait de “trahison” pour avoir déposé sa candidature malgré le boycott du BRDC, vient de franchir un point de non-retour. Dans une lettre datée du 14 octobre 2025 adressée au président Faustin-Archange Touadéra, l’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle ne mâche plus ses mots et transforme ce qui était un différend politique en affrontement personnel brutal.
“Votre acharnement contre ma personne commence à friser l’obsession”, écrit sans détour Anicet-Georges Dologuelé, avant d’énumérer méthodiquement une décennie de ce qu’il qualifie de persécutions systématiques. Le ton est donné : ce ne sera pas une simple joute électorale, mais un combat frontal entre deux hommes que tout oppose désormais.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase intervient le 9 octobre, lorsque le ministre de la Défense, assurant intérim de son collègue de l’intérieur, sur instruction d’ailleurs du président, informe l’opposant Anicet-Georges Dologuelé qu’il a “perdu la nationalité centrafricaine”. Une tentative de le déclarer apatride qui vise manifestement à l’écarter de la course présidentielle. Mais l’opposant ne se laisse pas intimider et contre-attaque avec une violence verbale inédite dans le paysage politique centrafricain.
La réponse de l’ancien premier ministre Anicet-Georges Dologuelé est chirurgicale et dévastatrice. Il rappelle être “né Centrafricain, de père et de mère eux-mêmes Centrafricains d’origine”, et possède depuis 1994 un certificat de nationalité délivré par une autorité judiciaire compétente. Ce document lui a permis de se présenter aux présidentielles de 2016, 2020 et maintenant 2025, ainsi que d’être élu député de Bocaranga 1 depuis près de dix ans. Touadéra invoque contre lui une loi de 1961 sur la nationalité qui, selon Anicet-Georges Dologuelé , “existe depuis 64 ans mais n’a jamais été mise en application et est donc tombée en désuétude”.
L’argument massue arrive ensuite : “Des milliers de Centrafricains, dont certains ont dirigé notre pays, sont devenus des binationaux sans que leur nationalité centrafricaine n’ait jamais été remise en cause”. Pour enfoncer le clou, Anicet-Georges Dologuelé rappelle qu’il s’est libéré de ses liens d’allégeance à la France le 25 septembre 2025 et ne possède donc plus que la nationalité centrafricaine. “Maintenant que je n’ai plus que la seule nationalité centrafricaine, il devient sans objet de me demander une réintégration”, assène-t-il avec ironie.
Mais c’est dans la suite de sa lettre que Anicet-Georges Dologuelé passe véritablement à l’offensive, dévoilant un catalogue accablant de ce qu’il présente comme une vendetta personnelle du président à son encontre. En 2017, Touadéra alias Baba Kongoboro avait tenté de l’impliquer dans une “sombre histoire d’atteinte à la sûreté de l’État”. En 2021, le président lui aurait interdit de se faire soigner à l’étranger malgré une “urgence chirurgicale”, confisquant son passeport diplomatique et publiant sur les réseaux sociaux la copie de son passeport français. La même année, la tentative de levée de son immunité parlementaire pour un “délit imaginaire”. En 2023, introduction dans la Constitution de l’interdiction aux binationaux de se présenter à la présidentielle. Et maintenant, en 2025, cette tentative de déchéance de nationalité.
L’ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuelé ne se contente pas de dresser ce réquisitoire : il lance une charge frontale contre la personnalité même du président. “Il est à la fois surprenant et consternant de noter qu’au cours de cette décennie à la tête de notre pays, tous vos actes et décisions n’ont été guidés que par des sentiments négatifs : la rancune, la méchanceté, le désir d’écraser, d’humilier et de réduire à néant vos adversaires”, écrit-il sans retenue.
Plus grave encore, Anicet-Georges Dologuelé accuse Touadéra d’avoir “détruit tous les fondements culturels de la société centrafricaine” et transformé la politique en “synonyme de tout ce que l’on réprouve : mensonge, manipulation, intérêts personnels, trahison, injustice, violence, roublardise, corruption, débauche, machiavélisme”. Des mots d’une violence rare dans une correspondance officielle entre un candidat et un président en exercice.
L’accusation la plus cinglante touche à la foi religieuse du président. Anicet-Georges Dologuelé dénonce les “scènes de démonstration publique de votre piété et de votre dévotion à l’Éternel” diffusées sur les réseaux sociaux, notamment celle montrant Touadéra “à genoux, en train de recevoir la bénédiction de pasteurs”. Pour l’opposant, “ces scènes sont malheureusement aux antipodes des réalités que vous faites vivre aux Centrafricains”. Il va jusqu’à parler de “cynisme avec la parole de Dieu devenu un acte blasphématoire” et affirme que le président a “perdu la crainte devant Dieu et devant la Nation”.
Cette lettre explosive intervient dans un contexte déjà explosif. Rappelons que l’ancien premier ministre Nicolas Tiangaye, dans son interview sur Africa Radio, avait qualifié la démarche d’Anicet-Georges Dologuelé de “trahison” après que ce dernier ait brisé le front commun du BRDC en déposant sa candidature malgré la décision collective de boycott. Le président du CRPS avait même annoncé son exclusion du Bloc Républicain.
Mais Anicet-Georges Dologuelé semble avoir fait son choix : plutôt que de rester dans l’ombre d’un boycott dont il conteste manifestement la stratégie, il a décidé d’affronter directement le pouvoir en place sur le terrain électoral. Et cette lettre montre qu’il ne compte pas se contenter d’une campagne classique : c’est une guerre totale qu’il déclare à Touadéra, utilisant les armes de la dénonciation frontale et de l’attaque personnelle.
L’ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuelé ne s’arrête pas là. Il accuse le président d’avoir “fait de l’Autorité Nationale des Élections un appendice des services du Gouvernement” qui “reçoit directement des instructions” du pouvoir. Il dénonce la convocation du corps électoral alors que “la liste définitive des électeurs n’a toujours pas été rendue publique” et l’imposition par le gouvernement de recrutement d’“experts électoraux” choisis “parmi les militants de votre parti politique”.
Mais c’est la conclusion de la lettre qui montre toute l’ambition d’Anicet-Georges Dologuelé et la profondeur du fossé qui le sépare désormais de l’opposition boycotteuse. “Je ne cherche pas à prendre ‘votre place’ ; je cherche à devenir Président de la République Centrafricaine”, écrit-il, marquant ainsi sa volonté de conquérir le pouvoir par les urnes plutôt que de le contester de l’extérieur.
Cette stratégie frontale contraste radicalement avec celle défendue par Tiangaye qui, rappelons-le, affirmait dans son interview qu’“aller à ces Élections, c’est accompagner Touadéra, c’est légitimer le coup d’État constitutionnel”. Pour le président du CRPS, “il vaut mieux ne pas aller à ces Élections-là pour que le masque de la tyrannie puisse tomber”.
Anicet-Georges Dologuelé fait exactement le pari inverse : il mise sur sa participation pour démasquer la “tyrannie” qu’il dénonce. Son calcul est clair : en restant dans la course malgré toutes les manœuvres du pouvoir, il espère incarner la résistance face à ce qu’il présente comme un régime obsédé par son maintien au pouvoir.
La lettre se termine par un défi à peine voilé : “Vos partisans aiment à répéter que c’est Dieu qui vous a donné le pouvoir. Nous croyons tous en Dieu, laissons-le faire son œuvre et arrêtons d’avoir la prétention de l’influencer.” Une façon élégante de dire au président : rendez-vous aux urnes, et que le meilleur gagne.
L’opposition centrafricaine se retrouve donc scindée en deux camps aux stratégies diamétralement opposées. D’un côté, Tiangaye et le BRDC qui boycottent et dénoncent une “parodie électorale” où “les résultats sont connus d’avance”. De l’autre, Anicet-Georges Dologuelé qui a choisi l’affrontement direct, quitte à être accusé de “trahison” par ses anciens alliés.
Cette division fatale de l’opposition pourrait bien faire le jeu du président Touadéra. Mais elle montre aussi deux visions radicalement différentes de l’action politique : celle du refus et du boycott face à un système jugé verrouillé, et celle du combat frontal malgré toutes les embûches.
Reste à savoir laquelle de ces deux stratégies servira le mieux les intérêts du peuple centrafricain. Une chose est certaine : avec cette lettre incendiaire, Anicet-Georges Dologuelé a fait exploser les derniers semblants de courtoisie politique et transformé la campagne électorale en règlement de comptes personnel. Le 28 décembre dira si ce pari audacieux était celui de la témérité ou celui du courage.
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quand les ministres créent leurs radios mille collines en violation de la loi sur la fonction publique
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/09/ministre-piri-dans-le-studio-de-sa-radio.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le ministre Bertrand Arthur Piri dans le studio de sa radio privée
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Après la Radio privée du ministre conseiller présidentiel Fidèle Gouandjika, le ministre de l’énergie Arthur Piri lance Liton FM dans sa propriété, défiant ouvertement la réglementation sur la fonction publique.
Le paysage médiatique centrafricain connaît une dérive inquiétante avec la multiplication des stations de radio du type radio mille colline, créées par des responsables gouvernementaux en exercice. Après Radio Gouandjika lancée par le conseiller présidentiel Fidèle Gouandjika, c’est au tour du ministre Arthur Piri de créer sa propre station, Liton FM, dans sa propriété d’Ombella Palace au PK 22 sur la route de Damara.
Cette nouvelle radio, installée dans le domaine personnel du ministre, interroge sur le respect de la déontologie et des textes régissant la fonction publique centrafricaine. Arthur Piri, candidat aux Élections législatives dans sa localité de Bégoua, semble vouloir utiliser ce média comme instrument de campagne électorale.
Selon les informations disponibles, cette station permettrait au ministre de “battre le compagnon pour appeler la population à voter”. Cette formulation confirme une utilisation partisane du média, transformant une station de radio en outil de propagande Politique au service d’intérêts personnels.
En outre, le Statut général de la Fonction publique centrafricaine est pourtant clair sur ce point : les fonctionnaires en exercice ne peuvent exercer d’activités privées incompatibles avec leurs fonctions publiques. La création et l’exploitation d’une station de radio privée entrent manifestement dans cette catégorie d’activités interdites.
Cette violation de la réglementation pousse les centrafricains à s’interroger sur l’impunité dont jouissent certains responsables gouvernementaux. Comment un ministre peut-il ouvertement défier les textes qu’il est censé respecter et faire respecter sans que cela n’entraîne de sanctions ?
L’exemple de la Radio Gouandjika avait déjà créé un précédent problématique. Cette station, créée par le conseiller présidentiel Fidèle Gouandjika, s’était rapidement transformée en tribune d’attaques personnelles et d’appels à la haine. Le ton employé sur cette antenne avait choqué par sa violence et sa vulgarité.
Avec Liton FM, c’est un deuxième membre du gouvernement qui suit cette voie dangereuse. Cette multiplication des radios gouvernementales privées témoigne d’une stratégie concertée de contrôle de l’information et de manipulation de l’opinion publique.
Ces créations de radios par des responsables en exercice posent aussi des questions sur l’équité du processus électoral. Comment garantir une campagne équitable quand certains candidats disposent de leurs propres stations de radio pour promouvoir leur candidature ?
L’installation de Liton FM dans la propriété personnelle du ministre Arthur Piri au PK 22 est un exemple parfait de cette appropriation privée des moyens de communication par les détenteurs du pouvoir. Cette privatisation de l’espace médiatique par les gouvernants transforme l’information en instrument de domination politique.
Cette dérive autoritaire s’inscrit dans un contexte plus large de dégradation de l’état de droit en République centrafricaine. Les responsables gouvernementaux semblent considérer que les lois ne s’appliquent pas à eux, créant un précédent dangereux pour l’ensemble de la société.
La localisation de ces radios dans les propriétés privées des ministres pose également des questions techniques et juridiques. Ces installations respectent-elles les normes de diffusion ? Ont-elles obtenu les autorisations nécessaires auprès des autorités compétentes ? Ces questions restent sans réponse claire.
L’utilisation de ces médias privés par des responsables publics crée aussi un conflit d’intérêts manifeste. Comment ces personnalités peuvent-elles prétendre servir l’intérêt général tout en utilisant leur position pour promouvoir leurs intérêts personnels et politiques ?
Cette multiplication des radios ministérielles risque de créer une fragmentation de l’espace médiatique où chaque responsable dispose de sa propre tribune, transformant le débat public en cacophonie de propagandes personnelles.
Zémio : quand l’armée centrafricaine se transforme en gang de racketteurs aux portes de la RDC
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/commandant-michael-banafio-de-zemio.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le commandant Michael Banafio, chef du détachement militaire à Zemio, dans le Haut-Mbomou
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Au bord de la rivière Mbomou, là où le territoire centrafricain touche la République Démocratique du Congo, les soldats des Forces Armées Centrafricaines ont installé leur propre péage. Pas un poste de contrôle sécuritaire. Pas un dispositif de surveillance frontalière. Non. Une simple machine à extorquer de l’argent aux pauvres gens qui tentent de survivre en traversant la frontière pour commercer.
Bienvenue à Zémio, préfecture du Haut-Mbomou, où l’uniforme militaire est devenu le costume préféré des bandits de grand chemin.
Chaque jour, des dizaines d’habitants de Zémio descendent vers les berges de la Mbomou. Certains vont acheter du sel, du sucre ou de l’huile en RDC pour les revendre de l’autre côté. D’autres attendent les commerçants congolais qui traversent avec leurs marchandises. C’est un ballet commercial vieux comme le fleuve lui-même, un mouvement naturel de survie économique dans une région où l’État n’a jamais rien construit, jamais rien apporté.
Mais voilà que les FACA ont flairé l’opportunité. Elles ont planté leur drapeau au bord de l’eau et décrété que désormais, chaque passage se paierait. Cash. Immédiatement. Sans reçu, évidemment.
Les montants ? Entre 10 000 et 50 000 francs CFA selon l’humeur du soldat, la tête du passager, ou le poids supposé de sa poche. Peu importe que tu sois un commerçant qui traverse trois fois par semaine, un réfugié qui rentre chez lui après des mois d’exil, ou une mère de famille qui va chercher de quoi nourrir ses enfants. Tu paies. Sinon, tu restes bloqué.
Imaginez la scène. Vous avez fui Zémio il y a six mois parce que les Mercenaires russes terrorisaient votre quartier. Vous avez vécu dans un camp de réfugiés en RDC, dans des conditions misérables, en attendant que la situation se calme. Vous apprenez que c’est plus tranquille maintenant. Vous décidez de rentrer. Vous traversez le fleuve avec vos maigres possessions. Et là, sur la berge centrafricaine, votre propre armée vous barre la route et vous réclame 10 000 francs pour fouler à nouveau le sol de votre pays.
Dix mille francs que vous n’avez pas. Que vous n’avez jamais eus. Alors vous faites demi-tour. Vous retournez en RDC. Vous restez réfugié. Parce que votre armée nationale vous a transformé en étranger sur votre propre terre.
Pour les commerçants, c’est l’asphyxie économique installée. Madame Françoise traverse chaque semaine vers Mboki, en RDC, pour acheter du savon qu’elle revend à Zémio. Son bénéfice normal : 5 000 francs par voyage. Mais maintenant, les FACA lui réclament 7500 francs à l’aller et autant au retour. Comment voulez-vous qu’elle continue ? Elle a arrêté. Comme des dizaines d’autres petits commerçants qui faisaient vivre leurs familles de ce trafic transfrontalier.
L’économie locale, déjà exsangue, vient de recevoir le coup de grâce. Mais les soldats FACA, eux, s’enrichissent. Ils ont trouvé leur mine d’or : les pauvres gens qui n’ont pas le choix.
Si le racket au bord du fleuve était le seul problème, ce serait déjà scandaleux. Mais les FACA de Zémio ont inventé un deuxième système, encore plus pervers, pour remplir leurs poches.
Elles arrêtent les jeunes. N’importe quel jeune. Sur n’importe quel prétexte. Le prétexte préféré ? Les cicatrices.
Vous avez une marque sur le bras ? Une cicatrice sur le torse ? Des traces de scarifications traditionnelles pratiquées dans votre ethnie depuis des générations ? Alors vous êtes suspect. Suspect de quoi ? D’être un milicien Azandé, évidemment.
La logique des FACA est imparable dans sa stupidité : les miliciens Azandé se cachent dans la brousse et viennent parfois en ville pour boire, s’amuser ou acheter des provisions. Ces miliciens ont souvent des cicatrices rituelles sur le corps. Donc, si tu as des cicatrices, tu es forcément un milicien qui se planque en ville.
Sur cette base “juridique” solide comme du sable, les FACA interpellent, embarquent, emprisonnent. Et ensuite ? Elles envoient un émissaire à la famille avec un message simple : “Ton fils est au cachot. Il est accusé d’être un milicien Azandé. Si tu veux le revoir, apporte 200 000 francs.”
Pas de procès. Pas d’enquête. Pas de preuve. Juste une accusation inventée et une demande de rançon. C’est du kidnapping légalisé par l’uniforme.
Jean-Pierre a 24 ans. Il vend des arachides au marché de Zémio. Il a sur le bras gauche trois scarifications en forme de lignes parallèles, un signe identitaire de son clan. Un matin, en allant au marché, il croise une patrouille FACA. Un soldat remarque les cicatrices. “C’est quoi ça sur ton bras ?”. Jean-Pierre explique. Le soldat sourit . “Milicien. Tu viens avec nous”.
Jean-Pierre passe trois semaines au cachot. Sa mère vend sa récolte de manioc. Son père emprunte auprès d’un voisin à 50% d’intérêt. Ses sœurs abandonnent l’école pour travailler aux champs. La famille réunit péniblement 180 000 francs. Les FACA acceptent, exceptionnellement, vu les circonstances. Jean-Pierre sort. Il n’a jamais touché une arme de sa vie. Il n’a jamais fréquenté aucun groupe armé. Mais sa famille est ruinée pour des années.
Cette histoire n’est pas unique. Elle se répète chaque semaine à Zémio. N’importe quel jeune peut être arrêté à tout moment. Il suffit que les FACA décident qu’il a “une tête de milicien” ou “des marques suspectes”. Et hop, direction le cachot. Et la famille doit se débrouiller pour trouver la rançon.
Les jeunes de Zémio vivent désormais dans la terreur. Ils évitent de croiser les patrouilles FACA. Ils portent des manches longues pour cacher leurs cicatrices. Certains ne circulent plus. La ville est devenue une prison à ciel ouvert où les geôliers portent l’uniforme national.
Les FACA ont transformé Zémio en zone de chasse. Elles chassent les civils. Elles les traquent, les capturent, les mettent en cage, et demandent une rançon pour les relâcher. Ce n’est plus une armée. C’est une organisation criminelle qui opère sous couvert de lutte contre les groupes armés.
Le plus révoltant dans cette histoire ? Les vrais miliciens Azandé, eux, ne sont jamais inquiétés. Ils sont dans la brousse, armés jusqu’aux dents, et les FACA ne les cherchent même pas. C’est tellement plus facile et plus rentable d’arrêter des jeunes désarmés au marché et de rançonner leurs familles.
Cette situation à Zémio n’est pas un fait exceptionnel. Ce n’est pas le résultat de quelques soldats indisciplinés qui auraient dérapé. Non. C’est un système. Un système organisé, toléré, encouragé par la hiérarchie militaire.
Les FACA déployées à Zémio ne reçoivent souvent pas leurs primes globales d’alimentation (PGA). Parfois pendant des années. Alors le commandement leur donne un message implicite : débrouillez-vous. Vivez sur la population. Prélevez votre dû directement sur les civils. Le racket devient le mode de rémunération officieux de l’armée.
Et ce système ne concerne pas que Zémio. Partout en Centrafrique, les FACA installent des barrières, créent des “taxes”, arrêtent arbitrairement des civils et demandent de l’argent. À Bossangoa, à Bambari, à Bria, à Ndassima, le scénario est identique. L’armée nationale est devenue une armée d’occupation qui pille son propre peuple.
Comment en est-on arrivé là ? La réponse tient en un mot : Wagner.
Depuis que les mercenaires russes du groupe Wagner ont pris le contrôle des FACA, ils leur ont enseigné leurs méthodes. Les instructeurs russes ne forment pas des soldats professionnels qui protègent les civils. Ils forment des prédateurs qui terrorisent la population.
Les mercenaires de Wagner eux-mêmes pratiquent le pillage partout où ils opèrent. À Ndassima, ils tuent les ouvriers miniers. À Bossangoa, ils pillent les petits villages voisins. À Bowaye, ils confisquent les vivres distribués par la Croix-Rouge. Les FACA, formées par Wagner, ont simplement copié le modèle.
La plainte déposée le 8 octobre 2025 à la Cour Pénale Internationale documente en détail comment les FACA sont passées sous contrôle de facto des mercenaires russes. Dans un rapport couvrant la période juillet 2020 à juin 2021, les Nations Unies ont recensé 526 violations des droits humains en RCA. Près de 46% de ces violations étaient attribuables aux FACA et aux instructeurs russes.
Les FACA ne sont plus l’armée nationale centrafricaine. Elles sont devenues les supplétifs de Wagner, une milice au service de Touadéra et des intérêts russes. À Zémio comme ailleurs, elles appliquent la doctrine Wagner : terroriser, racketter, piller.
Et le commandement ? Il ferme les yeux. Le ministre de la Défense Claude Rameaux Bireau laisse faire. Le Chef d’État-Major Zéphirin Mamadou ne sanctionne personne. Touadéra décore les mercenaires de Wagner pendant que les FACA formées par ces mêmes mercenaires rackettent la population.
Il y a quelques mois, lors d’une opération militaire dans la région de Zémio, un soldat FACA avait déclaré dans une vidéo devenue virale : “Nous sommes formés pour tuer et non pour rire”.
Cette phrase résume tout. Les FACA ne se cachent même plus. Elles assument leur brutalité. Elles se vantent d’être des machines à tuer. Et maintenant, elles ajoutent une fonction : machines à racketter.
À Zémio, cette doctrine s’applique quotidiennement. Les soldats ne rient pas quand ils réclament 10 000 francs à un réfugié qui rentre chez lui. Ils ne rient pas quand ils arrêtent un jeune innocent et demandent une rançon à sa famille. Ils font leur travail. Le travail pour lequel Wagner les a formés.
Les habitants de Zémio sont pris au piège. D’un côté, les miliciens Azandé qui attaquent les positions des forces de l’ordre. De l’autre, les FACA qui les rackettent et les emprisonnent. Ils n’ont nulle part où se tourner. Leur propre armée est devenue leur ennemie.
UNOPS : Arnaque de 16.250 FCFA par jour pendant 6 ans, Olga Lubazandio accuse New York d’une erreur incroyable
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/06/manifestation-devant-la-Minusca–Bangui.jpg” data-wpel-link=”internal”>Manifestation des ex-employés de la Minusca devant le siège à Bangui. Photo CNC
Madame Olga Lubazandio, représentante de l’UNOPS, a rencontré le bureau sortant des contractuels individuels pour leur annoncer que le montant de 36.250 FCFA figurant sur leurs bulletins de paie durant plus de six ans constituait une erreur provenant du siège de New York. L’organisation maintient donc le paiement journalier à 20.000 FCFA, soit une différence de 16.250 FCFA par jour.
Cette rencontre fait suite à la controverse déclenchée par la découverte d’un écart significatif entre le montant inscrit sur les fiches de paie et celui effectivement versé aux travailleurs. Pendant plus de six ans, les 6.000 contractuels individuels répartis dans les 20 préfectures de Centrafrique ont reçu manuellement 20.000 FCFA alors que leurs bulletins mentionnaient 36.250 FCFA.
Face à cette annonce, le bureau sortant a demandé à Madame Lubazandio d’être présente le 24 octobre lors de l’assemblée générale pour expliquer directement aux contractuels individuels la position de l’UNOPS. La responsable a décliné cette invitation, indiquant qu’elle serait absente de Bangui à cette date.
Cette absence programmée provoque des interrogations parmi les travailleurs qui y voient une volonté d’éviter la confrontation directe avec les principaux concernés. Les contractuels individuels estiment que l’explication mérite d’être donnée en personne devant l’ensemble des travailleurs.
L’argument d’une erreur administrative provenant de New York pousse les contractuels à se poser des questions juridiques. En droit, le principe veut que l’erreur de l’administration profite aux usagers et non l’inverse. Lorsqu’une organisation verse des salaires sur la base de documents officiels pendant plusieurs années, elle ne peut subitement invoquer une erreur pour réduire les montants dus.
Le fait que ces bulletins aient été produits pendant plus de six ans sans correction pose également problème. Ces documents ont été élaborés localement à Bangui et non à New York, ce qui fragilise l’argument d’une erreur provenant du siège international. Comment l’ONU, une institution de cette envergure, peut-elle commettre une telle erreur pendant des années sur des fiches de paie sans s’en apercevoir ?
Les 6.000 contractuels individuels menacent désormais d’entrer en grève. Sur leur forum de discussion, les témoignages se multiplient et la tension monte. Ces travailleurs, qui ne bénéficient d’aucune couverture sociale ni garantie de retraite, considèrent que l’UNOPS cherche à les priver de montants qui leur sont légitimement dus.
La situation reste tendue à l’approche de l’assemblée générale du 24 octobre, où les contractuels comptent exiger des réponses claires sur leurs revendications salariales. L’absence annoncée de la représentante de l’UNOPS risque d’aggraver le climat social déjà fragile.
Insécurité à Amdafock : deux personnes grièvement blessées par des bandits soudanais armés
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/10/le-blesse-de-amdafock-dans-la-prefecture-de-la-vakaga.jpg” data-wpel-link=”internal”>L’un des deux blessés d’attaque des bandits soudanais à 15 kilomètres d’Amdafock, dans la préfecture de la Vakaga, au nord de la RCA
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Deux personnes ont été attaquées ce mardi 14 octobre 2025 dans l’après-midi lors d’une attaque de bandits armés soudanais dans le village de Dan-Ngoré, situé à 15 kilomètres de la ville d’Amdafock, dans le nord-est de la République centrafricaine.
En effet, selon des informations recueillies par la rédaction du CNC, les deux victimes se rendaient au village de Dan-Ngoré pour récolter des fruits champêtres lorsqu’elles ont été prises pour cible par des bandits armés soudanais, vers 15 heures. Les assaillants ont ouvert le feu à balles réelles sur les deux personnes, qui ont été transportées d’urgence à l’hôpital d’Amdafock où elles reçoivent des soins. Mais quelques heures plus tard, l’une des deux victimes est morte suite de ses blessures.
Rappelons que la sous-préfecture d’Amdafock reste sous tension, avec une population qui fait face aux exactions de groupes armés soudanais. Ces incidents violents se multiplient à l’approche des Élections groupées et du recensement général de la population prévus dans le pays.
Maître Misaël Wouya, ressortissant d’Amdafock, contacté par CNC, a lancé un appel pressant au gouvernement centrafricain. “Nous demandons au gouvernement de tourner la face sur cette communauté située aux frontières stratégiques de la République Centrafricaine pour renforcer la sécurité, défendre la cause et le bien-être de cette population en péril”, a-t-il déclaré.
La population d’Amdafock réclame un renforcement urgent des dispositifs de sécurité dans cette zone frontalière stratégique. La préfecture de la Vakaga, à la frontière avec le Soudan, demeure l’une des régions les plus vulnérables du pays face aux incursions de groupes armés soudanais. Ces cas d’insécurité se produisent de façon récurrente, mettant en péril la vie quotidienne des habitants de cette communauté frontalière.
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/guy-alain.jpg” data-wpel-link=”internal”>Guy Aimé Nzawagbossa, président fondateur du parti politique Ngoï Ti Changement (NTC).
Entre promesses creuses et bilan catastrophique, la classe politique centrafricaine trouve-t-elle enfin sa voix ou s’enlise-t-elle dans l’illusion ?
Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Guy Aimé Nzawagbossa débarque sur la scène politique centrafricaine avec la fougue du débutant et l’assurance de celui qui n’a jamais gouverné. Face à lui, Faustin-Archange Touadéra, l’homme qui après dix années au pouvoir, livre un pays sous tutelle étrangère où les mercenaires russes du groupe Wagner font la loi. Mais entre ces deux hommes, qui dit vraiment la vérité au peuple centrafricain ?
Cette confrontation entre le novice et le fossoyeur montre clairement tout le drame centrafricain. Quand Guy Aimé Nzawagbossa critique “l’absence de vision stratégique” de Touadéra, il enfonce une porte ouverte. Dix ans de règne pour aboutir à quoi ? Un pays où les forces russes contrôlent les mines, tuent, pillent, où les populations civiles sont prises en étau entre groupes armés et mercenaires, où l’État centrafricain n’existe que sur le papier. Le président fondateur du NTC Guy Aimé Nzawagbossa a-t-il tort de dresser un tableau apocalyptique ? Les faits parlent d’eux-mêmes : électricité fantôme, jeunes diplômés au chômage, coût de la vie explosé, souveraineté bradée. Touadéra avait dix ans pour redresser le pays. Le résultat ? Un chaos organisé sous surveillance des Wagner.
Mais au-delà des critiques, c’est la dimension régionale qui interpelle. Guy Aimé Nzawagbossa cite le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré comme modèle. Provocateur ? Peut-être. Mais quand on voit un pays qui, malgré ses défis, refuse la tutelle étrangère et tente de reprendre son destin en main, la comparaison avec une Centrafrique sous perfusion russe fait mal. Le Bénin de Talon ? Le Rwanda de Kagame ? Ces dirigeants, malgré leurs méthodes contestables, ont au moins développé leurs pays. Touadéra, lui, a-t-il autre chose à montrer que des accords miniers signés avec Moscou et une population toujours plus appauvrie ? Ces comparaisons démontrent surtout l’ampleur du désastre centrafricain après une décennie de gouvernance Touadéra.
Cependant, entre les promesses et la réalité du pouvoir, le fossé reste béant. “Rétablissement obligatoire de l’électricité”, “inspecteurs du travail”, “projets communautaires”… Les solutions de Nzawagbossa sonnent effectivement comme un catalogue de bonnes intentions. Mais face à quoi ? Face à un pouvoir qui en dix ans n’a même pas réussi à électrifier Bangui correctement ! Certes, gouverner c’est prévoir, financer, négocier. Mais Guy Aimé Nzawagbossa peut-il vraiment faire mieux que Touadéra ? Un président qui a hypothéqué l’avenir du pays aux intérêts russes, qui a laissé les mercenaires Wagner s’installer durablement en massacrant la population civile, qui assiste impuissant à la paupérisation de son peuple ?
D’ailleurs, sur la question de l’autonomie politique, les positions divergent radicalement. “Nous ne sommes pas dans la logique des alliances opportunistes”, clame le leader du NTC Guy Aimé Nzawagbossa. Face à un Touadéra qui a fait de l’opportunisme avec Moscou sa ligne de conduite, cette déclaration résonne comme un espoir. L’indépendance de Guy Aimé Nzawagbossa n’est peut-être que de l’isolement, mais au moins ce n’est pas de la soumission. Quand on voit où ont mené les “alliances stratégiques” de Touadéra avec la Russie, l’isolement diplomatique semble presque préférable à la vassalité.
Pourtant, une interrogation fondamentale demeure sur la légitimité même du président sortant. Dix ans au pouvoir pour en arriver là ? Des mercenaires russes qui contrôlent les ressources, des populations terrorisées, une économie exsangue, une jeunesse sans espoir… Touadéra n’a pas hérité d’une mission impossible, il a créé une catastrophe durable. Les 20 000 jeunes recrutés dans l’armée ? Pour servir d’auxiliaires aux forces russes. Les infrastructures construites ? Lesquelles exactement ? La paix retrouvée ? Quelle paix quand Wagner quadrille le territoire et impose sa loi ?
Finalement, l’équation politique se résume à un choix terrible mais éclairant. Le nouveau candidat manque d’expérience, c’est certain. Il promet sans garanties, propose sans moyens détaillés. Mais face à Touadéra qui a eu dix ans pour prouver son incompétence totale, l’inexpérience de Guy Aimé Nzawagbossa ressemble presque à un atout. Au moins, lui n’a pas encore bradé la souveraineté nationale, n’a pas encore livré les ressources du pays aux appétits étrangers, n’a pas encore transformé l’armée nationale en supplétifs de mercenaires.
L’échéance de décembre 2025 s’annonce donc comme un moment de vérité historique. Entre l’incompétence avérée de Touadéra et les promesses incertaines de Guy Aimé Nzawagbossa , le choix semble cruel pour les Centrafricains. Mais ont-ils vraiment le choix de reconduire un homme qui a dilapidé dix années et hypothéqué l’avenir du pays ? Décembre 2025 dira si les électeurs préfèrent continuer la descente aux enfers ou tenter l’aventure du changement. Car au final, après dix ans de Touadéra, même l’incertitude de Nzawagbossa pourrait ressembler à un espoir. Reste à savoir si ce dernier saura être à la hauteur des attentes ou s’il ne sera qu’un énième déçu de plus dans l’histoire politique centrafricaine. Une chose est sûre : il ne peut pas faire pire que son prédécesseur.
Ouadda-Maïkaga : deux soldats FACA désertent, affamés par le non paiement de leur PGA
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/05/Des-soldats-FACA-et-leurs-suppletifs-russes-noirs-de-retour-du-chantier-minier-de-Keye-a-10-kilometres-de-Ouanda-Djalle.jpg” data-wpel-link=”internal”>Des soldats FACA et leurs supplétifs russes noirs de retour du chantier minier de Keye, à 10 kilomètres de Ouanda-Djallé sur l’axe de Ouadda-Maïkaga
À Ouadda-Maïkaga, sous-préfecture de la Haute-Kotto au nord de la République Centrafricaine, deux soldats des Forces Armées Centrafricaines ont déserté la semaine dernière. Un caporal-chef et un soldat ont quitté leur poste pour rejoindre Bria, avec l’espoir de rentrer ensuite à Bangui. Leur motivation ? La faim. L’abandon total. L’impossibilité de survivre dans les conditions dans lesquelles l’État-Major les a plongés.
Ces deux soldats ne sont pas des lâches. Ce ne sont pas des déserteurs par conviction. Ce sont des hommes poussés au désespoir par un système qui les envoie mourir de faim dans des zones reculées pendant que leurs supérieurs s’enrichissent sur leur dos.
La cause de cette désertion ? L’arrêt depuis plus de 6 ans du paiement de la Prime Globale d’Alimentation (PGA) pour les soldats déployés en province. Cette prime est censée permettre aux soldats de se nourrir lorsqu’ils sont déployés loin de Bangui, dans des zones où l’armée ne fournit ni nourriture ni logistique. Mais depuis plusieurs années, cette prime n’est plus payée.
Les soldats FACA déployés à Ouadda-Maïkaga et dans d’autres villes de province se retrouvent donc sans ressources pour se nourrir. L’État-Major ne leur envoie ni vivres, ni argent. Ils sont abandonnés à leur triste sort, livrés à eux-mêmes dans des villes isolées où ils doivent trouver de quoi manger par leurs propres moyens.
Et comment des soldats affamés, sans salaire payés sur place, sans prime d’alimentation, peuvent-ils survivre ? En se payant sur la population. En érigeant des barrages routiers. En rackettant les passagers, les motocyclistes, les véhicules. En taxant les commerçants sur les marchés. En transformant leur uniforme militaire en licence pour voler.
C’est exactement ce qui se passe à Ouadda-Maïkaga. Les soldats FACA y ont installé des checkpoints où ils extorquent de l’argent à tous ceux qui passent. Sur le marché, ils “taxent” les commerçants.
Mais le plus scandaleux dans cette histoire, c’est que le capitaine commandant le détachement militaire d’Ouadda-Maïkaga a institutionnalisé ce racket. Il a instauré une taxe officielle sur le marché : chaque semaine, le marché doit lui verser au minimum 200 000 francs CFA. Ce qui fait 800 000 francs par mois.
Le capitaine justifie cette taxe en expliquant que c’est “pour nourrir l’armée nationale”. Selon lui, puisque l’État-Major ne paie plus la Prime Globale d’Alimentation, la population locale doit payer à la place pour que les soldats puissent manger. C’est sa manière de “compenser” le non-paiement de la PGA par l’État-Major.
Sauf que les soldats sous ses ordres ne voient jamais la couleur de cet argent. Les 800 000 francs mensuels collectés auprès de la population ne servent pas à nourrir les soldats. Ils servent à enrichir le capitaine. C’est pour lui. Pour son compte personnel. Pour qu’il devienne riche sur le dos de ses hommes et de la population.
Pendant que le capitaine empoche 800 000 francs par mois extorqués à la population sous prétexte de “nourrir l’armée”, ses soldats crèvent de faim. Ils n’ont rien à manger. Ils ne reçoivent ni la PGA, ni l’argent collecté par leur capitaine. Ils sont doublement volés : par l’État-Major qui ne les paie pas, et par leur propre commandant qui empoche l’argent collecté pour eux.
C’est cette situation intenable qui a poussé le caporal-chef et le soldat à déserter. Ils en ont eu assez. Assez d’avoir faim. Assez d’être abandonnés. Assez de voir leur capitaine s’enrichir pendant qu’eux survivent à peine. Ils ont pris leurs affaires et sont partis vers Bria, espérant pouvoir rentrer à Bangui et échapper à cet enfer.
Cette désertion n’est pas une exception. Ce n’est pas la première fois que Corbeau News documente des désertions de soldats FACA affamés et abandonnés en province. Cela se répète régulièrement partout dans le pays. Des soldats quittent leurs postes parce qu’ils ne peuvent plus survivre dans les conditions où l’État-Major les a plongés.
Et on ne peut pas leur en vouloir. Comment peut-on exiger d’un soldat qu’il reste à son poste quand il n’a rien à manger ? Quand il ne reçoit ni salaire, ni prime d’alimentation ? Quand son propre commandant vole l’argent collecté pour le nourrir ? Quand il est obligé de voler la population pour survivre ?
Ces soldats sont victimes d’un système totalement dysfonctionnel. L’État-Major des FACA n’a plus la capacité de diriger une armée nationale de cette taille. Il ne peut plus verser les primes d’alimentation. Il ne peut plus fournir la logistique nécessaire. Il a jeté l’éponge.
Le Chef d’État-Major Zéphirin Mamadou a abandonné ses soldats. Il les envoie en province sans leur donner les moyens de survivre. Il sait parfaitement que ses hommes n’ont pas de quoi manger. Il sait qu’ils sont obligés de racketter la population pour ne pas mourir de faim. Mais il ne fait rien. Il laisse pourrir la situation.
Pendant que les soldats FACA crèvent de faim à Ouadda-Maïkaga, l’État-Major à Bangui continue de fonctionner normalement. Les officiers supérieurs reçoivent leurs salaires. Ils roulent dans des 4×4. Ils vivent confortablement. Mais leurs hommes déployés en province sont abandonnés comme des chiens.
Cette situation crée un cercle vicieux mortel. Les soldats affamés et non payés deviennent des prédateurs qui terrorisent la population. Ils installent des barrières, ils rackettent, ils volent, ils brutalisent. La population finit par détester ces soldats qui la terrorisent. Et les soldats, conscients d’être détestés et incapables de continuer à vivre ainsi, désertent.
Le système s’effondre. L’armée se délite. Les soldats désertent. Ceux qui restent se transforment en bandits pour survivre. Les officiers corrompus profitent du chaos pour s’enrichir en volant l’argent destiné à leurs hommes. Et au final, c’est la population civile qui paie : elle est terrorisée par des soldats affamés transformés en criminels.
À Ouadda-Maïkaga, le capitaine qui empoche 800 000 francs par mois devrait être traduit devant un tribunal militaire. Il vole ses propres soldats. Il extorque la population sous un faux prétexte. Il enrichit personnellement pendant que ses hommes ont faim. C’est une trahison de son devoir de commandement.
Mais il ne sera jamais jugé. Parce que tous les officiers supérieurs font la même chose. Parce que le système entier est basé sur la corruption et le vol. Parce que l’État-Major lui-même a renoncé à payer et à nourrir correctement les soldats.
Les deux soldats qui ont déserté à Ouadda-Maïkaga devraient normalement être arrêtés et jugés pour désertion. C’est ce que prévoit le code de justice militaire. Mais comment peut-on condamner des hommes qui sont partis simplement parce qu’ils avaient trop faim pour rester ?
Ces soldats n’ont pas déserté par lâcheté. Ils n’ont pas fui le combat. Ils ont simplement refusé de continuer à mourir de faim pendant que leur capitaine s’enrichit et que l’État-Major les abandonne. Ils ont choisi la survie.
Cette situation à Ouadda-Maïkaga est la preuve que l’armée centrafricaine est en décomposition avancée. Une armée où les soldats désertent parce qu’ils ont faim n’est plus une armée. C’est une fiction. C’est une coquille vide qui continue d’exister sur le papier mais qui n’a plus aucune capacité opérationnelle réelle.
Et pendant que l’armée nationale s’effondre, qui contrôle réellement le terrain en Centrafrique ? Wagner. Les Mercenaires russes sont les seuls qui reçoivent leurs 10 milliards par mois régulièrement. Eux ne désertent pas. Eux ont de quoi manger. Eux ont du matériel. Eux sont payés.
Touadéra a fait un choix : payer Wagner plutôt que payer son armée nationale. Dix milliards par mois pour les mercenaires russes, zéro franc de Prime Globale d’Alimentation pour les soldats centrafricains. Le message est clair : Wagner est prioritaire, les FACA sont sacrifiées.
Le résultat est sous nos yeux : des soldats FACA qui désertent parce qu’ils ont faim, pendant que Wagner contrôle le pays. Une armée nationale qui se transforme en gang de racketteurs pour survivre, pendant que les mercenaires russes reçoivent leurs milliards.
Mais tant que Touadéra restera au pouvoir, rien ne changera. L’État-Major continuera d’abandonner ses soldats. Les officiers corrompus continueront de voler. Les soldats affamés continueront de racketter la population ou de déserter. Et Wagner continuera de recevoir ses 10 milliards mensuels pendant que l’armée nationale s’effondre.
Le Président Touadéra pris en flagrant délit de faux et usage de faux : des lois promulguées alors qu’il était à l’étranger
Le président du Conseil constitutionnel, M. Jean-Pierre WABOUE accueillant le président de la République M. Faustin-Archange Touadera de son retour de New York au États-Unis. Photo la Renaissance
Le président Touadéra vient d’être pris en flagrant délit de faux et usage de faux. Deux lois dérogeant au code électoral et à la loi sur l’ANE portent la date du 26 septembre 2025, jour où le président se trouvait encore à l’étranger.
Les documents officiels publiés montrent que la loi n°25.011 portant dérogation au code électoral et la loi n°25.012 portant dérogation à la loi sur l’ANE ont été promulguées le 26 septembre 2025 à Bangui. Ces deux textes portent la signature du Président Touadéra et la mention “Fait à Bangui, le 26 septembre 2025”.
Le problème est simple : le Président Touadéra n’était pas à Bangui le 26 septembre 2025. Le président avait quitté le pays depuis plus de trois semaines pour une tournée internationale qui l’avait conduit à Dubaï, au Maroc, en Angleterre, puis aux États-Unis pour participer aux travaux du Conseil de sécurité des Nations Unies. Il n’est rentré à Bangui que plusieurs jours après cette date.
Cette anti-datation constitue un faux en écriture publique. Un président ne peut pas légalement promulguer une loi depuis l’étranger en la datant d’un jour où il se trouvait physiquement dans le pays. La promulgation d’une loi est un acte juridique solennel qui nécessite la présence physique du chef de l’État sur le territoire national.
Cette manipulation des dates répond à une logique précise. Le Président Touadéra a convoqué le corps électoral le 29 septembre par décret. Mais cette convocation posait un problème juridique : elle intervenait avant la promulgation des lois dérogatoires au code électoral qui modifiaient les règles du scrutin.
En anti-datant ces lois au 26 septembre, soit trois jours avant la convocation du corps électoral, le régime tente de donner une apparence de légalité à un processus fondamentalement irrégulier. Cette manipulation vise à faire croire que tout a été fait dans l’ordre : d’abord les lois dérogatoires, ensuite la convocation électorale.
Ces deux lois modifient substantiellement les règles électorales. La loi n°25.011 change plusieurs dispositions du code électoral : augmentation du nombre d’assesseurs dans les bureaux de vote, réduction du nombre d’électeurs par isoloir, prolongation de la durée du scrutin jusqu’à 18 heures, modification des délais de publication des résultats.
La loi n°25.012 permet à l’ANE de recevoir l’aide d’“experts indépendants” mis à disposition par des entités extérieures. Cette disposition ouvre la porte à l’infiltration de l’ANE par des personnes désignées par le pouvoir sous couvert d’expertise technique.
Ces modifications interviennent à trois mois du scrutin, en violation du principe de stabilité des règles électorales. Mais le plus grave reste cette anti-datation qui transforme le président Touadera en faussaire.
Cette affaire témoigne du niveau d’anarchie institutionnelle atteint par le régime. Les lois sont promulguées à des dates fictives, les décrets violent la Constitution, les institutions fonctionnent hors de tout cadre légal. Nous ne sommes plus dans un État de droit mais dans un système où le président fabrique la réalité juridique selon ses besoins.
La question se pose maintenant : ces lois anti-datées sont-elles juridiquement valables ? Un texte promulgué fictivement un jour où le chef de l’État se trouvait à l’étranger peut-il avoir force de loi ? La réponse juridique devrait être négative. Mais en République centrafricaine de 2025, le droit ne compte plus.
Cette manipulation grossière des dates confirme que le régime du Président Touadéra fonctionne désormais en dehors de toute légalité. Le président Touadera signe des lois à des dates où il n’était pas dans le pays, convoque le corps électoral avant d’avoir promulgué les textes nécessaires, puis anti-date ces textes pour tenter de régulariser rétroactivement ses violations.
Ce faux et usage de faux constituerait normalement un crime passible de poursuites pénales. Mais qui poursuivra le président Touadera pour avoir falsifié des documents officiels ? Le procureur qui reçoit ses ordres ? Les juges qu’il nomme ? Le Conseil constitutionnel qu’il contrôle ?
Les Élections de décembre 2025 se dérouleront donc sur la base de lois anti-datées, promulguées fictivement par un président Touadera qui se trouvait à l’étranger au moment de leur signature. Cette farce juridique résume parfaitement ce que sera ce scrutin : une manipulation généralisée où même les dates sur les documents officiels sont fausses.
Centrafrique : à Ouadda-Maïkaga, le sous-préfet, laissant de côté son travail administratif, se lance dans le trafic des charmoute, écrasant au passage les commerçants
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/04/Brigade-de-la-gendarmerie-de-Ouadda.jpg” data-wpel-link=”internal”>Brigade de la gendarmerie de Ouadda-Maïkaga, dans la préfecture de la Haute-Kotto. CopyrightCNC
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
À Ouadda-Maïkaga , petite localité de la préfecture de la Haute-Kotto, nord de la République centrafricaine, une affaire alimente la colère des habitants. Le commerce de la charmoute, c’est-à-dire viande de bœuf séchée au soleil, très prisée dans tout le nord du pays , est désormais monopolisé par: le sous-préfet de Ouadda-Maïkaga et les agents du projet DCA.
Traditionnellement, la charmoute (aussi appelée kourou-Mbororo est produite et vendue par les riverains, qui paient leurs patentes et vivent de ce commerce artisanal. Mais selon de nombreux témoignages recueillis par la rédaction du CNC auprès de la population dans la région, des agents du DCA, se sont massivement lancés dans l’achat et la revente de charmoute.
Ces agents, pour la plupart étrangers, achètent directement auprès des producteurs locaux, revendent ensuite sur les marchés, et réalisent des bénéfices considérables. Le problème est double : non seulement ils sortent du cadre de leur mission initiale, mais surtout, ils concurrencent illégalement les commerçants locaux qui payent des patentes.
« Nous, les habitants, on paye les taxes. Mais eux, ils font le commerce de la charmoute sans autorisation et personne ne les inquiète », dénonce un commerçant du marché central.
Mais le plus spectaculaire est le sous-préfet qui est devenu commerçant de charmoute à ciel ouvert. Incroyable! Il faut noter que la situation est aggravée par l’implication directe de ce sous-préfet de Ouadda-Maïkaga. Celui qui devrait veiller à l’application de la loi et à l’ordre public, abandonne désormais son bureau pour parcourir les villages environnants à moto, acheter des sacs de charmoute et les revendre avec ses proches.
« C’est devenu son business personnel. Il se déplace jusqu’à 10 ou 15 km pour aller acheter la charmoute. Au lieu de s’occuper des dossiers de l’État, il fait le commerce comme un trafiquant », explique un notable local.
Pire encore, ce représentant de l’autorité publique ne cesse d’humilier les chefs de quartier en public, multipliant les crises de colère, alors qu’il se livre lui-même à des activités commerciales indignes de sa fonction : être boucher.
La colère des habitants est d’autant plus forte qu’ils subissent une double injustice. Lorsqu’un commerçant local transporte de la charmoute pour l’acheminer à Bangui ou vers d’autres villes, il est automatiquement arrêté aux barrages routiers, contraint de payer des taxes et des frais multiples.
Mais pour les agents du DCA et pour le sous-préfet, aucune barrière : leurs activités sont tolérées, leurs cargaisons passent sans difficulté. Ce traitement inégal nourrit un sentiment de frustration et de révolte dans la population.
« Quand nous, on transporte 10 kilos de charmoute, on nous rackette sur la route. Mais eux, ils transportent des sacs entiers sans aucun problème », explique un commerçant local.
La charmoute est l’un des produits les plus consommés dans le nord du pays. Sa viande séchée, résistante à la chaleur et facile à conserver, se vend cher sur les marchés. Pour les familles, c’est une activité économique vitale.
Le détournement de cette ressource par des autorités locales transforme une activité traditionnelle en trafic organisé. Le sous-préfet, censé représenter l’État, et les agents du DCA, censés développer les projet de leur organisation, se retrouvent en première ligne de ce commerce lucratif.
Les habitants parlent d’un « business parallèle » qui détruit leurs moyens de subsistance et alimente la corruption.
Les services des eaux et forêts, présents dans la ville, sont accusés de fermer les yeux sur ce trafic. Aucun contrôle, aucune sanction, aucune régulation. « Ils laissent faire, comme si de rien n’était », témoigne un producteur.
Ce silence est interprété comme une complicité tacite. En échange de quelques avantages, certains agents tolèreraient un commerce qui affaiblit les producteurs locaux.
Procès Mahamat Saïd à la CPI : les plaidoiries finales programmées du 25 au 27 novembre 2025
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2021/01/mahamat-Said-Abdel-Kani-devant-la-cpi.jpg” data-wpel-link=”internal”>mahamat-Said-Abdel-Kani-devant-la-cpi – RCA : première comparution de Monsieur Mahamat Saïd devant la CPI
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
La Cour Pénale Internationale (CPI) a annoncé que les déclarations de clôture dans l’affaire Le Procureur contre Mahamat Saïd Abdel Kani auront lieu du 25 au 27 novembre 2025 au siège de la Cour à La Haye, Pays-Bas, à partir de 9h30 (heure de La Haye) dans la salle d’audience 1.
En tant qu’ancien commandant présumé de la Séléka, Mahamat Saïd est accusé de crimes contre l’humanité (emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique, torture, persécution, et autres actes inhumains), et de crimes de guerre (torture, traitements cruels et atteintes à la dignité de la personne) qui auraient été commis à l’Office Central de Répression du Banditisme (OCRB) à Bangui en 2013.
Des conclusions orales seront présentées par le Bureau du Procureur, les Représentants légaux des victimes et la Défense. Ces conclusions peuvent être suivies de questions de la Chambre. À la suite de ces conclusions, les juges commenceront leurs délibérations et le jugement sera prononcé en temps voulu.
La Chambre de première instance VI est composée de Mme la juge Miatta Maria Samba (juge présidente), Mme la juge Socorro Flores Liera, M. le juge Sergio Gerardo Ugalde Godínez, et M. le juge Keebong Paek (juge suppléant).
Le procès dans cette affaire s’est ouvert le 26 septembre 2022, il y a donc plus de trois ans. L’Accusation a terminé la présentation de ses preuves le 15 novembre 2024, la Chambre ayant entendu la déposition de 58 témoins de l’Accusation. Le 17 mars 2025, la Défense a appelé son premier témoin et a conclu sa présentation des preuves le 2 septembre 2025. Le 25 septembre 2025, l’Accusation et le Représentant légal des victimes ont soumis leurs mémoires en clôture, et celui de la Défense devrait être déposé prochainement.
Ce procès est important pour la Centrafrique car il concerne des crimes commis pendant la période sombre de 2013, lorsque la coalition Séléka avait pris le pouvoir et terrorisé la population de Bangui. L’OCRB, sous contrôle de la Séléka, était devenu un lieu de torture et de détention arbitraire où des centaines de Centrafricains ont été emprisonnés, torturés et tués.
Mahamat Saïd Abdel Kani, en tant que commandant présumé de la Séléka, est accusé d’avoir organisé ou permis ces crimes contre l’humanité et ces crimes de guerre. Son procès à La Haye représente une des rares occasions pour les victimes centrafricaines d’obtenir justice pour les atrocités commises pendant cette période.
Les plaidoiries finales qui auront lieu du 25 au 27 novembre 2025 marqueront la fin de la phase des débats. Après ces plaidoiries, les juges se retireront pour délibérer. Le jugement ne sera prononcé qu’après ces délibérations, dont la durée peut varier de quelques mois à plus d’un an selon la complexité du dossier.
Pour les victimes centrafricaines qui ont témoigné dans ce procès, pour les familles de ceux qui ont été torturés et tués à l’OCRB, ces plaidoiries finales représentent un moment crucial. C’est la dernière occasion pour l’accusation et les représentants des victimes de convaincre les juges de la culpabilité de Mahamat Saïd. C’est aussi la dernière occasion pour la défense de plaider l’innocence de l’accusé.
Des informations pratiques, notamment sur les modalités pour assister aux déclarations de clôture ou comment les visionner, seront communiquées à l’approche de la date de l’audience. Les Centrafricains qui souhaitent suivre ces plaidoiries pourront le faire en ligne, la CPI diffusant généralement les audiences publiques sur son site internet.
Ce procès rappelle que malgré l’impunité qui règne en Centrafrique, malgré le fait que la plupart des criminels de guerre centrafricains ne sont jamais jugés, la justice internationale existe et peut, dans certains cas, poursuivre les responsables des pires crimes.
Pendant que Mahamat Saïd est jugé à La Haye pour des crimes commis en 2013, d’autres criminels continuent de terroriser la population centrafricaine en toute impunité. Les mercenaires de Wagner commettent des massacres, des viols, des pillages sans jamais être inquiétés. Des leaders de groupes armés siègent au gouvernement. Des responsables d’exactions occupent des postes de responsabilité.
Le procès de Mahamat Saïd montre ce qui devrait se passer : les criminels de guerre jugés, les victimes entendues, la justice rendue. Mais il montre aussi, par contraste, l’échec total du système judiciaire centrafricain incapable de poursuivre les auteurs de crimes graves commis sur son territoire.
Romaric Sangou Zirani, démis de ses fonctions à la demande de Wagner, est tombé dans un piège tendu par les mercenaires russes qui l’ont capturé à son domicile à Bangui ce mardi 14 octobre 2025.
Un coup de filet spectaculaire mené par les mercenaires russes de Wagner vient d’agiter la capitale centrafricaine ce mardi soir. Romaric Sangou Zirani, ancien sous-préfet de Zémio, a été arrêté à son domicile à Bangui dans l’après-midi de ce mardi 14 octobre 2025. Son domicile a été entièrement saccagé lors de l’opération menée par les forces paramilitaires russes.
Cette arrestation confirme un stratagème minutieusement préparé par les mercenaires russes. Démis de ses fonctions il y a quelques mois à la demande expresse du chef des mercenaires russes, l’ancien sous-préfet vivait caché à Bangui, craignant pour sa vie. Mais c’est son investiture comme candidat du MCU (Mouvement Cœurs Unis) aux Élections législatives à Zémio qui lui a été fatale. Croyant pouvoir sortir de sa cachette pour mener ses activités politiques, Romaric Sangou Zirani est tombé dans un guet-apens soigneusement élaboré. Les mercenaires russes, en complicité avec le gouvernement, avaient délibérément attendu qu’il sorte au grand jour pour refermer le piège sur lui.
Le paradoxe de cette affaire réside dans le fait que Romaric Sangou Zirani entretenait initialement des liens étroits avec les mercenaires russes. Lors de l’arrivée des forces Wagner à Zémio le 24 mai 2024, il se trouvait aux côtés du chef des mercenaires, un certain Monsieur Dimitri Siti, et collaborait étroitement avec eux. Mais la situation s’est rapidement détériorée. Les raisons de cette rupture brutale restent floues, mais les mercenaires russes ont décidé de “l’attraper”. Alerté du danger, Sangou Zirani avait pris la fuite vers Bangui où il s’était terré, espérant échapper à ses anciens alliés devenus ses chasseurs.
Cette arrestation s’inscrit dans une campagne plus large menée par Wagner sur le territoire centrafricain. Selon nos sources, “les Russes ont décidé de tout nettoyer”, éliminant systématiquement toute personne perçue comme une menace ou un obstacle à leurs opérations dans le pays. Le sort réservé à Sangou Zirani soulève de vives inquiétudes. Actuellement détenu par les mercenaires russes, son état et ses conditions de détention demeurent inconnus. Son domicile ayant été “totalement saccagé” lors de son arrestation, les craintes pour sa sécurité sont légitimes.
Cette affaire confirme l’emprise croissante des forces paramilitaires russes sur l’appareil d’État centrafricain. Le fait que Wagner puisse obtenir la destitution d’un sous-préfet, puis mener son arrestation en coordination avec le gouvernement, montre le degré d’influence atteint par ces mercenaires dans le pays. L’utilisation de l’investiture politique comme appât pour capturer un homme en fuite soulève également des questions troublantes sur l’intégrité du processus électoral en cours et sur les véritables maîtres du jeu politique en République centrafricaine.
Alors que les Élections du 28 décembre approchent dans un climat déjà tendu, cette arrestation ne fera qu’alimenter les accusations de l’opposition concernant la militarisation de la vie politique et le climat d’intimidation qui règne dans le pays. Le cas de Romaric Sangou Zirani pourrait n’être que la partie émergée d’un iceberg bien plus imposant.
Madagascar chasse son président pour des coupures d’eau et d’électricité, et les Centrafricains, eux, acceptent tout et le Président, gonflé par Wagner, veut briguer un troisième mandat
Des résidents et des manifestants applaudissent et brandissent des banderoles alors qu’ils se rassemblent pour un rassemblement de la société civile devant l’hôtel de ville d’Antananarivo, le 13 octobre 2025.
Madagascar vient de connaître sa cinquième crise politique depuis l’indépendance en 1960. Le président Andry Rajoelina, réélu en 2023 après avoir muselé toute opposition, a quitté le pouvoir dans les mêmes conditions que son prédécesseur : à bord d’un avion français. La cause ? Des coupures d’eau et d’électricité, ainsi que la corruption systémique au sein des institutions.
Tout a commencé le 26 septembre 2024, lorsque des milliers de jeunes Malgaches sont descendus dans les rues d’Antananarivo pour agiter leurs portables comme des torches, afin de protester contre les coupures d’eau et d’électricité, ainsi que pour dénoncer la corruption systémique au sein des institutions et la pauvreté extrême qui touche une grande partie de la population.
La situation a basculé le weekend dernier. Andry Rajoelina a dénoncé samedi “une tentative de prise du pouvoir illégale actuellement en cours”, tandis que l’unité militaire Capsat, qui avait joué un rôle clé lors de sa première accession au pouvoir, s’est retournée contre lui. Sous la pression de “Gen Z Madagascar”, un collectif lancé mi-septembre sur les réseaux sociaux, le président a finalement été contraint de fuir.
Cette histoire malgache devrait interpeller profondément les Centrafricains. Parce que si on compare la situation à Madagascar avec ce qui se passe en Centrafrique, les Malgaches ont chassé leur président pour des problèmes que les Centrafricains vivent quotidiennement depuis des années sans jamais réagir.
Des coupures d’eau et d’électricité ? À Madagascar, cela a suffi pour déclencher des manifestations massives qui ont renversé un président. Mais en Centrafrique, l’électricité n’existe pratiquement pas. L’eau courante est un luxe que seule une minorité de Bangui peut s’offrir. Et pourtant, personne ne manifeste. Personne ne descend dans les rues. Les Centrafricains acceptent cette situation comme une fatalité.
Pendant dix ans, le régime Touadéra a fait des promesses sur l’électricité : “On va rétablir”, “On va arranger”, “Ça va marcher bientôt”. Dix ans de promesses vides. Dix ans d’attente. Et la situation ne fait qu’empirer de jour en jour. Les quelques heures d’électricité que Bangui recevait auparavant à l’époque de la transition ont diminué. Les coupures sont devenues la norme. Et les Centrafricains continuent à attendre patiemment.
Si on parle de corruption à Madagascar, qu’est-ce qu’on dira de la Centrafrique ? Chez nous, c’est le palais des corrupteurs. C’est le royaume de la corruption en Afrique. La Centrafrique est classée parmi les pays les plus corrompus au monde. Les dirigeants volent, détournent, commettent des crimes économiques en toute impunité. Et que font les Centrafricains ? Ils disent “tant pis, on vit avec”.
Les gens volent ? Tant pis, on vit avec. Les gens détournent ? Tant pis, on vit avec. Les gens commettent des crimes ? Tant pis, on vit avec. Il n’y a personne pour lever le doigt. Personne pour dire non. Personne pour exiger des comptes. Les Centrafricains ont accepté de vivre dans la corruption, la misère, l’insécurité, sans jamais se révolter.
Pourquoi cette différence entre les Malgaches et les Centrafricains ? Pourquoi les Malgaches descendent dans les rues pour des coupures d’eau et d’électricité, alors que les Centrafricains acceptent de vivre sans eau, sans électricité, sans services publics, sans rien ?
La réponse tient en un mot : Wagner. Les Centrafricains ont peur de Wagner. Ils disent que Wagner va prendre les gens, les torturer, les tuer. Cette peur paralyse toute velléité de protestation. Le régime Touadéra, protégé par les Mercenaires russes, a instauré un climat de terreur qui empêche les Centrafricains de revendiquer leurs droits.
Mais cette peur n’explique pas tout. Il y a aussi une absence de conscience collective, une résignation face à l’injustice, un manque de solidarité qui font que chaque Centrafricain souffre individuellement sans jamais se joindre aux autres pour exiger le changement.
Au Kenya, s’il y a une coupure d’électricité de deux heures, les manifestations éclatent immédiatement. Les gens descendent dans les rues, protestent, et très rapidement le gouvernement règle la situation. Au Sénégal, pareil. Au Madagascar, pareil. Partout en Afrique, les populations se mobilisent quand leurs conditions de vie se détériorent.
Mais en Centrafrique, quand le gouvernement fait n’importe quoi, les gens disent “pardon”. Imaginez : au marché Combattant, dans le huitième arrondissement, le gouvernement est arrivé sans préavis, a déguerpir les commerçants, a cassé leurs boutiques, a frappé les gens, et personne n’a levé le petit doigt pour dire “non, ce n’est pas normal”. Les gens ont tout accepté sans broncher.
C’est incroyable. Le gouvernement, protégé par Wagner, se croit tout-puissant. Il terrorise le peuple centrafricain. Les Centrafricains sont terrorisés et n’osent plus revendiquer leurs droits, n’osent plus exiger que leurs dirigeants rendent des comptes.
Mais il faut comprendre que tout a sa limite, sa fin. Toute dictature a sa fin, tôt ou tard. Si ce n’est pas demain, c’est après-demain. Ça va finir. Et la fin sera probablement violente pour Touadéra et son clan.
Ce qui se passe à Madagascar devrait servir de leçon. Andry Rajoelina croyait qu’il pouvait tout faire. Il avait muselé l’opposition, truqué les Élections, installé son pouvoir. Mais quand le peuple en a eu assez, quand la jeunesse malgache s’est mobilisée, tout s’est effondré en quelques jours. Rajoelina a dû fuir comme son prédécesseur.
Touadéra devrait méditer cet exemple. Lui aussi croit qu’il peut tout faire grâce à Wagner. Lui aussi truque les Élections, musèle l’opposition, terrorise le peuple. Mais un jour, quand les Centrafricains en auront vraiment assez, quand la coupe sera pleine, quand la jeunesse centrafricaine se réveillera comme la “Gen Z Madagascar”, tout peut basculer très rapidement.
Et ce jour-là, Touadéra fuira probablement comme Rajoelina. Peut-être aussi à bord d’un avion des Wagner, peut-être vers un autre pays. Mais il fuira. Et ses deux épouses officielles qu’il brandit à tout moment, au lieu de lui donner de bons conseils, ne lui disent rien. Elles pensent que demain elles seront libres, qu’elles ne seront pas tenues responsables. Mais elles se trompent.
Demain, elles aussi seront considérées comme complices de la situation. Hormis les nombreuses maîtresses, les deux épouses officielles de Touadéra seront inculpées pour complicité avec ce régime criminel. Parce qu’elles ont profité de la situation, elles ont vécu dans le luxe pendant que le peuple souffrait, elles ont fermé les yeux sur les crimes commis par le régime.
La leçon de Madagascar est claire : un peuple peut renverser un président, même un président qui contrôle l’armée, même un président qui a truqué les Élections. Quand le peuple en a assez, quand il se mobilise massivement, aucun régime ne peut résister.
Wagner ne peut pas terroriser éternellement 5 millions de Centrafricains. Si les Centrafricains se mobilisent massivement comme les Malgaches, Wagner ne pourra rien faire. Les mercenaires russes ne peuvent pas tirer sur des foules de centaines de milliers de personnes dans les rues. Et si jamais ils le faisaient, la communauté internationale devrait réagir.
La société civile centrafricaine doit s’activer comme on l’a vu au Sénégal, comme on le voit à Madagascar. Les jeunes Centrafricains doivent s’organiser comme la “Gen Z Madagascar”. Ils doivent utiliser les réseaux sociaux pour mobiliser, pour coordonner, pour créer un mouvement de masse qui exigera le départ de Touadéra et la fin de l’occupation russe.
Madagascar vient de montrer la voie. Un peuple peut se soulever et chasser un dictateur. Les Centrafricains doivent s’inspirer de cet exemple. Leur tour viendra. Tôt ou tard, ils se réveilleront. Et ce jour-là, Touadéra et son clan devront rendre des comptes.
ACFPE en chute libre : La sœur de Mouanga, formatrice fantôme, empoche des millions pour des “changements de mentalité” illusoires !
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/09/Michelle-Mouanga-ministre-du-travail-et-de-la-formation-professionnelle.jpg” data-wpel-link=”internal”>Annie Michelle Mouanga , ministre du travail et de la formation professionnelle
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
L’Agence Centrafricaine pour la Formation Professionnelle et l’Emploi s’enfonce dans un système de détournement familial organisé.
L’Agence Centrafricaine pour la Formation Professionnelle et l’Emploi (ACFPE) traverse une crise du jamais vue de son histoire, minée par un népotisme qui détourne ses fonds vitaux vers des “formations” factices. Au centre de ce scandale se trouve la sœur de la ministre du Travail, Annie Michelle Mouanga, promue consultante pour des ateliers en “changement de mentalité” sans substance, facturés des millions de francs CFA. Tandis que l’institution, financée par des contributions privées pour lutter contre le chômage des jeunes, s’effondre sous le poids de ces gaspillages familiaux, employés et bénéficiaires paient le prix d’une corruption qui trahit sa mission première.
Annie Michelle Mouanga, reconduite ministre en janvier 2024 malgré un passé controversé, a transformé l’ACFPE en terrain de jeu familial. Sa sœur cadette, Ledo, commerçante ordinaire basée en France qui vend des produits dans des boutiques parisiennes avec une formation sommaire en marketing, est devenue la vedette de ces arnaques éducatives. Tous les deux mois, Ledot débarque à Bangui pour une semaine de sessions prétendument formatrices sur le “changement de mentalité”, dispensées à des inspecteurs de la fonction publique intégrés à l’agence.
La facture atteint 7 millions de francs CFA pour cinq jours, soit 250 000 francs CFA par jour. Cette somme exorbitante dépasse largement les tarifs des experts français de l’ère de l’ancien directeur général Zuma, qui percevaient 70 000 francs CFA journaliers, hébergement inclus. Ces ateliers, payés comptant par les fonds de l’ACFPE, constituent un non-sens administratif : l’agence, établissement parapublic sans subvention étatique, n’a aucune obligation de former des agents d’État avec ses ressources privées issues des contributions d’ONG et d’entreprises.
Ces “formations” ne sont qu’une façade pour un pillage organisé. Ledot, dépourvue d’expertise en ressources humaines ou en développement personnel, recycle des contenus vides pour justifier ses voyages lucratifs. Ces sessions sont organisées par la ministre elle-même qui “crée” des formations sur mesure à chaque retour de France de sa sœur. “C’est du vol organisé : une vendeuse de boutique qui ‘change les mentalités’ de compatriotes à prix d’or, pendant que les vrais formateurs étaient sous-payés”, témoigne une source interne de l’ACFPE sous couvert d’anonymat interrogée par la rédaction du CNC.
Les millions empochés par madame Ledot, plus de 12 000 euros pour une semaine de présence, s’évaporent vers la “Diaspora” familiale, laissant l’agence exsangue. Les contributions patronales, destinées à l’insertion professionnelle des jeunes chômeurs, servent de vache à lait à ce népotisme vorace, aggravant la chute libre de l’institution autrefois référence en recrutement et formation professionnelle.
Cette gabegie ne constitue pas un cas isolé dans le règne des sœurs Mouanga. Ledo n’est qu’un pion dans un réseau plus large de consultants “Diaspora” autoproclamés, parachutés sans appel d’offres pour des missions fantômes. Tandis que Mouanga présidait le 8 septembre un atelier sur le “renouvellement du pacte social” à l’ACFPE, vantant l’intégration des stagiaires, les véritables bénéficiaires que constitue la jeunesse centrafricaine sont sacrifiés sur l’autel de ces prétendus “changements de mentalité”.
L’agence, qui devrait promouvoir l’emploi et la formation professionnelle, accumule dettes et scandales. Son personnel vit dans la terreur et ses missions se diluent dans le népotisme ambiant. Les fonds qui devraient servir à équiper des centres de formation, à rémunérer des formateurs qualifiés et à offrir des opportunités réelles aux jeunes chômeurs sont détournés vers des prestations familiales sans valeur ajoutée.
Cette dérive a des conséquences dramatiques sur le terrain. Les vrais formateurs, compétents et expérimentés, voient leurs contrats résiliés ou leurs conditions dégradées, tandis que les membres de la famille ministerielle s’enrichissent sans apporter la moindre expertise. Les jeunes centrafricains en quête de formation professionnelle se retrouvent face à des programmes vidés de leur substance, leurs espoirs d’insertion sacrifiés pour des profits particuliers.
L’impact sur la réputation de l’ACFPE est désastreux. Les partenaires internationaux commencent à s’interroger sur l’utilisation de leurs fonds, les entreprises privées hésitent à renouveler leurs contributions, et la crédibilité de l’institution s’effrite chaque jour davantage. Cette hémorragie de confiance menace l’existence même de l’agence et, par extension, les perspectives d’emploi de milliers de jeunes centrafricains.
Les témoignages des agents convergent vers le même constat accablant : l’ACFPE traverse la pire crise de son histoire. Les employés assistent impuissants à la destruction méthodique d’une institution qu’ils ont servie avec dévouement. Beaucoup évoquent leur démoralisation face à cette transformation de leur lieu de travail en entreprise familiale privée.
Le contraste est saisissant entre les discours officiels sur l’emploi des jeunes et la réalité du détournement des fonds destinés à cette noble cause. Pendant que Ledo empoche ses millions pour des prestations inexistantes, des milliers de jeunes centrafricains restent sans formation ni perspective d’emploi, privés des ressources qui leur étaient destinées.
Loïc Ouangapou et l’affaire du détournement des bourses russes aux étudiants centrafricains
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/09/le-faux-loic.jpg” data-wpel-link=”internal”>C’est Mr Loïc Ouangapou Fortuné, conseiller consulaire et social au sein de l’ambassade de la RCA en Russie
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
L’ancien conseiller consulaire Loïc Ouangapou organise une fausse sélection des étudiants centrafricains pour racketter les familles avec l’appui du ministre de l’Enseignement supérieur.
À Moscou, le dossier des bourses universitaires attribuées par la Russie tourne au scandale total. Au centre de l’affaire : Loïc Ouangapou, l’ancien étudiant devenu conseiller consulaire déchu, déjà éclaboussé par des accusations de détournement de fonds. Son nouveau terrain de chasse : les bourses destinées à la jeunesse centrafricaine.
Loïc Ouangapou profite d’une information sur un quota de places réservées par une université russe. Il s’improvise intermédiaire officiel, descend à Bangui et se présente comme le contact privilégié du gouvernement russe. À ses côtés, le ministre de l’Enseignement supérieur, Maghalé, devient un complice silencieux de cette manipulation organisée.
L’arnaque est simple mais efficace. Ouangapou prétend que les admissions peuvent se négocier en dehors du portail officiel de la Fédération de Russie. Il organise une fausse sélection dans des hôtels de Bangui, loin des bureaux du ministère et de l’ambassade. Il reçoit des candidats, promet des bourses contre de l’argent. Les familles, souvent modestes, cèdent à la pression et paient pour que leurs enfants accèdent à des études supérieures en Russie.
Mais cette sélection bidon n’a aucune valeur. Le seul mécanisme officiel reste le portail numérique russe, totalement inaccessible aux magouilles de Loïc Ouangapou. Les familles qui paient ne savent pas qu’elles financent une escroquerie pure et simple.
L’ambassadeur de RCA à Moscou dénonce publiquement ces manigances. Dans une conversation, il décrit l’anarchie instaurée par son ex-conseiller consulaire et un ministre centrafricain. Il accuse Loïc Ouangapou d’avoir trahi sa mission et mis en danger des dizaines d’étudiants qui risquent de perdre une année universitaire entière. Le diplomate ne mâche pas ses mots : pour lui, c’est une véritable escroquerie. L’État est pris en otage par un imposteur qui manipule le système des bourses pour s’enrichir.
Les étudiants floués vivent un cauchemar. Certains avaient déjà préparé leur départ, convaincus que leur dossier était validé. D’autres avaient emprunté de l’argent pour payer les frais exigés par Loïc Ouangapou . Tous découvrent trop tard que leurs sacrifices financiers n’étaient que du carburant pour une fraude grossière.
Les plus chanceux ont pu réintégrer le processus officiel grâce à l’intervention de l’ambassade. Mais beaucoup restent exclus, prisonniers de la tromperie. Ils ont perdu leur argent et leur chance d’étudier en Russie cette année.
La complicité du ministre Maghalé éclabousse encore davantage le scandale. Selon plusieurs témoignages, il a laissé faire, couvert et même facilité les démarches frauduleuses de Loïc Ouangapou. Son silence, alors que les preuves circulaient déjà, équivaut à une validation tacite.
Cette passivité alimente la colère des étudiants et jette une ombre sur la gestion entière du système de bourses en Centrafrique. Comment un ministre de l’Enseignement supérieur peut-il fermer les yeux sur une fraude aussi évidente, menée par un conseiller consulaire déjà contesté ? La réponse semble évidente : Maghalé avait intérêt à laisser faire.
À Moscou, le nom de Loïc Ouangapou est désormais synonyme de trahison. Pour beaucoup, il incarne une génération de prédateurs qui utilisent les institutions comme tremplin pour s’enrichir sur le dos des plus faibles. Les bourses russes, censées être une chance pour des jeunes talents, se sont transformées en monnaie de chantage.
Derrière chaque étudiant spolié, il y a une famille ruinée, un avenir compromis, un espoir brisé. Des parents ont vendu leurs biens pour payer les frais demandés par Ouangapou. Des jeunes ont abandonné leurs études locales en pensant partir en Russie. Tous ont été victimes d’un système de fraude organisée.
Drame minier à Sikikédé : un jeune décède dans l’effondrement d’une mine d’or
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/05/sur-le-chantier-minier-de-gordile.jpg” data-wpel-link=”internal”>Les ouvriers miniers sur un chantier minier en République centrafricaine. CopyrightCNC
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Un nouveau drame endeuille le secteur minier artisanal dans le nord-est de la République centrafricaine. Un jeune homme a perdu la vie avant-hier suite à l’effondrement d’une galerie sur un site d’orpaillage situé à environ 15 kilomètres de Sikikédé, dans la préfecture de la Vakaga.
En effet, l’incident s’est produit sur un site minier artisanal où plusieurs orpailleurs exercent leurs activités. Selon les premières informations recueillies par la rédaction du CNC, la victime aurait été ensevelie par un éboulement de terre alors qu’elle était en train de travailler dans la mine au fond du trou.
Les détails sur l’identité de la victime et les circonstances exactes de l’accident n’ont pas encore été communiqués officiellement. On ignore également si d’autres personnes ont été blessées lors de cet effondrement.
Un secteur à risques, mais totalement ignoré à cause du chômage. Rappelons que cet accident tragique souligne une fois de plus les dangers auxquels font face les orpailleurs dans les mines artisanales du pays, pas seulement à Sikikédé. Il y’a lieu de souligner également que la préfecture de la Vakaga, située dans le nord-est du pays, compte plusieurs sites d’exploitation minière où les conditions de sécurité restent souvent précaires.
Les effondrements de galeries constituent l’un des risques majeurs de l’orpaillage artisanal, particulièrement durant la saison des pluies ou dans des zones où les techniques d’extraction restent rudimentaires et les normes de sécurité difficiles à faire respecter.
Sam-Ouandja : les FACA adoptent les méthodes de Wagner, gifles et menaces de mort pour 100 francs de thé
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/06/Les-soldats-FACA-en-detachement-a-Kabo-une-sous-prefecture-de-lOuham-Fafa.jpg” data-wpel-link=”internal”>Les soldats FACA en détachement à Kabo une sous-préfecture de l’Ouham – Fafa
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
À Sam-Ouandja, dans la préfecture de la Vakaga, au nord-est de la République centrafricaine, les soldats des Forces Armées Centrafricaines sèment le chaos et la terreur parmi les commerçants. Ils ont adopté exactement les mêmes comportements que leurs maîtres russes de Wagner : consommer sans payer, gifler ceux qui réclament leur argent, menacer de mort pour quelques francs.
En effet, comme tout le monde le sait, les Mercenaires russes du groupe Wagner ont imposé leur méthode partout où ils passent dans le pays dès 2021. Quand ils arrivent par exemple devant un vendeur de michouis (viande grillée), ils demandent un morceau. Le vendeur annonce le prix : 15 000 ou 20 000 francs. Les mercenaires disent “OK”, le vendeur coupe la viande, la prépare, met les aromates et le piment. Et quand il tend la viande aux mercenaires, ceux-ci récupèrent et tournent le dos immédiatement et partent sans payer.
Le commerçant proteste : “Attendez, les 20 000 francs, vous ne payez pas encore ?” Les mercenaires russes répondent invariablement : “Allez voir le président Touadéra, allez demander au président Touadéra, il va payer ça pour toi”.
Cette phrase est devenue leur signature. Ils prennent des cigarettes, de la nourriture, de l’alcool, n’importe quoi. Quand les vendeurs réclament l’argent, les mercenaires leur disent d’aller demander à Touadéra. C’est leur manière de dire : “Nous sommes au-dessus des lois. Votre président nous appartient. Allez vous plaindre à lui si vous osez”.
Cette méthode criminelle, les FACA l’ont copiée intégralement. Formées par Wagner, commandées de facto par Wagner, les FACA sont devenues des mini-Wagner. Elles appliquent les mêmes techniques de racket et de terreur que leurs instructeurs russes.
Justement, à Sam-Ouandja, les soldats FACA achètent quelque chose qui coûte 1000 francs, donnent 200 ou 300 francs, et tournent le dos. Quand le commerçant ose parler, c’est la gifle. C’est la provocation. C’est la menace. C’est exactement ce qui s’est passé la semaine dernière dans cette ville abandonnée du nord-est.
Premier incident : l’affaire du thé à 100 francs. À Sam-Ouandja, comme dans tout le pays, des vendeurs ambulants proposent du thé chaud. Ce sont souvent des musulmans qui transportent un petit fourneau au charbon attaché à une structure mobile. Quand un client veut du thé, ils le chauffent et le servent dans un verre. Le prix : 100 francs CFA le verre.
La semaine dernière, un soldat FACA s’approche d’un vendeur de thé. Il demande un verre de thé. Le vendeur le sert. Le soldat boit tranquillement. Il finit son verre. Il en demande un deuxième. Le vendeur le sert à nouveau. Le soldat boit le deuxième verre, le finit.
Puis il sort 100 francs de sa poche et les tend au vendeur.
Le vendeur, surpris, dit : “Non, mais tu as pris deux verres, c’est 200 francs”.
Le soldat répond : “Non, c’est ce que j’ai, tu dois prendre”.
Le vendeur insiste : “Mais comment ? Tu as bu deux verres à 100 francs chacun, tu dois payer 200 francs”.
Le soldat, sans aucune gêne, déclare : “C’est mon argent, je fais le calcul sur mon argent”.
Le vendeur, incrédule, explique : “Quand tu fais le calcul sur ton argent, tu dois savoir avant de consommer. Si tu n’as que 100 francs, tu consommes un seul verre. Mais tu consommes deux verres et après tu dis que c’est ton calcul ? Même tes collègues soldats, ils viennent ici, ils consomment en fonction de leurs moyens. Nous, on achète le sucre à 2000 francs le kilo, on achète le thé, tout ça coûte. Si tout le monde paie comme toi, on va faire faillite, on ne gagne rien”.
Le soldat ne répond pas par des mots. Il répond par deux gifles. Deux gifles violentes au visage du vendeur.
Le vendeur, choqué, ne réagit pas. Il reste bloqué, figé par la violence de l’agression.
Alors le soldat prend son arme. Il la pointe sur le vendeur. Il simule un tir. Il dit : “Je vais te tirer dessus.”
C’est à ce moment que les gens autour crient au vendeur : “Cours ! Pars ! Il va te tuer !”
Le vendeur s’éclipse dans la foule. Des gens prennent son matériel, son fourneau, son thé, et les mettent en sécurité. Le soldat FACA repart tranquillement à sa base.
Bilan de l’opération : le soldat a consommé deux verres de thé valant 200 francs, n’en a payé que 100, a giflé le vendeur deux fois, l’a menacé de mort avec son arme, et est reparti sans être inquiété.
Deuxième incident : l’affaire des chaussures. La même semaine, un autre soldat FACA se rend au marché de Sam-Ouandja pour acheter des chaussures en plastique, ces sandales en caoutchouc que tout le monde porte. Le vendeur a deux tailles en stock : pointure 40, 42 et pointure 43
Quand le vendeur voit le pied du militaire, il lui conseille : “Il faut prendre la pointure 42. Si tu prends la 40, ça ne va pas te tenir, c’est trop petit pour toi”.
Le militaire refuse : “Non, la 40 c’est largement suffisant pour moi, je vais prendre la 40”.
Le vendeur insiste : “Mais regarde ton pied, la 40 sera trop serrée”.
Le militaire : “Tu connais mon pied mieux que moi ? Je prends la 40”.
Le vendeur abandonne : “Comme tu veux, tu connais ton pied”.
Le militaire paie normalement, prend la pointure 40, et repart à sa base. Il essaie de porter les chaussures. Évidemment, elles sont trop petites. Il force, force, force. Comme c’est du plastique élastique, les chaussures se déforment, s’étirent, se déchirent.
Le militaire revient au marché avec les chaussures déformées. Il les tend au vendeur : “Non, les chaussures sont trop petites. Je vais changer, prendre la plus grande taille que tu m’as proposée”.
Le vendeur regarde les chaussures abîmées : “Non, mais tu as déjà pris les chaussures et elles sont déchirées, déformées. Je ne peux pas te les reprendre. Soit tu paies pour une nouvelle paire, soit tu gardes celles-là. Je ne peux pas te les reprendre”.
Le militaire ne dit rien. Il repart à sa base. Une heure plus tard, il revient avec plusieurs de ses compagnons soldats. Ils se jettent sur le vendeur. Ils le tabassent, le frappent, le rouent de coups. Ils prennent la nouvelle paire de chaussures sans payer. Et ils repartent en laissant le vendeur ensanglanté sur le sol du marché.
Bilan : le militaire a acheté des chaussures, n’a pas suivi les conseils du vendeur, a abîmé les chaussures par sa faute, est revenu se plaindre, a refusé de payer pour une nouvelle paire, est revenu avec ses collègues, a tabassé le vendeur, a volé une nouvelle paire de chaussures, et est reparti sans être inquiété.
Ces deux incidents à Sam-Ouandja ne sont que des exemples parmi des dizaines d’autres qui se produisent chaque semaine dans cette ville. Les soldats FACA déployés là-bas se comportent exactement comme les mercenaires russes du groupe Wagner : ils consomment sans payer, ils volent, ils frappent ceux qui protestent, ils menacent de mort pour quelques francs.
Les commerçants de Sam-Ouandja vivent dans la terreur. Quand ils voient un soldat FACA approcher de leur étal, ils savent déjà qu’ils vont perdre de l’argent. Soit le soldat ne paiera pas, soit il paiera une fraction du prix, soit il prendra la marchandise de force. Et s’ils osent protester, ils recevront des gifles, des coups, ou des menaces de mort.
Cette situation démontre que Touadéra n’a pas formé des soldats. Il a formé des bandits. Les FACA ne sont plus une armée nationale au service du peuple. Elles sont devenues une milice criminelle qui terrorise, vole et frappe la population qu’elle est censée protéger.
Les soldats FACA de Sam-Ouandja ont appris de leurs maîtres russes. Wagner leur a enseigné que l’uniforme donne tous les droits : le droit de voler, le droit de frapper, le droit de menacer, le droit de tuer. Et les FACA appliquent ces leçons avec zèle.
Le commandement des FACA est parfaitement au courant de ce qui se passe à Sam-Ouandja. Les officiers supérieurs savent que leurs soldats terrorisent les commerçants. Mais ils ne font rien. Parce que ces comportements sont encouragés. Parce que les soldats ne reçoivent pas leurs primes globales d’alimentation et doivent “se débrouiller” en volant la population.
Les autorités locales de Sam-Ouandja sont impuissantes. Elles ne peuvent rien faire contre les soldats FACA qui ont les armes et l’impunité. Les commerçants n’osent pas porter plainte parce qu’ils savent que les soldats reviendront les tabasser encore plus violemment.
Sam-Ouandja, comme Zémio, comme Ndassima, comme Bossangoa, comme des dizaines d’autres villes centrafricaines, est devenue une zone d’occupation militaire où les FACA se comportent en forces d’occupation étrangères qui pillent et terrorisent la population locale.
Les habitants de Sam-Ouandja se demandent : à quoi sert d’avoir chassé les groupes armés si c’est pour être terrorisés par notre propre armée ? Les rebelles volaient et frappaient. Les FACA volent et frappent. Quelle est la différence ?
La différence, c’est que les FACA portent l’uniforme national et sont payées par l’État centrafricain. Elles sont censées protéger la population. Au lieu de cela, elles la terrorisent. C’est une trahison totale de leur mission.
Touadéra a transformé l’armée centrafricaine en gang de criminels. Formées par Wagner, les FACA ont adopté les méthodes criminelles de leurs instructeurs russes. À Sam-Ouandja comme partout ailleurs, elles appliquent la doctrine Wagner : terroriser, voler, frapper, menacer.
Mais tant que Touadéra restera au pouvoir, protégé par Wagner, rien ne changera. Les FACA continueront à terroriser les commerçants de Sam-Ouandja. Et le peuple centrafricain continuera de souffrir sous les bottes de soldats devenus bandits.
Birao : les jeunes refusent l’installation d’un bureau de l’association “100% Touadéra” par Hassan Bouba, “un tchadien qui n’a rien à faire ici”
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/08/hassan_bouba_avec_les_wagner_a_bria.jpg” data-wpel-link=”internal”>Hassan Bouba, inculpé par la CPS pour crime de guerre et crime contre l’humanité, parade avec les Mercenaires russes du groupe Wagner à Bria
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Une tension extrêmement palpable règne à Birao, chef-lieu de la préfecture de la Vakaga, depuis que Hassan Bouba a annoncé son intention d’y installer un bureau de son association “100% Touadéra”. Les jeunes de Birao ont catégoriquement refusé cette initiative et ont clairement fait savoir au ministre qu’il n’était pas le bienvenu.
Hassan Bouba, rappelons-le, est le ministre de l’Élevage et de la Santé Animale dans le gouvernement Touadéra. Mais avant d’être ministre, Bouba était chef rebelle de l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC) aux côtés d’Ali Darassa. Il a participé aux massacres de Seko en mars 2018 (17 civils exécutés dont des femmes et des enfants) et d’Alindao en novembre 2018 (au moins 112 morts).
Hassan Bouba fait actuellement l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la Cour Pénale Spéciale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. 261 plaintes de victimes ont été enregistrées contre lui. Mais après avoir été arrêté le 19 novembre 2021, il a été exfiltré six jours plus tard par des mercenaires russes du groupe Wagner et des éléments de la Garde Présidentielle. Touadéra l’a ensuite décoré de l’Ordre du mérite et il a repris ses fonctions ministérielles.
Ce criminel de guerre recherché par la justice centrafricaine a créé une association politique appelée “100% Touadéra”. Le nom est explicite : il s’agit d’une association de soutien total et inconditionnel au président Touadéra.Hassan Bouba veut installer des bureaux de cette association à travers le pays pour mobiliser les populations en faveur de Touadéra.
Mais il y’a quelques jours, Bouba a appelé les jeunes de Birao pour leur annoncer qu’il allait venir installer un bureau de son association “100% Touadéra” dans leur ville. Il leur a demandé de s’organiser pour l’accueillir et faciliter l’installation de ce bureau.
La réponse des jeunes de Birao a été sans ambiguïté : “Ce n’est pas possible. Vous n’installerez aucun bureau ici”.
Les jeunes de la Vakaga ont donné une raison claire et imparable à leur refus : Hassan Bouba n’est pas centrafricain. C’est un Tchadien.
“Il n’est pas centrafricain. C’est un sujet tchadien”, ont déclaré les jeunes de Birao. Cette affirmation, qui circule largement en Centrafrique depuis des années, n’a jamais été démentie de manière crédible par Hassan Bouba lui-même, du moment où il ne parle pas aussi la langue nationale.
Hassan Bouba est originaire du Tchad. Il est venu en Centrafrique dans le cadre de la rébellion menée par l’UPC. Avec Ali Darassa, également soupçonné d’être d’origine tchado-nigérienne, Hassan Bouba a mené des opérations militaires sanglantes contre la population civile centrafricaine.
Puis, grâce à son alliance avec Touadéra et Wagner, Hassan Bouba a été coopté au sein du gouvernement. Il est devenu ministre. Il a obtenu des documents centrafricains. Il joue maintenant le rôle d’interface entre Touadéra et les dirigeants de Wagner.
Mais aux yeux de nombreux Centrafricains, y compris dans les régions qui ont souffert de la violence de l’UPC, Hassan Bouba reste un étranger. Un Tchadien qui est venu semer la terreur en Centrafrique et qui s’est ensuite fait blanchir par Touadéra.
Les jeunes de Birao disent donc : “Il n’est pas centrafricain d’origine, donc il n’a pas d’intérêt à venir installer un bureau ici pour traumatiser les jeunes pour rien”.
Cette formulation est importante. Les jeunes de Birao ne rejettent pas seulement l’association “100% Touadéra”. Ils rejettent Hassan Bouba lui-même en tant qu’étranger qui n’a rien à faire en Centrafrique et encore moins à vouloir mobiliser les jeunes centrafricains pour soutenir Touadéra.
“Il est venu en RCA commettre des crimes. Et maintenant il veut nous organiser politiquement ? Jamais”, disent en substance les jeunes de Birao.
Cette position est courageuse. Hassan Bouba n’est pas n’importe qui. C’est un ministre en exercice. C’est un proche de Touadéra. C’est un allié de Wagner. C’est quelqu’un qui dispose de moyens financiers importants et qui peut mobiliser des miliciens armés.
Cette résistance des jeunes de Birao montre un rejet profond de Bouba et de ce qu’il représente. Bouba incarne tout ce que les Centrafricains détestent dans le régime Touadéra :
– C’est un criminel de guerre qui a massacré des civils
– C’est un rebelle recyclé en ministre
– C’est probablement un étranger qui se fait passer pour centrafricain
– C’est un complice de Wagner
– C’est quelqu’un qui a été arrêté par la justice et libéré illégalement par le pouvoir
– C’est un homme qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt mais qui se promène librement et occupe des fonctions ministérielles
Et maintenant, cet homme veut créer une association politique pour mobiliser les jeunes centrafricains en faveur de Touadéra ? Les jeunes de Birao disent : jamais.
Pour le moment, Bouba n’a pas réagi publiquement au refus des jeunes de Birao. Mais plusieurs scénarios sont possibles :
Scénario 1 : Bouba renonce à installer son bureau à Birao face à l’hostilité manifeste de la population. Ce serait la solution sage, mais peu probable compte tenu de l’arrogance habituelle de Bouba.
Scénario 2 : Bouba décide de s’imposer par la force. Il débarque à Birao avec des éléments armés (mercenaires de Wagner, FACA, miliciens) et installe son bureau malgré l’opposition de la population. Ce scénario pourrait conduire à des affrontements violents.
Scénario 3 : Bouba utilise son réseau et ses moyens financiers pour diviser la population. Il achète certains jeunes, il corrompt des autorités locales, et il parvient à installer son bureau avec le soutien d’une fraction de la population contre l’autre.
Le scénario 2 ou 3 est malheureusement le plus probable. Hassan Bouba ne renoncera pas facilement à son projet. Il a besoin d’installer des bureaux de son association “100% Touadéra” dans tout le pays pour créer une structure de mobilisation politique en faveur de Touadéra.
La Vakaga est une préfecture stratégique. C’est la région la plus au nord du pays, frontalière avec le Tchad et le Soudan. C’est aussi une zone où l’influence de Touadéra est contestée. Installer un bureau “100% Touadéra” à Birao serait pour Hassan Bouba une manière de montrer que le régime contrôle même les régions les plus éloignées.
Mais les jeunes de Birao ne l’entendent pas ainsi. Ils disent : “Cette région ne vous appartient pas. Vous ne viendrez pas ici nous imposer votre association de soutien à Touadéra”.
Cette résistance est d’autant plus remarquable qu’elle se manifeste dans une ville où l’État est quasi-absent, où les services publics ne fonctionnent pas, où la population est abandonnée. Dans ce contexte, résister à un ministre puissant comme Bouba demande un courage immense.
Elie Ouéifio investi à la tête du parti Kwa Na Kwa de l’ancien Président François Bozizé
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/10/knk-elie-ouefio_500.jpg” data-wpel-link=”internal”>L’ancien ministre et écrivain Elie Ouéfio, Président par intérim du parti KNK
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Elie Oueifio a été investi président intérimaire du parti politique centrafricain Kwa Na Kwa lors d’une cérémonie qui s’est tenue vendredi à Bangui, marquant un tournant dans l’histoire de cette formation politique.
Dans son discours d’investiture prononcé devant les membres du Bureau politique et les militants du parti, le nouveau dirigeant du KNK a d’emblée rendu hommage aux Centrafricains décédés, invitant l’assistance à observer une minute de silence en leur mémoire.
Elie Ouéifio a insisté sur la nécessité de redynamiser le parti, qu’il décrit comme une force politique d’envergure nationale.“Nous ne sommes pas réunis pour rechanter le passé glorieux ou sombre de notre Parti”, a-t-il déclaré, appelant plutôt à célébrer un élan de solidarité retrouvée, une dignité retrouvée, une vision retrouvée”.
Le président intérimaire a mis l’accent sur l’importance de restructurer les bases du parti à travers tout le territoire centrafricain, citant nommément plusieurs préfectures où le Kwa Na Kwa maintient une présence, de Béloko à Bambouti, en passant par la Lobaye, la Vakaga, l’Ouham et la capitale Bangui.
Le discours du Président Élie Ouéifio intervient dans un contexte de fièvre électorale” en République centrafricaine. Oueifio a évoqué les ennemis qui veulent anéantir le KNK” et mis en garde contre la haine et la division”, appelant les militants à s’unir autour des valeurs du parti inscrites dans ses statuts.
Le Kwa Na Kwa, dont la devise est Travail – Justice – Progrès” et dont la couleur emblématique est l’orange, se positionne comme un parti national majeur. Le nouveau président intérimaire a promis de ne jamais décevoir ni abandonner les militants, affirmant que le Kwa Na Kwa constitue l’âme de la République”.
Elie Oueifio a été choisi par le Bureau politique du parti pour diriger la formation à titre intérimaire, dans une période décrite comme cruciale pour l’avenir politique du pays.
Prenez votre mal en patience” : la réponse insolente du député Komian-Sambia aux victimes des inondations de Ndjoukou
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/10/depute-de-ndjoukou_500.jpg” data-wpel-link=”internal”>Jean-Claude Komian-Sambia, député de Ndjoukou dans la préfecture de Kémo. Photo : RNL/Marcel Mbakoula, octobre 2025.
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Depuis les inondations survenues à Ndjoukou, dans la préfecture de la Kémo, les habitants dorment à la belle étoile. Une centaine de maisons se sont effondrées dans la commune de Galafondo et plusieurs villages environnants, notamment Bessontoise, Mangiaoto et Ngbemanguli. Des familles entières ont tout perdu. Elles n’ont plus de toit, plus de biens, plus rien.
Et que leur dit leur député, Jean-Claude Komian-Sambia, élu pour les représenter et défendre leurs intérêts ? “Prenez votre mal en patience.”
Prenez votre mal en patience. Voilà le message que cet élu de la République adresse à des sinistrés qui dorment dehors depuis le 2 octobre, exposés aux intempéries, sans abri, sans nourriture, sans assistance.
Prenez votre mal en patience. Comme si la patience pouvait reconstruire une maison. Comme si la patience pouvait nourrir des enfants affamés. Comme si la patience pouvait protéger des familles exposées à la pluie et au froid.
Cette phrase résume à elle seule l’état de la représentation Politique en Centrafrique. Des députés élus, payés par l’argent public, qui face à la détresse de leurs électeurs, n’ont rien d’autre à offrir qu’un conseil de patience.
La pluie diluvienne est tombée du mercredi au petit matin du jeudi, provoquant l’effondrement d’une centaine de maisons. Sur le terrain, les habitants affirment avoir perdu leurs abris, sans secours ni abris d’urgence. “La population est restée sans toit et a passé la nuit dehors”, reconnaît le député lui-même.
Une centaine de maisons effondrées. Des centaines de personnes à la rue. Des familles entières qui ont tout perdu. Et depuis le 2 octobre, date des inondations, aucune aide n’a été apportée. Aucune.
Ni le gouvernement, ni les organisations humanitaires, ni la Croix-Rouge, ni les ONG n’ont bougé. Les sinistrés de Ndjoukou ont été complètement abandonnés. Ils survivent comme ils peuvent, récupérant ce qui reste de leurs biens dans les décombres, dormant dehors, mendiant de la nourriture auprès de voisins qui n’ont eux-mêmes presque rien.
“Depuis le 2 octobre, aucune aide n’a encore été reçue”, déplore le député Komian-Sambia, précisant que “toutes les attentes sont désormais tournées vers le ministère de l’Action humanitaire, la Croix-Rouge et les ONG”.
Mais qu’a fait le député lui-même pour ses électeurs ? Interrogé sur les premières mesures prises, il admet que son unique action a été de “lancer un appel aux autorités”.
“Première action, c’est ce que je suis en train de faire : lancer un appel à l’endroit des autorités”, dit-il.
Un appel. C’est tout. Voilà la contribution du député Komian-Sambia face à la catastrophe qui frappe sa circonscription. Il a lancé un appel. Et maintenant, il attend. En demandant à ses électeurs de “prendre leur mal en patience”.
Cet aveu d’impuissance est sidérant. Un député qui reconnaît ouvertement que la seule chose qu’il peut faire face à une catastrophe humanitaire dans sa circonscription, c’est “lancer un appel aux autorités” et demander ensuite à ses électeurs de patienter.
Mais à quoi sert un député si tout ce qu’il peut faire, c’est lancer des appels ? À quoi sert un élu si face à l’urgence, il se contente de dire “je ne peux rien faire, attendez que les autorités centrales bougent” ?
Un député dispose normalement de moyens d’action. Il peut mobiliser son indemnité parlementaire pour acheter des bâches, des vivres, des médicaments d’urgence. Il peut organiser une collecte de fonds. Il peut faire pression sur le gouvernement en interpellant publiquement les ministres concernés. Il peut saisir les médias internationaux pour alerter sur la situation. Il peut se rendre sur place pour constater les dégâts et apporter un soutien moral aux sinistrés.
Mais le député Komian-Sambia n’a rien fait de tout cela. Il a “lancé un appel”. Et il demande maintenant à ses électeurs de “prendre leur mal en patience”.
Cette phrase, “prenez votre mal en patience”, est d’un cynisme révoltant. Elle traduit la dépendance totale des élus locaux face à l’administration centrale, même en cas d’urgence humanitaire. Elle révèle aussi la résignation institutionnelle face aux crises récurrentes qui frappent les localités rurales.
Les députés centrafricains sont censés représenter leurs circonscriptions. Ils touchent des indemnités parlementaires confortables. Ils disposent de moyens matériels. Ils ont accès aux ministres et aux décideurs. Ils peuvent interpeller le gouvernement à l’Assemblée nationale.
Mais face à une catastrophe qui frappe leurs électeurs, ils se contentent de “lancer des appels” et de demander aux victimes de “prendre leur mal en patience”.
Le député Komian-Sambia reconnaît d’ailleurs l’une des causes structurelles de cette catastrophe : l’absence totale de plan d’aménagement urbain. “Nos villages poussent comme des champignons, sans aucun plan d’urbanisation”, souligne-t-il, appelant le ministère de l’Urbanisme à concevoir un plan pour éviter de nouveaux drames.
Selon lui, le manque de canalisations favorise l’accumulation des eaux et la destruction des habitations. “Si l’eau avait trouvé une direction pour couler, les maisons ne se seraient pas écroulées”, explique-t-il.
Ce constat est juste. Les villages centrafricains, y compris des chefs-lieux de préfecture comme Sibut, n’ont aucun plan d’urbanisme. Les habitations sont construites n’importe où, n’importe comment. Il n’y a pas de canalisations pour évacuer les eaux de pluie. Il n’y a pas de normes de construction pour résister aux intempéries. Il n’y a pas de zonage pour éviter de construire dans des zones inondables.
Résultat : à chaque saison des pluies, des maisons s’effondrent, des familles se retrouvent à la rue, et les autorités découvrent, stupéfaites, qu’il faudrait peut-être faire quelque chose.
Mais ce constat du député Komian-Sambia soulève une question : qu’a-t-il fait, lui, député de cette circonscription, pour exiger du ministère de l’Urbanisme qu’il élabore un plan d’aménagement pour Ndjoukou ? A-t-il déposé une proposition de loi ? A-t-il interpellé le ministre ? A-t-il organisé des consultations avec la population locale ?
Apparemment non. Il constate le problème, comme tout le monde. Mais il ne fait rien pour le résoudre. Et quand la catastrophe arrive, il demande aux victimes de “prendre leur mal en patience”.
À Ndjoukou, la catastrophe met une fois de plus en lumière les failles structurelles de la gouvernance locale : insuffisance de prévention, absence de secours d’urgence, et improvisation permanente face aux désastres.
Ces “failles” ne sont pas accidentelles. Elles sont le résultat de décennies d’incurie, de corruption, d’incompétence et de mépris total des autorités pour les populations rurales.
L’ancien Premier ministre Firmin Ngrebada a réagi à la convocation du corps électoral par le président Touadéra pour les Élections du 28 décembre 2025. Dans une interview, il a félicité cette convocation avant de dénoncer des anomalies dans le découpage des circonscriptions électorales qui affectent directement sa région de Boali.
Ngrebada commence par saluer le respect du calendrier constitutionnel : “Je voudrais féliciter le gouvernement pour le décret qui convoque le corps électoral. Le terme des Élections est une période définie par la loi, par la constitution. Être en conformité avec les dispositions de la constitution est une bonne chose”.
Cette entrée en matière diplomatique précède la critique. L’ancien Premier ministre identifie un problème juridique dans le décret 25-33-74 du 26 septembre 2025 qui fixe le découpage électoral des circonscriptions pour les Élections législatives.
Selon Ngrebada, ce décret rattache quatre localités de Boali, Bouboui-1, Bouboui-2, Gomoko et Boutili à la deuxième circonscription de Bégoua. Cette décision contredit la loi du 28 janvier 2023 sur le découpage des circonscriptions administratives qui place clairement ces localités dans la sous-préfecture de Boali.
L’ancien Premier ministre rappelle un principe juridique fondamental : “Un décret ne peut pas modifier les dispositions d’une loi”. Pour changer l’appartenance administrative de ces localités, il faudrait d’abord modifier la loi de 2023, puis adapter le décret en conséquence. Or, le régime a fait l’inverse, utilisant un simple décret pour contredire une loi.
Cette anomalie juridique crée des problèmes pratiques immédiats. Ngrebada explique : “Les populations de ces circonscriptions se sont fait enrôler à Boali. Si aujourd’hui ils devaient voter à Bégoua2, je ne sais pas matériellement comment on va procéder. Ils se sont inscrits auprès des centres de vote de Boali”.
Les habitants concernés se retrouvent dans une situation absurde. Ils se sont inscrits sur les listes électorales de Boali, mais le décret les rattache maintenant à Bégoua. Voteront-ils à Boali où ils sont inscrits, ou à Bégoua comme le prévoit le nouveau décret ? Cette confusion administrative risque de priver des citoyens de leur droit de vote.
Ngrebada rapporte avoir reçu de nombreux appels depuis la publication du décret : “Hier soir, j’ai reçu des appels de Boali – des chefs de village, le maire central. Ce matin, j’ai eu le gouverneur qui ont exprimé leur étonnement par rapport à cette nouvelle situation juridique”.
L’ancien Premier ministre ajoute un argument historique et émotionnel : “Historiquement, ces localités ont toujours fait partie de Boali. Il y a des gens qui sont nés dans Boali, dans leur esprit ils sont natifs de Boali. Ça a toujours été comme ça depuis les indépendances. On ne peut pas brusquement les détacher de Boali vis-à-vis de laquelle ils ont des liens de sang, des liens historiques”.
Cette manipulation du découpage électoral pose des questions sur les motivations du régime. Pourquoi détacher ces quatre localités de Boali pour les rattacher à Bégoua? Cette modification favorise-t-elle un candidat particulier ? S’agit-il de réduire le poids électoral de Boali ou d’augmenter celui de Bégoua?
Ngrebada reste diplomatique sur ces questions mais promet d’intervenir : “Je les ai rassurés en leur disant qu’il s’agit d’une anomalie que je porterai à l’attention des autorités compétentes pour qu’une correction soit apportée au décret”.
Interrogé sur la question des listes électorales non affichées, l’ancien Premier ministre adopte une position prudente : “J’ai écouté ces observations, ces contestations comme tout le monde. J’espère que l’Autorité Nationale des Élections a pris bonne note de ces préoccupations et qu’elle trouvera la meilleure manière de les satisfaire”.
Cette réponse évasive contraste avec la précision de sa critique sur le découpage électoral. Ngrebada semble plus à l’aise pour dénoncer une anomalie technique qui affecte directement sa circonscription que pour critiquer frontalement les dysfonctionnements généraux du processus électoral.
Sur la question sensible de sa candidature aux législatives, l’ancien Premier ministre refuse de répondre. David Bongiza a été désigné candidat du MCU à Boali, apparemment à la place de Ngrebada. Interrogé sur la bannière sous laquelle il se présentera, il répète : “Je ne réponds pas à cette question parce que personnellement je n’ai pas été candidat à des Élections primaires à Boali”.
Cette réponse laisse planer le doute. Ngrebada se présentera-t-il malgré tout ? Sous quelle étiquette ? Ou renoncera-t-il à la candidature ? Son refus de répondre confirme probablement qu’il n’a pas encore pris sa décision finale ou qu’il préfère garder ses options ouvertes.
Concernant les critiques du BRDC sur la crédibilité des élections, l’ancien Premier ministre adopte une position de retrait : “Nous sommes en démocratie. Le BRDC a la liberté de porter ses remarques. Il est désirable que ces questions soient traitées à l’intérieur des structures de suivi du processus électoral”.
Cette réponse renvoie l’opposition vers les mécanismes officiels sans prendre position sur le fond de leurs revendications. Ngrebada évite soigneusement de critiquer l’ANE ou le Conseil constitutionnel, deux institutions au cœur des contestations de l’opposition.
L’ancien Premier ministre conclut par un appel au vote : “Il faudrait que tout le monde aille voter parce que le vote est le moment propice pour les citoyens de choisir leurs dirigeants. C’est un devoir civique”.
Cette interview de Firmin Ngrebada dessine le portrait d’un homme politique coincé entre plusieurs contraintes. Il veut défendre les intérêts de sa circonscription et dénoncer les anomalies juridiques qui l’affectent directement. Mais il évite soigneusement de critiquer frontalement le régime ou de rejoindre l’opposition dans ses contestations plus larges.
Cette posture reflète probablement sa situation personnelle. Ancien Premier ministre de Touadéra, membre du MCU, il ne peut pas se permettre une critique radicale du processus électoral sans rompre avec le régime. Mais les anomalies affectant sa circonscription le contraignent à réagir publiquement.
L’anomalie juridique qu’il dénonce à Boali pose aussi des questions plus larges. Si le régime manipule le découpage électoral par simple décret sans respecter la hiérarchie des normes, combien d’autres circonscriptions ont été modifiées de la même manière ? Ces changements obéissent-ils à une logique électorale visant à favoriser certains candidats ?
Au final, cette interview montre que même au sein du camp présidentiel, les dysfonctionnements du processus électoral créent des tensions et obligent certains responsables à exprimer publiquement leurs réserves.
Assemblée nationale : la Commission d’Attribution des Marchés sanctionne cinq agents pour malversations, laissant de côté les grands voleurs comme Évariste Ngamana
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/09/le-depute-mafieux-evariste-ngamana.jpg” data-wpel-link=”internal”>Le député mafieux Évariste Ngamana, premier vice-Président de l’assemblée nationale centrafricaine
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
La Commission d’Attribution des Marchés de l’Assemblée nationale vient de mettre fin aux fonctions de cinq agents pour diverses fautes graves allant de la négligence à l’intelligence avec autrui en vue du détournement de deniers publics.
Selon une note signée par la vice-présidente de la Commission, Marie-Christine Patassé, quatre agents ont été révoqués pour “mauvaise manière de servir, non-observation des directives et consignes de la Commission, négligence des missions et des termes du mandat”. Il s’agit de Bandio Meboumbo Winnie Jesmine, Fanamby Kevin, Boutouly Armand et Ngakoundou Simplice.
Un cinquième agent, Bissa Grothe Idriss, Chef de Service de la Comptabilité, fait l’objet de sanctions plus graves pour “intelligence avec autrui en vue du détournement de deniers publics”.
La Commission demande au président de l’Assemblée nationale de diligenter immédiatement une mission d’audit interne et externe afin d’évaluer la gestion de la Trésorerie depuis la nomination de Bissa Grothe Idriss. Elle réclame également un audit de la Cour des Comptes pour établir la responsabilité des membres de la Commission d’Attribution des Marchés (députés et personnel administratif) et des Commissions permanentes impliqués dans des tentatives de trafic d’influence, de corruption et de détournement de deniers publics.
La Commission exige enfin la publication des rapports antérieurs de la Cour des Comptes sur les comptes de l’Assemblée nationale et la mise en application de leurs recommandations.
Mais où sont les vrais responsables ? Cette opération “mains propres” à l’Assemblée nationale interroge qu’elle n’apporte de réponses. Pourquoi sanctionner uniquement des petits agents alors que les véritables malversations se situent au sommet de l’institution ?
Les rapports de la Commission spéciale sur la gestion des fonds parlementaires ont révélé des détournements massifs par des députés eux-mêmes. Certains prétendent partir se soigner à l’étranger et empochent des millions sans jamais voyager.
Le cas le plus emblématique reste celui du premier vice-président de l’Assemblée nationale Évariste Ngamana , copain de la député Patassé, celle qui a même signé ce document de sanction. Rappelons que pour un simple problème de dent pourrie, Évariste Ngamana avait reçu 17 millions de francs CFA. Son visa pour la France a été refusé, il est resté à Bangui, mais n’a jamais remboursé cet argent. Dix-sept millions détournés en toute impunité par l’un des plus hauts responsables du Parlement.
Et ce n’est pas tout! Le président de la Commission de la Défense, député de Berbérati, a fait voyager son épouse en Tunisie pour se soigner sur les fonds de l’Assemblée nationale. L’affaire remonte à 2023. L’épouse est décédée il y’a quelques semaines suite à un accident de circulation, mais cela n’efface pas le détournement de fonds publics commis.
Ces exemples montrent que l’Assemblée nationale est devenue une pépinière de mafieux qui détournent des millions en toute impunité. Les députés votent des budgets colossaux pour leurs “frais de mission” et leurs “soins médicaux” à l’étranger, tandis que les hôpitaux centrafricains manquent de tout.
Vraiment, c’est une institution totalement discréditée sous le régime de Touadera. L’Assemblée nationale, censée représenter le peuple et contrôler l’action du gouvernement, s’est transformée en entreprise de pillage des deniers publics. Les députés se servent d’abord, votent ensuite.
Sanctionner cinq petits agents pour “mauvaise manière de servir” alors que les députés détournent des dizaines de millions relève de la farce. C’est comme arrêter le vendeur de Tramadol à la sauvette pendant que les barons du trafic se promènent librement dans la garde présidentielle, parlant bien sur du commandant Yarkokpa.
La demande d’audit de la Cour des Comptes est louable, mais qu’en sera-t-il des conclusions ? Les rapports précédents de la Cour des Comptes dorment dans les tiroirs. Leurs recommandations n’ont jamais été appliquées. Les députés impliqués dans les malversations n’ont jamais été inquiétés.
L’Assemblée nationale ne peut pas se contenter de sacrifier quelques lampistes pour donner l’illusion qu’elle fait le ménage. Si elle veut retrouver un minimum de crédibilité, elle doit s’attaquer aux vrais responsables : les députés qui transforment l’institution en distributeur automatique de billets.
Les 17 millions du vice-président, les frais de voyage fantaisistes, les faux soins à l’étranger – voilà ce que la Commission d’Attribution des Marchés devrait auditer. Voilà les responsables qu’elle devrait sanctionner.
Mais tant que les députés se protègent mutuellement, tant qu’ils préfèrent sanctionner des subalternes plutôt que de s’attaquer à la corruption systémique qui gangrène leur institution, l’Assemblée nationale restera ce qu’elle est devenue : une mafia en costume-cravate qui pille les caisses de l’État au nom du peuple centrafricain.
Touadéra à genoux devant des charlatans pour échapper à la CPI : quand le président prie contre la justice internationale au lieu d’arrêter les massacres de Wagner
Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/10/touadera-avec-les-prophetes.jpg” data-wpel-link=”internal”>Touadera reçoit les bénédictions des faux prophètes, des démons de division en Centrafrique
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Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
L’image qui circule massivement sur les réseaux sociaux depuis ce week-end est d’une violence symbolique insoutenable. On y voit le président Faustin-Archange Touadéra alias Baba Kongoboro agenouillé, tête baissée, les mains jointes en prière, entouré d’hommes en costume qui tendent les bras vers lui dans un geste de “bénédiction”. Un vieil homme en veste turquoise se tient debout au centre, dominant le président prostré. D’autres “prophètes” autoproclamés l’entourent, certains tenant des micros, d’autres murmurant des prières, tous participant à ce rituel pathétique.
Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, cette cérémonie n’était pas une simple séance de prière de routine. Touadéra s’est agenouillé devant ces charlatans pour leur demander de le protéger contre la Cour Pénale Internationale (CPI). Le président centrafricain, qui fait l’objet de communications déposées devant la CPI pour sa complicité dans les crimes commis par les Mercenaires russes de Wagner, demande maintenant à des “prophètes” bidons de le protéger contre un éventuel mandat d’arrêt international.
L’ironie de la situation est cruelle. Pendant des années, Touadéra a laissé Wagner massacrer des civils centrafricains. Il a fermé les yeux sur les viols, les pillages, les exécutions sommaires, les tortures. Il a protégé ces mercenaires russes contre toute poursuite judiciaire en Centrafrique. Il a fait exfiltrer Hassan Bouba, criminel de guerre recherché par la Cour Pénale Spéciale, pour le nommer ministre. Il a organisé l’impunité systématique pour tous ceux qui commettent des crimes en son nom.
Mais maintenant que la justice internationale le rattrape, maintenant que des communications ont été déposées devant la CPI contre lui personnellement pour complicité de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Touadéra a peur. Il ne prie pas pour demander pardon à Dieu d’avoir laissé massacrer son peuple. Il ne prie pas pour implorer le pardon des victimes de Wagner. Il prie pour que Dieu le protège contre la CPI. Il demande à des charlatans de l’aider à échapper à la justice internationale.
Cette scène, captée dans ce qui semble être une salle officielle avec des chaises disposées en rangées comme pour une cérémonie, choque profondément. Un président de la République, censé incarner la dignité de l’État et l’autorité de la nation, s’agenouille devant des charlatans qui se prétendent investis de pouvoirs mystiques pour échapper à la justice.
Touadéra n’a jamais pensé à arrêter Wagner avant. Il n’a jamais pensé à protéger son peuple contre les massacres. Il n’a jamais pensé à sanctionner les mercenaires russes qui violent, pillent et tuent des Centrafricains. Tout cela ne le dérangeait pas. Les crimes commis par Wagner ne posaient aucun problème à sa conscience.
Mais maintenant qu’il risque personnellement d’être poursuivi par la CPI, maintenant qu’un mandat d’arrêt international pourrait être émis contre lui, maintenant que sa propre liberté est menacée, soudainement Touadéra se tourne vers Dieu. Il s’agenouille devant des “prophètes” pour leur demander de le protéger contre la justice internationale.
Cette attitude est révélatrice de la mentalité de Touadéra. Il ne se soucie pas des souffrances de son peuple. Il ne se préoccupe que de sa propre sécurité, de son propre pouvoir, de sa propre impunité. Quand Wagner massacre des civils, Touadéra ne prie pas. Quand les fonctionnaires ne sont pas payés, Touadéra ne prie pas. Quand les sinistrés de Ndjoukou dorment dehors, Touadéra ne prie pas. Mais quand la CPI le menace personnellement, là il s’agenouille et prie.
Les hommes présents autour du président sur cette photo ne sont pas identifiés. Aucun nom officiel n’a été communiqué, aucun communiqué présidentiel n’a évoqué cette cérémonie. Tout porte à croire qu’il s’agit de figures religieuses auto-instituées, de ces “prophètes” de pacotille qui se multiplient dans les Églises de réveil, qui promettent des miracles et des protections mystiques, qui exploitent la crédulité et la superstition pour s’enrichir.
Ces charlatans ont compris que le président a peur de la CPI. Ils exploitent cette peur. Ils lui promettent des protections mystiques contre le mandat d’arrêt international. Ils lui disent que Dieu va le protéger, que les forces spirituelles vont bloquer la CPI, que ses ennemis vont échouer. Et en échange de ces promesses vides, ils reçoivent de l’argent, des privilèges, de l’accès au pouvoir.
Sur la photo, on voit clairement la soumission du président. Sa tête est baissée. Ses mains sont jointes. Il est prostré devant le vieil homme en veste turquoise qui se tient au-dessus de lui. D’autres mains se tendent vers lui, comme pour le “bénir” ou le “protéger” contre la justice internationale. C’est une scène pathétique, digne d’un rituel de maraboutage, pas d’une cérémonie présidentielle.
Pendant que Touadéra s’agenouille devant ces imposteurs pour échapper à la CPI, les Centrafricains souffrent. Les fonctionnaires de certaines institutions du pays ne sont pas payés depuis des mois. Les agents de santé de Bria ont vu leur salaire coupé de 50% et font grève. Les sinistrés de Ndjoukou dorment dehors depuis les inondations du 2 octobre sans avoir reçu la moindre aide. Les hôpitaux manquent de médicaments. Les écoles ferment. Les routes sont impraticables. Wagner continue de massacrer des civils. La pauvreté s’aggrave chaque jour.
Et pendant ce temps, que fait le chef de l’État ? Il s’agenouille devant des “prophètes” bidons pour leur demander de le protéger contre la CPI. Au lieu de gouverner, au lieu d’arrêter Wagner, au lieu de mettre fin aux massacres, au lieu de payer les salaires et d’aider les sinistrés, Touadéra prie à genoux devant des charlatans pour échapper à la justice internationale.
L’ironie est cruelle : si Touadéra voulait vraiment échapper à la CPI, la solution est simple. Il suffirait d’arrêter les massacres. Il suffirait de mettre fin au contrat avec Wagner. Il suffirait de poursuivre les criminels qui commettent des atrocités en Centrafrique. Il suffirait de coopérer avec la justice internationale pour poursuivre les auteurs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Mais Touadéra ne fera jamais cela. Parce qu’arrêter Wagner signifierait perdre sa principale force de répression. Parce que poursuivre les criminels signifierait s’attaquer à ses propres alliés comme Hassan Bouba. Parce que coopérer avec la CPI signifierait reconnaître que des crimes ont été commis sous son autorité.
Alors au lieu de faire ce qui est juste, au lieu de protéger son peuple et de rendre justice aux victimes, Touadéra s’agenouille devant des charlatans pour leur demander des protections mystiques contre la CPI. Il préfère croire aux promesses vides de “prophètes” bidons plutôt que de changer sa politique criminelle.
Cette attitude montre que Touadéra sait parfaitement qu’il est coupable. Il sait qu’il est complice des crimes de Wagner. Il sait que la CPI a des preuves contre lui. Il sait qu’il risque d’être poursuivi. C’est pour cela qu’il a peur. C’est pour cela qu’il cherche des protections mystiques.
Un président innocent n’aurait pas peur de la CPI comme on a vu au Kenya. Un président qui n’a rien à se reprocher n’aurait pas besoin de s’agenouiller devant des “prophètes” pour demander des protections contre la justice internationale. Mais Touadéra sait qu’il est coupable. Et au lieu d’assumer sa responsabilité, au lieu de mettre fin aux crimes, il cherche à échapper à la justice par des moyens mystiques.
Dans les milieux politiques de Bangui, cette photo alimente déjà les commentaires. Tout le monde comprend maintenant pourquoi Touadéra s’est agenouillé devant ces charlatans. Ce n’était pas une simple cérémonie religieuse. C’était une tentative désespérée d’obtenir des protections mystiques contre un éventuel mandat d’arrêt de la CPI.
Cette démarche montre aussi le niveau de paranoïa du président. Il croit vraiment que des “prophètes” peuvent le protéger contre la justice internationale. Il croit vraiment que Dieu va bloquer la CPI pour le protéger. Il croit vraiment que des prières mystiques peuvent annuler les preuves de ses crimes.
Cette croyance est caractéristique de nombreux dirigeants africains qui ont commis des crimes et qui cherchent ensuite des protections mystiques plutôt que de rendre justice. Ils consultent des marabouts, ils s’entourent de “prophètes”, ils organisent des rituels, ils croient aux gris-gris et aux protections surnaturelles. Tout plutôt que d’assumer leurs responsabilités et de répondre de leurs actes devant la justice.
Mais la CPI ne se laisse pas impressionner par les “prophètes” et les marabouts. La justice internationale travaille avec des preuves, des témoignages, des enquêtes sérieuses. Les protections mystiques ne peuvent rien contre des procureurs déterminés et des juges intègres.
Charles Taylor, ancien président du Libéria, s’entourait aussi de “prophètes” et de marabouts qui lui promettaient des protections mystiques contre la justice internationale. Cela ne l’a pas empêché d’être arrêté, jugé et condamné à 50 ans de prison par le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone. Omar el-Béchir, ancien président du Soudan, croyait aussi que Dieu le protégerait contre la CPI. Cela ne l’a pas empêché d’être renversé et mort dans une circonstance digne des malfaiteurs.
Touadéra suivra probablement le même chemin. Les “prophètes” devant lesquels il s’agenouille ne pourront rien faire quand la CPI émettra un mandat d’arrêt contre lui. Leurs prières mystiques ne pourront pas effacer les preuves des massacres commis par Wagner. Leurs bénédictions ne pourront pas protéger Touadéra contre la justice internationale.
Le président d’un pays ne devrait s’agenouiller devant personne, sauf peut-être devant son peuple en signe d’humilité et de service. Mais Touadéra ne s’agenouille jamais devant le peuple centrafricain. Il ne s’agenouille pas devant les victimes de Wagner pour leur demander pardon. Il ne s’agenouille pas devant les familles des massacrés pour reconnaître sa responsabilité. Il ne s’agenouille pas devant les fonctionnaires impayés, les sinistrés abandonnés, les malades sans soins.