Centrafrique : une nouvelle milice proche du pouvoir, dirigée par Euloge Doctrouvé, sévit à Bangui. Élisée Nguémalé, leader de l’Observatoire pour la Gouvernance Démocratique en Centrafrique, est l’une des victimes de ses voyous du MCU

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Centrafrique : une nouvelle milice proche du pouvoir, dirigée par Euloge Doctrouvé, sévit à Bangui. Élisée Nguémalé, leader de l’Observatoire pour la Gouvernance Démocratique en Centrafrique, est l’une des victimes de ses voyous

 

Centrafrique : une nouvelle milice proche du pouvoir, dirigée par Euloge Doctrouvé, sévit à Bangui. Élisée Nguémalé, leader de l’Observatoire pour la Gouvernance Démocratique en Centrafrique, est l’une des victimes de ses voyous
Élysée Nguimalé en pleine conférence de presse de l’Observatoire pour la Gouvernance Démocratique

 

Rédigé le 26 novembre 2025 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Bangui vit sous la menace d’une nouvelle milice dirigée par un proche du président Touadéra. Alors que le scrutin du 28 décembre approche, le régime multiplie les milices armées pour terroriser les Centrafricains. Ce n’est plus de la politique, c’est du banditisme organisé depuis le sommet de l’État.

 

 

Après la milice Requins de Doneng Héritier, dont certains membres ont été intégrés dans l’armée, la gendarmerie, la police  et la garde présidentielle, une nouvelle force criminelle vient de voir le jour. Elle fait régner la terreur dans la capitale. Elle est dirigée par Euloge Doctrouvé, un personnage qui s’est transformé en homme de main du régime de Touadera. Ces groupes paramilitaires opèrent au grand jour, avec la bénédiction des plus hautes autorités du pays.

 

Deux faits récents confirment l’activité intense de cette milice. Le lundi 18 novembre, un pasteur apôtre a été assassiné dans le 4ème arrondissement. L’information a largement circulé sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et WhatsApp. Les témoignages recueillis sur le terrain par la rédaction du CNC pointent tous vers le groupe de Euloge Doctrouvé. Puis, quelques jours plus tard, c’est le tour de monsieur Élisée Nguémalé, un leader de la société civile centrafricaine, qui a été agressé.

 

L’agression de monsieur Élisée Nguémalé mérite qu’on s’y attarde, car elle dit beaucoup sur les méthodes du régime. Ce n’est pas n’importe qui, Élisée Nguémalé. C’est lui qui, au nom de l’Observatoire pour la Gouvernance Démocratique en Centrafrique, a déposé une requête devant le Conseil constitutionnel pour invalider la candidature de Touadéra, car l’origine paternelle du Président est floue et totalement inconnue pour les centrafricains. C’est lui que le ministre de l’Administration du territoire, Bruno Yapandé, a publiquement menacé de poursuites judiciaires. C’est lui à qui ce même ministre a interdit de parler dans les médias publics et privés. Quelques semaines après ces menaces, Nguémalé se retrouve tabassé en plein jour dans un restaurant de Bangui.

 

Les faits sont d’une précision glaçante. Lundi 24 novembre, vers 16h40, Élisée Nguémalé se trouve dans un restaurant en face de Quifeurou, à 200 mètres du croisement Marabena dit Omar Bongo. Il est venu retrouver un ancien collègue de Bayanga pour discuter tranquillement. Doctrouvé  arrive d’abord seul pour repérer sa victime. Il repère Nguémalé et son emplacement, observe les lieux, puis repart. Quelques minutes plus tard, il envoie ses hommes , cinq jeunes hommes bien musclés. Ces bandits du régime entrent dans le restaurant et commencent à agresser Elysée Nguémalé et le frappent violemment. L’agression dure plus de dix minutes.

 

Mais voici le détail le plus choquant: au moment de l’agression, deux militaires se trouvent dans le restaurant, dont un capitaine. Pendant que Nguémalé est roué de coups sous leurs yeux, pendant dix longues minutes, ces militaires ne bougent pas. Ils ne tentent pas d’arrêter les agresseurs, ils ne protègent pas la victime, ils ne réagissent tout simplement pas. Cette passivité totale d’un officier de l’armée nationale face à un tabassage en règle ne peut signifier qu’une chose : l’agression avait reçu un feu vert. Elle faisait partie d’un plan approuvé au plus haut niveau.

 

Quelques jours après cette violence, à l’occasion de la fête nationale du 1er décembre, le président Touadéra remet une médaille de reconnaissance officielle à Euloge Doctrouvé .

 

Le timing n’est pas un hasard. En décorant publiquement Doctrouvé  juste après l’agression de Nguémalé, le chef de l’État Baba Kongoboro adresse un message sans équivoque : ceux qui s’en prennent à mes opposants seront récompensés. C’est exactement ce qui s’était passé avec Doneng Héritier, le chef de la milice Requins. Après avoir semé la terreur et commis des crimes, il a été nommé ministre de la Jeunesse et des Sports. Les bourreaux du régime ne sont pas poursuivis, ils sont promus.

 

Le parcours de Doctrouvé  raconte à lui seul la dérive du pays. En 2018 et 2019, il était encore dans le camp adverse au régime. Il avait fuit le pays pour aller au Congo Brazzaville. En exil, il critiquait violemment le régime, insultait même le président de l’Assemblée nationale, accusait Touadéra de diriger un gouvernement criminel. Puis par la surprise, il est revenu au pays. Il a changé de veste et s’est transformé en griot du régime, en porte-voix criminel de Touadéra. Depuis 2019, il multiplie les insultes et les menaces contre tous ceux qui osent critiquer le pouvoir. Aujourd’hui, il est passé à la phase suivante : l’agression physique. Et pour le remercier, le président lui offre une médaille.

 

La composition de sa milice en dit long. Plusieurs de ses hommes viennent de la milice Requins. Ce sont d’anciens criminels qui ont été recyclés, d’abord dans l’armée ou la garde présidentielle, puis dans de nouveaux groupes paramilitaires. Le régime utilise les mêmes individus, il leur change juste d’uniforme selon les besoins. Ces hommes auraient dû être jugés pour leurs crimes. Au lieu de ça, ils continuent de terroriser la population, avec de nouveaux chefs mais les mêmes méthodes.

 

Ce qui se passe à Bangui en ce moment n’a rien d’une tension pré-électorale normale. La MINUSCA et les organisations internationales parlent de « climat tendu », comme s’il y avait deux camps qui s’affrontaient. Mais ce n’est pas le cas. Il y a un régime qui utilise la violence organisée pour écraser toute contestation. Il y a des citoyens qui exercent leurs droits constitutionnels et qui se font tabasser pour ça. Il y a un pouvoir qui crée volontairement le désordre qu’il prétend combattre.

 

Élisée Nguémalé n’a rien fait d’illégal. Il a simplement saisi le Conseil constitutionnel, comme la loi l’y autorise, pour contester la candidature de Touadéra. Pour cet acte démocratique élémentaire, il a été menacé par un ministre, interdit de parole dans les médias, puis agressé physiquement par une milice dont le chef reçoit ensuite une médaille présidentielle. Cette séquence résume à elle seule la nature du régime Touadéra.

 

Par Gisèle MOLOMA….

 

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