La COSCIPAC interpelle une deuxième fois Touadéra sur le cycle des vengeances politiques en Centrafrique
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Petit Delphin Kotto, Coordonnateur national de la COSCIPAC, a signé le 7 mai 2026 une deuxième lettre ouverte au président Touadéra, le sommant de choisir la réconciliation sur la répression.
Enregistrée sous le numéro 0127/COODO/SG/26, cette correspondance émane de la Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique, dont la mission déclarée est d’alerter, de prévenir et d’éclairer la conscience nationale. La lettre s’ouvre sur un constat sombre : depuis 1961, la classe politique centrafricaine reproduit le même schéma de jugements par contumace et de règlements de comptes, chaque dirigeant finissant par subir le sort qu’il avait lui-même infligé à ses adversaires.
La COSCIPAC retrace ce cycle avec précision. David Dacko instrumentalisa la justice contre Abel Goumba, avant d’être lui-même renversé et jugé par contumace sous Bokassa en 1966. Bokassa, devenu empereur, fut à son tour jugé par contumace sous Dacko II en 1979. Kolingba, Patassé, Bozizé et Djotodia ont chacun prolongé cette chaîne, jusqu’à l’avènement de Touadéra par le retour à l’ordre constitutionnel. Pour la COSCIPAC, cette succession de destins brisés constitue un avertissement que le chef de l’État en exercice ne peut ignorer.
L’organisation dénonce également ce qu’elle qualifie de dérives du régime actuel : arrestations sélectives d’opposants, restrictions des libertés de mouvement, répression des organisations citoyennes et exactions attribuées aux milices et aux forces Wagner présentes sur le territoire. La lettre pointe aussi la responsabilité pénale potentielle du président, rappelant que la Cour pénale internationale suit de près la répétition des crimes impunis en République centrafricaine depuis 2016.
Contacté par la rédaction de CNC, Petit Delphin Kotto a déclaré : « Nous ne faisons pas de politique. Nous parlons au nom d’un peuple meurtri qui ne veut plus être témoin muet d’une histoire qui se répète. Cette lettre est un miroir tendu au président, pas une attaque. » La COSCIPAC reconnaît néanmoins que Touadéra se trouve encore, selon ses termes, à la croisée des chemins. L’organisation lui rappelle son propre discours du 30 mars 2026, prononcé sous la pluie au complexe sportif de 20 000 places, dans lequel il avait lui-même appelé à une justice indépendante, libérée de la main du Prince. C’est précisément cet écart entre la parole publique et les actes du régime que la lettre met en cause.
La missive se conclut sur un appel à la réconciliation nationale, avertissant que la paix ne se bâtit pas sur la peur et la terreur. La COSCIPAC prévient que si le président persiste dans la voie de la répression, son nom rejoindra la liste des chefs d’État centrafricains rattrapés par leur propre histoire.
Par Éric Azoumi
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