Pourquoi la table ronde de Casablanca sur le PND est-elle un échec malgré la propagande du gouvernement qui parle de 5000 milliards de francs CFA de promesse ?
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
À son retour de Casablanca en septembre 2025, le gouvernement centrafricain a multiplié les déclarations triomphalistes autour du Plan national de développement (PND) 2024-2028. Les autorités ont annoncé avoir obtenu près de 5 000 milliards de francs CFA de promesses de financement lors de la table ronde organisée au Maroc. Le chiffre a été présenté comme un succès historique et comme une preuve de la confiance des partenaires internationaux envers la politique conduite par le pouvoir de Bangui.
En effet, l’ampleur de cette annonce mérite d’être rappelée. Les 5 000 milliards de francs CFA évoqués par le gouvernement représentaient plusieurs fois les montants mobilisés lors de la conférence de Bruxelles consacrée au RCPCA en 2016.
À l’époque, la mobilisation des partenaires avait déjà été présentée comme un événement majeur pour la reconstruction du pays. Casablanca devait donc marquer une étape encore plus importante. Pourtant, derrière les chiffres spectaculaires brondis par les bras cassés de Bangui, une autre réalité apparaît.
Plusieurs mois après la table ronde, le débat ne porte plus sur les montants annoncés mais sur la qualité du travail qui a servi de base à cette mobilisation et sur les résultats réellement observables.
Le premier problème concerne le contenu même du PND et des études qui l’accompagnent. Parmi les documents de référence figure notamment une étude prospective intitulée « RCA 2050 : Environnement et changement climatique ». À la lecture de ce document, il apparaît essentiellement construit autour d’états des lieux, de diagnostics, de projections, de tendances et d’analyses générales. Les difficultés de la forêt, de l’agriculture, de l’élevage, des ressources minières, de l’énergie ou encore du climat y sont longuement décrites.
Or, Le pays de Boganda, le pays de Zo-Koué-Zo, la République centrafricaine n’a jamais manqué de diagnostics. Depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs, les institutions internationales, les agences des Nations unies et les organisations non gouvernementales produisent des études détaillées sur les difficultés du pays. Les problèmes sont connus. Les obstacles au développement sont identifiés. Les secteurs prioritaires sont répertoriés.
La véritable question est ailleurs : quelles solutions nouvelles ont été proposées ? Quels projets structurants ont été élaborés ? Quels mécanismes de financement innovants ont été présentés ? Quels programmes précis ont été conçus pour transformer durablement l’économie nationale ?
À ces questions, les réponses apparaissent beaucoup plus limitées que l’abondance des diagnostics. Le document consacre des centaines de pages aux constats mais beaucoup moins aux mécanismes concrets de mise en œuvre. Une telle approche peut produire un rapport purement académique. Elle ne garantit pas nécessairement la construction d’un programme de développement capable d’attirer durablement les investisseurs et les bailleurs.
Un autre élément alimente les interrogations. La structure ayant participé à l’élaboration de certaines études préparatoires ne disposait pas, selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, du profil habituellement associé aux grands bureaux spécialisés dans la prospective économique, la planification nationale ou l’ingénierie de projets de développement.
Cette situation a renforcé les doutes de certains observateurs centrafricains sur la solidité de l’ensemble du processus. Dans le même temps, le gouvernement a privilégié une communication centrée sur les montants annoncés. Les discours officiels ont insisté sur les milliards promis, les protocoles signés et le succès diplomatique de la rencontre de Casablanca. Les autorités ont présenté l’événement comme une victoire politique majeure.
Cette stratégie de communication se heurte aujourd’hui à une difficulté simple : les chiffres, à eux seuls, ne transforment pas un pays. Les annonces ne remplacent pas les réalisations. Les promesses ne remplacent pas les projets exécutés. Les conférences internationales ne remplacent pas les résultats visibles sur le terrain.
La question n’est pas de savoir si les 5 000 milliards de francs CFA devaient être décaissés immédiatement. Personne ne l’a jamais prétendu. Les mécanismes de financement internationaux reposent sur des procédures, des validations techniques et des projets précis. Les décaissements interviennent progressivement selon l’avancement des programmes retenus. La véritable question est donc différente.
Un an après les annonces, quels sont les projets majeurs directement issus de Casablanca ? Quels investissements structurants ont effectivement démarré ? Quels secteurs ont bénéficié d’une transformation significative liée à cette mobilisation exceptionnelle annoncée par les autorités ?
L’absence de réponses claires à ces interrogations explique pourquoi une partie croissante de l’opinion considère aujourd’hui la table ronde de Casablanca comme un rendez-vous largement dominé par la propagande politique.
Plus les mois passent, plus l’écart entre les annonces spectaculaires et les réalisations concrètes devient un sujet de débat.
Le départ du ministre de l’Économie lors du remaniement gouvernemental intervenu en mai 2026 a encore renforcé ces interrogations. Même si aucune explication officielle n’établit un lien direct entre ce changement et le PND, cet événement intervient dans un contexte où les résultats promis tardent à convaincre.
Au final, le principal héritage de Casablanca n’est peut-être pas le montant des engagements annoncés. C’est la question de la crédibilité. Car lorsqu’un gouvernement promet une mobilisation financière sans précédent, plusieurs fois supérieure aux précédentes conférences de bailleurs, il crée des attentes à la hauteur de ses annonces. Et lorsque les résultats visibles ne suivent pas le rythme de la communication officielle, les chiffres qui devaient impressionner finissent par alimenter le doute.
Par Alain Nzilo
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