NANA-MAMBÉRÉ : Les preuves vidéos d’un massacre par décapitation commis par Wagner mettent la CPI au défi
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Par : la rédaction de ,
C’est une plongée inédite et terrifiante dans l’horreur absolue qui agite actuellement la République centrafricaine. Une série de séquences vidéos, circulant massivement sur les réseaux sociaux, vient d’apporter les preuves irréfutables d’un massacre de masse caractérisé par des actes de décapitation dans la préfecture de la Nana-Mambéré.
Alors que les premières informations non vérifiées avaient initialement situé ces événements dans la région de Zemio, une enquête approfondie, appuyée par des recoupements de terrain et des témoignages, a permis de localiser précisément le théâtre de cette boucherie humaine. Ce carnage, requalifié par les observateurs nationaux en violations grave du droit international humanitaire, place désormais la Cour pénale internationale (CPI) face à l’obligation d’ouvrir une enquête minutieuse sur les méthodes des mercenaires russes et de leurs supplétifs en Centrafrique.

Le piège du désarmement : Chronique d’un guet-apens millimétré
La genèse de ce drame s’inscrit dans les suites directes de l’accord de Ndjamena du 19 avril 2025. Alors que les canaux officiels de Bangui dialoguaient avec certaines factions de la CPC comme le 3R et l’UPC, plusieurs franges de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), placées sous l’autorité du général Bozizé, dont le général Marcel Ndalé est l’un des lieutenants, se trouvaient de facto exclues des pourparlers.
Cette exclusion avait poussé certains éléments de la CPC à chercher individuellement des voies de réconciliation.
Pendant ce temps, les mercenaires russes, agissant au nom du gouvernement, avaient alors contacté le général Marcel Ndalé pour tenter de le convaincre de déposer les armes. Méfiant, Ndalé avait posé ses conditions : il exigeait un appel téléphonique direct du président Touadéra pour discuter des modalités du désarmement. Cette demande témoignait de sa volonté de s’assurer de la sincérité du processus.
Mais devant le refus du général Ndalé de négocier avec des intermédiaires, Wagner a changé de tactique. Les mercenaires se sont tournés vers ses combattants, tentant de les convaincre individuellement d’abandonner leur chef et de déposer leurs armes. Cette approche de division interne visait à affaiblir la CPC en détachant progressivement ses éléments.

Une dizaine de combattants de Ndaley ont finalement accepté ces propositions de désarmement. Convaincus par les promesses de réintégration, ils ont accepté de se rendre à un point de rendez-vous fixé par les négociateurs pour remettre officiellement leurs armes aux autorités.
L’anatomie de l’horreur : Les détails d’une barbarie documentée en vidéo
Ce qui devait être une cérémonie de désarmement s’est transformé en piège mortel. Les combattants de la CPC, arrivés en toute confiance au lieu de rendez-vous, ont été accueillis par une opération de neutralisation menée par Wagner. Au lieu de recevoir leurs armes, les mercenaires russes ont capturer un par un ces hommes qui venaient se rendre.
Les vidéos, qui provoque une immense vague d’effroi et de colère à travers tout le pays, révèlent une mise en scène macabre :
Après avoir été capturés, ces volontaires ont été minutieusement décapités un par un par ces mercenaires.
Exposition des restes : Les têtes coupées ont été alignées de manière ordonnée sur des tapis et des nattes à même le sol, transformant le campement de fortune en un abattoir à ciel ouvert.
Ciblage des civils et des notables
Si le bilan initial faisait état de neuf combattants de la CPC égorgés, les informations recueillies par la rédaction du CNC confirment que le reste des victimes est constitué de civils. Parmi les têtes exposées sur les tapis figurent celles du chef du village qui s’étaient déplacés pour assister et cautionner le processus du désarmement
Et ce n’est pas tout! L’élément le plus accablant de ces enregistrements vidéo demeure la bande sonore qui accompagne le tournage. En arrière-plan, la voix du commandant des opérations de Wagner sur zone, identifié sous le nom de M. Rousseau, résonne distinctement. D’un ton glacial, il lance ses ordres en s’adressant aux exécutants :
« Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. C’est ce qu’on a fait. Égorgez chaque personne ! »
L’implication des supplétifs et la mise en scène des bourreaux
L’analyse des images confirme également le modus operandi de Wagner, qui s’appuie désormais sur des unités mixtes composées de mercenaires russes, de combattants syriens et de supplétifs africains, communément appelés “russes noirs”.
Sur l’une des séquences les plus partagées, un traducteur et combattant de nationalité camerounaise, arborant des coiffures rastas, pose de manière ostentatoire devant l’objectif. Cet individu, qui a effectué ses études en Russie avant d’être recruté comme interprète et homme de main par l’organisation paramilitaire, s’affiche avec un sourire provocateur. Il pointe du doigt l’écusson à tête de mort de Wagner cousu sur son uniforme, puis exhibe un second insigne comme s’il s’agissait d’une décoration militaire obtenue pour avoir mené à bien cette opération de décapitation.
Cette stratégie de communication par la terreur vise explicitement à envoyer un avertissement direct aux populations locales et aux forces politiques : toute opposition à la présence paramilitaire russe ou toute velléité de contestation sera réprimée par des méthodes d’une violence absolue.
La rhétorique du déni : Le communiqué falsifié de l’État-major après cette opération
Souvenez-vous, après cette opération survenue en septembre 2025, l’état-major des Forces armées centrafricaines (FACA) a rapidement réagi en publiant un communiqué officiel. Ce document, rédigé sous l’influence directe des conseillers russes à Bangui, tente de réécrire les faits en présentant l’événement comme une « opération antiterroriste préventive légitime ».
Selon la version officielle diffusée par les autorités, les forces alliées auraient intercepté et « neutralisé dix-sept éléments de la CPC, dont le général Ibrahim Ndalé et deux hauts commandants », qui planifiaient une attaque imminente contre un convoi d’aide humanitaire.
Cette tentative de justification démontre, selon les spécialistes juridiques, une volonté manifeste de couvrir des exécutions sommaires et des violations graves des conventions de Genève commises sur le territoire national.
La Cour pénale internationale face au défi de l’impunité
Cette accumulation de preuves matérielles fournies involontairement par les auteurs mêmes des crimes place la Cour pénale internationale (CPI) au centre de l’échiquier judiciaire. Jusqu’à présent, les exactions commises dans l’arrière-pays, à l’image des massacres documentés par le passé à Bouca ou à Bossangoa, s’étaient souvent heurtées au déni systématique du gouvernement, qui qualifiait les rapports d’ONG de « manipulations politiques » ou de « vidéos hors contexte ».
Dans le cas précis de la Nana-Mambéré, la nature des preuves change la donne juridique :
Les visages des auteurs sont identifiables.
La chaîne de commandement est audible à travers les ordres de M. Rousseau.
Le lien avec les structures étatiques est établi par le communiqué officiel de l’État-major qui endosse l’opération.
Les dispositions du Statut de Rome, dont la République centrafricaine est signataire, stipulent que la décapitation et la mutilation de prisonniers ou de civils hors de combat constituent des crimes de guerre caractérisés. Face à l’incapacité ou au refus manifeste des juridictions nationales de Bangui d’enquêter sur leurs propres alliés de sécurité, la compétence de la CPI devient pleinement applicable.
Le procureur de la CPI se trouve désormais interpellé par la force des faits. Ouvrir une enquête formelle et indépendante sur le massacre de la Nana-Mambéré permettrait non seulement d’établir les responsabilités pénales individuelles des mercenaires russes et de leurs traducteurs, mais aussi d’analyser la complicité par action ou par omission des autorités de Bangui qui valident ces méthodes de terreur. Tant que la justice internationale ne transformera pas ces preuves numériques en mandats d’arrêt internationaux, le processus de réconciliation en Centrafrique restera profondément hypothéqué par la loi du plus fort.
Par Alain Nzilo
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