CENTRAFRIQUE : LA MILITARISATION DE L’ADMINISTRATION commence, un général nommé chargé de mission à l’éducation. Le pays change du visage et rentre pleinement dans un empire

0
4

 

 

La nomination de quatre officiers des Forces armées centrafricaines à des fonctions stratégiques dans les ministères de l’Éducation nationale et de la Jeunesse marque une nouvelle étape dans l’organisation du nouvel empire centrafricain. Le décret n°26.245 place désormais des cadres militaires au cœur de deux administrations directement chargées de la formation et de l’encadrement de la jeunesse centrafricaine.

 

Des officiers installés dans des fonctions civiles

 

Le décret n°26.245 nomme le Général de Brigade IBRAHIM Safardine, matricule 2013-1-1001, issu du Bataillon Hors Rang, comme Chargé de Mission en matière de Défense auprès du ministère d’État chargé de l’Éducation nationale.

 

CENTRAFRIQUE : LA MILITARISATION DE L’ADMINISTRATION commence, un général nommé chargé de mission à l’éducation. Le pays change du visage et rentre pleinement dans un empire

 

Le Commandant TEKREMOYENKO MALAWA Evrard, matricule 2010-2-1033, du Bataillon de Soutien Logistique, est nommé Assistant du Chargé de Mission auprès de l’Éducation nationale, avec rang et prérogatives de Directeur. Ces deux nominations donnent ainsi à des officiers des responsabilités administratives importantes au sein d’un département civil.

À lire aussi : RCA-Syndicats : le collectif des 18 centrales accuse Masua Gogi de diviser le mouvement syndical

 

Le dispositif s’étend au ministère chargé de la Promotion de la Jeunesse, des Sports et de l’Éducation civique. Le Colonel KOTALY Julien Pierre, matricule 1986-1-1102, du Bataillon du Génie, est nommé Chargé de Mission en matière de Défense auprès de ce ministère.

À lire aussi : Quand Touadéra et son clan mafieux transforment l’accès à l’eau en un interminable tunnel de mensonges

 

Le Commandant MBAÏKI Flory Clozel, matricule 1996-2-1853, du Bataillon Hors Rang, est nommé Assistant du Chargé de Mission, avec des prérogatives de Directeur. Quatre officiers des Forces armées centrafricaines intègrent ainsi officiellement deux secteurs civils majeurs de l’administration.

 

L’armée entre dans la gestion de la jeunesse

 

Le choix de l’Éducation nationale et de la Jeunesse donne une portée particulière à ces nominations. Ces deux secteurs regroupent les enseignants, les élèves, les étudiants et les organisations de jeunesse. Ils constituent aussi des espaces importants de mobilisation sociale et de revendications.

 

Les syndicats d’enseignants et les mouvements étudiants occupent depuis longtemps une place dans les contestations sociales en République centrafricaine. Les revendications portent notamment sur les salaires, les conditions de travail, les infrastructures scolaires et universitaires ainsi que le fonctionnement des services publics.

 

L’introduction de responsables militaires dans ces administrations établit donc un lien direct entre la gestion de la jeunesse et les questions de défense. La fonction militaire ne reste plus limitée à la protection du territoire ou aux opérations de sécurité. Elle s’étend à des secteurs chargés de l’éducation, de la formation civique et de l’encadrement de la jeunesse.

 

Cette évolution traduit une nouvelle conception de l’administration publique. Des fonctions traditionnellement exercées par des cadres civils sont désormais occupées ou encadrées par des officiers issus des Forces armées centrafricaines.

 

La logique sécuritaire s’étend à l’État

 

Le décret n°26.245 intervient dans un contexte où la sécurité occupe une place de plus en plus importante dans la gestion du pays. L’appareil militaire intervient désormais dans des domaines qui dépassent le cadre classique de la défense nationale.

 

Cette évolution réduit progressivement la distinction entre administration civile et appareil sécuritaire. L’éducation et la jeunesse relèvent d’abord de politiques publiques civiles. Leur encadrement par des responsables militaires introduit une logique différente dans leur fonctionnement.

 

La militarisation de l’administration prend ainsi une dimension institutionnelle. Elle ne repose plus seulement sur la coopération ponctuelle entre civils et militaires. Elle s’inscrit directement dans l’organisation administrative à travers la création ou l’attribution de fonctions liées à la défense au sein de ministères civils.

 

Cette transformation concerne également l’éducation civique. Le secteur chargé de transmettre aux jeunes les notions de citoyenneté, de responsabilité et de participation à la vie publique accueille désormais des responsables provenant de la hiérarchie militaire.

 

Une administration sous pression financière

 

La progression de cette logique sécuritaire intervient alors que l’État centrafricain fait face à de fortes contraintes financières. Les ressources publiques restent limitées face aux besoins de l’administration, des services sociaux et des secteurs prioritaires.

 

Si le cas se présente, les retards de paiement et les difficultés liées aux dépenses publiques affectent directement les fonctionnaires. Les enseignants, les personnels de santé et d’autres agents civils attendent régulièrement le règlement de leurs rémunérations et l’amélioration de leurs conditions de travail.

 

Dans le même temps, les dépenses consacrées à la sécurité occupent une place importante dans les priorités de l’État. Cette situation crée un contraste entre les besoins des administrations civiles et le renforcement progressif de l’appareil sécuritaire.

 

Lorsque les ressources publiques sont limitées, le choix des priorités devient un élément central de la gouvernance. Le renforcement des structures militaires et sécuritaires intervient alors que les administrations civiles continuent de faire face à des difficultés matérielles et financières.

 

La présence russe renforce le dispositif sécuritaire

 

La militarisation de l’administration centrafricaine se développe également dans un environnement marqué par une forte coopération sécuritaire avec la Russie. Après la présence du groupe Wagner, le dispositif russe s’inscrit désormais dans le cadre d’Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense.

 

Cette coopération occupe une place importante dans la stratégie sécuritaire du pouvoir centrafricain. Les mercenaires et personnels russes participent soi-disant à la formation et à l’appui aux forces nationales, tandis que la coopération bilatérale concerne également la protection du pouvoir dictatorial de Baba Kongoboro.

 

Le partenariat avec Moscou de Poutine comporte aussi une dimension économique. Les intérêts russes en République centrafricaine concernent notamment le secteur minier et l’accès aux ressources naturelles. La coopération sécuritaire s’inscrit donc dans un ensemble plus large de relations entre Bangui et Moscou.

 

L’État centrafricain renforce ainsi son appareil sécuritaire sur deux fronts : à l’intérieur, par l’intégration croissante des officiers de l’armée dans l’administration civile ; à l’extérieur, par une dépendance accrue envers les mercenaires russes.

 

La frontière entre administration civile et pouvoir militaire se réduit

 

Le décret n°26.245 constitue un acte important dans cette évolution. Les quatre nominations ne concernent pas un ministère de la Défense ni une structure exclusivement militaire. Elles touchent directement l’éducation, la jeunesse, les sports et l’éducation civique.

 

Cette évolution intervient après la réforme constitutionnelle de 2023, qui a profondément modifié le cadre politique du pays. La question qui se pose aujourd’hui est différente : elle concerne la transformation du fonctionnement quotidien de l’État et la place croissante de l’institution militaire dans les structures civiles.

 

La militarisation de l’administration devient ainsi un élément visible de la gouvernance centrafricaine. L’armée intervient dans des secteurs qui concernent directement la formation et l’encadrement de la population, tandis que les questions de sécurité occupent une place centrale dans les choix de l’État.

 

Avec l’arrivée d’officiers dans les ministères de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, la séparation entre administration civile et appareil militaire se réduit davantage. Cette évolution dessine un État dans lequel la logique sécuritaire ne concerne plus uniquement les casernes, les opérations militaires et la protection du territoire, mais gagne progressivement les institutions civiles et la gestion de la société.

 

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

  Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org

 

 

 

Article précédentTension maximale à Tissi : une offensive conjointe Wagner-FSR fait redouter un embrasement trifrontal
Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com