L’Afrique contre l’Afrique : pourquoi nous nous battons entre nous les africains ? Ce qui se passe en Afrique du sud est une honte!

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Alors que Nous dénonçons les humiliations subies par les Africains à l’étranger, mais nous acceptons encore que des Africains soient rejetés, expulsés ou maltraités par d’autres Africains sur leur propre continent.

 

C’est l’une des grandes contradictions de l’Afrique contemporaine.

 

Nous sommes capables de nous mobiliser lorsqu’un Africain est discriminé en Europe, en Amérique ou ailleurs. Nous dénonçons les politiques migratoires occidentales. Nous critiquons les visas difficiles à obtenir. Nous condamnons les expulsions et les contrôles imposés aux Africains qui cherchent à étudier, travailler ou simplement voyager dans d’autres régions du monde.

L’Afrique contre l’Afrique : pourquoi nous nous battons entre nous  les africains ? Ce qui se passe en Afrique du sud est une honte!

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Mais lorsque l’Africain traverse une frontière africaine, notre discours change.

 

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Il devient un étranger.

 

Il devient parfois un concurrent.

 

Il devient parfois une menace.

 

Et dans certains cas, il devient quelqu’un qu’il faut faire partir.

 

Le débat relancé en Afrique du Sud sur la prise en charge des frais liés au rapatriement de ressortissants étrangers n’est qu’un nouvel exemple d’un problème beaucoup plus large. Il ne s’agit pas ici de reprendre le débat administratif sur la responsabilité des États. Il s’agit de regarder ce que ces pratiques disent de notre conception de la solidarité africaine.

 

Car nous avons un problème de cohérence.

 

Nous parlons depuis des décennies d’une Afrique unie. Nous parlons d’intégration. Nous parlons de libre circulation. Nous parlons d’une communauté de destin. Nous célébrons l’unité africaine et nous rappelons régulièrement les sacrifices consentis par les générations précédentes pour libérer le continent.

 

Mais dans la vie quotidienne, les frontières restent souvent plus fortes que notre prétendue fraternité.

 

L’Afrique du Sud offre un exemple particulièrement frappant.

 

Pendant la lutte contre l’apartheid, de nombreux pays africains ont soutenu les Sud-Africains qui combattaient le régime de ségrégation. Des militants ont trouvé refuge dans plusieurs pays du continent. Des gouvernements africains ont apporté leur soutien politique à la lutte contre l’apartheid. Le combat sud-africain n’était pas considéré comme une affaire strictement sud-africaine.

 

L’Afrique avait alors compris que le destin d’un pays pouvait concerner tout le continent.

 

Pourquoi cette logique disparaît-elle lorsqu’il s’agit aujourd’hui des autres Africains ?

 

Pourquoi celui qui hier était considéré comme un frère devient-il aujourd’hui un étranger indésirable lorsqu’il franchit une frontière ?

 

C’est cette contradiction qu’il faut regarder en face.

 

Nous ne pouvons pas demander au reste du monde de traiter les Africains avec respect tout en acceptant que certains Africains soient traités avec méfiance, hostilité ou mépris par d’autres Africains.

 

Nous ne pouvons pas dénoncer les expulsions lorsqu’elles sont décidées par des gouvernements occidentaux et les considérer comme normales lorsqu’elles sont organisées par des gouvernements africains.

 

Nous ne pouvons pas réclamer la liberté de circulation pour les Africains dans le monde et refuser cette même liberté aux Africains sur leur propre continent.

 

Bien sûr, chaque État a le droit de contrôler ses frontières. Aucun pays ne peut ignorer les règles d’entrée et de séjour. La lutte contre l’immigration irrégulière, la criminalité ou les réseaux de trafic peut justifier des mesures de contrôle.

 

Mais le problème apparaît lorsque ces politiques deviennent un prétexte pour transformer l’étranger africain en bouc émissaire.

 

Dans plusieurs pays du continent, les migrants africains sont accusés de prendre les emplois, de contrôler certains commerces ou d’être responsables de problèmes économiques et sociaux. Cette logique nourrit parfois des violences et des expulsions.

 

Pourtant, ces migrants ne viennent pas d’un autre continent.

 

Ils viennent de chez nous.

 

Ils sont Congolais, Centrafricains, Camerounais, Nigérians, Zimbabwéens, Malawites, Sénégalais, Ivoiriens, Éthiopiens ou ressortissants d’autres pays africains.

 

Ils parlent souvent des langues proches, partagent des cultures, des histoires et des réalités économiques comparables.

 

Leur frontière est différente. Leur origine nationale est différente. Mais leur continent est le même.

 

Alors pourquoi sommes-nous incapables de construire entre nous ce que nous réclamons aux autres ?

 

L’Europe a progressivement réduit certaines de ses frontières intérieures. Un citoyen européen peut, sous certaines conditions, circuler, étudier, travailler ou s’installer dans un autre pays de l’Union européenne.

 

L’Afrique, elle, compte plus d’un milliard d’habitants et possède un marché continental immense. Elle dispose d’organisations régionales et d’une Union africaine. Elle parle depuis longtemps de libre circulation des personnes.

 

Mais l’Africain continue souvent à découvrir que le continent appartient à des États avant d’appartenir à ses peuples.

 

Nous avons créé des frontières qui nous séparent et nous les défendons parfois avec une rigueur que nous ne supportons pas lorsque les mêmes frontières sont utilisées contre nous ailleurs.

 

Le paradoxe est saisissant.

 

Nous voulons que l’Occident ouvre ses portes aux Africains.

Les tensions autour de la solidarité africaine mettent en lumière la nécessité d’une véritable unité africaine face aux conflits internes sur le continent.

 

Nous voulons que les étudiants africains puissent étudier à l’étranger.

 

Nous voulons que les travailleurs africains puissent accéder aux marchés étrangers.

 

Nous voulons que les Africains puissent voyager librement.

 

Mais sommes-nous réellement prêts à appliquer ces mêmes principes entre nous ?

 

C’est là que se trouve le véritable problème.

 

L’Afrique ne manque pas de discours sur l’unité. Elle manque d’actes qui donnent un contenu concret à cette unité.

 

La solidarité africaine ne devrait pas fonctionner uniquement lorsqu’un pays a besoin du soutien des autres. Elle devrait aussi exister lorsque des citoyens africains cherchent à vivre, travailler, étudier ou entreprendre ailleurs sur le continent.

 

Nous devons aussi cesser de considérer systématiquement l’Africain venant d’un autre pays comme une menace.

 

Un Congolais qui travaille en Afrique du Sud n’est pas moins africain qu’un Sud-Africain. Un Centrafricain qui se rend au Cameroun n’est pas moins africain qu’un Camerounais. Un Nigérian qui fait du commerce au Ghana n’est pas moins africain qu’un Ghanéen.

 

Les États peuvent avoir des règles différentes. Les citoyens, eux, ne devraient pas perdre leur dignité en franchissant une frontière.

 

L’Afrique contre l’Afrique est finalement le symbole d’un continent qui réclame la solidarité du monde tout en ayant encore du mal à pratiquer cette solidarité entre ses propres peuples.

 

Nous avons beaucoup dénoncé la manière dont les autres nous regardent.

 

Il est peut-être temps de regarder aussi la manière dont nous nous regardons nous-mêmes.

 

Car avant de demander au monde de changer son regard sur l’Afrique, nous devons être capables de changer notre propre regard sur les Africains.

 

L’unité africaine ne pourra pas rester un slogan répété lors des sommets et des cérémonies. Elle devra se traduire dans les frontières, dans les politiques migratoires, dans le commerce, dans le travail et surtout dans la manière dont chaque Africain considère son frère venu d’un autre pays.

 

Sinon, nous continuerons à dénoncer le rejet des Africains ailleurs tout en organisant nous-mêmes le rejet des Africains chez nous.

 

Par Gisèle MOLOMA

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