Alors que la MINUSCA investit des millions pour le redéploiement de l’État dans les villes de province, le Haut-Oubangui offre un spectacle de désolation administrative. Le gouverneur Victor Bissekoin confirme que sans véhicules ni budgets, les fonctionnaires restent de simples spectateurs. Ce constat inquiétant confirme l’échec d’une stratégie de façade où la propagande politique tente, tant bien que mal, de masquer une paralysie totale des institutions régionales.
Le gouffre financier d’un redéploiement virtuel
Pourtant, sur le papier, la machine internationale fonctionne. Conformément au mandat fixé par les Nations unies, la MINUSCA consacre des ressources colossales pour restaurer l’autorité de l’État dans les provinces de la République centrafricaine. Des bâtiments administratifs sont rénovés à grands frais, et les fonctionnaires ainsi que les agents publics sont transportés par hélicoptère de l’ONU directement vers leurs zones d’affectation dans le Haut-Oubangui.
Mais une fois les rotors des hélicoptères arrêtés, le mirage s’estompe. Sur place, l’État centrafricain brille par son absence totale de suivi. Les bureaux flambant neufs restent désespérément vides d’outils de travail : pas de budgets de fonctionnement, pas de véhicules pour effectuer les missions de terrain, pas de fournitures de bureau, pas de stylos, et parfois même pas une chaise pour s’asseoir. Les fonctionnaires se retrouvent abandonnés à eux-mêmes, incapables de rendre le moindre service public à une population qui sort à peine d’une crise profonde.
L’école publique sacrifiée au nom du silence budgétaire
Le secteur de l’éducation illustre parfaitement ce naufrage logistique et financier. Pour maintenir un semblant d’activité scolaire dans la région, les autorités dépendent massivement d’enseignants contractuels. Or, le gouverneur Bissekoin a été contraint d’avouer une réalité intenable : ces enseignants accumulent plusieurs mois d’arriérés de salaire. L’État non seulement n’équipe pas ses fonctionnaires, mais il refuse de payer ceux qui acceptent de travailler dans des conditions déjà précaires. Demander des résultats ou une conscience professionnelle à des pères et mères de famille privés de leurs droits légitimes relève d’une pure déconnexion.
Entre aveu de faillite et culte de la propagande
Le paradoxe le plus spectaculaire de cette gouvernance réside dans le double discours permanent du gouverneur. D’un côté, son interview est un aveu implicite que l’administration publique est totalement paralysée dans le Haut-Oubangui. De l’autre, Victor Bissekoin retombe systématiquement dans les travers de la propagande politique en multipliant les éloges à la gloire du régime.
Au lieu d’interpeller fermement le gouvernement central à Bangui pour obtenir des tables, des stylos et des salaires pour ses troupes, l’autorité régionale choisit de s’enfermer dans une posture de soumission politique. Pire encore, il ose affirmer que la réélection de Faustin-Archange Touadéra constitue la réponse principale aux attentes des populations. Pendant que le Haut-Oubangui manque de tout et que l’insécurité persiste, le sommet de l’État se contente d’une satisfaction virtuelle, laissant les millions de la communauté internationale s’évaporer dans un redéploiement sans lendemain.
Par Éric Azoumi
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