Extradition d’Abdou Karim Meckassoua : que reste-t-il de la déclaration de Fidèle Gouandjika à Emmanuel Macron ?

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En février 2024, Fidèle Gouandjika, ministre-conseiller à la présidence centrafricaine, s’adressait directement à Emmanuel Macron pour réclamer l’extradition d’Abdou Karim Meckassoua. Plus de deux ans après, cette déclaration appelle une question simple : quelle suite concrète a-t-elle produite ?

 

Une demande formulée directement à Emmanuel Macron

 

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Fidèle Gouandjika avait choisi de s’adresser personnellement au président français. Son intervention visait Abdou Karim Meckassoua, ancien président de l’Assemblée nationale centrafricaine, installé en France.

 

Extradition d’Abdou Karim Meckassoua : que reste-t-il de la déclaration de Fidèle Gouandjika à Emmanuel Macron ?

 

« Monsieur Macron, tu es le président de la France. C’est à toi que je m’adresse », déclarait-il au début de son intervention.

 

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Le ministre-conseiller poursuivait en mettant directement en cause le président français : « Tu dis que tu es le président d’un pays de liberté, un pays qui respecte les droits humains. Et tu abrites chez toi un criminel de guerre. »

 

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L’accusation était particulièrement lourde. Gouandjika ajoutait : « Quelqu’un qui a exterminé le peuple centrafricain. » Il désignait ainsi Meckassoua comme un responsable de crimes extrêmement graves et demandait implicitement aux autorités françaises de permettre son retour en Centrafrique.

 

Les « accords judiciaires » invoqués par Gouandjika

 

Pour justifier sa demande, Fidèle Gouandjika invoquait l’existence d’une coopération entre Bangui et Paris.

 

« Nous avons un accord des choses judiciaires avec la France. Nous avons encore des accords de défense », affirmait-il.

 

Cette formulation mérite d’être examinée. L’existence d’une coopération judiciaire entre deux États ne signifie pas qu’un responsable politique peut demander publiquement à un chef d’État étranger de remettre une personne à la justice centrafricaine et que cette demande devient automatiquement exécutoire.

 

Une procédure d’extradition relève d’un cadre juridique précis. Elle nécessite une démarche officielle et l’examen du dossier par les autorités compétentes. La décision ne dépend donc pas simplement de la volonté personnelle du président français.

 

La question posée aujourd’hui est donc très concrète : une demande officielle d’extradition d’Abdou Karim Meckassoua a-t-elle réellement été transmise aux autorités françaises après cette déclaration ?

 

Une condition présentée comme liée au retour de la France

 

Fidèle Gouandjika ne s’était pas arrêté à la question judiciaire. Il avait également établi un lien direct entre cette extradition et les relations politiques entre Paris et Bangui.

 

Il déclarait : « Il y a six mois, le président Touadéra était chez toi là-bas à l’Élysée. Vous vous êtes entendus sur des points de convergence pour le retour de la France en Centrafrique. »

 

Puis il affirmait : « Ce retour de la France en Centrafrique sera conditionné par l’extradition de ces criminels de guerre qui s’appellent les casseurs ici à Bangui. »

 

Cette déclaration présente donc l’extradition comme une condition posée dans le cadre du rapprochement entre la France et la Centrafrique.

 

Mais deux ans et demi après, il faut revenir aux faits : où est cette condition ? Quel document officiel l’a consacrée ? Quelle demande a été adressée à Paris ? Quelle réponse les autorités françaises ont-elles apportée ?

 

La déclaration de Gouandjika était suffisamment précise pour laisser penser qu’une démarche devait suivre. Or, publiquement, cette suite demeure difficile à identifier.

 

Une question de cohérence politique

 

L’affaire ne se limite pas à la relation entre Bangui et Paris. Elle renvoie également à l’évolution des relations entre Faustin-Archange Touadéra et Abdou Karim Meckassoua.

 

Meckassoua avait occupé une place importante dans les institutions centrafricaines après l’élection de Touadéra à la présidence de la République. Il avait notamment été élu président de l’Assemblée nationale en 2016.

 

Cette période est importante pour comprendre la contradiction qui apparaît aujourd’hui dans le discours du pouvoir.

 

Comment une personnalité qui avait bénéficié du soutien politique nécessaire pour accéder à la présidence de l’Assemblée nationale a-t-elle pu devenir, quelques années plus tard, une personne présentée publiquement par un proche du chef de l’État comme un homme ayant « exterminé le peuple centrafricain » ?

 

Cette question ne vise pas à effacer les accusations formulées contre Meckassoua. Elle concerne la cohérence du discours politique. Si les autorités estimaient déjà qu’il représentait une menace criminelle majeure, pourquoi avoir travaillé avec lui et contribué à son accession à l’une des plus importantes fonctions institutionnelles du pays ?

 

Une coopération judiciaire ne peut pas devenir une simple affaire politique

 

La déclaration de Gouandjika pose également un problème de méthode.

 

Lorsqu’il affirme à Emmanuel Macron : « Tu abrites chez toi un criminel de guerre », il place le président français devant une demande qui relève à la fois de la politique et de la justice.

 

Or, si Bangui souhaite réellement obtenir le retour d’un ressortissant centrafricain poursuivi par sa justice, le dossier doit passer par les mécanismes judiciaires et diplomatiques prévus à cet effet.

 

La coopération judiciaire ne peut pas simplement signifier : la Centrafrique demande, la France exécute.

 

Une telle conception poserait immédiatement la question des garanties accordées à la personne recherchée, de l’indépendance des juridictions, de la nature des poursuites et des conditions dans lesquelles une éventuelle extradition serait exécutée.

 

C’est précisément pour cette raison que la déclaration de Gouandjika aurait dû être suivie d’éléments concrets : une demande officielle, un dossier judiciaire, une réponse de la France et, éventuellement, une procédure engagée devant les autorités compétentes.

 

Plus de deux ans après, où est la suite ?

 

Le temps écoulé donne aujourd’hui une portée particulière à cette déclaration.

 

En février 2024, Fidèle Gouandjika concluait son intervention par ces mots : « Trop c’est trop. Voilà. Voilà. »

 

Cette formule pouvait donner l’impression qu’une action officielle allait immédiatement suivre.

 

Or, plus de deux ans après, aucune suite publique clairement identifiable ne permet de constater que l’extradition d’Abdou Karim Meckassoua ait été obtenue ou qu’elle ait constitué une condition effective du retour de la France en Centrafrique.

 

La question devient alors incontournable : Fidèle Gouandjika parlait-il au nom d’une décision officielle de l’État centrafricain ou exprimait-il une position personnelle et politique ?

 

Si cette demande constituait une décision officielle, pourquoi les autorités centrafricaines n’ont-elles pas communiqué davantage sur les démarches entreprises depuis ? Si une procédure existe, où en est-elle ? Si Paris a refusé, quelle en a été la raison ? Et si aucune demande formelle n’a été déposée, pourquoi avoir présenté publiquement l’extradition comme une condition du rapprochement entre les deux pays ?

 

Une déclaration qui mérite d’être confrontée aux faits

 

La déclaration de Fidèle Gouandjika reste donc intéressante moins par son ton que par les questions qu’elle laisse sans réponse.

 

Il avait affirmé : « Nous avons un accord des choses judiciaires avec la France. » Il avait ensuite déclaré : « Ce retour de la France en Centrafrique sera conditionné par l’extradition de ces criminels de guerre qui s’appellent les casseurs ici à Bangui. »

 

Ces deux affirmations peuvent aujourd’hui être confrontées à une réalité simple : quelles démarches judiciaires et diplomatiques ont réellement suivi ?

 

Une accusation prononcée publiquement contre Abdou Karim Meckassoua ne constitue pas, à elle seule, une procédure d’extradition. Une déclaration adressée à Emmanuel Macron ne remplace pas une demande officielle. Et l’évocation d’une coopération judiciaire ne permet pas de déterminer, à elle seule, si les conditions juridiques d’une remise à la justice centrafricaine sont réunies.

 

Plus de deux ans après cette sortie publique, le dossier reste donc posé devant les autorités centrafricaines : si la demande d’extradition était sérieuse et officiellement engagée, il appartient désormais à ceux qui l’avaient annoncée d’en montrer les actes, les démarches et les résultats.

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com