Déficits budgétaires explosifs et endettement bancaire : les signaux d’alarme en Centrafrique

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Les finances d’un État ressemblent à celles d’un foyer : quand les dépenses dépassent longtemps les entrées d’argent, les dettes finissent par tout étouffer. On parle alors du Déficits budgétaires.

 

C’est exactement ce qui se joue aujourd’hui en République centrafricaine, où les caisses publiques accusent un déséquilibre qui s’aggrave d’une année à l’autre. En 2024, le déficit budgétaire global a atteint 5,2 % du PIB, contre 3,4 % en 2023, une dégradation qui tient à une réalité têtue : les dépenses de l’État gonflent plus vite que ses recettes.

Déficits budgétaires explosifs et endettement bancaire : les signaux d’alarme en Centrafrique

 

Ce creusement du déficit ne tombe pas du ciel. Les salaires des fonctionnaires, les équipements militaires, les frais diplomatiques et les transferts divers pèsent lourd sur le budget, pendant que les aides extérieures s’amenuisent progressivement. Le pays se retrouve donc à chercher de l’argent là où il en reste : les banques de la région.

 

C’est ainsi que Bangui a levé 166,5 milliards FCFA sur le marché financier régional de la CEMAC en 2025, en émettant des bons et obligations du Trésor. Cette stratégie a permis de colmater les brèches à court terme, mais elle a produit un effet pervers difficile à ignorer. La dette intérieure représente désormais 65 % de l’endettement public total, un niveau qui dit beaucoup sur la dépendance du pays à ce type de financement.

 

Or, quand l’État absorbe autant de liquidités bancaires, il en reste très peu pour le reste de l’économie. Les commerçants, artisans et petites entreprises se retrouvent à emprunter à des taux élevés, ce qui freine tout projet d’investissement ou de développement. C’est ce que les économistes appellent l’effet d’éviction, et ses conséquences se font sentir jusque dans les marchés de quartier.

 

À l’échelle de la zone CEMAC, le phénomène dépasse le seul cas centrafricain. Les six pays membres ont mobilisé plus de 9 400 milliards FCFA en titres publics en 2025, soit une hausse de 26 % en un an, portant l’encours total à près de 9 500 milliards FCFA. Cette tendance régionale montre que plusieurs États partagent le même réflexe : emprunter pour survivre, sans régler le fond du problème.

 

La BEAC a pourtant tenu à rassurer en janvier 2026, en démentant formellement tout projet de dévaluation du franc CFA. Les réserves couvraient alors près de cinq mois d’importations, un niveau jugé suffisant pour tenir l’arrimage à l’euro. Mais les spécialistes qui scrutent ces chiffres de près rappellent qu’une monnaie ne résiste pas indéfiniment à des déséquilibres qui s’accumulent sans être corrigés.

 

Sur le terrain centrafricain, les effets de cette fragilité budgétaire sont déjà palpables dans le quotidien des ménages. Le litre d’essence dépasse 1 100 FCFA, les produits de base coûtent de plus en plus cher, et les salaires des agents de l’État sont parfois versés en retard. Le FMI, de son côté, maintient le pays dans la catégorie à risque élevé de surendettement, ce qui réduit peu à peu les marges de manœuvre pour trouver des financements extérieurs à des conditions raisonnables.

 

Face à ce tableau, des voix comme celle du député Martin Ziguilet pointent depuis un moment les mêmes chantiers urgents : rapatrier les recettes minières dans les circuits officiels, renforcer le compte unique du Trésor, et mettre fin aux fuites que la corruption entretient en silence. Ces pistes sont connues et documentées depuis des années, mais leur application concrète reste désespérément lente.

 

Le budget 2026, adopté en décembre 2025, prévoit 368 milliards FCFA de recettes pour 396 milliards de dépenses, laissant un écart de 28 milliards à combler d’une façon ou d’une autre. Ce gap, dans la logique observée ces dernières années,​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Par Alain Nzilo

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