Quand le ministre de la justice Arnaud Djoubaye Abazène lance une bataille perdue d’avance contre les centrafricains sur les réseaux sociaux

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Quand le ministre de la justice Arnaud Djoubaye Abazène lance une bataille perdue d’avance contre les centrafricains sur les réseaux sociaux

 

 

 

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Par : la rédaction de ,  

À l’issue de l’assemblée générale des magistrats centrafricains qui s’est tenue à Bangui, le ministre d’État chargé de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène, a annoncé un durcissement majeur de la politique pénale du pays. Sous couvert de traquer la « désinformation » et l‘« apologie des crimes » sur les plateformes numériques, le régime de Faustin-Archange Touadéra déploie tout un armada institutionnel pour criminaliser la liberté d’expression. Une offensive liberticide qui s’apparente pourtant à une bataille perdue d’avance.

 

Ces assises judiciaires se sont soldées par la publication de circulaires censées intensifier la lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics. Toutefois, l’accent mis par le Garde des Sceaux sur la répression des utilisateurs des réseaux sociaux confirme la mise en place d’un système de surveillance généralisé, visant explicitement toute voix discordante qui oserait affaiblir la version officielle du pouvoir.

 

L’engrenage répressif de la 7e République

La sortie d’Arnaud Djoubaye Abazène marque une nouvelle étape dans l’extinction progressive des libertés individuelles en République Centrafricaine. Comme le prédisait l’ancien Premier ministre et opposant Martin Ziguélé, les libertés fondamentales disparaissent une par une sous ce régime.

 

L’acharnement contre l’espace numérique a d’abord été mené par Touadéra en personne, avant d’être relayé par la Direction générale de la police, pour échouer aujourd’hui entre les mains d’une justice totalement inféodée.

 

« Dans la 7e République, on ne peut plus admettre les comportements allant dans le sens de saper la morale des forces de défense et de sécurité. La Justice va être très ferme », a martelé Arnaud Djoubaye Abazène au micro de Radio Centrafrique.

 

 

En utilisant l’expression « 7e République », le pouvoir nomme à sa façon ce qui s’avère être une dictature constitutionnelle achevée, imposée pour offrir un troisième mandat illimité au chef de l’État. L’arsenal judiciaire brandi par le ministre vise à sanctuariser les dérives du régime et des mercenaires russes de Wagner, interdisant de fait tout droit de regard ou de critique sur les opérations sécuritaires du pays.

 

Un pouvoir hors de portée de la contestation réelle

Malgré les muscles bandés à la chancelierie, les menaces du ministre de la Justice relèvent de l’impuissance technique et stratégique. Si le climat de terreur permet d’intimider et d’arrêter arbitrairement les rares internautes et opposants présents sur le territoire national, la déferlante de critiques et d’informations réelles qui fragilise le régime provient majoritairement de la diaspora centrafricaine à l’étranger.

 

Hors de portée des bras cassés de l’appareil sécuritaire de Bangui, cette opposition numérique continue de documenter les dérives du pouvoir sans que le gouvernement n’ait les moyens technologiques ou juridiques d’interférer. Cette tentative de bloquer la circulation de l’information sur les réseaux sociaux est une ligne de front intenable pour un régime aux abois.

 

La parodie de la lutte anticorruption : le vol réservé aux élites

L’hypocrisie du discours ministériel atteint son paroxysme avec l’annonce de mesures contre le détournement des deniers publics. Le concept même de corruption est devenu une formule de pure provocation pour saturer l’opinion publique alors que le pillage colossal des ressources nationales se déroule au cœur même du gouvernement.

 

Les magistrats et les forces de l’ordre, sous la dictée du pouvoir, orientent exclusivement leurs enquêtes vers la petite délinquance routière ou les petits commerçants pour simuler une activité judiciaire. Pendant ce temps, les ministres, les hauts dignitaires et les proches du clan présidentiel impliqués dans des détournements massifs de fonds publics et de ressources minières ne sont jamais convoqués ni inquiétés, confirmant que les lois de la 7e République ne s’appliquent qu’à ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.

 

Par Éric Azoumi

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