Humiliation à Am-Dafock : Quand les « Russes noirs » d’Hassan Bouba dictent leur loi aux soldats de l’armée nationale

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Humiliation à Am-Dafock : Quand les « Russes noirs » d’Hassan Bouba dictent leur loi aux soldats de l’armée nationale

 

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Par : la rédaction de ,  

Derrière la façade triomphale de la reprise de la ville frontalière d’Amdafock par la coalition composite du pouvoir, la réalité du terrain cache un profond malaise. Entre les rares éléments des Forces armées centrafricaines (FACA) intégrés à la mission et les mercenaires russes de Wagner, épaulés par leurs supplétifs les ex-rebelles des 3R, de l’UPC et du MPC, désormais surnommés les « Russes noirs », la cohabitation a basculé dans l’humiliation et la rupture de commandement.

 

Dans un enregistrement audio accablant qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, un sergent-chef des FACA brise son silence. Sous le choc, le sous-officier décrit une situation de domination psychologique et militaire insoutenable, illustrant la perte totale de souveraineté de l’armée régulière face aux milices parrainées par le régime de Bangui.

 

Le choc des langues et l’humiliation des FACA

Selon le témoignage du sous-officier, la communication sur la ligne de front est un premier vecteur d’exclusion. Ces ex-rebelles, intégrés à la hâte comme forces d’appui sous la bannière de Wagner, ne parlent ni le sango, la langue nationale, ni le français. Les échanges tactiques sont quasi impossibles.

Plus grave encore, le sergent-chef dénonce des exigences d’un autre âge, imposées par ces vagues de « Russes noirs » :

« Pour adresser la parole ou demander quoi que ce soit à ces rebelles, les éléments des FACA sont contraints de venir s’agenouir devant eux, à une distance d’environ cinq mètres. »

Ce témoignage n’est pas rare. Plusieurs soldats FACA, contactés séparément par notre rédaction, ont confirmé la teneur de ces propos et nous ont eux-mêmes interpellés pour que cette situation soit rendue publique.

 

Un rituel d’allégeance humiliant qu’un soldat centrafricain a récemment refusé d’exécuter.

Selon l’audio, l’incident a failli dégénérer en un affrontement armé fratricide et sanglant au sein même de la coalition.

Une armée dépossédée et sous-équipée

 

Au-delà de l’atteinte à la dignité des troupes, le déséquilibre des forces sur le plan logistique témoigne du traitement de faveur accordé aux miliciens. Le sergent-chef affirme que ce sont les « Russes noirs » qui détiennent le monopole des armes lourdes notamment les redoutables mitrailleuses PKM. En contrepartie, les soldats réguliers des FACA sont relégués au second plan, équipés uniquement de fusils d’assaut Kalachnikov dotés de seulement deux chargeurs. Une dotation dérisoire pour une zone de haute intensité opérationnelle.

Sur le plan de la chaîne de commandement, l’anarchie est totale. Les supplétifs rebelles n’obéissent à aucune autorité militaire régulière. Ils reçoivent, selon le sous-officier, leurs ordres directement de leur leader en chef : le Tchadien Hassan Bouba, l’actuel ministre centrafricain de l’Urbanisme et figure clé de l’appareil sécuritaire informel du pouvoir.

 

Désertions en série et crise d’identité pour les FACA

Cette inféodation des forces régulières à des groupes armés d’hier provoque un séisme moral au sein des troupes. Devant le refus d’être envoyés au front sous les ordres de Wagner et de ses supplétifs, de nombreux soldats FACA choisissent de déserter ou de refuser les ordres de déploiement. Une vague de défections que les « Russes noirs » utilisent ouvertement pour dénigrer et insulter les militaires centrafricains restés sur place.

​Le sergent-chef à l’origine de l’audio envisage sérieusement d’abandonner l’uniforme. Sa conviction est faite : l’armée centrafricaine a perdu son caractère national pour devenir un instrument au service d’intérêts privés étrangers et de chefs de guerre bénéficiant d’une impunité totale. L’humiliation d’Amdafock n’est pas un incident isolé, mais la démonstration éclatante de la liquidation de l’appareil sécuritaire républicain.

 

Un appel au sursaut de l’État-Major face à la trahison

​Le sergent-chef, visiblement désemparé, ne se contente pas de dénoncer l’arbitraire. Il lance un appel désespéré à l’État-Major des FACA, l’exhortant à « prendre ses responsabilités » pour rétablir l’honneur bafoué de l’armée nationale. « Je pense me battre pour mon pays, mais en réalité non », confie-t-il, un aveu qui résonne comme le crépuscule d’une institution républicaine vidée de sa substance.

​Il dénonce l’instrumentalisation des soldats FACA, utilisés comme « chair à canon » tandis que les positions de force et l’armement stratégique sont confiés à des miliciens sous contrat.

À Amdafock, la victoire militaire apparente cache ainsi une défaite politique et morale majeure pour l’État centrafricain, dont les propres soldats sont devenus les otages de ceux qu’ils combattaient hier.

 

Par Ibrahim Moussa

 

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