La Centrafrique vers l’asphyxie totale : Le départ de Royal Air Maroc trahit le blocus politique de Bangui
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le retrait de la compagnie Royal Air Maroc accentue l’isolement politique de Bangui et coupe le pays des grandes liaisons continentales, confirmant la fuite généralisée des partenaires internationaux face au durcissement actuel du régime.
Voyager ou échanger avec le reste du continent devient un luxe inaccessible pour la population centrafricaine, victime directe de cette désertion généralisée. Les compagnies aériennes quittent la piste les unes après les autres, laissant derrière elles un aéroport fantôme et des infrastructures sous-utilisées. Ce retrait progressif des acteurs du ciel relève bien d’un recul structurel. En perdant ces lignes, le pays perd son indépendance logistique et se retrouve à la merci de circuits de rechange complexes. Le déclin de l’activité aéroportuaire montre l’affaiblissement global de la position centrafricaine dans la région.
Derrière les formules polies et le langage stratégique de la diplomatie d’entreprise, la réalité s’impose d’elle-même : le ciel centrafricain se vide complètement. Après le départ de Kenya Airways il y a plus d’un an, puis le retrait d’Air France en janvier dernier, c’est au tour de Royal Air Maroc d’annoncer la suspension temporaire de ses vols vers Bangui. Officiellement, la compagnie marocaine met en avant la hausse du prix du kérosène au Moyen-Orient et un manque de rentabilité de la ligne. Pourtant, la solidité de ce calcul économique officiel ne tient pas debout.
Le Maroc s’impose comme l’un des plus fins diplomates du continent africain, toujours soucieux de préserver ses relations stratégiques avec chaque État. Rompre ouvertement les ponts avec la RCA constituerait une erreur politique majeure. C’est pourquoi la direction habille ce départ avec des arguments financiers acceptables. Les vols de cette compagnie vers Bangui effectuent une escale régulière au Cameroun, un axe qui ne désemplit jamais et affiche une rentabilité constante. Une petite heure de vol supplémentaire entre Douala ou Yaoundé et Bangui ne possède pas un poids financier suffisant pour rendre l’ensemble de la liaison impossible à exploiter. Il y a un problème sous-jacent évident que les autorités et les transporteurs refusent de nommer.
Ce nouvel abandon enfonce la République Centrafricaine dans une asphyxie générale. Pour les passagers, voyager devient un parcours du combattant financier. L’absence de lignes directes oblige à multiplier les escales et les transits interminables, ce qui fait explose le prix des billets. Les conséquences de cette situation dépassent largement le simple confort des voyageurs. Le vrai danger réside dans l’approvisionnement des produits de première nécessité, en particulier les médicaments vitaux. Ces produits dépendent entièrement du fret aérien direct pour garantir leur efficacité. Si les traitements médicaux subissent désormais des réseaux de transit complexes, longs et incertains, leur conservation et leur arrivée à temps deviennent impossibles. C’est la vie de la population centrafricaine qui se retrouve directement mise en péril.
Ce dépouillement progressif de l’aéroport de Bangui coïncide avec l’évolution politique de la RCA. Le pouvoir en place se durcit de jour en jour, focalisé sur le troisième mandat du président Touadéra et son couronnement politique, tout en s’appuyant sur la présence des mercenaires russes. Cette dérive autoritaire fait fuir les partenaires internationaux les uns après les autres. La RCA se retrouve sacrifiée en premier lors des crises mondiales, alors que d’autres capitales régionales maintiennent leurs liaisons. Les citoyens subissent le coût réel de cet isolement forcé dans leur quotidien, pendant que le système de santé se détériore et que les liaisons vitales se ferment les unes après les autres. Le pays s’enfonce dans un blocus invisible qui ne dit pas son nom, et après l’arrêt des moteurs de Royal Air Maroc, le tarmac de Bangui attend la suite dans un silence lourd.
Par Alain Nzilo
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