Martin Ziguelé : « Il faut décoloniser la RCA de la double emprise de Touadéra et des mercenaires de Wagner »

0
129

Martin Ziguelé : « Il faut décoloniser la RCA de la double emprise de Touadéra et des mercenaires de Wagner »

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Face à la dérive monarchique du régime de Bangui, l’histoire de la République centrafricaine bégaie de manière dramatique. Cinquante ans après que le peuple centrafricain a combattu et renversé les ambitions impériales de Jean-Bedel Bokassa, Faustin-Archange Touadéra tente aujourd’hui de reconstruire un empire personnel sur les ruines des institutions du pays.

Face à ce péril de salut public, le président du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain, Martin Ziguelé, reprend le flambeau de la résistance de son parti et appelle à une union sacrée des forces vives de la nation.

Mais avant même la question sécuritaire et son appel à l’union sacrée, l’opposant dresse un constat politique particulièrement sévère sur la nature actuelle du pouvoir à Bangui.

 

La dérive impériale : Le retour du « pouvoir personnel »

Pour Martin Ziguelé, le constat politique est sans appel : Faustin-Archange Touadéra a franchi le rubicon de l’illégitimité en devenant le premier chef d’État de l’histoire moderne du pays à modifier la Constitution par la force afin de s’éterniser au pouvoir, violant ainsi le serment qu’il avait prêté solennellement à deux reprises.

Depuis le coup de force électoral de 2020, le régime s’est enfermé dans une logique autocratique, clientéliste et courtisane. L’opposant livre un réquisitoire d’une rare violence contre cette dérive :

« Aujourd’hui, nous faisons face à un pouvoir personnalisé. Le président désigne le bureau de l’Assemblée, il nomme qui il veut, fait ce qu’il veut, quand il veut. Il fait tout pour la préservation de son pouvoir et de son empire sur le pays, mais il ne fait absolument rien pour le bien-être des Centrafricains. »

Mais derrière cette concentration du pouvoir se cache surtout une autre réalité bien plus inquiétante : la sous-traitance progressive de la souveraineté nationale à des mercenaires étrangers.

Une sécurité de façade payée par le pillage d’État

Le régime de Bangui justifie sa dérive autoritaire par une prétendue stabilisation sécuritaire obtenue grâce à ses alliés russes. Une rhétorique officielle que Martin Ziguelé démonte point par point.

Selon lui, si la violence des groupes rebelles a changé de forme, c’est parce que le pays a été livré à une autre forme de criminalité, plus opaque et plus structurée : celle d’une force mercenaire décomplexée qui dicte désormais sa loi à l’appareil militaire et sécuritaire centrafricain.

« L’emprise des Wagner n’est pas voilée, elle est décomplexée (…) sur le pouvoir politique, sur le pouvoir militaire, sur les médias. Leur influence sur les décisions constitutionnelles, politiques, militaires et sécuritaires est manifeste. »

L’opposant rappelle qu’aucune nation souveraine au monde ne peut sous-traiter éternellement sa sécurité à des forces privées étrangères. La protection de la République centrafricaine doit revenir constitutionnellement aux Forces armées centrafricaines (FACA).

D’autant que le prix de ce « pacte de Faust », cet accord où l’on obtient un avantage immédiat au prix d’une perte dramatique plus tard, devient exorbitant : l’omerta imposée sur le pillage à ciel ouvert des richesses nationales par ces mêmes mercenaires, qui se rémunèrent directement sur le dos du peuple centrafricain.

Et sur ce point précis, les déclarations politiques de Martin Ziguelé trouvent désormais un écho documenté dans les enquêtes internationales.

 

Radiographie d’un pillage : Quand les ressources ne servent plus au développement

Les accusations portées par Martin Ziguelé trouvent une résonance particulièrement forte dans le rapport explosif de l’ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), publié le 10 juin 2026 sous le titre « Malicious Markets », dont la rédaction a pu consulter un exemplaire et a établi la radiographie dans plusieurs de ses articles.

Ce document technique décrit la République centrafricaine comme le sanctuaire d’un « écosystème criminel tentaculaire » structuré autour des réseaux liés à Wagner.

Là où l’or, le diamant et le bois devraient financer des routes, des écoles et des hôpitaux, ces ressources sont captées directement à la source par des réseaux parallèles qui échappent totalement à l’État centrafricain.

Les preuves décrites dans le rapport sont accablantes : la militarisation par Wagner du site minier industriel de Ndassima, où l’or est extrait hors de tout contrôle légal avant d’être évacué à bord d’avions cargos militaires russes échappant aux circuits douaniers centrafricains ; le monopole criminel de l’importation du carburant, qui génère pour ces mercenaires plus de 30 millions de dollars de profits illicites chaque année ; ou encore le trafic transnational de bois, de minerais et de Tramadol, surnommé « béret vert ».

Et pendant que les richesses du pays disparaissent dans des circuits opaques, les Centrafricains s’enfoncent davantage dans la pauvreté, voir la misère. Martin Ziguelé rappelle d’ailleurs les chiffres alarmants de la Banque mondiale : en 2016, 52 % de la population vivaient sous le seuil de pauvreté ; dix ans plus tard, ce chiffre atteint désormais 67 %. Pour Martin Ziguelé, le régime actuel est devenu une véritable machine à fabriquer des pauvres.

Face à cette situation, le président du MLPC estime que l’heure n’est plus aux calculs politiciens ni aux divisions internes. Il fait ?

 

L’appel à l’union nationale

Face à l’effondrement des services publics, à l’inflation galopante et à la transformation progressive de la République centrafricaine en hub criminel transnational où cohabitent des réseaux prédateurs russes, rwandais, chinois et émiratis, Martin Ziguelé appelle à une mobilisation générale.

Selon lui, le calendrier politique actuel offre une occasion historique d’ouvrir enfin les yeux sur les véritables enjeux nationaux.

L’opposition, affirme-t-il, ne cherche pas des postes ministériels ni des arrangements de façade ; elle cherche à sauver l’existence même de l’État centrafricain.

Le président du MLPC appelle ainsi les partis politiques, les syndicats, les leaders religieux, la société civile et la jeunesse à construire un front commun afin de stopper la dérive monarchique du régime.

Il résume ce combat historique en des termes particulièrement lourds de sens :

« Nous appelons à une mobilisation de l’opposition, des forces vives de la nation, des syndicats, de la jeunesse pour obtenir ce dialogue politique afin de décoloniser notre pays d’une double emprise : l’emprise du pouvoir personnel de Touadéra, et l’emprise des mercenaires du groupe Wagner. C’est une question de salut public. »

Et pour la rédaction de CNC, l’instauration progressive d’un véritable empire Touadéra ne fait désormais plus aucun doute. Pour preuve, lors du tout premier Conseil des ministres organisé avec son gouvernement reconduit presque intégralement, le chef de l’État a publiquement mis la clé « kara godébé » aux lèvres de chacun de ses ministres. Le message était limpide : désormais, s’ils veulent parler, ils doivent utiliser un seul et unique canal autorisé, à savoir la voix de son beau-fils, le « marabout de Carnot », Evariste Ngamana, devenu le porte-parole officiel du gouvernement.

Le peuple centrafricain avait jadis brisé les chaînes de l’Empire de Bokassa. Il lui appartient aujourd’hui de refuser l’asservissement politique que tente de lui imposer le régime de Faustin-Archange Touadéra.

 

Par Gisèle MOLOMA

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org