Sous Touadéra, la presse dénonce un manque de considération envers les journalistes

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Sous Touadéra, la presse dénonce un manque de considération envers les journalistes

Sous Touadéra, la presse dénonce un manque de considération envers les journalistes
Évariste Ngamana, marabout de Carnot, ministre d’État chargé de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement.

 

 

Rédigé le 30 juin 2026 .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Les journalistes chargés de couvrir les activités du président Touadéra sont largement unanimes pour dénoncer l’absence totale de prise en charge et de considération du palais présidentiel.

 

Dans les rédactions de la capitale, l’unanimité est totale pour désigner le pouvoir actuel comme le plus rigide de l’histoire du pays vis-à-vis des acteurs de l’information. Depuis dix ans, le palais présidentiel a coupé toutes les lignes de soutien destinées aux professionnels des médias. Les journalistes qui se déplacent pour couvrir les allocutions ou les réceptions officielles repartent toujours les poches vides, sans que le protocole ne daigne couvrir leurs frais de route. Cette absence de geste de la part du chef de l’État crée une situation inédite, installant une barrière permanente entre la présidence et ceux qui ont pour mission de rapporter l’actualité publique.

 

Ce constat de privation totale est partagé par l’ensemble des professionnels des médias de Bangui, sans aucune exception, qu’ils travaillent pour la presse écrite, les stations de radio, la télévision ou les plateformes numériques.

 

En effet, depuis l’arrivée de Faustin-Archange Touadéra à la magistrature suprême au cours de l’année 2016, la rupture est entière. Aucun reporter n’a obtenu la moindre enveloppe financière, qu’il s’agisse de frais de route, d’appui logistique ou des services de monnaie d’usage. Qu’il s’agisse de grandes réceptions, de la signature de décrets, de points de presse ou de rencontres directes avec le chef de l’État, la direction de la communication et le protocole présidentiel opposent une fin de non-recevoir constante aux demandes matérielles des équipes de reportage.

 

Cette politique de fermeture engendre des difficultés matérielles lourdes pour les professionnels sur le terrain. Pour rallier le palais présidentiel ou suivre les déplacements officiels de l’exécutif, les journalistes doivent financer le trajet par leurs propres moyens, en utilisant leurs maigres ressources pour s’acquitter des frais de taxi ou de moto-taxi. Une fois les allocutions terminées, le retour vers les rédactions devient un problème logistique quotidien. Pour ne pas rester bloqués, les reporters doivent concevoir des manœuvres complexes et exécuter de véritables acrobaties financières.

 

La méthode la plus courante consiste à attendre la fin de la cérémonie pour aborder directement les ministres ou les hauts dignitaires invités. En tendant le micro à un membre du gouvernement pour solliciter un avis ou un commentaire sur l’événement, les journalistes espèrent capter son attention. Avant de monter dans son véhicule, il arrive que le ministre interpellé sorte de sa poche une somme de dix mille, quinze mille ou vingt mille francs CFA qu’il remet directement aux reporters en disant de prendre cela pour le transport. C’est uniquement par cette quête informelle de dernière minute que les professionnels de l’information réussissent à payer leur trajet de retour, comblant ainsi le vide total laissé par les services officiels de la présidence.

 

Ce traitement actuel constitue une rupture historique par rapport aux habitudes des anciens Présidents centrafricains, un fait largement étayé par les professionnels les plus expérimentés de la corporation.

 

Lors d’une réunion de concertation entre professionnels des médias, un journaliste vétéran a pris la parole pour exposer des réalités précises. Ce doyen de la presse a exercé ses fonctions sous de nombreux chefs d’État, fournissant ses services sous André Kolingba, Ange-Félix Patassé et François Bozizé. Selon son témoignage, l’administration de Faustin-Archange Touadéra est l’unique pouvoir de toute l’histoire du pays à appliquer une telle politique de privation vis-à-vis des professionnels de l’information.

 

Pour illustrer ce changement radical, ce grand reporter a rappelé les pratiques de Michel Djotodia après son arrivée au pouvoir en mars 2013. Le pays traversait alors une période de forte paralysie administrative et les fonctionnaires ne pouvaient pas se rendre normalement à leurs bureaux. Malgré l’insécurité générale, un groupe de quatre journalistes avait pris l’initiative d’aller interviewer le président au palais pour connaître ses intentions afin de soulager les souffrances de la population. À la fin de l’entretien, le chef de l’État leur avait remis une enveloppe de transport contenant la somme d’un million de francs CFA, ce qui représentait deux cent cinquante mille francs CFA par personne après partage.

 

Peu de temps après, l’un de ces quatre journalistes avait choisi de retourner au palais pour solliciter un entretien exclusif approfondi. Après avoir formellement exposé sa demande au service du protocole, il avait obtenu l’accord du président. Une fois cette seconde interview achevée, alors que le reporter rangeait ses appareils d’enregistrement dans son sac, le Président Michel Djotodia lui a remis une somme de trois millions de francs CFA en espèces pour ses frais de déplacement. Saisi d’une immense surprise devant ce volume d’argent liquide, le journaliste avait dû prendre des précautions immédiates et appeler d’urgence son épouse pour qu’elle vienne l’escorter afin de ramener cette somme en sécurité à leur domicile. Ces gratifications permettaient aux professionnels de stabiliser la situation financière de leur foyer pendant de nombreuses semaines, voire un mois complet.

 

Aujourd’hui, les professionnels de l’information mesurent la distance qui sépare cette gestion de la réalité actuelle. La rigueur imposée aux journalistes intervient pourtant à une époque où l’État capte des ressources financières bien plus importantes que par le passé, avec des budgets publics qui se chiffrent en milliards de francs CFA. C’est sous ce mandat que les richesses minières du territoire national font l’objet d’une exploitation intensive. Les journalistes observent chaque jour la construction de grands immeubles privés appartenant au chef de l’État lui-même ainsi qu’à plusieurs de ses ministres et conseillers. Pendant que la richesse se traduit par des chantiers immobiliers d’envergure pour les dirigeants, les hommes et les femmes de la presse continuent de se déplacer à pied ou de guetter une pièce de monnaie ministérielle pour pouvoir diffuser les informations officielles de la République

 

Par Alain Nzilo

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