Poussés à la désertion par le non-paiement de la PGA et la montée en puissance de la famine, les soldats sont sur le point d’abandonner totalement la ville de Sikikidé
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Par : la rédaction de ,
Dans la localité de Ndah, communément appelée Sikikidé, les forces de défense se meurent de faim loin de leurs familles, suite au non-paiement prolongé de la prime globale d’alimentation et à l’expiration de leurs procurations. Face à cette détresse extrême, les vagues de désertion se multiplient pour regagner la capitale en urgence.
Cet abandon des soldats par l’État-major à Sikikidé se voit dans le nombre de départs qui montre l’effondrement de la garnison. Sur un effectif de départ d’un peu plus d’une centaine de militaires positionnés dans cette localité de la Vakaga, environ soixante ont choisi de déserter pour rentrer à Bangui par leurs propres moyens. Il ne reste aujourd’hui qu’une quarantaine d’hommes pour tenir ce poste, et ces derniers militaires sont prêts à abandonner totalement la ville. Les soldats ne veulent plus subir cette pauvreté alors que d’autres unités reçoivent de l’argent pour sécuriser la frontière.
La situation s’aggrave dans toute la région militaire Nord-Est, dont l’état-major se trouve à Ndélé. Les militaires désertent massivement la zone. Les estimations montrent que trois cents, quatre cents, voire cinq cents soldats ont fui les rangs pour rentrer à Bangui. La vie est devenue intenable pour eux. La galère se voit sur leur corps, à commencer par leurs vêtements.
Quand un militaire marche en public, sa tenue est totalement en lambeaux et déchirée, laissant voir ses sous-vêtements. Les chaussures sont complètement bousillées. Ces hommes ressemblent désormais à des rebelles, ils ne ressemblent plus à des militaires réguliers. La population regarde cette déchéance avec stupeur.
Pendant ce temps, les rebelles, eux, circulent avec des tenues neuves, propres, et des chaussures de type rangers de bonne qualité. L’armée nationale n’offre aucun moyen pour renouveler les vêtements de ses propres soldats, ni même pour acheter de quoi les laver.
Manger est devenu un problème de chaque instant. L’état-major et le gouvernement ont crié pendant des années contre l’embargo sur les armes pour justifier le manque de logistique. Cet embargo est levé depuis plus d’un an, mais la situation sur le terrain est devenue encore plus difficile. La fin de l’embargo ressemble à une malédiction pour les forces de défense.
Pendant ce temps, chaque jour, des soldats partent. Et dans le Nord-Ouest, vers les zones de Bouar ou de Bozoum, le secteur reste calme car les militaires gèrent des barrières routières où ils taxent la population civile pour obtenir de l’argent, mais dans le Nord-Est, la situation est totalement bloquée. Voyager ou ravitailler la zone est une épreuve impossible.
Les soldats affectés à Ndah et Sikikidé se trouvent sur cette position depuis un an et cinq mois consécutifs. Dix-sept mois sans aucune relève. Obtenir la prime globale d’alimentation est un parcours du combattant. En plus de la faim, de nombreux militaires subissent des ruptures familiales, car leurs procurations bancaires sont arrivées à expiration, bloquant l’envoi d’argent à leurs épouses restées à Bangui. Les détachements voisins basés à Tiringoulou, Gordil, Birao et Am Dafock ont pourtant bénéficié d’une relève logistique, mais les troupes de Sikikidé restent oubliées. Les autorités locales de la Vakaga ont multiplié les appels de détresse en direction du gouvernement pour obtenir une aide immédiate, mais aucune réponse n’est venue. Pour étancher leur soif et tromper la faim, les derniers militaires se rassemblent autour de la mare d’eau de Sikikidé, abandonnés à leur triste sort au milieu de la brousse.
Par Barthelemy Kossi
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