
Il y a quelque chose de profondément choquant à entendre un homme réclamer le respect du droit international quand il en a été, chez lui, le premier fossoyeur. Faustin Archange Touadéra, président autoproclamé d’une Centrafrique qu’il a livrée aux mercenaires et à la prédation, s’est une nouvelle fois posé en victime des grandes puissances et en défenseur des faibles devant l’Assemblée générale des Nations unies. « Le droit international, censé protéger les faibles des ambitions des puissants, est chaque jour davantage relégué au rang de simples options », a-t-il déclaré, la mine grave, comme si cette phrase ne le décrivait pas lui-même au premier chef.
Car qui, mieux que Touadéra, a fait du droit international une simple option ? Qui a piétiné la Constitution de son propre pays pour se maintenir au pouvoir ? Qui a violé les accords de paix signés avec les groupes armés ? Qui a ignoré les résolutions du Conseil de sécurité sur la protection des civils ? Qui a refusé toute enquête indépendante sur les exactions commises dans son pays ? « Nous n’avons jamais eu autant de raisons d’agir ensemble et jamais autant de mal à le faire », a-t-il ajouté, dans un de ces paradoxes dont il a le secret. Mais ce mal à agir ensemble, il l’incarne d’abord à l’échelle de son propre pays, où il a préféré diviser, réprimer et s’allier à des forces étrangères plutôt que de construire un État de droit.

Touadéra parle du droit international comme d’un rempart. Mais dans sa bouche, ce mot sonne creux. Parce que le droit international, en Centrafrique, ce ne sont pas ses discours. Ce sont les rapports accablants des Nations unies sur les exactions des mercenaires de Wagner. Ce sont les témoignages des victimes de viols, de tortures et d’exécutions sommaires. Ce sont les enquêtes des organisations de défense des droits humains qui documentent, année après année, l’horreur d’un régime qui a fait de la violence une méthode de gouvernement. Et face à ces rapports, Touadéra n’a jamais rien dit. Aucune condamnation. Aucune enquête. Aucune justice. « Ils coûtent des vies civiles, détruisent des écoles et des hôpitaux et déplacent des familles entières », a-t-il lancé en parlant des conflits qui ravagent le monde. Mais qui a transformé la Centrafrique en un vaste cimetière à ciel ouvert, sinon lui et ses alliés mercenaires ?
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Il y a une indécence particulière à voir cet homme dénoncer « les divisions au sein du Conseil de sécurité, instance chargée de préserver la paix et la sécurité internationale », alors que son propre régime repose sur la division, la peur et la corruption. Il dénonce la paralysie des grandes puissances, mais il a lui-même paralysé les institutions de son pays. Il dénonce l’impuissance du droit international, mais il a lui-même rendu ce droit inopérant chez lui, en refusant toute coopération avec la Cour pénale internationale, en bloquant les enquêtes, en protégeant les auteurs d’exactions. « Le terrorisme, les trafics et les groupes armés prospèrent dans les zones que l’État ne contrôle plus », a-t-il affirmé, comme s’il n’était pas le premier responsable de cette perte de contrôle. Car ces zones que l’État ne contrôle plus, c’est lui qui les a abandonnées. C’est lui qui a préféré confier la sécurité du pays à des mercenaires plutôt que de reconstruire une armée nationale républicaine. C’est lui qui a laissé Wagner et Africa Corps régner sans partage sur des provinces entières, pillant l’or, les diamants, le bétail, terrorisant les populations.
Le droit international, Touadéra l’invoque quand cela l’arrange. Quand il s’agit de dénoncer les ingérences étrangères, les sanctions, les critiques. Mais quand il s’agit de protéger les Centrafricains, de respecter les droits humains, de rendre des comptes, alors là, plus personne. Le droit international devient soudain une affaire secondaire, une option parmi d’autres, un luxe pour temps de paix. « Le prix, ce sont d’abord les plus vulnérables qui le payent », a-t-il dit. Mais ce prix, ce sont les Centrafricains qui le paient, chaque jour, depuis huit ans. Et c’est lui qui l’a fixé, en choisissant la survie de son clan plutôt que la dignité de son peuple.
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Il y a aussi une forme de perversion à entendre Touadéra parler de « restaurer la confiance » et de « gérer la transformation ». La confiance ne se restaure pas avec des discours. Elle se restaure avec des actes. Et les actes de Touadéra sont ceux d’un homme qui a trahi la confiance de son peuple. Il a trahi les électeurs en confisquant les élections. Il a trahi les opposants en les emprisonnant ou en les exilant. Il a trahi les journalistes en muselant la presse. Il a trahi les victimes en refusant de les écouter. Il a trahi la Centrafrique en la vendant au plus offrant. « La fierté d’un peuple qui n’a jamais cessé d’espérer », a-t-il proclamé. Mais de quel peuple parle-t-il ? Pas de celui qui vit sous la menace permanente des mercenaires. Pas de celui qui a vu ses villages brûler, ses filles violées, ses fils tués. Pas de celui qui, dans les provinces, ne sait pas si demain un camion de Wagner viendra piller ce qu’il lui reste. Ce peuple-là n’espère plus rien de Touadéra. Il espère seulement survivre à son règne.
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Alors non, monsieur le Président, vous n’êtes pas le défenseur du droit international. Vous en êtes le principal violateur en Centrafrique. Vous parlez de droit international avec les mains tachées du sang de ceux que ce droit aurait dû protéger. Vous invoquez la justice internationale après avoir organisé l’impunité chez vous. Vous pleurez sur les civils après les avoir livrés aux mercenaires. Vous dénoncez les puissants après vous être soumis à eux. Vous parlez de paix après avoir fait de la guerre votre fonds de commerce. Le droit international n’est pas un discours que l’on prononce à New York. C’est une exigence que l’on respecte chez soi. Et chez vous, monsieur le Président, cette exigence a été piétinée, bafouée, enterrée. Aucun discours, aussi bien écrit soit-il, ne pourra jamais effacer cela. Le sang des victimes crie plus fort que vos mots. Et l’histoire, elle, ne retiendra pas vos phrases. Elle retiendra vos actes.
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Devant l’Assemblée générale des Nations unies, Faustin Archange Touadéra critique la violation des textes mondiaux alors que son pouvoir en Centrafrique repose sur l’action des mercenaires de Wagner et la destruction de l’ordre constitutionnel.
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