Dans la sous-préfecture de Ouandja, à l’extrême Nord-Est de la République centrafricaine, l’accès à des soins de santé dignes relève déjà du parcours du combattant. Mais à l’hôpital de Tiringoulou, la situation prend désormais une tournure surréaliste. Entre mélodrames sentimentaux, bagarres sanglantes, affaires d’argent et soirées arrosées, le Médecin Chef de l’Hôpital (MCH), M. Jean Eude Mokpem, alimente toutes les conversations et provoque la consternation générale.
Alors que les populations locales attendent d’un responsable médical qu’il se consacre à la santé des malades et au bon fonctionnement de la structure, les priorités du médecin chef semblent s’être déplacées vers la gestion de son business personnel et ses pérégrinations amoureuses.

Une évacuation médicale qui vire au spectacle
Tout commence le 19 août dernier. Un patient grièvement blessé, évacué de la formation sanitaire (FOSA) de Gordil vers Tiringoulou, doit être référé d’urgence à l’hôpital de Birao pour une prise en charge adaptée. M. Jean Eude Mokpem prend la route pour accompagner le blessé. Une mission médicale tout à fait ordinaire en apparence.
Toutefois, le séjour à Birao va s’éterniser. Le médecin y passe plusieurs jours avant de faire son retour à Tiringoulou le 24 août. Mais à son arrivée, ce ne sont pas les dossiers des patients ni les soins d’urgence qui l’attendent : c’est une scène de maîtresse retentissante avec sa partenaire, Mme Esther, superviseure psychosociale au sein de l’ONG SOPADI à Tiringoulou. Cette dernière lui reproche vivement ses nuits passées à Birao et la nature de ses activités durant son absence.
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Coups de poing, téléphone concassé et arrangement financier
Le climat s’envenime rapidement. Le 25 août vers 19 heures, le médecin chef se rend au domicile de Mme Esther pour s’expliquer, mais il se fait vertement chasser. Loin de laisser tomber, le lendemain 26 août vers 6 heures du matin, M. Jean Eude Mokpem sollicite l’intervention d’un voisin de cour, qui n’est autre que l’officier chargé des Violences Basées sur le Genre (VBG) au sein de la même ONG SOPADI.
L’ironie de la situation atteint son comble lorsque l’officier VBG tente une médiation. Sortie de sa chambre, Mme Esther entre dans une colère noire et une altercation violente éclate entre les deux amants. Le bilan physique et matériel de cet affrontement au saut du lit est lourd : le médecin chef ressort de la cour la tête ensanglantée et blessée, son téléphone portable de marque Redmi totalement endommagé, et affirme s’être fait subtiliser une somme de 423 000 FCFA.
Pour éviter que ce scandale ne s’ébruite davantage et pour échapper aux poursuites judiciaires, un règlement à l’amiable est rapidement négocié. Une somme de 200 000 FCFA aurait été exigée pour étouffer l’affaire montant que le médecin chef a accepté de débourser. Et comme si de rien n’était, les deux protagonistes ont repris leur relation passionnelle dans la foulée.
Alcool, musique à fond et détresse des patients
Pendant que le patron de la santé locale joue sa propre comédie romantique et règle ses comptes financiers, le fonctionnement de l’hôpital est complètement abandonné. Plusieurs témoignages poignants d’habitants et de proches de patients dénoncent un laisser-aller intolérable au sein de l’établissement sanitaire.
L’enceinte de l’hôpital de Tiringoulou s’est transformée au fil des jours en une véritable boîte de nuit à ciel ouvert. Consommation d’alcool étalée au vu et au su de tous, musique diffusée à haut volume jusque tard dans la nuit… La tranquillité et le repos indispensable aux malades hospitalisés sont piétinés sans le moindre scrupule par celui-là même qui est censé les protéger.
Les habitants sous le choc : « Est-il venu pour soigner ou pour autre chose ? »
Aujourd’hui, à Tiringoulou comme dans toute la préfecture de la Bamingui-Bangoran et de la Vakaga, la population s’interroge avec amertume : ce médecin chef a-t-il été affecté pour sauver des vies ou pour faire son business et animer les soirées du secteur ?
Devant ce comportement jugé irresponsable et indigne du serment d’Hippocrate, les regards se tournent désormais vers le ministère de la Santé publique, les autorités préfectorales ainsi que les responsables de l’ONG SOPADI. Une vérification approfondie et des mesures disciplinaires urgentes sont réclamées par la population afin de remettre l’hôpital de Tiringoulou au service exclusif des malades.
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