Le Président Touadera et sa septième République embarrassée de plusieurs prisonniers politiques : cas emblématique du Dr Dominique Désiré ERENON.

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Sous le régime de Faustin-Archange Touadéra, la question des détenus et opposants politiques demeure au cœur du débat sur l’État de droit et l’avenir démocratique de la République centrafricaine.

La République centrafricaine est entrée dans une nouvelle étape institutionnelle avec l’adoption de la Constitution de 2023, présentée comme le fondement de la 7ᵉ République. Cette nouvelle architecture constitutionnelle affirme notamment le pluralisme politique et reconnaît l’opposition politique.

 

 

Mais au cœur des textes et les institutions, une question demeure : quelle place reste-t-il réellement à la liberté d’opinion, à la contestation politique et à l’opposition dans la Centrafrique de la 7ᵉ République ?

Le Président Touadera et sa septième République embarrassée de plusieurs prisonniers politiques : cas emblématique du Dr Dominique Désiré ERENON.
Le Constitutionnaliste centrafricain, Dr Dominique Désiré ERENON

La République nouvelle voulue par le Président Faustin Archange TOUADERA est face à une vieille pratique de la répression des anciens régimes. Rien n’a changé.

 

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L’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra avait suscité, en 2016, l’espoir d’une stabilisation politique et d’un renforcement des institutions démocratiques. Pourtant, au fil des années, les rapports sur la restriction de l’espace civique et politique ont nourri les inquiétudes.

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Human Rights Watch avait notamment dénoncé, dès 2023, des pressions exercées contre des organisations de la société civile, des médias et des partis d’opposition critiques à l’égard du pouvoir. L’organisation faisait également état de restrictions visant les manifestations pacifiques et d’un climat dans lequel certains journalistes et militants hésitaient à critiquer le gouvernement par crainte de représailles.

La question des « prisonniers politiques » s’inscrit donc dans un problème plus large : celui de la capacité des institutions centrafricaines à garantir que nul ne soit poursuivi ou privé de liberté simplement en raison de ses opinions, de ses activités politiques ou de son appartenance à l’opposition.

 

Dominique Désiré Erenon : un cas emblématique.

 

L’arrestation du constitutionnaliste et opposant Dominique Désiré Erenon constitue l’un des épisodes les plus marquants de cette période.

Président du parti Marche pour la démocratie et le salut du peuple (MDSP), Erenon était en exil en France depuis plusieurs années. Il est rentré en République centrafricaine en octobre 2025 et a été arrêté dès son arrivée à l’aéroport international Bangui-M’Poko, le 3 octobre 2025. Plusieurs médias ont rapporté cette arrestation.

Son cas a immédiatement soulevé une question fondamentale : comment un citoyen, et a fortiori un responsable politique, peut-il rentrer dans son propre pays et se retrouver privé de liberté dès son arrivée ?

Cette affaire est d’autant plus sensible que le retour d’Erenon intervenait dans un contexte où le pouvoir avait appelé les Centrafricains de la diaspora à rentrer au pays. Son arrestation a donc été perçue par ses partisans comme un signal particulièrement inquiétant adressé à ceux qui souhaitent participer au débat politique national.

Aujourd’hui et comme l’a relevé le sociologue Faustin Zameto, l’absence du constitutionnaliste et jeune leader du parti MDSP, Dominique Désiré ERENON, se fait sentir dans le débat politique sur les sujets liés à la vie de la nation. Son nom revient régulièrement sur les lèvres dans les milieux politique et intellectuel.

Toujours selon le sociologue précité, Dr Dominique Désiré ERENON manque aussi beaucoup à la faculté de Droit et Science Politique de l’Université de Bangui. Ses collègues enseignants et les étudiants ne cachent plus leur mécontentement du maintien en détention de cet enseignant apprécié dans le milieu universitaire notamment par les étudiants pour la qualité de ses enseignements.

Comment prétendre développer la RCA et priver le pays des compétences des hauts cadres du calibre de Dr Dominique Désiré ERENON connu même à l’international, en Europe et particulièrement en Afrique où il fut recruté par voie de test de sélection comme Expert Constitutionnnaliste auprès de l’Union Africaine a Addis-Abeba ? Son livre publié en mars 2025 a Paris sur « constitutionnalisme et coups d’Etat en Afrique : cas du Centrafrique » est un chef-d’œuvre qui est bien vendu notamment dans les milieux universitaires et politiques.

 

La Constitution de la 7ᵉ République face à ses propres principes

 

Le paradoxe est saisissant.

La Constitution reconnaît le pluralisme politique. Elle reconnaît également l’opposition et garantit les droits liés à son existence et à ses activités.

Dès lors, le véritable test de la 7ᵉ République ne devrait pas être la capacité du pouvoir à faire adopter des textes, mais sa capacité à respecter ces textes lorsqu’ils protègent ceux qui le contestent.

Une démocratie ne se mesure pas seulement à la liberté accordée aux citoyens qui soutiennent le gouvernement. Elle se mesure surtout à la protection accordée à ceux qui le critiquent.

L’opposition politique ne devrait donc pas être considérée comme une menace contre l’État. Dans une République pluraliste, elle constitue au contraire une composante normale de la vie démocratique.

Le danger de l’amalgame entre opposition et menace sécuritaire.

L’un des problèmes les plus préoccupants est l’amalgame entre opposition politique, contestation sociale et menace sécuritaire.

Human Rights Watch rapportait en 2023 que le président Touadéra avait publiquement associé certains responsables de l’opposition à des groupes rebelles et à une organisation criminelle.

Or, dans un État de droit, une accusation aussi grave doit être démontrée devant une juridiction indépendante et selon une procédure régulière.

Être opposant n’est pas un crime. Critiquer le gouvernement n’est pas une insurrection. Revendiquer l’alternance n’est pas une atteinte à la sûreté de l’État.

C’est précisément la frontière entre la démocratie et l’autoritarisme que les institutions doivent protéger.

 

Une République qui doit apprendre à tolérer la contradiction

 

La 7ᵉ République sera jugée non seulement sur ses infrastructures, ses élections ou ses réformes institutionnelles, mais aussi sur sa capacité à accepter la contradiction.

Un pouvoir fort n’est pas nécessairement un pouvoir qui emprisonne ses adversaires. Un pouvoir fort est celui qui peut supporter la critique sans avoir besoin de réduire ses contradicteurs au silence.

La justice doit pouvoir fonctionner sans pression politique. Les avocats doivent pouvoir défendre librement leurs clients. Les journalistes doivent pouvoir enquêter. Les partis politiques doivent pouvoir exercer leurs activités. Et les citoyens doivent pouvoir exprimer pacifiquement leur désaccord.

La question des prisonniers politiques ne concerne donc pas uniquement les personnes détenues. Elle concerne l’ensemble de la société centrafricaine.

Lorsqu’un opposant est arrêté, lorsqu’un journaliste hésite à publier une information ou lorsqu’un citoyen renonce à exprimer son opinion par peur des conséquences, c’est l’espace démocratique tout entier qui se rétrécit.

La 7ᵉ République a ainsi une responsabilité historique : démontrer que la nouvelle Constitution n’est pas seulement un changement de régime institutionnel, mais également un engagement en faveur des libertés publiques.

Le pouvoir de Faustin-Archange Touadéra sera inévitablement confronté à cette question : quelle République voulons-nous laisser aux générations futures ? Une République où l’opposition est tolérée uniquement lorsqu’elle se tait, ou une République où le désaccord politique constitue une liberté protégée par la loi ?

La réponse à cette question déterminera en grande partie le véritable visage de la 7ᵉ République.

 

La liberté de l’adversaire est le meilleur test de la démocratie

 

L’histoire politique de la Centrafrique montre que les crises naissent souvent lorsque le dialogue disparaît et que les institutions cessent d’être perçues comme impartiales.

La meilleure manière de consolider la 7ᵉ République serait donc de faire de la justice indépendante, du respect des libertés publiques et du pluralisme politique des réalités concrètes.

Un État qui respecte son opposition se renforce. Un État qui emprisonne ses opposants s’affaiblit.

La véritable grandeur d’une République ne réside pas dans l’absence de contestation, mais dans sa capacité à permettre à toutes les voix y compris les plus critiques de s’exprimer librement et pacifiquement

 

Alain NZILO, CNC

 

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Gisèle MolomaFonction : Cheffe du service des investigations Corbeau News CentrafriqueIdentité Journaliste centrafricaine. Responsable des enquêtes au sein de Corbeau News Centrafrique, où elle coordonne les investigations et supervise la production des dossiers sensibles.FormationMaîtrise en droit Université de BanguiMaster en gestion des ressources publiques Université Paul Valéry, Montpellier, FranceSpécialités Enquêtes d’investigation Analyse juridique des affaires publiques Études sur la gouvernance et les politiques publiques Crises sécuritaires et politiques en CentrafriqueDescription Gisèle Moloma est une journaliste spécialisée dans l’investigation et l’analyse juridique des affaires publiques. Son travail se distingue par une approche rigoureuse, fondée sur la vérification des faits et l’étude des mécanismes de gouvernance. Au sein de Corbeau News Centrafrique, elle dirige les enquêtes majeures du média et contribue à la production de dossiers approfondis sur les enjeux politiques et sécuritaires du pays.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine