
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé sort l’artillerie lourde. Évoquant les promesses balayées et la détresse grandissante des Centrafricains, le porte-parole du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC) assène une véritable gifle verbale au pouvoir en place : « Aujourd’hui, tout le peuple pleure. »
C’est lors d’un entretien accordé à la radio sud-africaine Channel Africa que l’opposant a méthodiquement démantelé la narrative officielle. Dix ans après l’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra, le constat dressé par l’ancien chef du gouvernement est sans appel : le miracle promis s’est transformé en naufrage social.

Un pouvoir sur la défensive, une opposition qui hausse le ton Cette sortie cinglante survient au moment où le pays étouffe sous la hausse vertigineuse des prix du carburant. Pour enfoncer le clou, le BRDC prépare une marche pacifique pour le 13 novembre 2026 à Bangui. Le mot d’ordre est clair : exiger une baisse immédiate des prix des hydrocarbures et la libération sans condition des cinq responsables de la société civile, embastillés dans la foulée de la journée « ville morte » du 12 octobre.
Pressé par la journaliste de répondre aux attaques de certaines organisations dites « de la société civile » étrangement très alignées sur le pouvoir —, Ziguélé n’a pas retenu ses coups. Ces groupes reprochent au BRDC d’entretenir une opposition systématique et de peindre la politique gouvernementale sous un jour trop sombre.
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La réplique de l’ancien Premier ministre a fusé, cuisante : « Ils sont en train de faire ce qu’on appelle un aveu de culpabilité vraiment médiatique parce qu’ils savent qu’ils ont toujours dit que ce pays deviendrait un paradis après leur gestion du pays. Et aujourd’hui, tout le peuple pleure. »
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Les promesses de paradis face au cauchemar des chiffres Pour Martin Ziguélé, la réalité des chiffres ridiculise les discours triomphalistes. Les difficultés quotidiennes ne relèvent pas du fantasme politique, mais bien d’un quotidien asphyxiant : explosivité des prix de première nécessité, dégringolade du pouvoir d’achat et pénuries chroniques de carburant.
« Ce n’est pas nous qui demandons au peuple de pleurer. C’est le peuple qui pleure et qui nous demande de porter sa voix », recadre-t-il, renvoyant le régime à sa propre incapacité à soulager les ménages.
Trois hausses de carburant en trois ans : l’étau se resserre Chiffres à l’appui, l’ancien Premier ministre a décortiqué la spirale infernale des prix à la pompe depuis janvier 2023. Alors que le litre d’essence s’affichait à 860 francs CFA début 2023, le gazole culmine désormais à 1 400 francs CFA et l’essence à 1 200 francs CFA.
Une saignée financière insupportable pour une population étranglée, d’autant que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) croupit sous la barre des 60 dollars américains par mois, figé depuis des décennies. « Dans un pays où le SMIG est à moins de 60 dollars des États-Unis le mois, comment quelqu’un peut tenir dans cette situation ? », s’interroge Ziguélé, pointant l’absurdité du modèle centrafricain où l’on subit des prix parmi les plus élevés de la zone CEMAC avec l’un des pouvoirs d’achat les plus faibles du continent.
« Les supplétifs du pouvoir » rhabillés pour l’hiver Martin Ziguélé n’a pas non plus épargné les réseaux de soutien du gouvernement au sein de la société civile. Les qualifiant ouvertement de « supplétifs du pouvoir », il accuse ces responsables d’abandonner le peuple en souffrance pour courir après des postes, des prébendes et des faveurs matérielles.
Martin Ziguélé, porte-parole du BRDC, dénonce la gestion de Faustin-Archange Touadéra et l’asphyxie économique qui frappe la population centrafricaine.
« Ils se trompent de combat et ils se trompent vraiment d’adversaires », tranche-t-il, martelant son indignation : « Dans quel pays la société civile, devant une population sans argent, en souffrance absolue, défend des positions indéfendables du pouvoir ? »
Nébuleuse financière : où passent les millions de l’or et du pétrole ?
L’opposant a élargi son offensive aux questions qui fâchent : la gestion opaque des richesses nationales. Pointant du doigt les permis miniers distribués à de multiples compagnies étrangères notamment chinoises et liées au groupe Wagner —, Ziguélé exige que la lumière soit faite sur la destination réelle de ces mannes financières.
« Où vont les recettes ? Où vont les recettes pour le Trésor public ? Est-ce que les recettes d’exportation sont rapatriées ? », a-t-il pilonné, s’appuyant sur des rapports d’institutions financières internationales pour réclamer une transparence totale sur la collecte des taxes dans le secteur de l’or.
Rendez-vous dans la rue le 13 novembre Face à cette détérioration générale, le BRDC donne rendez-vous aux habitants de Bangui le vendredi 13 novembre 2026 dès 6 heures du matin. Le cortège s’ébranlera de la place de la Paix (place Omar-Bongo) pour rejoindre le monument des Martyrs.
Les revendications restent fermes : baisse du carburant, libération des détenus d’opinion et publication intégrale de la convention pétrolière très controversée signée entre l’État et la société Neptune Oil.
Piquant le chef de l’État à son propre jeu, Martin Ziguélé a rappelé que Faustin-Archange Touadéra avait lui-même invité les mécontents à manifester dans la rue plutôt qu’à paralyser la ville : « Nous faisons ce que le président de la République nous a demandé de faire si nous sommes mécontents. Et c’est ce que nous allons faire. » Le message est passé.




