Centrafrique : le piège de la dette place l’État au bord de l’asphyxie financière

0
4

Regarder la video

 

 

L’accumulation des impayés, le recul des financements extérieurs et la faiblesse des recettes intérieures plongent les finances publiques centrafricaines dans une grave précarité.

 

Plus de 172 milliards FCFA d’arriérés de paiement

 

Les arriérés de paiement accumulés par l’État centrafricain dépassent désormais 172 milliards de francs CFA.

 

Centrafrique : le piège de la dette place l’État au bord de l’asphyxie financière

 

Ce niveau d’impayés traduit une forte tension sur la trésorerie publique.

À lire aussi : Centrafrique : la Cour pénale spéciale clôt les débats dans l’affaire « Guen » et fixe le jugement au 15 décembre

 

L’État doit faire face à des engagements financiers qu’il ne parvient pas à régler dans les délais prévus.

À lire aussi : Centrafrique : le ministère de la Défense veut totalement verrouiller la communication des militaires

 

Cette accumulation réduit progressivement la capacité de l’administration à honorer ses obligations courantes.

 

Elle pèse aussi sur les entreprises et les opérateurs qui attendent le règlement de leurs créances auprès de l’État.

 

Lorsqu’un État accumule les impayés, les conséquences dépassent rapidement les seules écritures comptables.

 

Les entreprises concernées peuvent elles-mêmes rencontrer des difficultés de trésorerie. Certaines réduisent leurs activités ou retardent leurs investissements.

 

Le problème devient alors économique : l’argent attendu par les acteurs privés ne circule plus normalement dans l’économie.

 

Le recul des financements extérieurs aggrave la pression

 

Cette fragilité intervient alors que les financements extérieurs se réduisent.

 

La suspension des versements internationaux accordés par certains partenaires financiers prive l’État de ressources dont il dépend pour équilibrer ses finances.

 

Cette situation a également entraîné le blocage d’autres appuis bilatéraux, notamment l’appui français.

 

Pour un pays dont les recettes intérieures restent faibles, la diminution des financements extérieurs constitue une contrainte majeure.

 

Ces ressources permettent habituellement de financer des programmes publics, des investissements et certaines dépenses qui ne peuvent être couvertes par les recettes nationales.

 

Lorsque ces financements se tarissent, la pression se reporte directement sur la trésorerie de l’État.

 

Le marché régional devient une bouée financière

 

Face à cette réduction des ressources, les autorités se tournent davantage vers le marché régional des titres publics.

 

Le mécanisme permet au Trésor de mobiliser rapidement des ressources auprès des investisseurs, notamment des banques.

 

Mais ces financements ont un coût.

 

Les intérêts à payer s’ajoutent aux engagements déjà accumulés.

 

L’État obtient ainsi des ressources immédiates, mais augmente en même temps ses obligations financières futures.

 

Le recours répété à ce mécanisme peut installer une dépendance au refinancement.

 

Une échéance arrive. Le Trésor doit trouver les ressources nécessaires pour la payer. Lorsque les recettes disponibles ne suffisent pas, une nouvelle émission peut devenir nécessaire.

 

La dette permet alors de gérer la dette.

 

Des emprunts qui aggravent la pression sur les finances publiques

 

Le problème apparaît lorsque les nouveaux emprunts ne permettent pas de créer suffisamment de richesses ou de recettes supplémentaires.

 

Un emprunt destiné à financer un investissement productif peut contribuer à augmenter la capacité économique du pays.

 

Un emprunt destiné principalement à couvrir des besoins de trésorerie ou des engagements antérieurs produit un effet différent.

 

Il apporte une réponse immédiate à une difficulté financière sans régler nécessairement son origine.

 

L’État doit ensuite rembourser le capital et payer les intérêts.

 

Chaque nouvelle opération ajoute donc des obligations aux précédentes.

 

La succession des emprunts peut progressivement réduire les marges de manœuvre budgétaires.

 

Des recettes fiscales qui ne suffisent plus

 

La faiblesse des recettes fiscales intérieures constitue le troisième élément de cette équation.

 

Les ressources collectées sur le territoire national couvrent à peine une fraction des besoins réels de l’État.

 

Cette faiblesse place les finances publiques dans une dépendance permanente à l’égard des financements extérieurs et de l’endettement.

 

Un État ne peut durablement financer ses politiques publiques s’il ne dispose pas de recettes intérieures suffisamment importantes.

 

Or, lorsque les recettes fiscales restent faibles, chaque choc extérieur produit un effet immédiat sur la trésorerie.

 

La suspension d’un financement extérieur, le retard d’un décaissement ou l’augmentation du coût de la dette peuvent rapidement créer de nouvelles tensions.

 

Une économie prise entre impayés, dette et faibles recettes

 

Les trois difficultés se renforcent mutuellement.

 

Les recettes intérieures sont faibles.

 

Les financements extérieurs diminuent.

 

Les arriérés de paiement augmentent.

 

Pour maintenir ses activités, l’État recourt davantage à l’emprunt.

 

Mais les nouveaux emprunts créent de nouvelles échéances et de nouveaux intérêts.

 

La trésorerie doit alors financer simultanément les dépenses courantes, les arriérés et le service de la dette.

 

L’espace disponible pour les investissements se réduit.

 

C’est cette mécanique qui place progressivement l’économie centrafricaine dans une situation d’asphyxie financière.

 

Le risque d’un État qui emprunte pour rester à flot

 

La dette devient particulièrement préoccupante lorsqu’elle cesse d’être un instrument de financement du développement pour devenir un moyen de maintenir l’État à flot.

 

L’objectif d’un endettement soutenable devrait être de financer des investissements capables de renforcer la production et les recettes futures.

 

Lorsque les ressources servent surtout à combler des déficits de trésorerie, le pays reste enfermé dans le même problème.

 

Les besoins demeurent.

 

Les recettes progressent peu.

 

Les dépenses continuent.

 

Les échéances s’accumulent.

 

De nouveaux financements sont recherchés.

 

Cette mécanique peut fonctionner pendant un certain temps tant que l’État conserve un accès suffisant au financement.

 

Elle devient beaucoup plus dangereuse lorsque les financements extérieurs diminuent et que le coût des emprunts augmente.

 

Le secteur privé paie aussi le prix de cette crise financière

 

Les conséquences de cette situation ne s’arrêtent pas au budget de l’État.

 

Les entreprises qui attendent des paiements publics subissent directement les retards.

 

Celles qui dépendent des marchés publics peuvent voir leur trésorerie se dégrader lorsque les factures restent impayées.

 

Dans le même temps, le recours important de l’État au système bancaire peut réduire l’espace disponible pour le financement des entreprises privées.

 

Une économie qui manque déjà d’investissements productifs ne peut pas facilement supporter une telle pression.

 

Le secteur privé a besoin de capitaux pour investir, embaucher et augmenter sa production.

 

Lorsque le crédit devient difficile ou coûteux, cette dynamique ralentit.

 

Le véritable problème dépasse le montant de la dette

 

Le danger ne réside donc pas uniquement dans le chiffre de la dette publique.

 

Il se trouve dans la combinaison entre l’endettement, les arriérés, la faiblesse des recettes intérieures et la réduction des financements extérieurs.

 

Pris séparément, chacun de ces problèmes peut être géré.

 

Ensemble, ils créent une contrainte budgétaire beaucoup plus forte.

 

L’État doit trouver de l’argent pour payer ses anciennes dettes, régler ses arriérés, assurer son fonctionnement et financer ses nouvelles obligations.

 

Dans le même temps, il dispose de recettes intérieures limitées et de moins de financements extérieurs.

 

La marge de manœuvre financière se réduit donc progressivement.

 

Une économie qui risque de s’enfermer dans la dette

 

La Centrafrique se retrouve ainsi face à une mécanique où chaque difficulté financière peut produire une nouvelle dette.

 

Les impayés nécessitent des ressources.

 

Le manque de ressources pousse vers l’emprunt.

 

L’emprunt crée de nouvelles échéances.

 

Les échéances futures réduisent les marges budgétaires.

 

Et la faiblesse des investissements limite la capacité de l’économie à produire davantage de recettes.

 

Tant que cette mécanique ne sera pas inversée, l’État restera sous pression.

 

Avec plus de 172 milliards FCFA d’arriérés, des financements extérieurs qui se réduisent, des recettes fiscales intérieures faibles et un recours accru au marché régional, les finances publiques centrafricaines se trouvent prises dans un engrenage où la dette ne finance plus seulement les besoins de l’État : elle devient elle-même l’un de ses principaux besoins financiers.

 

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

  Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org

 

 

 

Article précédentCentrafrique : Quels enjeux politiques et économiques sous-tendent la mise en garde de la Banque mondiale sur les finances publiques ?
Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com