La riposte du gouvernement contre l’UNOP ne règle pas la question de la gestion des financements des partenaires internationaux en RCA

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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le gouvernement centrafricain demande à la Banque mondiale de ne plus engager de nouvelle collaboration avec l’UNOPS en République centrafricaine. La décision fait suite aux retards constatés dans l’exécution de plusieurs projets d’infrastructures, notamment dans le Nord-Est du pays.
Dans une lettre datée du 24 août 2026, le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Marc Mandaba, demande officiellement à la Banque mondiale de prendre acte de cette orientation et de ne plus préparer, approuver, financer ou signer, pour le compte de la République centrafricaine, de nouveaux accords susceptibles d’engager une collaboration avec l’UNOPS.
La décision intervient après plusieurs années de difficultés autour de projets financés par les partenaires internationaux. Le gouvernement reproche notamment à l’UNOPS de ne pas avoir respecté certains engagements envers les entreprises mobilisées pour les travaux, dont l’Office national du matériel et le groupement Matière/SOFIA TP.
Sur l’axe Mbrès-Bamingui-Ndélé, la composante initialement destinée à la réhabilitation de 400 kilomètres de pistes rurales dans la Vakaga a notamment été réorientée vers la construction de quatre ponts. Malgré les ajustements apportés au financement et la prolongation de l’accord jusqu’au 31 décembre 2027, les résultats attendus restent insuffisants selon le gouvernement.
Une décision qui pose une question plus large sur le financement des partenaires
La réaction du gouvernement centrafricain après accord du conseil des ministres est compréhensible lorsqu’un projet financé sur des ressources extérieures ne produit pas les infrastructures annoncées. Les populations concernées attendent des routes, des ponts et des ouvrages fonctionnels. Elles ne bénéficient pas directement des montants inscrits dans les conventions lorsque les travaux restent inachevés.
La question est de savoir si le problème vient uniquement du choix de l’UNOPS ou s’il montre clairement aux yeux du monde une faiblesse beaucoup plus ancienne dans la gestion des projets financés par les bailleurs.
Les précédents centrafricains montrent que les difficultés ne commencent pas avec l’UNOPS. Elles concernent également des marchés confiés à des entreprises nationales et des projets placés sous la responsabilité de structures centrafricaines.
L’axe Bossemptélé-Bozoum en est une illustration. Cette route, longue d’environ 80 kilomètres, reste aujourd’hui dans un état très dégradé alors que des financements avaient été mobilisés pour sa réhabilitation.
Une enquête menée par Corbeau News sur ce dossier avait permis d’identifier l’entreprise fictive bénéficiaire du marché ainsi que son responsable, Symphorien Mapenzi. Celui-ci est un proche parent du président de l’Assemblée nationale et occupe aujourd’hui le poste de premier vice-président de cette institution.
Ces éléments doivent être distingués des informations générales régulièrement avancées sur les difficultés de cette route. Le dossier porte précisément sur les conditions d’attribution et d’exécution du marché ainsi que sur l’utilisation des fonds affectés aux travaux.
Le dossier Mapenzi reste sans réponse complète
À l’époque où le dossier était examiné à l’Assemblée nationale, Martin Ziguélé, alors président de la commission chargée des finances, avait demandé que la situation soit clarifiée. Il avait notamment demandé à Symphorien Mapenzi de reprendre les travaux et de respecter ses engagements ou, à défaut, de restituer les fonds concernés.
Mapenzi avait contesté le montant qui lui était attribué et soutenu ne pas avoir reçu l’intégralité des ressources annoncées. Or non, il a bel et bien reçu la totalité des fonds sans rien faire.
Cette contestation n’a pas réglé la question principale : pourquoi la route Bossemptélé-Bozoum demeure-t-elle dans un état aussi dégradé alors que des ressources avaient été mobilisées pour sa réhabilitation ?
C’est précisément ce type de dossier qui justifie une vérification globale des financements engagés dans les infrastructures.
Si le gouvernement estime aujourd’hui que l’UNOPS doit rendre des comptes sur les fonds mobilisés pour les populations du Nord-Est, la même exigence devrait être appliquée aux entreprises nationales qui ont bénéficié de financements publics ou de ressources provenant des bailleurs.
Les mêmes interrogations sur l’axe Bouar-Bozoum
La route Bouar-Bozoum pose également la question de la capacité des opérateurs nationaux à conduire jusqu’au bout des projets financés avec l’appui des partenaires.
Des travaux avaient été engagés par l’entreprise SEMENCES sur cet axe avec le financement de financements extérieurs. Comme la route entre Bossemptélé – Bozoum, rien n’est fait sur l’axe Bouar – Bozoum.
Et si on jette un peu de regard sur la capitale, la situation est très grave encore avec des entreprise fictives qui ne font pratiquement rien.
Le problème n’est donc pas seulement celui d’un opérateur international qui ne respecterait pas ses obligations. Il concerne aussi les structures nationales qui ont reçu la responsabilité de projets importants sans parvenir à produire les résultats attendus. Mais si ce sont des entreprises créée par des proches du régime, le gouvernement, en un mot le régime ne parle pas. Ilferme ses yeux et ses oreilles.
Le financement des enseignants montre une autre faiblesse
Le même problème apparaît dans d’autres secteurs.
Dans l’éducation, des financements de la Banque mondiale ont été mobilisés pour soutenir le recrutement et la rémunération d’enseignants affectés dans les différentes régions du pays.
Or, le paiement de ces enseignants a régulièrement été marqué par des retards et des mouvements de grève. Le financement existe, mais la chaîne permettant de faire parvenir régulièrement les ressources jusqu’aux bénéficiaires reste fragile.
Cette situation montre que le problème ne se limite pas à l’identité de l’organisme chargé de gérer les fonds. Il concerne aussi les mécanismes de contrôle, de décaissement et de suivi mis en place par l’État.
L’État doit appliquer la même exigence à tous
La décision concernant l’UNOPS peut être considérée comme une mesure de précaution. Elle ne devrait pas servir à déplacer le problème d’un opérateur vers un autre.
Si le gouvernement considère que les mécanismes de gestion de l’UNOPS ne garantissent plus suffisamment l’efficacité et la transparence des projets, il devra également expliquer quel dispositif remplacera l’agence et comment ce nouveau mécanisme empêchera les mêmes dérives.
La Banque mondiale et les autres partenaires disposent de leurs propres procédures de contrôle précisément parce que plusieurs expériences passées ont montré les risques liés à une gestion insuffisamment encadrée des financements.
Le gouvernement centrafricain ne peut donc pas demander davantage de contrôle sur les projets confiés à l’UNOPS tout en laissant sans réponse les dossiers concernant des entreprises nationales ayant bénéficié de financements importants.
Les habitants de Ndélé, Ouadda, Mbrès, Bozoum, Bossemptélé ou Bouar ont le même droit à des infrastructures fonctionnelles. Le financement soit-il géré par une agence des Nations unies ou par une entreprise centrafricaine, le résultat attendu reste le même : une route construite, un pont livré et un ouvrage effectivement utilisable.
La question posée aujourd’hui par le dossier UNOPS dépasse donc le seul sort de cette agence. Elle oblige l’État à revoir l’ensemble du système de gestion des projets financés par les bailleurs et à demander des comptes à tous les acteurs, sans distinction selon leur proximité avec le pouvoir ou leur statut institutionnel.
Par Alain Nzilo
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