Le fiasco rapide du projet cryptomonnaie de Baba Kongoboro, pour ne pas dire de SangoCoin, consacre la ruine des espoirs économiques centrafricains, transformant l’utopie technologique initiale en une opération opaque profitable uniquement à de mystérieux acquéreurs de terres.
En effet, en avril deux mille vingt-deux, l’Assemblée nationale centrafricaine sous l’égide de Simplice Mathieu Sarandji votait une législation stupéfiante faisant du Bitcoin une devise officielle au même titre que le franc CFA. Faustin-Archange Touadéra justifiait alors cette rupture historique en brandissant ses compétences académiques de chercheur, censées garantir la fin de l’exclusion bancaire grâce aux algorithmes de la blockchain.

La mise en orbite du Sango Coin quelques mois plus tard s’apparentait à un bradage en règle de la souveraineté nationale, troquant des passeports centrafricains contre soixante mille dollars de jetons numériques. Ce stratagème a rapidement capoté lorsque la Cour constitutionnelle a censuré l’octroi de la citoyenneté par cette voie virtuelle, coupant court aux ambitions du pouvoir.
L’improvisation technique est devenue criante dans un pays dépourvu de réseau électrique stable, où l’adoption de la monnaie présidentielle s’est avérée quasi nulle en dehors des cercles gouvernementaux. Moins de cinq pour cent de la population locale a utilisé ce dispositif informatique, tandis que les financiers étrangers retiraient prudemment leurs capitaux pour échapper au gouffre financier naissant.
Le gouvernement a alors réorienté ses ambitions en juillet deux mille vingt-trois vers une réglementation autorisant la conversion numérique de son patrimoine souterrain. Des réseaux mercantiles ont profité de cette aubaine pour s’octroyer directement en ligne des concessions minières et forestières gigantesques, notamment dans la riche région de l’Ouham.
Cette dérive s’est accentuée début deux mille vingt-cinq avec la mise en circulation du CAR meme coin, un instrument hautement spéculatif promu sur les réseaux sociaux officiels pour capter l’épargne résiduelle. Pour soutenir ce dispositif vacillant, un décret présidentiel a tokenisé mille sept cents hectares de terrains forestiers dans la Lobaye, les cédant sous forme de baux de quatre-vingt-dix-neuf ans payables exclusivement via des transactions en ligne.
Les rapports internationaux du GI-TOC publient désormais de sévères mises en garde, mentionnant des risques accrus de blanchiment d’argent et une absence totale de traçabilité des fonds générés par ces enchères virtuelles. La gestion occulte de ces ressources, centralisée au cœur même de la présidence à Bangui, alimente la méfiance des institutions financières mondiales.
Par Alain Nzilo
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