Jean-Pierre Mara, dans une interview exclusive accordée à CNC, affirme que « Starlink signe la mort de la fibre optique et l’incompétence de Justin Gourna-Zacko

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Jean-Pierre Mara, dans une interview exclusive accordée à CNC, affirme que « Starlink signe la mort de la fibre optique et l’incompétence de Justin Gourna-Zacko

Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/11/l-ancien-depute-jean-pierre-mara-a-Bangui-au-sein-de-l-assemblee-nationale-centrafricaine.jpg” data-wpel-link=”internal”>Jean-Pierre Mara, dans une interview exclusive accordée à CNC, affirme que « Starlink signe la mort de la fibre optique et l’incompétence de Justin Gourna-Zacko
L’ancien député Jean-Pierre Mara, à Bangui, au sein de l’assemblée nationale centrafricaine

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

 Starlink en Centrafrique : une opportunité ou une catastrophe nationale ? Pour Jean-Pierre Mara, ancien député et ingénieur télécoms, la réponse est claire dans cette interview exclusive à CNC. Il accuse le ministre Justin Gourna-Zacko de sacrifier délibérément la fibre optique et les revenus futurs de l’État au profit d’intérêts particuliers, condamnant ainsi l’indépendance technologique centrafricaine.

Suivez ci-dessous l’interview réalisée par Alain Nzilo, Directeur de publication de CNC

Corbeau News Centrafrique (CNC) : Monsieur Mara, bonjour. Comment analysez-vous l’accord signé entre le gouvernement centrafricain et Starlink ?

 

Jean-Pierre Mara : Bonjour et merci de me donner la parole. Il faut présenter ce contrat avec StarLink dans son contexte géopolitique : c’est indéniablement un succès de la diplomatie avec l’Occident, au grand dam de la Russie et de la propagande panafricaine. On aura beau crier sur l’Occident, critiquer la France, l’Europe ou les États-Unis, la réalité demeure : nous revenons toujours vers ces pays technologiquement avancés. Comme quoi, le Centrafricain doit avoir du recul dans son jugement de la colonisation et reconnaître certaines réalités objectives.

 

Mais en même temps, j’exprime un profond regret concernant le manque de levier de développement des compétences en République Centrafricaine. Nous allons à l’école, nous devenons ingénieurs, mais il nous manque cruellement le levier politique et managérial pour évoluer et faire évoluer notre environnement. Nous n’arrivons pas à exploiter nos connaissances pour nous épanouir et nous développer comme les Japonais et les Chinois l’ont fait avec brio. Cette histoire de StarLink comporte plusieurs facettes troublantes, et le vrai problème reste : qui gagne réellement et qui perd dans ce partenariat ?

 

CNC : Vous établissez un parallèle avec d’autres expériences passées dans le secteur des télécommunications. Pouvez-vous développer ?

 

Jean-Pierre Mara : Absolument. Les Centrafricains ont-ils déjà oublié l’histoire de SartTimes et Telecentrafrique dans le secteur Internet ? Ces projets n’ont jamais fonctionné correctement, et cela n’a pas marché à cause notamment de Canal Plus. En fait, tout ce que la colonisation nous a légué comme infrastructures, nous l’avons systématiquement détruit ou laissé mourir. Les PTT sont mortes, la SOCATI nous l’avons tuée, la SOCATEL nous l’avons tuée, la Télé Centrafrique nous l’avons arrêtée à Bangui seulement. Radio Centrafrique est devenue simplement Radio Bangui, perdant ainsi sa vocation nationale.

 

Aujourd’hui, Canal Plus est présent partout dans le pays, et cela ne nous inspire pas positivement, bien que Canal Plus n’apporte strictement rien à la culture centrafricaine. Si une télévision est censée être le vecteur de la culture d’un pays, qu’est-ce que Canal Plus nous a réellement apporté en matière de culture ? Strictement rien. Nous reproduisons exactement le même schéma destructeur avec StarLink, mais cette fois-ci, les conséquences seront encore plus graves et définitives.

 

CNC : Voyez-vous néanmoins des aspects positifs dans cette technologie satellitaire ?

 

Jean-Pierre Mara : Bon, restons optimistes malgré tout. Je reconnais que StarLink représente une opportunité technique intéressante pour certains projets nécessitant un accès Internet, particulièrement pour contourner les licences gouvernementales excessivement chères imposées par l’État. Je me demande sincèrement si le ministre Gourna-Zacko et le gouvernement en sont réellement conscients, car ils sont tellement fixés sur les miettes reçues comme dessous de table qu’ils sacrifient complètement ce que devrait être le projet stratégique de “Construire la Fibre Optique en RCA”. En fait, le projet de fibre optique pouvait générer des revenus substantiels et récurrents pour l’État centrafricain sur le long terme.

 

CNC : Que pensez-vous de l’impact de cet accord sur les projets de fibre optique et sur l’accessibilité d’Internet ?

 

Jean-Pierre Mara : Soyons clairs et francs : la fibre optique est définitivement morte en République Centrafricaine. StarLink l’a enterrée, et c’est bien uniquement pour ceux qui ont les moyens financiers de s’offrir l’équipement, car cela coûte cher : équipement plus frais d’accès mensuels. Ce n’est absolument pas gratuit contrairement à ce que certains naïfs pourraient croire. La RCA a été incapable pour telle ou telle raison depuis 1997 de développer sa propre infrastructure, alors elle a préféré déléguer lâchement cette responsabilité stratégique à StarLink.

 

Permettez-moi de rappeler un fait historique important : depuis 1997, il existait un projet ambitieux appelé CAB, Central African Backbone, visant à connecter le pays par fibre optique. Mais la mémoire collective étant très, très courte en République Centrafricaine, tout le monde avait complètement oublié cette initiative. Le projet de fibre optique datait donc de 1997 pour être finalement enterré définitivement par StarLink près de trente ans plus tard, sans que personne ne bronche.

 

CNC : Quelles sont selon vous les conséquences économiques et stratégiques de ce choix pour l’avenir du pays ?

 

Jean-Pierre Mara : Les conséquences sont catastrophiques à tous les niveaux. Désormais, la connexion vers l’international se fera exclusivement par StarLink, sans aucun besoin de fibre optique nationale et sans passer par les opérateurs locaux historiques ou commerciaux comme SOCATEL, Orange ou Telecel. Ces entreprises perdent un marché considérable, et l’État perd des revenus fiscaux importants.

 

Voilà où nous en sommes : des gens à qui le peuple confie naïvement sa destinée, des gens qui ne savent absolument pas où se trouve l’intérêt national, où se situe le bénéfice collectif, ni où l’on doit investir stratégiquement pour récupérer des revenus au niveau national. La fibre optique est morte en RCA, vive StarLink, mais au détriment flagrant de passer par SOCATEL, par Orange ou Telecel. C’est une perte économique monumentale pour le gouvernement centrafricain, mais manifestement, nos dirigeants s’en fichent éperdument. Ils préfèrent brader notre souveraineté numérique et hypothéquer notre avenir technologique contre des avantages immédiats dérisoires et des dessous de table.

 

CNC : Quel message adressez-vous au gouvernement et au ministre des Télécommunications ?

 

Jean-Pierre Mara : Mon message est simple mais ferme : ce gouvernement et particulièrement le ministre Gourna-Zacko portent la lourde responsabilité historique d’avoir abandonné la souveraineté numérique de notre pays. Ils ont choisi la facilité et les intérêts particuliers au détriment de la construction patiente d’infrastructures nationales durables et rentables. L’histoire jugera sévèrement cette trahison manifeste des intérêts du peuple centrafricain. Nous assistons impuissants à la mort programmée de notre indépendance technologique, et cela devrait tous nous révolter profondément.

 

CNC : Merci pour votre franchise et vos analyses sans complaisance, Monsieur Mara.

 

Jean-Pierre Mara : Je vous remercie également de permettre à ces vérités d’être entendues publiquement. Le peuple centrafricain mérite infiniment mieux que cette gestion calamiteuse et cette incompétence criminelle.

 

Interview recueillie par Alain Nzilo

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