Dans une lettre ouverte publiée le 17 août 2026, Ferdinand Mbokoto Madji, fondateur et président national de la CNCA-PDD, interpelle Faustin-Archange Touadéra sur la gouvernance du pays, la sécurité, les institutions, les ressources naturelles et l’avenir de la République centrafricaine.
Dans cette lettre adressée à « Faustin-Archange Touadéra, à ses soutiens et au peuple centrafricain », Ferdinand Mbokoto Madji affirme que « le pouvoir est une responsabilité, pas une propriété ». Il estime qu’après plusieurs années de présidence, la question centrale n’est pas seulement de savoir qui gouverne, mais comment le pays est gouverné et ce que cette gouvernance a produit pour la population.
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Selon Ferdinand Mbokoto Madji, depuis l’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra en 2016, la République centrafricaine a connu des évolutions négatives dans le processus de paix et de sécurisation, une pauvreté massive, une fragilité de l’État, une insécurité persistante, une faiblesse des services publics, une dépendance extérieure ainsi que des inquiétudes sur les libertés publiques et des contestations autour des institutions et du processus électoral.
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Le président national de la CNCA-PDD insiste également sur la situation sociale. Il rappelle que la Centrafrique dispose de terres, de forêts, de ressources minières et d’un important potentiel humain, tout en demandant pourquoi une grande partie des familles vivent encore dans une extrême précarité, pourquoi des enfants restent privés d’un accès régulier à une éducation de qualité et pourquoi des citoyens peuvent mourir faute de soins.
Ferdinand Mbokoto Madji cite aussi l’électricité, l’eau potable, les routes, les infrastructures sanitaires et l’emploi parmi les besoins qui restent hors de portée d’une grande partie de la population. Pour lui, le développement ne peut pas être résumé à quelques routes, quelques bâtiments administratifs ou quelques cérémonies officielles.
Sur la sécurité, la CNCA-PDD considère qu’il s’agit de l’une des grandes préoccupations de la population centrafricaine. La lettre relève que des populations continuent d’être exposées à l’insécurité, aux déplacements et aux violences, alors que la présence internationale demeure importante dans le dispositif sécuritaire du pays.
Ferdinand Mbokoto Madji pose alors la question de la souveraineté : « Une République véritablement souveraine peut-elle accepter que sa sécurité repose durablement sur des forces étrangères ou des partenaires extérieurs ? » Il précise que la coopération internationale peut être nécessaire, mais qu’elle doit être transparente, servir l’intérêt national et permettre à terme à l’État centrafricain de disposer d’une armée nationale suffisamment professionnelle et républicaine pour assurer elle-même la protection du territoire.
La coopération entre Bangui et la Russie, notamment avec les groupes Wagner, est également abordée dans la lettre. Ferdinand Mbokoto Madji rappelle que le gouvernement présente cette coopération comme un moyen de lutter contre les groupes armés, tandis que plusieurs organisations et observateurs ont exprimé des préoccupations concernant les droits humains et la transparence de certaines opérations.
Il demande ainsi dans quelles conditions cette coopération est menée, avec quels contrôles, quelles garanties et au bénéfice de qui. « Une véritable souveraineté ne consiste pas à remplacer une dépendance par une autre », écrit-il, avant d’ajouter que « la Centrafrique doit être l’amie de tous, mais la servante de personne ».
La Constitution de 2023 constitue un autre point central de la lettre. Ferdinand Mbokoto Madji rappelle que cette Constitution a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et porté le mandat présidentiel à sept ans, permettant à Faustin-Archange Touadéra de se présenter à un troisième mandat.
Pour le président national de la CNCA-PDD, la question dépasse le seul aspect juridique. Il demande si une Constitution doit protéger la République contre les ambitions personnelles ou être modifiée pour permettre à un dirigeant en exercice de prolonger son pouvoir. Il estime également que les critiques autour de cette réforme ont alimenté les inquiétudes concernant la concentration du pouvoir et l’affaiblissement des contre-pouvoirs.
Ferdinand Mbokoto Madji défend par ailleurs l’indépendance des institutions. Il cite notamment le Parlement, la Justice, la Cour constitutionnelle, l’autorité électorale, l’administration, les forces de sécurité et les médias publics. Selon lui, ces institutions doivent pouvoir exercer leurs missions avec indépendance et impartialité.
« Une République saine repose sur un principe simple : Personne ne doit être suffisamment puissant pour être au-dessus des institutions », affirme-t-il.
Les élections occupent également une place importante dans la lettre. Ferdinand Mbokoto Madji estime qu’une élection ne peut être véritablement démocratique que si les citoyens peuvent voter librement, si les candidats peuvent faire campagne équitablement, si les institutions électorales inspirent confiance et si les résultats peuvent être contestés dans un cadre légal.
Il rappelle qu’avant les élections de décembre 2025, Human Rights Watch avait exprimé des préoccupations concernant les irrégularités potentielles, les interférences politiques et les pressions sécuritaires susceptibles d’affecter la crédibilité et l’inclusivité du scrutin.
La CNCA-PDD défend aussi la place de l’opposition, des journalistes et des citoyens dans la vie publique. Ferdinand Mbokoto Madji affirme que « l’opposition n’est pas l’ennemie de la République » et qu’elle constitue l’un des mécanismes permettant d’empêcher le pouvoir de devenir aveugle.
Il estime qu’un journaliste qui critique le gouvernement ne détruit pas la République, qu’un opposant qui dénonce une décision ne trahit pas nécessairement la Nation et qu’un citoyen qui manifeste pacifiquement n’est pas nécessairement un ennemi de l’État. « Le patriotisme ne consiste pas à applaudir le pouvoir. Le patriotisme consiste parfois à avoir le courage de lui dire : “Vous vous trompez.” »
La corruption et la gestion des ressources naturelles figurent également parmi les préoccupations exposées par Ferdinand Mbokoto Madji. Il dénonce les conséquences de la corruption sur les écoles, les hôpitaux, les routes et l’emploi. Il demande que les accusations crédibles fassent l’objet d’enquêtes, que les preuves établies donnent lieu à des jugements et que la présomption d’innocence soit protégée.
La lettre demande aussi davantage de transparence dans la gestion des diamants, de l’or, du bois, de l’uranium, du lithium, des terres agricoles et des forêts. Ferdinand Mbokoto Madji veut notamment que le peuple puisse savoir qui exploite ces ressources, dans quelles conditions, combien l’État reçoit et combien revient aux populations locales.
La jeunesse constitue un autre axe du document. La CNCA-PDD estime qu’une jeunesse sans emploi, sans perspectives et sans confiance dans les institutions devient vulnérable à toutes les manipulations. La lettre cite le jeune sans emploi, le diplômé sans avenir, l’étudiant sans moyens, le cultivateur sans route pour vendre sa production, le commerçant sans accès au financement et le citoyen sans électricité parmi les urgences nationales.
« Nous devons arrêter de demander à notre jeunesse de patienter éternellement », écrit Ferdinand Mbokoto Madji. Il estime que la jeunesse ne doit pas être le carburant des campagnes électorales, mais le moteur du développement national.
Sur la question communautaire, le président national de la CNCA-PDD appelle également les Centrafricains à sortir d’une logique dans laquelle chaque communauté serait appelée à défendre son candidat ou ses intérêts. Il affirme que « la pauvreté n’est pas chrétienne », que « la corruption n’est pas musulmane », que « l’injustice n’est pas Gbaya », que « le chômage n’est pas Yakoma », que « la misère n’est pas Zandé » et que « la souffrance est nationale ».
Ferdinand Mbokoto Madji interpelle directement Faustin-Archange Touadéra sur la trace qu’il laissera dans l’histoire. Il demande si le président sera retenu comme celui qui aura renforcé les institutions ou comme celui qui aura renforcé la personnalisation du pouvoir, comme celui qui aura réconcilié les Centrafricains ou comme celui qui aura laissé derrière lui une société plus divisée.
Dans la dernière partie de la lettre, la CNCA-PDD affirme que le problème de la Centrafrique n’est pas seulement celui d’un homme, mais celui d’un système politique, institutionnel et économique qui doit être profondément réformé.
Ferdinand Mbokoto Madji écrit : « Nous ne voulons pas simplement changer de maître. Nous voulons changer de système. » Il énumère parmi les changements souhaités une Constitution qui protège le peuple, des institutions indépendantes, des élections crédibles, une justice réellement indépendante, la liberté pour les journalistes de travailler, la possibilité pour l’opposition de s’exprimer, une armée appartenant à la République, une gestion des ressources naturelles au profit du peuple et une lutte contre la corruption sans distinction.
La CNCA-PDD affirme enfin que la Centrafrique ne manque ni de richesses, ni de patriotes, ni de jeunes, ni de ressources, mais qu’elle manque d’un système permettant de transformer ces ressources en prospérité collective et de permettre aux patriotes compétents de servir la Nation.
Ferdinand Mbokoto Madji appelle à un combat « pacifique, démocratique et républicain ». Il rejette la vengeance, la haine et la violence et préconise « la vérité, la justice, les institutions et la mobilisation citoyenne ». « La République demeure. Et la République centrafricaine appartient à ses enfants », écrit-il.
La lettre se termine par un appel à construire une Centrafrique où aucun citoyen n’a besoin de demander la permission d’être pleinement centrafricain, où l’on ne demande plus « De quel clan es-tu ? », mais « Que peux-tu apporter à la République ? ». Ferdinand Mbokoto Madji conclut par trois formules : « La liberté ne se donne pas : elle se défend. La démocratie ne se proclame pas : elle se pratique. La République ne s’hérite pas : elle se construit. »
Par Alain Nzilo
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