La question des détenus politiques reste au centre des débats sur les libertés publiques en République centrafricaine. Alors que les soi-disant autorités et certains journalistes, y compris certains discours officiels évitent cette qualification, plusieurs personnalités politiques, responsables publics et proches d’opposants restent incarcérés dans des affaires liées, directement ou indirectement, à des dossiers politiques.
Le débat ne porte pas uniquement sur le terme utilisé pour désigner ces prisonniers. Il concerne aussi les circonstances de leur arrestation, la durée de leur détention, les accusations retenues contre eux et les garanties dont ils bénéficient devant la justice.

Pourquoi le terme « détenu politique » dérange-t-il autant ?
Un détenu politique n’est pas nécessairement une personne arrêtée uniquement parce qu’elle appartient à un parti d’opposition. La question porte également sur l’utilisation éventuelle de procédures judiciaires pour sanctionner une activité politique, une opinion, une proximité avec un opposant ou une contestation du pouvoir.
À lire aussi : Justice en Afrique : L’appel au courage de l’ancien ministre malien Mamadou Ismaila Konaté face au naufrage constitutionnel de la RCA
C’est précisément sur ce terrain que plusieurs affaires centrafricaines alimentent le débat. Lorsque des responsables politiques ou des personnalités publiques sont arrêtés dans des dossiers liés à des accusations de complot, de tentative de déstabilisation ou à leur entourage politique, la question de la motivation réelle des poursuites se pose.
À lire aussi : Pas de marché, pas d’agriculture : Yalinga meurt de faim pendant que Bangui et ses partenaires font semblant de développer
Le cas du docteur constitutionnaliste Dominique Désiré Erenon constitue l’un des dossiers les plus cités. Président du parti MDSP et opposant politique, il a été arrêté à son arrivée à l’aéroport de Bangui le 3 octobre 2025 après plusieurs années passées en France. Son incarcération continue d’alimenter le débat sur le traitement réservé aux opposants politiques. Alors, ERENON n’est-il pas un détenu politique ?
Des détentions qui s’inscrivent dans des affaires politiques
L’affaire Armel Sayo a également entraîné plusieurs arrestations de personnes appartenant à son entourage ou soupçonnées d’avoir des liens avec lui. Parmi elles figure Abakar Mahamat, ancien directeur général du Trésor public et coordinateur du projet AGIR.
Abakar Mahamat a été arrêté le 11 mars 2025 dans son bureau par l’OCRB. Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, son arrestation était liée à l’affaire de l’ancien ministre Armel Sayo. Pendant ce temps, un juge d’instruction avait ordonné la libération de sept personnes dans ce dossier, dont Abakar Mahamat, avant une contestation de cette décision par le ministre de la Justice, qui n’est autre que son cousin.
Régis-Lionel Dounda : dix ans de prison et une procédure d’appel bloquée
Le cas de Régis-Lionel Dounda est encore plus parlant. Ancien ministre de la Jeunesse et des Sports et responsable politique du MLPC, il est détenu depuis 2021 dans l’affaire dite de BOKOM, liée à des accusations farfelues de malversations dans la gestion d’un dossier foncier.
Régis-Lionel Dounda a été jugé et condamné en première instance à dix ans d’emprisonnement. Il a exercé son droit de faire appel de cette décision. Mais depuis, son recours reste bloqué dans la pratique, sur décision du ministre d’État à la justice. En plus, un autre suspect, directement lié à cette affaire, Daniel Nzéwé, lui- reste en liberté, malgré son implication directe dans le dossier. Rappelons que Daniel Nzéwé est membre du parti MCU au pouvoir.
Il est à noter qu’une procédure d’appel puisse avancer, ses avocats doivent obtenir la grosse du jugement de première instance. Ce document leur est nécessaire pour poursuivre normalement la procédure. Ils l’ont demandé, mais ne l’ont pas obtenu, tout est bloqué.
Cette situation bloque ainsi l’exercice effectif de son recours. Dounda reste en prison depuis plusieurs années alors que sa condamnation n’est pas définitive.
Une question qui dépasse les seuls opposants
Le débat ne concerne pas uniquement les dirigeants de partis politiques. Des fonctionnaires, des militaires, des membres de familles d’opposants et d’autres personnalités ont également été arrêtés dans différents dossiers à dimension politique ou sécuritaire.
Dans l’affaire Armel Sayo, le CNC avait notamment rapporté l’arrestation de membres de sa famille ainsi que celle de plusieurs personnes soupçonnées d’être liées au dossier. Ces arrestations ont alimenté les interrogations sur la responsabilité individuelle de personnes poursuivies en raison de leurs liens supposés avec une personnalité politique.
C’est précisément cette extension des arrestations à l’entourage de certaines personnalités qui rend nécessaire un examen individuel des dossiers. Une personne ne devrait pas être privée de liberté uniquement en raison de son lien familial, professionnel ou politique avec quelqu’un faisant l’objet de poursuites.
La réponse de Martin Ziguélé
Interrogé sur l’existence de détenus politiques en Centrafrique, Martin Ziguélé a déplacé le débat vers une conception plus large de la liberté politique. L’ancien Premier ministre et président du MLPC affirme lui-même être interdit de parole sur la radio et la télévision publiques.
« Il y a plusieurs formes de prison », répond-il. Pour Martin Ziguélé, empêcher une personnalité politique de s’exprimer dans des médias financés par le Trésor public constitue déjà une restriction importante de sa liberté.
Il ajoute : « Même si vous êtes dehors et que vous ne pouvez pas parler, c’est comme si vous étiez en prison. » Cette réponse ne règle pas à elle seule la question des personnes effectivement incarcérées, mais elle renvoie à un problème plus large : celui de la frontière entre justice pénale, liberté politique et répression de l’opposition.
La question demeure donc entière : si des personnes sont arrêtées dans des affaires liées à des opposants, si certaines restent détenues pendant de longues périodes, pourquoi ce terme reste-t-il si difficile à employer dans le débat public centrafricain ?
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC
Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube
Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65
Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org
Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org




