Justice à Bozoum : après un viol, le père de la victime, René Béfio, incarcéré à la gendarmerie sur décision incroyable et spectaculaire du procureur Feï-ingmona Steve

À Bozoum, dans la préfecture de l’Ouham-Pendé, une affaire de viol prend une tournure judiciaire incroyable. Selon les éléments recueillis par notre rédaction, le père de la victime, René Béfio, a été placé en détention après avoir participé à un règlement coutumier conclu avec la famille du jeune violeur. Le jeune homme, qui a lui-même reconnu les faits devant la police, avait été libéré après cet arrangement. Quelques jours plus tard, René Béfio a été convoqué par le procureur de la République avant d’être conduit à la gendarmerie d’une manière spectaculaire et incroyable.
Une révélation après trois mois d’immobilisation
Rappelons que monsieur René Béfio est chef du quartier Traitant 2, situé derrière la brigade de recherche de Bozoum. Il travaille également comme maçon pour Caritas sur un chantier situé à une dizaine de kilomètres de la ville.
Depuis environ trois mois, il ne peut plus exercer son activité après avoir été victime d’un grave accident au pied. La blessure, toujours ouverte et douloureuse, l’a contraint à rester à son domicile. Cette immobilisation lui aurait fait perdre environ 270 000 francs CFA de revenus, sur la base d’un salaire mensuel de 90 000 francs CFA.
C’est durant cette période que René Béfio commence à s’interroger sur les conséquences de son accident pour sa famille.
Dans sa communauté, surtout dans sa coutume, certaines familles associent ce type d’événement à certaines pratiques et croyances. René Béfio décide alors d’interroger son entourage, y compris sa fille, Béfio Karine, pour savoir si elle rencontre un problème particulier.
La jeune fille lui révèle alors avoir été violée par un jeune homme de la localité.
Karine identifie le jeune homme auprès de son père. René Béfio le fait venir pour lui demander des explications. Le jeune homme nie d’abord les faits et conteste l’accusation.
Selon les informations recueillies par notre rédaction, le jeune homme explique notamment que si l’affaire est portée devant la justice et que si la justice dit que ce n’est pas lui qui est l’auteur de viol de Karine, le père va faire comment? Mais la jeune fille maintient son accusation et confirme bel et bien que c’est le jeune qui est son violeur. Karine maintient pourtant son identification.
La reconnaissance devant la police
Face au refus du jeune homme, René Béfio décide de saisir le commissariat de Bozoum.
La police convoque le jeune homme ainsi que la jeune fille. Une confrontation s’est déroulée au sein du commissariat de police. Les deux parties sont entendues par l’enquêteur.
Selon les informations recueillies dans le cadre de notre enquête, le jeune homme finit alors par reconnaître les faits devant les policiers. Il est aussitôt placé en détention.
La suite de l’affaire ne relève plus seulement de la procédure policière. Les parents du jeune homme se présentent auprès des policiers pour négocier sa libération, mais les policiers disent non. Ils conseillent aux parents du jeune violeur d’aller voir le père de Karine et négocier avec lui pour avoir un arrangement. C’est dans ce contexte qu’ils peuvent le libérer, disent les policiers aux parents du jeune violeur.
Un règlement coutumier entre les deux familles
Les proches du jeune homme se rendent alors chez René Béfio. Ils lui demandent pardon et discutent avec lui des conditions d’un règlement.
Lors de la confrontation au domicile du chef René Béfio, celui-ci , de son côté, explique aux parents les différentes règles de sa coutume, et surtout, la nécessité de les respecter. Il explique son accident et les pertes financières engendrées. Il demande aux parents de lui payer rien que ses pertes financières et acheter quelques produits pour faire le sacrifice. Les parents du jeune violeur discute et arrive à une conclusion avec le père.
La famille du jeune homme remet 100 000 francs CFA à René Béfio. Elle fournit également des poulets et les éléments nécessaires au rituel coutumier prévu dans ce type de règlement.
Après cet arrangement, la plainte est retirée et le jeune homme est libéré.
L’affaire rebondit après l’intervention de Sidonie
Après l’arrangement, René Béfio pense à son ex-épouse, la mère de Karine Béfio, madame Sidonie. Rappelons que Sidonie est l’épouse de Béfio, et qu’il vient juste de se séparer avec elle devant le tribunal il y’a seulement deux mois. René prépare une enveloppe pour elle et lui envoie une somme de 15 000 francs CFA à son ex-épouse, Sidonie.
Les reste, il distribue aux frères de Karine et aux autres membres de la famille. C’est à partir de cette distribution que l’affaire prend une nouvelle tournure.
Sidonie, de son côté, est en colère et conteste la somme qu’elle a reçu de la main de son ex-époux, monsieur René Béfio. Elle sollicite aussitôt l’intervention de son frère aîné, Déya Mathurin, magistrat, conseiller à la Cour d’appel de Bangui. Depuis la capitale, le magistrat contacte directement le procureur de la République près le tribunal de Bozoum, Feï-ingmona Steve.
Selon les informations recueillies, les deux hommes ont un lien familial, le procureur étant présenté comme le neveu de Déya Mathurin. Déya est lui-même le grand frère de Sidonie, l’ex-épouse de Renée. Vous voyez bien le schema?
Le procureur de Bozoum, de son côté, convoque alors René Béfio ainsi que son ex-épouse Sidonie dans son bureau.
René Béfio se rend à la convocation. Sidonie est également présente.
Le procureur appelle la gendarmerie
C’est au cours de cette rencontre que la situation bascule.
Selon les informations recueillies par notre rédaction, le procureur Feï-ingmona Steve prend son téléphone et appelle le commandant de la gendarmerie.
Il lui demande de venir récupérer René Béfio.
Les gendarmes arrivent et conduisent le chef de quartier à la brigade. René Béfio est ensuite placé en détention. Ainsi, depuis le 24 août 2026, René Béfio se trouve en détention à la brigade de recherche de la gendarmerie de Bozoum.
« Si c’est pour les 100 000 francs, je peux les rembourser »
Depuis sa cellule, René Béfio conteste les raisons de son arrestation. Selon les propos rapportés à notre rédaction, il explique que les 100 000 francs CFA ne constituent pas un argent qu’il aurait pris pour lui dans le but de faire libérer le jeune homme. Il rappelle que la somme a été versée dans le cadre du règlement coutumier conclu entre les deux familles.
Il affirme également être prêt à restituer les 100 000 francs CFA si cette somme constitue le problème.
Son principal argument porte sur le fait qu’il ne comprend pas pourquoi il est détenu alors que l’affaire concernait d’abord sa fille et qu’un règlement coutumier avait été conclu avec la famille du jeune homme.
René Béfio insiste aussi sur son état physique. Sa blessure au pied n’est toujours pas guérie. Il affirme souffrir de douleurs importantes et explique que son maintien en cellule aggrave sa situation.
Il demande, selon les informations recueillies, que la somme soit restituée si nécessaire et qu’il soit remis en liberté, si ce sont les magistrats qui sont les vrais papa de Karine Béfio. Il se demande comment une affaire familiale est devenue une affaire criminelle. Mettre quelqu’un en prison pour de rien.
Voilà comment notre pays fonctionne. Comment la justice fonctionne chez nous. Comment être frère ou sœur d’un magistrat suffit à plonger quelqu’un en prison.
Notre enquête se poursuit sur cette affaire jusqu’au bout.




