Centrafrique : Faustin Zaméto met en garde le régime contre un nouvel échec du programme Éducation 2023-2027 financé à hauteur de 30 millions d’euros

Rédigé le 26 août 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le sociologue et analyste politique Faustin Zaméto critique la mise en œuvre du Programme Éducation 2023-2027, financé à hauteur de 30 millions d’euros par l’Union européenne. Dans une tribune publiée le 19 août, il oppose les réunions de pilotage organisées à Bangui aux conditions d’apprentissage observées dans certaines écoles de province.
Faustin Zaméto oppose Bangui aux réalités des écoles
Dans sa tribune intitulée « Éducation 2023-2027 : 30 millions pour enterrer l’école ou la sauver ? », Faustin Zaméto revient sur la deuxième réunion du Comité de pilotage du Programme Éducation 2023-2027, tenue à l’UNICEF à Bangui.
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Le sociologue relève la présence du ministre d’État Kongbelet Zingas et du ministre Syssa-Magalé à cette réunion consacrée à un programme doté de 30 millions d’euros. Le financement doit notamment permettre d’améliorer l’accès à l’éducation, la qualité de l’enseignement et la gouvernance du secteur.
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Faustin Zaméto compare cette réunion à la situation décrite dans une école de Bambi, dans l’Ouham-Pendé. Il évoque des classes pouvant compter jusqu’à 120 élèves, l’absence de manuels et une nouvelle école dont le toit aurait été emporté par les premières pluies.
Pour l’analyste politique, cette différence entre les annonces institutionnelles et les conditions d’apprentissage constitue l’un des principaux problèmes du système éducatif centrafricain.
Quatre causes identifiées par Faustin Zaméto
Faustin Zaméto identifie quatre facteurs qui, selon lui, expliquent les difficultés répétées des programmes éducatifs en République centrafricaine.
La première cause concerne ce qu’il décrit comme une « rente diplomatique ». Selon lui, les programmes seraient davantage conçus autour des attentes des bailleurs que des besoins réels des élèves. Il critique notamment la production de rapports et la multiplication des réunions institutionnelles, qu’il oppose aux résultats observés sur le terrain.
La deuxième cause est liée au rôle de l’État. Faustin Zaméto cite plusieurs organisations intervenant dans la construction ou la réhabilitation des infrastructures scolaires, notamment Caritas, COOPI, Plan, NRC et IRC. Il estime que l’État ne dispose pas toujours des moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour assurer un contrôle efficace des travaux.
La troisième difficulté concerne l’écart entre les besoins du système éducatif et les ressources disponibles. Faustin Zaméto rappelle que, selon les chiffres cités dans sa tribune, 60 % des enfants seraient non scolarisés et 40 % des écoles détruites ou inexistantes. Il souligne aussi que le programme couvre dix préfectures avec une enveloppe de 30 millions d’euros sur la période 2023-2027.
La quatrième cause avancée par l’analyste est l’absence de sanctions contre les travaux jugés défaillants. Il cite plusieurs périodes, de 2010 à 2023, marquées selon lui par des écoles inachevées, des accusations de corruption ou des réhabilitations partielles, tout en déplorant l’absence d’audits et de sanctions.
Cinq mesures proposées pour éviter un nouvel échec
Faustin Zaméto appelle l’État et les partenaires financiers à renforcer le contrôle des projets éducatifs avant l’échéance de 2027.
Il propose d’abord la mise en place d’un suivi citoyen de chaque école, avec un comité de parents, un numéro vert, l’affichage des budgets et la géolocalisation des établissements. Il souhaite aussi qu’un mécanisme permette aux populations de signaler rapidement les problèmes et d’obtenir une réponse dans un délai de sept jours.
Le deuxième axe concerne les enseignants. Face aux classes pouvant atteindre 120 élèves, Faustin Zaméto préconise le recrutement, la formation et la rémunération de 5 000 enseignants, avec leur intégration dans la fonction publique.
Il demande également que le financement soit directement lié aux résultats. Dans sa proposition, l’Union européenne ne devrait débloquer une deuxième tranche qu’après un audit indépendant d’au moins 100 écoles.
Faustin Zaméto appelle ensuite l’État à reprendre un rôle plus important dans la construction et le contrôle des infrastructures scolaires. Il propose notamment de consacrer 15 % du budget national à l’éducation et de déployer des ingénieurs de l’État sur les chantiers.
Enfin, l’analyste propose de publier la liste des écoles construites ou réhabilitées depuis 2010, accompagnée de photographies avant et après les travaux. Il présente cette mesure comme un moyen de permettre un contrôle public des réalisations annoncées.
« 30 millions d’euros ne sauveront pas l’école »
Dans la dernière partie de sa tribune, Faustin Zaméto estime que les 30 millions d’euros annoncés ne suffiront pas, à eux seuls, à résoudre les difficultés du système éducatif centrafricain. Il attribue une place centrale à la volonté politique et à la capacité de l’État à assurer le suivi des investissements.
Faustin Zaméto appelle aussi les parents à participer davantage aux décisions concernant l’avenir scolaire de leurs enfants et encourage les enseignants à poursuivre leur travail malgré les difficultés.
L’analyste souhaite surtout que le Programme Éducation 2023-2027 ne reproduise pas, selon lui, les insuffisances constatées dans les programmes précédents. Il demande que les résultats soient évalués à partir des conditions réelles d’apprentissage et des progrès des élèves, plutôt qu’à travers le nombre de réunions ou de projets annoncés.
Par Alain Nzilo
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