Le chef de quartier René Béfio a été libéré après son procès au tribunal de grande instance de Bozoum. Le jeune homme accusé du viol de sa fille reste détenu après avoir reconnu les faits à l’audience.
Le violeur reconnaît les faits devant le tribunal
Quelques jours après son incarcération, René Béfio a finalement comparu devant le tribunal de grande instance de Bozoum. Le jeune homme accusé du viol de sa fille était également présent à l’audience.
Les deux hommes avaient été conduits depuis la gendarmerie pour être jugés. Notre équipe était présente dans la salle et a enregistré l’audience dans son intégralité.
Interrogé par le tribunal sur les faits reprochés, le jeune homme a reconnu ouvertement avoir violé la fille de René Béfio. Il a également expliqué les circonstances de son arrestation initiale.
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Il a reconnu que le père de la jeune fille l’avait conduit à la police après les accusations portées contre lui. Il a aussi confirmé avoir versé 100 000 francs CFA dans le cadre du règlement intervenu entre les deux familles.
Le jeune homme n’a pas compris pourquoi il avait de nouveau été arrêté et conduit devant le tribunal après cet arrangement. Il a expliqué aux juges qu’il ne savait pas pourquoi il se retrouvait à nouveau détenu.
René Béfio interrogé sur les 100 000 francs CFA
Le tribunal s’est ensuite intéressé au cas de René Béfio, père de la victime. Celui-ci a expliqué qu’il n’avait pas cherché à tirer profit de l’affaire.
Il a rappelé que le jeune homme avait violé sa fille et qu’un règlement avait ensuite été conclu entre les deux familles. Les 100 000 francs CFA avaient été versés dans ce cadre.
René Béfio a expliqué qu’il ne voyait pas ce qui pouvait lui être reproché après cet arrangement. Il a également rappelé qu’il avait lui-même saisi la police après les révélations de sa fille.
C’est alors qu’une scène particulièrement surprenante s’est produite à l’audience. Le tribunal a indiqué à René Béfio qu’il envisageait une peine d’emprisonnement avec sursis.
Les magistrats lui ont présenté une fourchette comprise entre quatre et six mois avec sursis, sans amende. René Béfio a été invité à choisir entre ces deux durées.
Le prévenu a répondu qu’il souhaitait deux mois.
Le tribunal lui a alors demandé d’attendre le délibéré, fixé au mercredi suivant.
Six mois ferme et 100 000 francs d’amende pour le jeune homme
Le tribunal a réservé un traitement différent au jeune homme poursuivi pour le viol.
Après sa reconnaissance des faits à l’audience, le tribunal a annoncé une peine de six mois d’emprisonnement ferme, assortie d’une amende de 100 000 francs CFA.
Les juges ont également fait référence aux 100 000 francs CFA déjà versés à René Béfio. Le jeune homme devait désormais payer 100 000 francs CFA au tribunal au titre de l’amende.
À l’issue de l’audience, René Béfio et le jeune homme ont été reconduits à la gendarmerie de Bozoum dans l’attente du délibéré.
Une semaine plus tard, la décision est finalement intervenue. René Béfio a été libéré. Le jeune homme condamné pour le viol reste, pour le moment, en détention.
Une question simple : pourquoi demander au prévenu de choisir sa peine ?
Le déroulement de cette audience laisse une question difficile à écarter : dans quelle procédure judiciaire un tribunal demande-t-il à un prévenu de choisir entre deux durées de prison avec sursis ?
René Béfio était poursuivi après avoir dénoncé le viol de sa fille. Le jeune homme présenté comme l’auteur des faits a reconnu le viol devant le tribunal. Le père avait ensuite participé à un règlement coutumier entre les deux familles.
Le même dossier aboutit donc à deux situations très différentes. Le jeune homme reconnaît les faits et reçoit une peine ferme. Le père de la victime, lui, est poursuivi puis libéré après avoir été invité à se prononcer sur la durée de sa peine avec sursis.
Notre équipe a assisté à cette audience et dispose de l’enregistrement des débats. Les déclarations prononcées devant le tribunal peuvent ainsi être vérifiées à partir des éléments enregistrés.
La publication du CNC au cœur des tensions
Cette affaire avait déjà fait l’objet d’une première publication de Corbeau News Centrafrique. Cette publication avait provoqué la colère du procureur de Bozoum, Feï-ingmona Steve.
D’après les informations recueillies par notre rédaction, le procureur avait notamment déclaré que la publication du CNC était une raison supplémentaire de maintenir René Béfio en détention.
Cette déclaration donne une dimension particulière à la suite du dossier. René Béfio a finalement été libéré après son passage devant le tribunal, malgré la décision initiale ayant conduit à son incarcération.
L’affaire pose ainsi la question du rapport entre la justice locale et la liberté de la presse. Un justiciable détenu peut-il être maintenu en prison en raison de la publication d’un article consacré à son dossier ?
La détention d’un citoyen ne devrait pas dépendre du fait que son affaire soit publiée ou non dans la presse. Les décisions judiciaires doivent reposer sur des actes de procédure, des faits établis et les dispositions de la loi.
À Bozoum, le dossier de René Béfio laisse désormais derrière lui une succession de faits que notre rédaction continue d’examiner : un viol reconnu devant le tribunal, un règlement coutumier de 100 000 francs CFA, l’incarcération du père de la victime, son procès, une peine avec sursis et sa libération finale.
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