Perruques arrachées, moto braquée  et téléphones volés : Bangui est désormais livrée aux pickpockets et aux vols à l’arraché

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Perruques arrachées, moto braquée  et téléphones volés : Bangui est désormais livrée aux pickpockets et aux vols à l’arraché

 

Centrafrique.org/wp-content/uploads/2026/01/un-moto-taximan-porte-une-femme-et-ses-deux-enfants-sur-l-avenue-des-martyres-devant-l-universite-de-Bangui-photo-cnc.webp” data-wpel-link=”internal”>Un moto-taximan porte une femme et ses deux enfants sur l'avenue des Martyres devant l'Université de Bangui. Photo CNC
Un moto-taximan porte une femme et ses deux enfants sur l’avenue des Martyres devant l’Université de Bangui. Photo CNC

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Le réveillon du Nouvel An a viré au cauchemar pour nombre de Banguissois. Agressions répétées, vols à l’arraché, blessures : la nuit festive s’est transformée en chasse aux objets de valeur. Cette multiplication des forfaits dans une capitale pourtant bardée de policiers et gendarmes interroge sur l’efficacité réelle du dispositif sécuritaire.

 

Tout commence réellement cette nuit du 31 décembre, lorsqu’une jeune femme décide de rentrer chez elle après avoir célébré la nouvelle année non loin de son domicile. Aux environs du bar des Camerounais à Bimbo, deux individus la prennent en filature. Ils visent son téléphone haut de gamme qu’elle porte accroché à une bandoulière. En quelques secondes, la situation bascule : les malfrats tentent d’arracher l’appareil tandis que la victime résiste de toutes ses forces. Elle hurle, s’agrippe à son bien, refuse de lâcher prise. Les coups pleuvent sur son visage pendant qu’elle continue de crier à l’aide. Finalement, les agresseurs abandonnent leur proie sans parvenir à emporter le téléphone, désormais complètement hors d’usage. La jeune femme se retrouve blessée, traumatisée, seule dans la nuit sans qu’aucun secours ne soit venu à son aide malgré ses appels désespérés.

 

Pendant ce temps, ailleurs dans la capitale, d’autres scènes similaires se déroulent simultanément. Au  quartier Fouh, dans le quatrième arrondissement de la capitale, un propriétaire de Samsung se fait délester de son appareil en un clin d’œil. Le voleur opère avec une rapidité déconcertante, profitant de l’agitation nocturne pour fondre sur sa cible avant de disparaître dans la foule. Personne n’a le temps de réagir, encore moins d’intervenir. Le lendemain, la victime cherchera en vain à comprendre comment cela a pu se produire si vite.

 

Un peu loin de là, du côté de SICA 2 près du marché, une femme vit une expérience encore plus humiliante. Un voleur en moto la repère, accélère dans sa direction et lui arrache littéralement sa perruque brésilienne du crâne. C C’est un véritable cauchemar. L’objet capillaire, probablement coûteux, change de propriétaire en une fraction de seconde. La victime reste pétrifiée, touchant son crâne dénudé devant les passants médusés. Personne ne poursuit le motocycliste qui s’éloigne déjà vers une destination inconnue avec son butin improbable.

 

Au quartier Combattant, dans le huitième arrondissement de la capitale, dans le plein quartier des bandits, c’est une moto entière qui disparaît dans des circonstances tout aussi rapides. Le propriétaire s’absente quelques minutes, le temps d’effectuer une course ou de saluer une connaissance. À son retour, l’emplacement où stationnait son deux-roues est vide. Aucun témoin ne peut lui fournir d’explication.

 

Impossible néanmoins d’établir un recensement précis de tous les vols commis durant ces vingt-quatre heures de festivités de cette fin d’année. Les victimes se comptent probablement par dizaines, peut-être davantage. Beaucoup préfèrent garder le silence plutôt que d’entamer des démarches qu’elles jugent inutiles.

 

Cette dégradation sécuritaire trouve ses origines selon plusieurs observateurs  dans une gestion politique calamiteuse qui s’étale sur plusieurs décennies. Les élites centrafricaines successives ont progressivement construit un système où la formation, l’éducation et la culture passent après d’autres préoccupations.

 

Les priorités gouvernementales du régime de Faustin-Archange Touadera confirment cette orientation discutable. Plutôt que d’investir massivement dans l’enseignement ou la santé, les emplois créés concernent principalement les secteurs régaliens : armée, gendarmerie, police, douanes. Des milices comme celle des Requins reçoivent également des moyens pour se structurer. Parallèlement, la gestion des ressources minières échappe largement aux Centrafricains. Des mercenaires russes du groupe Wagner assurent la sécurité des sites d’extraction tandis que des investisseurs chinois contrôlent les circuits commerciaux. Cette sous-traitance généralisée prive le pays de revenus substantiels tout en renforçant la dépendance vis-à-vis d’acteurs extérieurs.

 

Dans ce contexte délétère, les citoyens ordinaires subissent quotidiennement les conséquences d’un État défaillant. Sortir faire ses courses au marché comporte des risques réels. Rentrer d’une soirée nécessite une vigilance de tous les instants. Attendre un bus à un arrêt peut tourner au drame. Et pendant que cette insécurité gangrène le quotidien, aucune structure ne permet aux victimes de signaler efficacement ces agressions ou de réclamer des comptes sur l’inaction des forces publiques.

 

Plus spectaculaire encore, même les quartiers réputés sécurisés n’échappent pas à cette vague criminelle. Boy Rabe, quatrième arrondissement, où réside le dictateur de Bangui, connaît lui aussi des vols à l’arraché. Comment expliquer qu’un secteur présidentiel, normalement ultra-protégé, puisse subir de telles attaques ? Cette anomalie démontre l’ampleur du dysfonctionnement. Si les abords immédiats du lieu présidentiel ne bénéficient pas d’une protection efficace, que reste-t-il aux quartiers périphériques où vivent les populations modestes ?

 

Par Brahim Sallé

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