Interview exclusive : Denise Madina Duekoe brise le silence sur Michel Djotodia. « Il a choisi la paix pour éviter un bain de sang »
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Dans un entretien exclusif accordé à Corbeau News Centrafrique (CNC), Denise Madina Duekoe , ancienne Préfète de l’Ombella-Mpoko et ex-épouse du président de transition Michel Djotodia, revient sur les rumeurs persistantes entourant l’ancien chef d’État. Elle dénonce les attaques répétées contre sa personne, défend son parcours et rappelle les circonstances de son départ du pouvoir en 2014. Selon elle, Djotodia n’a jamais cherché le chaos mais a accepté de quitter la présidence sous pression internationale pour éviter un bain de sang en Centrafrique. Elle insiste sur la nécessité d’un dialogue national inclusif et affirme que tôt ou tard, la vérité sur l’histoire du pays sera dite devant le peuple.
Voici l’intégralité de l’interview :
Corbeau News Centrafrique (CNC) : Bonjour madame Denise Madina Duekoe . Récemment, vous avez réagi à des rumeurs persistantes concernant l’ancien président de transition Michel Djotodia. Votre déclaration a fait grand bruit. Qu’est-ce qui vous a réellement poussée à prendre la parole ?
Denise Madina Duekoe : Tout simplement parce que trop, c’est trop. Michel Djotodia n’aime pas répondre aux rumeurs. C’est un ancien chef d’État, il garde toujours un droit de réserve. Mais certains se croient au-dessus de tout et passent leur temps à salir son nom sur les réseaux sociaux et ailleurs. Ce sont des gens qu’on connaît très bien : des vendeurs de pétrole à lampe au quartier KM5 la nuit, et qui aujourd’hui se présentent comme des experts en pétrole ou en politique. Ils n’arrivent même pas à la cheville de Djotodia, mais ils se permettent de l’insulter. Je ne pouvais plus rester silencieuse devant ce manque de respect.
CNC : Revenons sur ce que Michel Djotodia a déclaré lorsqu’il était au pouvoir. Il avait dit qu’il n’était pas allé à l’étranger pour former sa rébellion. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Denise Madina Duekoe : Oui. Djotodia a toujours affirmé qu’il n’avait pas eu besoin de soutiens extérieurs pour former la Séléka. Il racontait qu’un mécanicien soudanais, qui faisait partie du groupe, n’était venu que pour réparer des véhicules de la Seleka. Cet homme avait ensuite pris les armes et s’était comporté comme un rebelle, mais ce n’était pas son rôle. À Bangui, il s’est basé à l’ancienne base des sapeurs pompiers et a multiplié les exactions et des pillages. C’est pour cela que Djotodia l’a laissé repartir dans son pays en 2014.
CNC : Beaucoup disent qu’il est venu accompagné de djandjawids soudanais ou de Boko Haram. Est-ce fondé ?
Denise Madina Duekoe : Pas du tout. Il n’a jamais été accompagné des éléments janjawid ni des islamistes de Boko Haram. Les seuls étrangers qui se sont joints étaient des réfugiés sud-soudanais déjà présents en Centrafrique, proches de John Garang. Quand la Séléka est entrée à Bangui en 2013, ces réfugiés et d’autres jeunes Centrafricains se sont ralliés au mouvement. Ce sont eux qui ont commis des exactions. Djotodia, lui, avait interdit toute vengeance pour éviter un bain de sang.
CNC : Comment s’est passée sa chute du pouvoir en 2014 ?
Denise Madina Duekoe : Ce n’était pas par peur. Djotodia n’a jamais fui devant la pression intérieure. C’est la communauté internationale qui l’a poussé à partir. François Hollande et Jean-Yves Le Drian sont venus à Bangui, ils l’ont reçu à l’aéroport et exigé sa démission. Peu après, l’annonce officielle a été faite à N’Djamena. Djotodia a accepté, comme l’avait fait David Dacko avant lui, pour éviter un bain de sang.
CNC : Certains disent qu’il porte la responsabilité du chaos de cette période. Qu’en pensez-vous ?
Denise Madina Duekoe : C’est faux. L’histoire de la Centrafrique est faite de coups d’État : Dacko, Bokassa, Kolingba, Bozizé. Djotodia n’a rien inventé. Mais lui, il a eu le courage de céder pour éviter une guerre civile. Les vrais fauteurs de troubles sont ceux qui se sont ralliés à la Séléka à la dernière minute : des opportunistes, des anciens libérateurs, des jeunes sans expérience qui ont commis des exactions. Les compagnons fidèles de Djotodia, qui sont d’ailleurs tous des ressortissants de la Vakaga, n’étaient pas de ceux-là.
CNC : On dit souvent que Michel Djotodia est un homme effacé. Comment le décrivez-vous ?
Denise Madina Duekoe : C’est quelqu’un de réservé, mais aussi un intellectuel. Peu de gens savent que Michel Djotodia Am-Nodroko est né le 3 février 1953 à Birao, fils de Deya Dominique, né vers 1917 à Gordil, et d’Amina Albertine, née en 1934 à Koumbal. Il est Centrafricain de naissance et de cœur. Après ses études primaires à Birao et Yalinga, puis son bac série A4 au lycée de Bambari, il a poursuivi ses études en URSS : à l’université d’État de Donetsk, à l’Institut technologique de finances d’Oriol, puis un DEA en droit international public à l’université Patrice Lumumba de Moscou. Il a ensuite occupé des postes importants : directeur des études au ministère du Plan et de la Coopération internationale, puis ambassadeur pour la Promotion universelle de la paix à Niamey. C’est un homme de savoir, pas un aventurier.
CNC : Aujourd’hui encore, les rumeurs sur lui continuent. Comment réagit-il ?
Denise Madina Duekoe : Il reste silencieux. Mais il ne faut pas se tromper : ce silence n’est pas de la faiblesse. C’est le respect de son rang d’ancien chef d’État. Ceux qui l’insultent sur les réseaux sociaux ne connaissent ni son parcours ni ses sacrifices. Ils se comportent comme des vendeurs de gadgets qui s’improvisent experts. Mais le jour viendra où la vérité sera dite publiquement. Et ce jour-là, ces gens seront démasqués.
CNC : Que proposez-vous pour apaiser les tensions et aller vers une réconciliation ?
Denise Madina Duekoe : Il faut un véritable dialogue national. Pas un simulacre, mais une rencontre où tous les anciens dirigeants seront présents : Djotodia, Bozizé, Samba-Panza, Meckassoua, Ziguélé, Dologuélé… Ils doivent se retrouver à Bangui, parler devant le peuple et clarifier l’histoire. Les Centrafricains méritent la vérité et la réconciliation. Sans cela, les divisions continueront et les rumeurs ne cesseront pas.
CNC : En conclusion, que doivent retenir les Centrafricains de Michel Djotodia ?
Denise Madina Duekoe : Qu’il est un homme de paix. Qu’il a refusé le bain de sang en quittant le pouvoir. Qu’il a été victime de complots, jusqu’à un empoisonnement qui l’a laissé avec des séquelles. Mais malgré tout, il est encore là, vivant, et il continue de croire en Dieu. C’est grâce à cette foi qu’il tient debout. Les Centrafricains doivent savoir que Djotodia n’a jamais cherché la destruction du pays, mais au contraire, il a sacrifié sa place pour éviter la guerre.
CNC : Denise Madina Duekoe , CNC vous remercie.
Denise Madina Duekoe : c’est à moi de vous remercier madame la journaliste.
Propos recueillis par Gisèle MOLOMA, journaliste d’investigation du CNC
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Qualifiant la situation créée par les dissidents de « complètement ridicule », il a rappelé que le parti est régi par des statuts et un règlement intérieur déposés auprès du ministère de l’Administration du territoire ainsi que du notaire du parti, des textes dont la légalité n'a jamais été contestée. S'appuyant sur l'article 24 des statuts et du règlement intérieur, Martin Ziguélé a expliqué le fonctionnement des instances : « Le Congrès est l'organise suprême du parti. Il élit le président du parti, le bureau politique, le Conseil politique national, tous les organes du parti. Il reste en fonction pendant 3 ans, c'est la durée statutaire. Mais, parce qu'il y a un mais, ce bureau est automatiquement dissous lorsque se met en place le bureau du nouveau congrès ordinaire du parti. » Dans la continuité de sa démonstration, l'ancien Premier ministre a réfuté l'argument des dissidents selon lequel le mandat du bureau actuel serait arrivé à expiration. Il a retracé l'histoire du parti, créé en 1979, rappelant que les congrès ordinaires ont souvent connu des intervalles particulièrement longs, neuf ans entre le premier et le deuxième congrès, puis treize ans entre le troisième et le quatrième, organisé en 2020, sans que cela n'ait jamais remis en cause la légitimité de la direction en place. « Le fait que depuis 2020 on n'ait pas tenu un congrès jusqu'en 2020, ou jusqu'en 2023 ou en 2024, ce n'est pas là la raison. C'est de l'escroquerie intellectuelle. Le véritable problème est ailleurs. » explique-t-il. Les révélations sur une déstabilisation orchestrée par le pouvoir Au-delà de l'aspect juridique, Martin Ziguélé estime que la crise actuelle trouve son origine dans un contexte politique bien précis. Selon lui, la fracture au sein du MLPC est née au lendemain des élections de 2021. Après le refus du MLPC de participer au Dialogue républicain, une décision prise collégialement par le bureau politique et non par lui seul, le pouvoir en place aurait, selon lui, activé plusieurs leviers afin de déstabiliser le parti. Martin Ziguélé accuse directement le président de la République, Faustin-Archange Touadéra, d'avoir financé les dissidents : « Dès le lendemain du dialogue républicain, le pouvoir a décidé de déstabiliser la direction du MLPC. Et le pouvoir, et notamment le président de la République, a donné des moyens financiers. Puisque c'est eux-mêmes qui en parlent, c'est eux-mêmes qui le ddisent, c'est eux-mêmes qui se disputent publiquement sur la répartition de cet argent-là, avec pour objectif de déstabiliser la direction du parti. » À ses yeux, l'éclatement des dissidents en plusieurs factions, « MLPC », « MLPC CO », tandis que Stanislas Zoumbeti évoluerait en solitaire, constitue une illustration supplémentaire de cette stratégie de division. Il y voit la preuve qu'ils ne disposent d'« aucune base légale sérieuse ». Il rappelle, à cet égard, que l'article 12 des statuts prévoit que seul le président du parti ou les deux tiers des membres du Conseil politique national peuvent convoquer un congrès. Dès lors, le seul congrès qu'il considère comme pleinement légitime demeure le cinquième congrès ordinaire, tenu les 9 et 10 septembre derniers. Des « porteurs d'eau » et des « mercenaires » Poursuivant son argumentaire, le président du MLPC estime que l'attitude de ses opposants internes est incompatible avec la vocation même d'un parti d'opposition, dont la mission consiste à proposer une alternative politique crédible afin de conquérir démocratiquement le pouvoir. « Vous ne pouvez pas dire que vous voulez révolutionner, réveiller votre parti politique en allant soutenir celui qui est au pouvoir. Ça veut dire que c'est des porteurs d'eau, c'est des gens qui sont utilisés, employés. C'est des mercenaires comme les Wagner sur le plan politique là, ils sont des mercenaires également sur le plan politique. » Par ailleurs, Martin Ziguélé affirme que la plainte déposée il y a plus de deux ans contre ces dissidents demeure bloquée. Selon lui, ce procès serait entravé par le pouvoir ainsi que par le ministre d'État à la Justice, comme l'aurait indiqué l'avocat du parti, Maître Nicolas Tiangaye. Malgré cette situation, le président du MLPC assure que « Le parti est debout ». Il estime que le peuple centrafricain demeure lucide et ne se laissera pas abuser par ce qu'il considère comme des manœuvres de déstabilisation financière et politique. L’ancien Premier ministre balaie d'un revers de main les prétendus projets de « réconciliation » avancés par les dissidents du MLPC CO ou d'autres mouvances. Il martèle que la direction d'un parti historique ne se conquiert ni par des accords de couloir ni par des alliances opportunistes avec le pouvoir en place. En réaffirmant sa confiance dans la clairvoyance du peuple centrafricain, Martin Ziguélé présente le MLPC qu'il dirige comme un parti uni, résolu à résister aux tentatives de déstabilisation et aux entreprises de corruption politique. Par Gisèle MOLOMA Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC Abonnez-vous à notre chaine YouTube : Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65 Email : Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/martin-ziguele-1-218x150.jpg)