Centrafrique : après dix ans au pouvoir, Félix Moloua fait son mea culpa sur l’abandon des populations du Haut-Mbomou

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Après plusieurs années au sommet de l’État, le Premier ministre Félix Moloua découvre à Zémio des populations privées de services essentiels.

 

Il aura fallu un déplacement à Zémio, dans la préfecture du Haut-Mbomou, pour que le Premier ministre Félix Moloua constate personnellement ce que les habitants vivent depuis des années. Après plus de dix ans de responsabilités gouvernementales, dont plusieurs à la tête de la Primature, le chef du gouvernement reconnaît publiquement les difficultés d’accès à l’eau, aux soins et à l’éducation. Un constat qui ressemble à un véritable mea culpa sur le bilan de son propre gouvernement.

 

Centrafrique : après dix ans au pouvoir, Félix Moloua fait son mea culpa sur l’abandon des populations du Haut-Mbomou
Le Premier ministre centrafricain Felix Moloua devant les elus de la Nation ce 24 aout 2022

 

Félix Moloua découvre ce que les populations dénoncent depuis des années

 

Accompagné du coordonnateur humanitaire des Nations unies et d’autres membres de la délégation, Félix Moloua s’est rendu à Zémio. Le Premier ministre a parcouru plusieurs axes situés à une trentaine ou une quarantaine de kilomètres de la ville.

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Ce déplacement lui a permis de rencontrer des habitants confrontés à des difficultés quotidiennes. Les besoins exprimés ne concernent ni de grands projets industriels ni des infrastructures coûteuses. Les populations demandent simplement de l’eau potable, des soins médicaux, la possibilité de cultiver leurs champs et des écoles pour leurs enfants.

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« Quand nous faisons 30 à 40 kilomètres en empruntant nos axes, nous voyons nos frères centrafricains qui ne demandent qu’à avoir de l’eau, qui ne demandent qu’à se soigner, qui ne demandent qu’à vaquer à leurs activités champêtres », a déclaré Félix Moloua.

 

Ces paroles prennent une dimension particulière lorsqu’elles viennent du chef du gouvernement. Félix Moloua n’est pas un responsable récemment nommé qui découvre les difficultés administratives du pays. Il a occupé le portefeuille de l’Économie et du Plan avant son accession à la Primature en février 2022.

 

Il connaît donc les mécanismes budgétaires, les programmes de développement et les priorités gouvernementales. Les difficultés qu’il décrit aujourd’hui concernent des secteurs placés depuis des années sous la responsabilité des gouvernements auxquels il a participé.

 

Dix ans de responsabilités pour découvrir le manque d’eau et d’écoles

 

La question dépasse largement les impressions recueillies au cours d’une visite officielle. Pourquoi faut-il attendre autant d’années de responsabilités gouvernementales pour constater que des Centrafricains vivent sans accès satisfaisant aux services les plus élémentaires ?

 

Les habitants de Zémio n’ont pas attendu le déplacement du Premier ministre pour connaître leurs difficultés. Ils les vivent quotidiennement. Les familles doivent chercher de l’eau, les malades rencontrent des obstacles pour se faire soigner et les enfants grandissent dans des conditions qui compromettent leur scolarité.

 

Depuis plusieurs années, Corbeau News Centrafrique documente les difficultés des populations dans le Haut-Mbomou. Les problèmes de sécurité, les déplacements des habitants et les insuffisances des services publics figurent régulièrement dans les informations publiées par la rédaction.

 

Ces publications ont souvent été contestées par les responsables du pouvoir, qui dénoncent la désinformation et la propagande lorsqu’ils sont confrontés à des informations critiques.

 

Aujourd’hui, le Premier ministre décrit lui-même une partie de ces réalités. Ses déclarations donnent ainsi une portée particulière aux difficultés signalées depuis longtemps par les habitants et les médias centrafricains.

 

Et les mercenaires russes du groupe Wagner dans tout cela ?

 

La question sécuritaire reste indissociable des conditions de vie dans le Haut-Mbomou. Les autorités centrafricaines présentent depuis des années la présence des mercenaires russes du groupe Wagner comme une réponse aux problèmes d’insécurité.

 

Cette présence devait notamment contribuer à sécuriser les populations et à permettre le retour des activités économiques. Or, les propos du Premier ministre montrent que les habitants rencontrés peinent toujours à exercer leurs activités champêtres.

 

À quoi sert une politique sécuritaire si les cultivateurs ne peuvent pas travailler normalement et si les familles continuent de manquer de services essentiels ?

 

Le déploiement des mercenaires russes du groupe Wagner ne dispense pas le gouvernement de ses responsabilités. La sécurité ne se limite pas à la présence d’hommes armés. Elle doit aussi permettre aux habitants de circuler, de cultiver leurs terres et d’accéder aux services publics.

 

Les déclarations de Félix Moloua ne permettent pas, à elles seules, de mesurer les résultats des opérations militaires dans la région. Elles montrent néanmoins que les besoins fondamentaux des populations restent considérables malgré les années de présence de ces forces.

 

Une question que Félix Moloua aurait dû se poser depuis longtemps

 

Le passage le plus significatif de cette déclaration concerne les interrogations personnelles du Premier ministre sur son action gouvernementale.

 

Évoquant les enfants qui ont besoin d’aller à l’école, Félix Moloua estime que ces difficultés doivent interpeller les responsables publics.

 

« Ce sont ces questions qui devraient nous interpeller tous et nous amener à nous poser la question, à chaque fois que je viens au bureau : qu’est-ce que je fais pour cette population ? », a-t-il déclaré.

 

Cette interrogation constitue le véritable mea culpa politique de son intervention.

 

Car Félix Moloua dispose précisément des responsabilités institutionnelles qui lui permettent d’agir. En tant que Premier ministre, il dirige et coordonne l’action gouvernementale. Avant cette fonction, il participait déjà aux décisions économiques et budgétaires du pays.

 

Lors de son déplacement à Zémio dans le Haut-Mbomou, le chef du Gouvernement a constaté l’absence totale de services essentiels pour les habitants.

Lorsqu’il se demande ce qu’il fait pour ces populations, il pose donc une question directement liée à son propre bilan.

 

Les habitants de Zémio pourraient légitimement lui retourner cette interrogation. Quelles décisions concrètes ont été prises pour améliorer leur accès à l’eau ? Quels moyens ont été consacrés aux centres de santé ? Combien d’écoles ont bénéficié d’un soutien effectif ? Quelles mesures ont permis aux cultivateurs de reprendre leurs activités en sécurité ?

 

Les propos du Premier ministre ne fournissent aucune réponse chiffrée à ces questions.

 

Un aveu politique qui engage aussi Faustin-Archange Touadéra

 

Félix Moloua ne porte pas seul la responsabilité de la politique gouvernementale. Son parcours s’inscrit dans la présidence de Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016.

 

Depuis cette date, les autorités ont multiplié les engagements en matière de reconstruction, de développement et de rétablissement de l’autorité de l’État.

 

Pour les habitants rencontrés par le Premier ministre, les besoins demeurent pourtant élémentaires. Ils réclament de l’eau, des soins, des écoles et la possibilité de travailler.

 

Le contraste entre ces demandes et les années de gouvernance constitue un problème politique pour l’exécutif. Il ne suffit pas de constater les difficultés pour démontrer que les politiques publiques ont produit des résultats.

 

Le déplacement de Zémio donne ainsi une dimension nouvelle aux critiques formulées contre la gestion gouvernementale. Cette fois, le constat ne vient ni d’un opposant politique ni d’un journaliste. Il vient du Premier ministre lui-même.

 

Félix Moloua termine son intervention en adressant « une pensée pour cette population ».

 

Mais après toutes ces années passées au gouvernement, les habitants de Zémio attendent davantage qu’une pensée. Ils attendent des points d’eau fonctionnels, des centres de santé accessibles, des écoles ouvertes et des routes suffisamment sûres pour reprendre leurs activités. Autant de responsabilités qui relèvent directement de l’État que Félix Moloua dirige aujourd’hui en qualité de Premier ministre.

 

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Éric NzapaFonction : Journaliste, Grand reporter, Correspondant de Corbeau News Centrafrique dans le MbomouIdentitéJournaliste centrafricain. Correspondant régional de Corbeau News Centrafrique dans le Mbomou depuis 2019.FormationJournalisme et reportages de terrainSpécialisation en couverture des actualités régionales et enquêtes de proximitéSpécialitésGrand reportageEnquêtes locales dans le MbomouCouverture des faits sociaux, sécuritaires et politiquesReportages sur les dynamiques communautaires et les réalités du terrainDescriptionÉric Nzapa est un journaliste de terrain reconnu pour ses reportages approfondis dans la région du Mbomou. Grand reporter et correspondant de Corbeau News Centrafrique depuis 2019, il couvre les actualités locales, les enjeux sécuritaires et les faits sociaux qui marquent la vie des communautés. Son travail contribue à renforcer la présence du média dans les zones éloignées et à offrir une information précise et proche du terrain.