Centrafrique : Dans les secrets du limogeage de Thierry Kamach du gouvernement Moloua 3

0
10

Centrafrique : Dans les secrets du limogeage de Thierry Kamach du gouvernement Moloua 3

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

 Le dernier remaniement ayant conduit au gouvernement Moloua 3 continue de livrer ses secrets les plus sombres. Derrière le départ de Thierry Kamach, leader du parti MOUNI et figure historique de la galaxie présidentielle, se cache une affaire d’espionnage clandestin, d’humiliation politique et de paranoïa au sommet de l’État. Désormais sous perfusion sécuritaire du groupe Wagner, Faustin-Archange Touadéra ne dort plus que d’un œil et liquide, un à un, ses anciens alliés.

 

À l’origine ?

Un audio clandestin qui a fait enrager « l’Empereur »

Pour comprendre la rupture brutale entre l’Empereur-président Touadéra et son désormais ex-ministre de l’Environnement, Thierry Kamach, il faut remonter à une causerie privée de ce dernier. Convaincu d’être entouré d’amis fidèles, le leader du parti MOUNI a osé formuler tout haut une critique qui circule sous cape à Bangui : l’ingratitude chronique de Faustin-Archange Touadéra. Kamach s’est indigné de voir à quel point le président oubliait rapidement ceux qui l’avaient soutenu massivement avec leurs propres moyens financiers pour assurer sa réélection.

 

Mais, dans l’entourage du ministre ce jour-là, les traîtres rôdaient. Selon nos sources, l’un des participants à cette causerie aurait sciemment poussé Kamach à bout, l’incitant à tenir des propos encore plus virulents contre l’Empereur-président Touadéra, tout en enregistrant secrètement la conversation. L’audio aurait ensuite été directement déposé sur le bureau du chef de l’État.

 

À l’écoute de cet enregistrement, la colère de Touadéra aurait été immédiate et viscérale. Sa vengeance ne se serait pas fait attendre.

 

Le piège de l’hôtel Ledger : l’humiliation ciblée des députés du MOUNI

L’occasion rêvée pour l’Empereur-président Touadéra de laver cet affront s’est présentée lors d’une grande réunion politique convoquée à l’hôtel Ledger de Bangui par le secrétariat exécutif du parti au pouvoir, le MCU. L’ordre du jour officiel, dicté par Simplice Mathieu Sarandji, consistait à mettre au pas les élus afin de leur imposer un vote par acclamation d’une « liste bloquée » concernant la présidence et le bureau de l’Assemblée nationale. Une manœuvre destinée à barrer la route au marabout de Carnot, Évariste Ngamana, qui lorgnait ouvertement le perchoir du Parlement.

 

À cette réunion, tous les députés du MCU et de la coalition des partis alliés étaient officiellement invités, y compris ceux du MOUNI. Mais, à la surprise générale, Faustin-Archange Touadéra a pris la parole pour cibler et expulser publiquement les seuls députés du parti de Thierry Kamach.

 

Pourquoi un tel tri sélectif et une telle violence verbale, allant jusqu’à les chasser de la salle comme un père de famille délogeant son chien installé sur le canapé du salon ?

Selon les informations recueillies par notre rédaction, la réponse ne fait guère de doute : c’est précisément parce que Touadéra venait d’écouter l’enregistrement clandestin qu’il a décidé de punir Kamach par procuration, en humiliant ses députés avant de le chasser définitivement du gouvernement et de son premier cercle.

 

Touadéra est certes ingrat. Mais cette ingratitude n’est pas conjoncturelle.

 

L’ingratitude érigée en mode de gouvernance

Pour de nombreux observateurs, ce sort réservé à Thierry Kamach ne fait que confirmer une réalité devenue récurrente : chez Touadéra, l’ingratitude n’est pas circonstancielle, elle semble constituer une véritable méthode de gouvernance. Il suffit de dresser la liste de ses anciens alliés, aujourd’hui marginalisés ou combattus par le pouvoir.

 

Le complot contre son « faiseur de roi », Martin Ziguelé

Il ne faut jamais oublier que ce sont Martin Ziguelé et les militants du MLPC qui ont contribué à porter Touadéra au pouvoir lors de son accession à la magistrature suprême. Aujourd’hui, en guise de remerciement, l’Empereur-président se serait retourné contre son ancien bienfaiteur en tentant de l’évincer de la tête de son propre parti, le MLPC.

 

Pour y parvenir, il a sorti les chéquiers de Ecobank et de BGFI afin de séduire les « âmes affamées et malades » en rupture de ban avec le parti, notamment Chantal Jean Édouard Koyambonou, Jackson Mazette, Étienne Malekoudou et Stanislas Zoumbeti.

 

Heureusement, conscients de la manœuvre, les militants et militantes du MLPC sont restés solidement soudés derrière leur leader légitime, faisant échec à cette tentative de déstabilisation.

 

Le cas d’Anicet-Georges Dologuélé et l’arme de la nationalité

Autre illustration de cette ingratitude d’État : le harcèlement juridico-politique dont est victime Anicet-Georges Dologuélé.

 

On se souvient pourtant que Touadéra avait personnellement demandé à son propre neveu, Jean-Pierre Waboué, alors président du Conseil constitutionnel, de valider la candidature de Dologuélé à l’élection présidentielle en confirmant sa qualité de Centrafricain d’origine.

 

Mais, en fin de parcours, changement de décor : l’Empereur-président affirme désormais que Dologuélé a perdu sa nationalité centrafricaine du fait de l’acquisition de la nationalité française.

 

Faustin-Archange Touadéra pousse le cynisme jusqu’à exiger de lui une lettre de réintégration dans la nationalité centrafricaine, même dépourvue de toute formule de politesse, pourvu qu’elle soit signée, afin qu’il puisse prétendument « recouvrer » ses droits.

 

Une hérésie juridique, selon ses soutiens, puisqu’aucun décret officiel de déchéance de nationalité n’a jamais été pris à son encontre. Pourquoi un tel acharnement sélectif alors que certains piliers du régime, à commencer par Simplice Mathieu Sarandji, évolueraient sans difficulté avec leur statut de « Centro-Français » ? La réponse serait purement politique.

 

Gourna Zacko, l’élève tricheur

Transfuge du parti de Maître Nicolas Tiangaye, la CRPS, l’ancien député Gourna Zacko a lui aussi été éjecté du gouvernement sans ménagement. N’ayant, selon ses détracteurs, rien apporté de significatif au pouvoir durant son passage, il s’est vu coller l’étiquette d’« agent espion » de l’opposition infiltré au sein du gouvernement.

 

Touadéra l’aurait alors purement et simplement renvoyé de l’équipe gouvernementale, à la manière d’un instituteur excluant définitivement un élève tricheur pris sur le fait.

 

Entre paranoïa et insomnies : un pouvoir aux abois

 

Aujourd’hui, cette politique de la terre brûlée semble commencer à produire ses effets pervers. À force de trahir, de manipuler les institutions et de renvoyer ses anciens alliés politiques « dans leurs familles pour emploi », Touadéra ferait face à une contestation interne de plus en plus perceptible dans les couloirs du pouvoir à Bangui.

 

Ses anciens partenaires, désormais marginalisés et déçus, s’organiseraient dans l’ombre.

 

Selon des sources bien informées au sein de la machine présidentielle, cette fronde silencieuse commencerait à peser lourdement sur le sommeil du chef de l’État. Rongé par l’anxiété et la peur d’un coup de poignard dans le dos, Touadéra multiplierait les précautions sécuritaires.

 

Reste à savoir combien de temps ce pouvoir, de plus en plus isolé et déconnecté de ses bases politiques réelles, pourra continuer à tenir en s’appuyant principalement sur la force sécuritaire et le soutien de ses alliés extérieurs.

 

Par Gisèle MOLOMA

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org