
Axel Armand Anthony Doubro, procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Paoua
À Paoua, les ONG accusées d’avoir transformé la population à un groupe des “fainéants”
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Dans le débat Patara de la radio Ndékè-luka délocalisé à Paoua et diffusé sur la Radio La Voix de Pendé, plusieurs voix locales ont lancé une accusation lourde et répétée : la présence prolongée des organisations non gouvernementales (ONG) aurait créé une dépendance profonde et aurait rendu une partie importante de la population “fainéante”, au détriment de l’agriculture et de l’autonomie.
- Timothée Boulapa, président fédéral du MLPC et technicien d’élevage ayant sillonné les huit communes de la préfecture, a été le plus direct : « La présence de ces ONG a rendu la population de la Lim-Pendé fainéante. Le matin comme ça les gens ne vont plus au champ, ils attendent à ce que les véhicules des ONG s’arrêtent devant leur maison… quelles que soient les conditions, un regroupement de peut-être cinq dix minutes on va leur donner peut être un demi sac, ça va leur permettre de prendre ce qu’on appelle chez nous ici la boisson locale donc ils ne veulent plus aller au champ. Alors c’est ce qui a baissé la production des vivres au niveau de la préfecture de la Lim-Pendé. »
L’imam Aladji Baba Garoua, cultivateur et éleveur lui-même, a illustré par un exemple concret la mentalité installée : « Un jour, moi, je suis un cultivateur, un jour j’ai appelé deux personnes pour venir m’assister et je vais leur payer. Ils ont dit que nous là, on ne travaille pas, nous sommes fatigués… Mais tu es fatigué, tu as des enfants, tu as besoin de l’argent… Ils disent, j’ai mes paquettes. Paquettes, c’est-à-dire, on va me donner 90 000 chaque fin de mois. C’est pour ça qu’ils ne peuvent pas travailler. »
Mme Marie Ndugoto, présidente de la Fradepp (Fédération des acteurs ruraux pour le développement économique des pouvoirs), a renchéri en soulignant que cet assistanat non suivi d’autonomisation a laissé la femme rurale « pas debout jusqu’ici » : les distributions d’argent ou de vivres ont remplacé l’effort productif, créant une attente passive.
Les intervenants décrivent un mécanisme clair : les “paquettes” (allocations mensuelles ou primes ponctuelles) et les distributions rapides ont habitué une partie de la population – surtout les jeunes valides – à attendre l’aide plutôt qu’à produire. Résultat : baisse visible de la production agricole dans une préfecture qui, selon la préfète Pierrette Bengueré et d’autres, « pourrait nourrir même toute la population centrafricaine » si le potentiel était exploité.
Ce phénomène est présenté non comme un simple effet secondaire, mais comme un maintien délibéré dans la précarité : les ONG, en se focalisant sur l’urgence et les distributions sans vrai suivi ni transfert de compétences durables, auraient contribué à casser la dynamique de travail et d’autoprise en charge. Aujourd’hui, avec le départ progressif de ces organisations après plus de dix ans, le vide se fait sentir d’autant plus cruellement.
Aucun des participants n’a minimisé la responsabilité de la population elle-même (mentalité, refus de travailler malgré la formation offerte par certaines ONG comme WHH), mais le consensus est net : l’assistanat prolongé et mal conçu a eu un effet destructeur sur l’initiative locale.
Ces témoignages, portés par des figures crédibles et ancrées dans le quotidien (imam cultivateur, leader politique-agriculteur, représentante des femmes rurales), appellent à un changement radical : passer d’un modèle d’urgence et de dons à un véritable accompagnement au développement rural, avant que la dépendance ne devienne irréversible.
Par Fortuné Bobérang
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