
Chaque vendredi sur les ondes de Guira FM, les fonctionnaires de la MINUSCA déballent l’arsenal juridique de la République centrafricaine. On y parle du Code pénal, des traités internationaux ratifiés, du Statut de Rome et des procédures gratuites pour porter plainte. Sur le papier, la machine judiciaire semble huilée, protectrice et accessible. Mais sur le terrain, la réalité quotidienne des Centrafricains montre un univers totalement différent, où la force des armes écrase le droit.
L’écart entre les discours officiels et la vie dans le pays de Boganda est total. Les soldats des forces armées, envoyés dans les villes de l’intérieur pour protéger la population, se comportent trop souvent comme des prédateurs. Les agressions et les viols sur des jeunes filles de 12 ou 13 ans se multiplient dans l’indifférence des états-majors et de la justice. Pour ces hommes en uniforme, l’impunité est totale.

À cette terreur s’ajoute l’action des mercenaires russes, dont beaucoup sont des criminels de haut calibre. Ces derniers agissent à ciel ouvert, sans se cacher, et la capitale Bangui n’est pas épargnée. Les témoignages décrivent des scènes de prédation directe, notamment dans les boîtes de nuit et les espaces publics. Il y a deux ans, au quartier Benz-Vi, un mercenaire russe a sorti son arme de guerre et tiré pour écarter la foule afin de s’emparer de force d’une jeune fille, avant de s’enfuir en voiture avec ses complices. Ce type d’abus montre que ces forces extérieures se placent au-dessus de toutes les règles nationales.
Devant ces faits, une interrogation s’impose : pour qui ces lois sont-elles écrites ? La MINUSCA rappelle les textes, mais le citoyen constate que l’application de la justice est à double vitesse. Pendant que les véritables auteurs de violences de masse commettent leurs forfaits en toute liberté, la rigueur de la loi semble réservée aux plus faibles. On retrouve ainsi des mineurs de 10 à 14 ans sous les verrous pour des accusations diverses, tandis que les criminels en chef ne sont jamais inquiétés.
Les interventions radiophoniques sur le droit positif centrafricain apparaissent déconnectées du quotidien des victimes. Tant que les porteurs d’armes, nationaux ou étrangers, bénéficieront d’un passe-droit permanent, les textes juridiques resteront de simples déclarations d’intentions sans impact sur la sécurité des femmes et des enfants du pays.
Par Anselme Mbata
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