
Lors du débat Patara diffusé par la radio Ndékè-luka à Paoua, plusieurs participants ont lancé des accusations graves sur la composition des Forces armées centrafricaines. Esther Guettel, ancienne dirigeante de RJ faction Belanga devenue militante pour la paix, a affirmé que parmi les éléments intégrés récemment dans l’armée, la majorité provient de l’étranger, notamment du Tchad et du Cameroun. Elle a expliqué que ces personnes occupent souvent des postes de commandement au sein des groupes comme les 3R, et qu’elles traitent mal les ex-rebelles centrafricains qui, eux, restent en attente de prise en charge.
Jules Baitoloum, président préfectoral de l’URCA, a repris cette idée en insistant sur le fait que des Centrafricains ayant déposé les armes ne sont pas intégrés, alors que des étrangers le sont déjà dans la fonction publique et dans les rangs militaires. Il a appelé à un rapatriement immédiat des non-nationaux une fois le désarmement effectué.
Francis Béret, observateur de la société civile à Paoua, a évoqué la porosité des frontières avec le Tchad et le Cameroun comme source principale de ce mélange. Il a rappelé que les éleveurs armés qui arrivent actuellement ne correspondent plus aux transhumants traditionnels : ce sont souvent des miliciens recrutés par des patrons extérieurs, équipés d’armes et sans familles à leurs côtés, contrairement aux pratiques d’autrefois.
La préfète Pierrette Bengueré a répondu que les frontières partagées rendent la distinction difficile entre Centrafricains et étrangers, surtout dans les zones où les langues et les coutumes se ressemblent. Elle a reconnu que certains individus possèdent deux identités nationales, mais a défendu la politique de la main tendue du chef de l’État, qui vise à intégrer les Centrafricains repentis. Elle a aussi annoncé un renforcement prochain des effectifs des FACA à Bémal, avec extension vers Bédakha et Bembere, pour mieux contrôler ces zones.
Les intervenants locaux, comme le maire de Bétoko et le sous-préfet de Ndime, ont décrit l’arrivée massive d’éleveurs accompagnés de gardes armés qui dévastent les champs, pillent les greniers et tirent sur les cultivateurs. Ils ont ajouté que ces groupes entrent et sortent librement, sans contrôle effectif, et que les couloirs de transhumance convenus lors de réunions avec la MINUSCA et l’ONG Concordis restent lettre morte.
Esther Guettel a lancé un appel direct au gouvernement pour accélérer le désarmement des 3R et autres groupes cantonnés à Bembere, en soulignant que leur présence prolongée, avec des armes, crée un climat de peur permanent dans les périphéries. Elle a insisté sur le rapatriement des étrangers pour éviter que ces éléments ne continuent à semer le désordre.
Le débat a révélé une tension croissante autour de la question frontalière : d’un côté, un discours officiel qui met en avant les progrès sécuritaires et les efforts d’intégration ; de l’autre, des témoignages locaux qui dénoncent un afflux incontrôlé d’hommes armés étrangers, intégrés ou non dans les forces régulières, et un risque d’explosion si le DDR et le rapatriement ne sont pas mis en œuvre rapidement. Les participants ont réclamé des moyens supplémentaires pour les FACA, notamment des véhicules adaptés, afin de sécuriser réellement les zones reculées de la Lim-Pendé.
Par Fortuné Boberang
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