
Le président du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), ancien Premier ministre, ancien président de la commission Finances de l’Assemblée nationale et ancien député de Bokoro-Ngatouwa, trace la ligne rouge : derrière la hausse du prix du carburant se cache une bombe économique. Les entreprises qui tournent au gazole et au fioul réduiront leur activité, mettront le personnel au chômage technique et plongeront le pays dans une inflation que personne ne pourra contrôler.
Martin Ziguélé n’est pas un homme de terrain qui découvre les réalités de l’économie. Ancien ministre des Finances, ancien directeur national de la Banque des États de l’Afrique centrale, ancien président de la commission Finances de l’Assemblée nationale, il a passé sa vie dans les chiffres. Il connaît les circuits budgétaires, les équilibres macroéconomiques, les mécanismes qui font qu’une décision prise dans un salon ministériel finit par briser des milliers de vies dans les quartiers de Bangui. C’est pourquoi, lorsqu’il qualifie la hausse du carburant de « pire décision qu’on peut prendre dans ce contexte », il ne lance pas une formule. Il pose un diagnostic.

Ce que le gouvernement ne dit pas : les entreprises vont s’arrêter
Le gouvernement regarde la pompe. Martin Ziguélé, lui, regarde les usines, les ateliers, les entrepôts, les chantiers. Il voit ce que personne ne veut nommer. Les grosses entreprises qui utilisent beaucoup de gazole et de fioul ne pourront pas absorber une hausse du carburant sans réagir. Elles ne pourront pas la répercuter intégralement sur leurs clients, car ces clients sont déjà au bord de la rupture. Alors elles feront ce que toute entreprise fait quand ses coûts explosent sans que ses revenus suivent : elles réduiront leur activité. Elles ralentiront la production. Elles geleront les embauches. Elles rogneront sur les heures. Et finalement, elles mettront du personnel au chômage technique.
Martin Ziguélé le dit sans détour : « Les grosses entreprises qui utilisent beaucoup de gazole, beaucoup de fioul, elles vont être obligées de réduire leur activité, de mettre le personnel au chômage technique. » Cette phrase décrit une réalité que le gouvernement feint d’ignorer. Le chômage technique n’est pas une abstraction. C’est un ouvrier qui reste chez lui sans salaire. C’est une famille qui n’a plus de revenu. C’est un enfant qui quitte l’école. C’est une économie qui perd des forces vives. Et lorsque plusieurs entreprises font ce choix en même temps, ce n’est plus un accident. C’est une hémorragie.
L’inflation ingérable : quand les prix échappent à tout contrôle
Mais le chômage technique n’est que la première vague. La deuxième vague, c’est l’inflation. Martin Ziguélé prévient : « Ça va créer des situations inflationnistes ingérables. » Le mot est fort. Il est choisi avec soin. Ingérable, cela signifie que le gouvernement lui-même ne pourra plus contrôler la hausse des prix. Ingérable, cela signifie que les mécanismes habituels de régulation ne fonctionneront plus. Ingérable, cela signifie que les Centrafricains seront livrés à une spirale dont ils ne pourront pas sortir.
L’inflation, dans un pays où 67 % de la population vit avec moins de 1000 francs CFA par jour, n’est pas une statistique. C’est une sentence. Chaque hausse du prix du carburant se transmet aux transports, puis aux marchandises, puis aux services, puis à tout. Les motos-taxis augmentent. Les taxis augmentent. Les transports interurbains augmentent. Le fret augmente. Les artisans qui travaillent avec le carburant augmentent leurs prix. Et au bout de la chaîne, il y a le consommateur final. Celui qui n’a pas de marge. Celui qui n’a pas d’alternative. Celui qui paie.
La pire décision dans le pire contexte
Martin Ziguélé ne dit pas que la hausse du carburant est une mauvaise décision en soi. Il dit qu’elle est la pire décision dans le contexte actuel. Et ce contexte, il le connaît mieux que quiconque. Un pays où les Centrafricains « ne voient plus circuler l’argent », où ils « n’arrivent plus à vivre, à acheter, à manger, à payer la scolarité de leurs enfants », où ils « n’arrivent plus à gérer leur vie sur le plan financier ». Ajouter une hausse du carburant dans cette situation, c’est ajouter du feu à un incendie qui couve déjà.
Le président du MLPC ne se contente pas de critiquer. Il rappelle qu’une alternative existe. Une alternative qu’il a déjà tracée : appliquer l’audit du secteur pétrolier, supprimer les 200 francs CFA par litre de frais injustifiés, prendre le décret d’application de la loi du 15 septembre, laisser les sept marketeurs agréés faire jouer la concurrence, baisser les prix. « Est-ce que c’est compliqué ? » demande-t-il. Non, ce n’est pas compliqué. C’est politique. Et c’est précisément ce que le régime refuse de faire.
Un avertissement que le régime ignore
Le gouvernement peut ignorer les avertissements de Martin Ziguélé. Il peut les balayer d’un revers de main. Il peut continuer à parler d’ajustement, de recettes, de stabilisation. Mais l’arithmétique ne se négocie pas. Si les entreprises ferment, elles ferment. Si les emplois disparaissent, ils disparaissent. Si les prix s’envolent, ils s’envolent. Aucun communiqué officiel ne pourra empêcher un ouvrier au chômage technique de ne plus pouvoir nourrir sa famille. Aucune déclaration ministérielle ne pourra empêcher une ménagère de constater que son argent ne suffit plus.
Martin Ziguélé pose une question qui devrait résonner dans chaque bureau du pouvoir : pourquoi prendre la pire décision quand la meilleure est à portée de main ? Pourquoi choisir la hausse quand l’audit dit qu’on peut baisser ? Pourquoi préférer l’opacité à la transparence, la souffrance à la justice ? Il ne demande pas de faveur. Il demande du bon sens. Il demande du respect pour un peuple qui n’a plus rien à sacrifier. Il demande qu’on ait pitié. « Je pense qu’il faut avoir pitié de ce peuple. » Cette phrase n’est pas une faiblesse. C’est un rappel à l’humanité. Un rappel que le régime actuel semble avoir oublié.
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