Manque de personnel, routes impraticables, médicaments dégradés : radiographie d’un système sanitaire sous tension dans le Haut-Mbomou

0
6

Regarder la video

 

 

Dans un entretien accordé à la radio Guira Fm, le Dr Cyrille Mboukou, responsable du district sanitaire du Haut-Mbomou, dresse un état des lieux sans concession d’un système de santé en proie à d’énormes difficultés. Entre enclavement, pénurie de ressources humaines et insécurité, le personnel soignant tente tant bien que mal de répondre aux besoins de près de 91 000 habitants.

 

Un district parmi les plus éloignés et les plus enclavés de la RCA

 

D’entrée de jeu, le Dr Cyrille Mboukou plante le décor. Le district sanitaire du Haut-Mbomou, rappelle-t-il, « c’est le district le plus éloigné de la capitale. Donc, c’est le district, parmi tous les districts de la RCA, c’est le district le plus éloigné de la capitale. »

 

Manque de personnel, routes impraticables, médicaments dégradés : radiographie d'un système sanitaire sous tension dans le Haut-Mbomou

 

Cette distance géographique se traduit par un isolement quasi total sur le plan logistique. « Nous éprouvons d’énormes difficultés sur le plan logistique. Et donc, c’est un district qui n’a pas de route, les infrastructures routières manquent », déplore-t-il.

À lire aussi : Trafic de tramadol en Centrafrique : le très sérieux Wall Street Journal rejoint les révélations du CNC sur les réseaux de Wagner

 

Conséquence directe : l’acheminement des produits de santé depuis Bangui devient un véritable casse-tête. « Pour amener les produits depuis Bangui par la voie routière, c’est très compliqué, surtout les médicaments, qui vont perdre aussi leur valeur par rapport au soleil, par rapport aux tracasseries que le camion peut subir en cours de route », explique le médecin.

À lire aussi : Faustin Zaméto analyse le discours de Touadéra à l’ONU entre diplomatie internationale et attentes des Centrafricains

 

91 000 habitants répartis sur cinq communes

 

À lire aussi : Touadera, voilà les formes modernes de torture  que tu as instauré dans le pays

Le district sanitaire du Haut-Mbomou couvre une vaste étendue. « Le district sanitaire du Haut-Mbomou a une population d’environ 91 000 habitants, et répartie sur les cinq communes de la zone, à savoir communes de Lili, appelées Bambouti, Obo, Zemio, Mboki et Dima », précise le Dr Mboukou.

 

À lire aussi : Déficits budgétaires explosifs et endettement bancaire : les signaux d’alarme en Centrafrique

Un déficit criant de ressources humaines

 

Sur le front du personnel, la situation n’est guère plus réjouissante. « Sur le plan personnel, ressources humaines, nous avons un manque de personnel, un manque qu’il y a de personnel », reconnaît le responsable sanitaire.

 

Mais grâce à une diplomatie active, des renforts ont pu être obtenus. « Grâce aux plaidoyers que nous avons faits auprès du ministre de la Santé, et grâce aussi à son passage la dernière fois dans la zone, qui a constaté effectivement que nous sommes en déficit de personnel, nous avons envoyé un médecin à Obo, un médecin à Mboki, un I2 à Obo, un I2 à Mboki, un I2 à Zemio, et également des techniciens supérieurs de laboratoire », se félicite-t-il.

 

Les agents de santé communautaire en première ligne

 

Face à ce déficit, le district s’appuie sur un réseau d’agents de santé communautaire. « En dehors des personnels qualifiés, nous avons des agents de santé communautaire, enseignement appelé des infirmiers sécuristes, qui tiennent des formations sanitaires dans tous les districts sanitaires du Haut-Mbomou », indique le Dr Mboukou.

 

Ces agents bénéficient d’un encadrement régulier. « Ce que nous faisons avec eux, c’est dans le cadre de la formation, nous renforçons leur capacité dans les domaines cliniques et dans la surveillance des maladies évitables par la vaccination. Et donc nous organisons souvent des formations, des supervisions formatives. On vient superviser chaque formation sanitaire pour voir si ces formations sanitaires respectent les directives du ministère de la Santé », détaille-t-il.

 

L’insécurité paralyse les supervisions depuis mai 2025

 

Mais depuis quelques mois, ce dispositif d’encadrement est sérieusement perturbé par l’insécurité. « Malheureusement, depuis le 1er mai 2025, avec la crise qui a secoué la zone, maintenant les mouvements sont limités. On ne peut plus aller par voie routière d’ici à Zemio jusqu’à Dima pour superviser ces formations sanitaires. Donc c’est ce que nous déplorons par rapport à l’insécurité qui sévit dans la zone », regrette le médecin.

 

Malgré tout, il se veut rassurant sur la qualité des soins prodigués par ces agents. « Grâce à la supervision formative, ces infirmiers ont pu être outillés et qui prêtent bien les malades », affirme-t-il.

Le district sanitaire du Haut-Mbomou fait face à une pénurie de ressources humaines et à un enclavement logistique majeur qui compliquent l’acheminement des médicaments depuis Bangui.

 

Une reconnaissance au gouvernement

 

Le Dr Mboukou tient toutefois à saluer la réactivité des autorités. « Nous remercions infiniment le gouvernement et à travers le ministère de la Santé qui a écouté nos plaidoyers, qui a accepté d’envoyer des personnes qualifiées pour essayer de pallier un peu en ce qui concerne le côté de RH », déclare-t-il.

 

Un système sous tension mais qui résiste

 

Entre routes impraticables, médicaments qui perdent leur valeur en cours d’acheminement, déficit de personnel et insécurité qui limite les mouvements, le district sanitaire du Haut-Mbomou fonctionne en mode dégradé. Mais grâce aux plaidoyers de son responsable, aux renforts obtenus et à l’engagement des agents de santé communautaire, il continue tant bien que mal à assurer la prise en charge des 91 000 habitants répartis sur les cinq communes de la préfecture. Un équilibre fragile, que le Dr Mboukou et son équipe s’efforcent de préserver au quotidien.

 

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org

 

 

 

Article précédentINTERVIEW EXCLUSIVE : « Faustin-Archange Touadéra veut sa part des 34 milliards débloqués par Abu Dhabi pour la communauté islamique de Centrafrique, affirme Moussa Gervais-Issa
Éric NzapaFonction : Journaliste, Grand reporter, Correspondant de Corbeau News Centrafrique dans le MbomouIdentitéJournaliste centrafricain. Correspondant régional de Corbeau News Centrafrique dans le Mbomou depuis 2019.FormationJournalisme et reportages de terrainSpécialisation en couverture des actualités régionales et enquêtes de proximitéSpécialitésGrand reportageEnquêtes locales dans le MbomouCouverture des faits sociaux, sécuritaires et politiquesReportages sur les dynamiques communautaires et les réalités du terrainDescriptionÉric Nzapa est un journaliste de terrain reconnu pour ses reportages approfondis dans la région du Mbomou. Grand reporter et correspondant de Corbeau News Centrafrique depuis 2019, il couvre les actualités locales, les enjeux sécuritaires et les faits sociaux qui marquent la vie des communautés. Son travail contribue à renforcer la présence du média dans les zones éloignées et à offrir une information précise et proche du terrain.