INTERVIEW EXCLUSIVE : « Faustin-Archange Touadéra veut sa part des 34 milliards débloqués par Abu Dhabi pour la communauté islamique de Centrafrique, affirme Moussa Gervais-Issa

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Au cœur de la mosquée de Yapélé, la base musulmane gronde contre le hold-up de l’ancienne équipe intérimaire d’Ahmat Deléris Rator et les réseaux tchadiens qui s’accaparent désormais d’une faction du conseil islamique de Centrafrique. Dans cet entretien sans concession, Moussa Gervais-Issa brise l’omerta et pointe directement du doigt le Palais de la Renaissance.

 

C’est le dossier brûlant qui agite la République Centrafricaine et sème la tempête au sein du Conseil Supérieur Islamique de Centrafrique (CSISCA). L’élection en début d’année 2026 d’un nouveau bureau exécutif apolitique dirigé par l’Imam Abdoulaye Ouassélégué aurait dû clore une transition qui n’a que trop duré depuis la mort du regretté Imam Oumar Kobine Layama en 2020. Pourtant, une guerre de tranchées fait rage en coulisses. Le motif ? Un projet pharaonique de 12 complexes scolaires, hospitaliers et culturels — baptisé « Projet Kodou » — financé à hauteur de 34 milliards de francs CFA par Abu Dhabi, dont les fonds sont déjà arrivés à la Banque Centrale.

INTERVIEW EXCLUSIVE : « Faustin-Archange Touadéra veut sa part des 34 milliards débloqués par Abu Dhabi   pour la communauté islamique de Centrafrique, affirme Moussa Gervais-Issa

 

Pour comprendre les dessous de ce complot d’État où se mêlent spoliation d’héritage, réseaux d’influence tchadiens et complicités politiques au plus haut niveau, la rédaction de Corbeau News Centrafrique (CNC) a rencontré un observateur au fait de ce dossier. C’est un homme en colère, mais d’une précision chirurgicale, qui a accepté de répondre à nos questions. Découvrez l’intégralité de notre interview exclusive ci-dessous.

 

La Rédaction du CNC : Bonjour Monsieur Moussa Gervais-Issa. Merci d’avoir accepté l’invitation de Corbeau News Centrafrique pour cet entretien exclusif. La base musulmane a manifesté très vigoureusement à la mosquée de Yapélé. On parle de divisions internes, mais qu’est-ce qui se cache réellement derrière ce climat délétère au CSISCA ?

 

Moussa Gervais-Issa : Bonjour à toute l’équipe du CNC et à vos nombreux lecteurs. Écoutez, soyons clairs d’entrée de jeu pour que tout le monde comprenne : ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce n’est pas une simple querelle de clocher ou une dispute de leadership entre imams. Non, c’est un complot financier à grande échelle, une mafia pure et dure, qui est parrainée depuis le sommet de l’État par Faustin-Archange Touadéra lui-même. La base musulmane à Yapélé ne s’est pas révoltée pour rien. Elle refuse qu’on vole son avenir et celui de ses enfants.

 

CNC : Vous lancez de graves accusations dès le début. Pour nos lecteurs, revenons aux origines. Tout est lié à l’héritage et aux projets de l’ancien président du Conseil, l’Imam Kobine, décédé en 2020. Que s’est-il passé exactement après sa mort ?

 

Moussa Gervais-Issa :(Sourire amer) C’est là que le hold-up commence. L’Imam Kobine, que Dieu l’accueille dans son paradis, avait une vision noble pour la RCA. Entre 2016 et 2017, avec l’ingénieur Robert Patrick Veret et le ministre Kaïdjama, ils ont monté le « Projet Kodou ». Au départ, c’était un projet d’un milliard de francs CFA, mais à Abu Dhabi, les Émiratis ont été tellement séduits qu’ils ont demandé de le démultiplier par douze. Douze complexes avec des écoles de la base jusqu’au lycée, des hôpitaux modernes comme à Bouibui, des bibliothèques… Un projet de 34 milliards de francs CFA ! Mais dès que l’Imam Kobine est mort en novembre 2020, les vautours se sont jetés sur la carcasse. En premier lieu, un certain Mamadou Ramady, l’ancien président du conseil d’administration. Il a couru chez la veuve, il a bloqué la bibliothèque pour cacher les archives, il a volé l’ordinateur de l’Imam, ses emails, et même sa carte bancaire pour faire des transactions dans l’ombre ! C’est criminel.

 

CNC : Et quel est le rôle d’Ahmat Deléris Rator dans cette affaire ? Il a assuré l’intérim à la tête du Conseil pendant plusieurs années.

 

Moussa Gervais-Issa : Justement ! Parlons-en de cet intérim de M. Rator. Dans les statuts du CSISCA, un intérim, c’est pour un délai court, bien déterminé, le temps d’organiser des élections. Mais Rator a profité du désordre pour s’éterniser au pouvoir de 2020 jusqu’en 2025 ! Cinq ans d’intérim, vous vous rendez compte ? C’est du jamais vu. Il a fait main basse sur le Conseil. Quand les membres légitimes lui ont dit qu’il fallait passer la main et installer un comité ad hoc pour faire des élections, il a refusé en bloc. Il voulait garder le monopole pour une seule raison : il guettait l’arrivée de la manne financière d’Abu Dhabi. Heureusement, la communauté a pris ses responsabilités, un comité ad hoc a été créé, et un nouveau bureau légal, présidé par l’Imam Abdoulaye Ouassélégué, a été élu et investi en grande pompe à l’Assemblée Nationale, en présence des ministres de l’Administration du Territoire et des Transports.

 

CNC : Si ce nouveau bureau est légitime, investi par les institutions de la République, pourquoi y a-t-il encore un blocage ?

 

Moussa Gervais-Issa : Mais parce que Faustin-Archange Touadéra ne veut pas de ce nouveau bureau ! Dès que l’Imam Ouassélégué a été élu, Touadéra a activé sa machine politique pour le détruire. Pourquoi ? Parce que le nouveau bureau est strictement apolitique. Les nouveaux dirigeants disent : « Nous respectons les autorités, c’est écrit dans le Coran, mais nous refusons d’infiltrer la politique et le clientélisme dans la religion. » Et ça, le régime ne l’accepte pas. Touadéra préfère de loin traiter avec Rator et sa clique. Vous savez pourquoi ? Parce que Rator avait transformé le Conseil Supérieur Islamique en une vulgaire succursale du MCU (Mouvement Cœurs Unis, le parti au pouvoir) ! Il battait campagne ouvertement pour Touadéra. Les musulmans de RCA qui voulaient juste pratiquer leur foi en paix étaient profondément dégoûtés par cette politisation outrancière.

 

CNC : Au-delà du soutien politique, y a-t-il d’autres connexions entre le Palais de la Renaissance et l’équipe de Deléris Rator ?

 

Moussa Gervais-Issa : Absolument, et c’est là que le bât blesse. M. Rator n’est même pas Centrafricain d’origine, c’est un Tchadien qui est arrivé ici dans sa jeunesse. Pour se maintenir, il s’appuie sur les réseaux des « chefs de race » de la communauté tchadienne installée en RCA. Ces gens-là brassent énormément d’argent. Nos informations sont claires : ils ont donné 200 millions de francs CFA à Touadéra pour son investiture et plus de 19 millions de francs CFA pour financer les campagnes du régime. Touadéra est très conscient de cet apport financier. Récemment, il a même convoqué Rator et ces chefs de race tchadiens directement au Palais présidentiel pour comploter et créer un faux comité ad hoc parallèle afin de réinstaller Rator de force. C’est une insulte à la souveraineté de l’Islam centrafricain.

 

CNC : Le gouvernement affirme pourtant qu’il cherche simplement à maintenir la cohésion et la sécurité au sein de toutes les communautés. On a vu Touadéra s’afficher avec Rator récemment après l’attaque d’Amdafok…

 

Moussa Gervais-Issa :(Il coupe, agacé) Laissez-moi rire ! L’affaire d’Amdafok, c’est la preuve par neuf de la manipulation. Deux jours après l’attaque, Touadéra appelle en urgence Rator et sa clique, y compris l’imam de la mosquée Baboulou qui est son complice, au Palais de la Renaissance. Il les présente à la télévision publique comme « la communauté des imams de Centrafrique » pour leur faire lire un communiqué bidon. Un communiqué qui disait que les assaillants d’Amdafok n’étaient pas des musulmans mais des étrangers. Pourquoi Touadéra fait-il appel à un président déchu et illégal comme Rator pour faire sa communication de crise, alors qu’il y a un bureau légitimement élu ? C’est parce qu’il entretient volontairement cette division ! Touadéra applique la règle du « diviser pour régner ».

 

CNC : Mais quel est l’intérêt final pour le président Touadéra d’alimenter ce chaos au sein de la communauté musulmane ?

 

Moussa Gervais-Issa : L’argent, Monsieur le journaliste ! L’argent ! Nous sommes en face d’un président d’une avidité sans nom, un homme qui aime l’argent plus que tout et qui s’est spécialisé dans l’escroquerie politique et financière. Ces 34 milliards de francs CFA envoyés par Abu Dhabi pour construire des écoles et des hôpitaux sont actuellement bloqués, ils sont arrivés à la Banque Centrale. Touadéra a senti l’odeur de cet argent. Il sait très bien que s’il laisse le nouveau bureau apolitique et honnête gérer ces fonds, il ne touchera pas un seul centime. En revanche, s’il maintient la clique de Rator, de Mamadou Ramady et de leur financier Alamine Baraka — qui espère d’ailleurs récupérer le comité de pèlerinage pour en faire un commerce rentable avec l’aide de ses pions Katara Zanaba et Rachida Mamba — il sait qu’il aura sa part. Une grosse part de gâteau ! C’est pour cela qu’il parraine ce désordre. Il veut sa commission sur les 34 milliards, quitte à sacrifier les projets sociaux destinés aux enfants musulmans et chrétiens de ce pays. C’est un scandale d’État, et la base ne se laissera pas faire.

 

CNC : Moussa Gervais-Issa, merci pour cette franchise et pour ces précisions détaillées.

 

Moussa Gervais-Issa : C’est moi qui vous remercie de donner la parole à la vérité. Que le peuple centrafricain reste vigilant.

 

Propos recueillis par Éric Azoumi

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