Sani Yalo et son livre : “Touadéra a sauvé la RCA”. Non, Touadéra n’a pas sauvé la RCA. Bien au contraire, Touadéra a sauvé Sani Yalo
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Sani Yalo vient de publier un livre. Le titre : “Touadéra a sauvé la RCA”. Beau titre. Grand titre. Mais derrière ces mots, une réalité que tout Bangui connaît : ce n’est pas la RCA que Touadéra a sauvée. C’est Sani Yalo lui-même.
Un homme sans baccalauréat, criblé de casseroles judiciaires, qui doit sa liberté et sa tranquillité à un seul homme : Touadéra.
Au pays de Boganda, la politique a toujours attiré des profils singuliers. Des hommes qui surgissent de nulle part, qui accumulent les réseaux, les combines et les protections. Et qui finissent par croire que le pouvoir leur est dû. Sani Yalo est de ceux-là.
Un lycéen sans baccalauréat qui veut devenir premier ministre
Il a quitté le lycée des Martyrs en classe de Première. Pas de Terminale. Pas de baccalauréat. Pas d’université. Pas de licence. Pas de Master. Rien. Et pourtant, cet homme ambitionne aujourd’hui de devenir Premier ministre de la République centrafricaine.
Mais la question est simple : au nom de quoi ? Un dirigeant est un miroir pour la jeunesse. Si ce miroir reflète l’image d’un homme qui a tourné le dos à l’école, quel message envoie-t-on aux jeunes Centrafricains qui se battent chaque matin pour étudier ?
Pour être Premier ministre, il faut d’abord retourner au lycée, décrocher son baccalauréat, aller à l’université, obtenir au minimum un Master. Ce n’est pas une humiliation. C’est le minimum exigible.
Un livre, oui. Mais quel livre ?
Écrire un livre aujourd’hui n’est plus l’exploit que ce fut jadis. Il suffit d’avoir de l’argent, de trouver un éditeur, de répondre à deux ou trois questions. Les corrections, la mise en forme, l’ajustement du style — tout est pris en charge. Ce n’est un secret pour personne dans le milieu éditorial. Un livre publié ne fait pas d’un homme un intellectuel. Un livre publié ne construit pas des routes. Un livre publié ne remplit pas les hôpitaux de médicaments. Un livre publié ne ramène pas les enfants à l’école.
Touadéra a sauvé la RCA ? Les faits disent autre chose C’est la thèse centrale de l’ouvrage. Touadéra aurait sauvé la République centrafricaine. Regardons les faits.
La route de la sortie nord de la capitale, appelée avenue de l’indépendance et avenue du 15 mars, vers PK12 — soit 12 kilomètres — a nécessité quatre années de travaux. Quatre ans pour 12 kilomètres. Et pendant ce temps, le même régime promettait 7 000 kilomètres de routes en quatre ans. Le calcul est implacable et le mensonge est patent.
Même Bokassa, figure sombre de l’histoire centrafricaine, a laissé derrière lui des routes, des bâtiments, des universités. Des infrastructures visibles et tangibles. Dix ans après l’arrivée de Touadéra, le bilan matériel reste désespérément mince.
Un pays livré aux humanitaires
L’école s’effondre. La corruption ronge chaque institution. Les hôpitaux sont vides de tout sauf de misère. Les Nations Unies et les ONG humanitaires gèrent ce que l’État devrait assurer. C’est eux qui tiennent le pays à bout de bras, pas le régime. Et dans ce contexte, Sani Yalo écrit que Touadéra a sauvé le pays. La quasi-totalité des Centrafricains, 95% à 97%, pensent exactement le contraire. Ce livre est une insulte à leur intelligence et à leur souffrance quotidienne.
Un homme avec une épée de Damoclès
Le passé judiciaire de Sani Yalo est connu. Sous le régime Patassé, du temps du Premier ministre Anicet-Georges Dologuelé, il a été emprisonné pour des affaires de faux et usage de faux.
Sous François Bozizé, il était en fuite. Un régime, une casserole. Deux régimes, deux casseroles.
Aujourd’hui, son nom est cité dans l’affaire du coup d’État manqué en Guinée équatoriale. Un mandat d’arrêt pèserait sur lui, l’empêchant de quitter librement le territoire.
Il reste coincé à Bangui, protégé par Touadéra. Voilà la vraie histoire derrière ce livre.
Le livre bouclier
C’est là que tout s’éclaire. Ce livre n’est pas un hommage à un pays. Ce livre est une lettre de remerciement. Sani Yalo remercie publiquement l’homme qui le protège, l’homme qui le maintient en liberté, l’homme sans lequel il serait aujourd’hui derrière les barreaux ou en exil. Touadéra n’a pas sauvé la RCA. Les routes manquent. Les écoles s’effondrent. Les hôpitaux sont vides. Le pays survit grâce aux humanitaires. Mais Touadéra a bel et bien sauvé quelqu’un. Et cet homme s’appelle Sani Yalo.
Ce que la jeunesse centrafricaine mérite vraiment
La RCA a besoin de dirigeants formés, intègres et engagés. Des femmes et des hommes qui ont payé le prix de l’effort intellectuel.
Des leaders qui montrent à la jeunesse que le travail et le mérite ouvrent des portes. Pas des parrains qui contournent tout et finissent par écrire des livres pour se couvrir.
Sani Yalo peut publier mille livres. Tant qu’il n’aura pas son baccalauréat, tant que son nom figurera dans des dossiers judiciaires en Guinée équatoriale, tant qu’il ne pourra pas circuler librement à l’étranger — ses ambitions resteront ce qu’elles sont.
Par Gisèle MOLOMA
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