Quand les cellules deviennent des cimetières : la République Centrafricaine face à ses morts qui parlent dans les placards de Touadéra et de Wagner

Rédigé le 04 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
En République Centrafricaine, des gens disparaissent en détention et leurs corps réapparaissent ailleurs. Le débat Patara sur Radio Ndékè Luka a mis des mots crus sur cette réalité.
C’est Arletta Mamboui Abiali qui a frappé le plus fort, avec une phrase que personne dans le studio n’a contestée : « Le Centrafrique actuellement est aux abattoirs. » Elle ne parlait pas au sens figuré. Elle décrivait un pays où l’on enlève des gens, où l’on tue, parfois simplement parce qu’une personne aurait dit quelque chose qui dérangeait. Cette jeune militante politique a posé une question que beaucoup évitent : que sont devenus ceux dont on n’a même pas retrouvé le corps ?
Cette question n’est pas née dans le vide. Elle est nourrie par un cas précis : celui d’un policier arrêté, présumé innocent, confié à la justice, et retrouvé sans vie après trois semaines de recherches désespérées par sa famille. Steve Bendo-Ndeni, acteur de la société civile, a dit l’essentiel avec une phrase qui glace : désormais, si quelqu’un est arrêté, ses proches feraient mieux d’aller vérifier directement à la morgue. Ce n’est pas une exagération de sa part, c’est une description de ce qui se passe.
Ce qui rend la chose encore plus troublante, c’est qu’il ne s’agit pas d’un premier cas. Elysée Nguémalé, coordonnateur de l’Observatoire pour la bonne gouvernance démocratique, a rappelé l’affaire Armel Sayo : disparu de sa cellule, puis réapparu. Deux cas, deux logiques différentes, mais le même trou noir au milieu : la détention devient un endroit d’où l’on peut sortir mort, ou ne jamais vraiment sortir du tout.
Ce que les débatteurs ont tous senti, chacun à sa manière, c’est que ces faits ne restent jamais sans lendemain judiciaire visible. Nguémalé l’a dit clairement : il n’y aura probablement pas de déclaration officielle forte, pas de réponse de l’État à la hauteur de ce que la situation réclame. Arletta, elle, a ajouté une autre couche : et si certains ne voulaient justement pas que la vérité sorte ? Et si des complicités internes rendaient la vérité dangereuse à connaître ?
La mort de ce policier en détention, dans un pays qui inscrit la dignité humaine et l’unité nationale parmi ses valeurs républicaines, est une contradiction que Nguémalé a nommée sans détour. Ce n’est pas digne, a-t-il dit. Et cette indignité ne touche pas seulement une famille en deuil, elle touche l’image entière du pays. Bendo-Ndeni l’a confirmé : cette situation ternit encore davantage une République déjà fragilisée.
Pendant ce temps, les enquêtes annoncées avancent, mais le principal concerné, lui, est déjà mort. Arletta a mis le doigt sur l’absurdité de la chose : comment instruire une enquête sérieuse quand celui au cœur de l’affaire ne peut plus ni témoigner, ni se défendre, ni réclamer justice ? Cette pratique, comme elle l’a dit, semble prendre de l’ampleur, et chaque nouveau cas rend le suivant un peu plus banal, un peu plus accepté dans les esprits.
Par Gisèle MOLOMA
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