Quand le gouvernement s’en prend aux petits candidats pour blanchir les gros poissons de l’impunité zéro

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La traque des faux diplômes lancée par les autorités de Bangui sous le prétexte de impunité zéro s’avère une opération politique hypocrite visant à sacrifier la jeunesse pour protéger les hauts cadres du système.

 

Le point de presse ordonnée par le Premier ministre au sujet du recrutement dans la fonction publique met en évidence la stratégie de diversion du pouvoir centrafricain. En choisissant d’exposer publiquement les dossiers falsifiés trouvés dans les ministères des Finances, de la Justice ou des Mines, les autorités cherchent à s’attribuer le rôle de redresseur de torts. Cette mise en scène médiatique dissimule une réalité flagrante, la machine étatique s’en prend aux maillons les plus faibles de la société pour masquer la corruption de ses propres dirigeants. Le gouvernement dénonce la fraude des candidats à l’emploi alors qu’il a lui-même toléré et entretenu les réseaux qui fabriquent ces documents officiels au sein de l’administration.

Quand le gouvernement s'en prend aux petits candidats pour blanchir les gros poissons de l'impunité zéro
La Minusca transporte les détenus vers la cour d’Appel de Bouar. Photo Minusca

 

Depuis des années, l’accès aux postes administratifs dépend du clientélisme et des affinités politiques, privant la jeunesse centrafricaine de toute perspective basée sur le mérite réel. Les parchemins et les arrêtés d’intégration sont devenus des marchandises gérées par les proches du régime pour récompenser la fidélité électorale ou pour s’enrichir personnellement. Les jeunes diplômés qui ont voté pour ce pouvoir se retrouvent aujourd’hui pris au piège d’un système qui exigeait le recours aux réseaux informels pour franchir les portes des ministères. Blâmer la moralité des postulants actuels est une manœuvre pour exonérer les structures de l’État, de l’Université de Bangui à la direction des examens et concours, qui ont laissé prospérer ce marché du faux.

 

L’annonce du transfert de ces listes au ministre d’État chargé de la Justice pour requérir des peines de travaux forcés et de cinq à dix ans de prison montre la sévérité sélective du régime. Le pouvoir s’abrite derrière le Code pénal et l’article cinquante-neuf de la Constitution pour terroriser les demandeurs d’emploi. Cette rigueur de façade sert à étouffer la contestation sociale et à donner l’illusion d’une lutte contre la corruption au début de la septième République. Les autorités préfèrent jeter en prison des bacheliers et des licenciés plutôt que de mener des enquêtes sérieuses dans les cabinets ministériels où se décident et se signent les vrais décrets de complaisance.

 

Cette campagne de communication ministérielle déplace la responsabilité de la faillite collective sur les victimes de la misère économique. En qualifiant la situation d’extrêmement grave, le comité stratégique de recrutement valide une paranoïa politique destinée à éliminer le surplus de candidats sans devoir créer des emplois réels. Les véritables concepteurs de cette fraude industrielle, installés confortablement dans les hautes sphères de l’État, bénéficient d’une totale protection pendant que la jeunesse sert de bouc émissaire pour blanchir un système structurellement corrompu.

 

Le recours au procureur de la République pour mettre l’action publique en mouvement constitue une diversion idéale pour le Premier ministre. Cette répression ciblée permet de détourner l’attention de l’opinion publique des véritables scandales financiers qui touchent le sommet de l’État. Les bacheliers et les étudiants sans appui politique subissent la foudre des tribunaux pour préserver l’image d’un gouvernement qui se prétend irréprochable.

 

Les cellules des prisons se préparent à accueillir des jeunes coupables d’avoir voulu échapper au chômage par les méthodes enseignées par l’administration elle-même, tandis que les directeurs de services et les intermédiaires du parti qui ont encaissé les pots-de-vin pour concevoir ces faux diplômes continuent de siéger tranquillement dans leurs bureaux dorés, intouchables au cœur de cette prétendue république du mérite

 

Par Éric Azoumi

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