Entre boom minier et vie chère : Le difficile quotidien des ménages à Yaloké

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À Yaloké, l’or brille pour les exploitants miniers, mais il fait grimper le coût de la vie pour le reste de la population. Si l’activité minière dynamise l’économie et le secteur immobilier de la ville, elle plonge les ménages démunis et les fonctionnaires dans une précarité quotidienne à cause de la vie chère. Le sous-préfet, Abel Beltoungou, tire la sonnette d’alarme et appelle à une régulation urgente.

Entre boom minier et vie chère : Le difficile quotidien des ménages à Yaloké
Abel Beltoungou, sous-préfet de Yaloké. Photo RNLJean Eudes Bagali, juin 2026.

 

 

Sous-préfecture dynamique et stratégique, la ville de Yaloké connaît depuis quelque temps un essor économique sans précédent. Dans cette riche zone minière, « tous les fils du pays travaillent de l’or », constate le sous-préfet Abel Beltoungou. Cet afflux d’argent frais se matérialise de façon spectaculaire dans les rues de la ville à travers une vague de constructions neuves et un développement commercial visible. Pourtant, derrière cette vitrine d’opulence et de croissance, se cache une réalité sociale beaucoup plus sombre : une inflation galopante qui asphyxie la majorité des habitants.

L’illusion de la richesse : les fonctionnaires en première ligne

L’attrait irrésistible des sites miniers environnants a complètement transformé les dynamiques économiques locales. L’argent de l’or circule en abondance, mais il provoque en contrepartie une flambée spectaculaire des prix des produits de première nécessité. Une situation devenue intenable pour ceux qui ne profitent pas directement de la manne minière.

 

Ce sont les fonctionnaires et agents de l’État qui paient le tribut le plus lourd à cette économie de comptoir. « Les fonctionnaires ont des problèmes », déplore le sous-préfet. « Ce sont des gens qui viennent s’installer ici, ils n’ont pas de champs pour cultiver et se nourrir. Ils ne vivent que de leur salaire fixe. Face à la cherté de la vie, c’est un fait très difficile pour eux. » Privés de l’accès à une alimentation de subsistance autonome, ils se retrouvent pris en étau entre des revenus fixes et des prix indexés sur le pouvoir d’achat des exploitants d’or.

Des régulations difficiles face aux lois du marché

Face aux plaintes de plus en plus vives de la population et aux tiraillements quotidiens sur les marchés, les autorités tentent de réagir. Des réunions de sensibilisation sont régulièrement organisées pour inciter les commerçants à la modération, mais le dialogue peine à imposer une discipline économique durable.

 

Le gouvernement centrafricain, conscient de la vulnérabilité des ménages démunis de Yaloké, tente d’intervenir à travers le ministère du Commerce. Le ministre effectue de fréquents déplacements dans les communes de Lala et de Gizeli pour rencontrer les acteurs économiques locaux et tenter d’instaurer des mécanismes de contrôle, tels qu’une mercuriale locale des prix. Toutefois, l’autorité administrative concède avec lucidité que le compte n’y est pas encore : « À chaque fois, le ministre tient ces réunions avec les commerçants, avec tout le monde, mais ce n’est pas encore ça », avoue Abel Beltoungou.

Le défi de l’anarchie urbaine

Ce boom économique incontrôlé ne déstabilise pas seulement les paniers des ménages ; il redessine aussi la ville de manière chaotique. L’argent de l’or pousse les investisseurs à bâtir rapidement, souvent au mépris des règles de sécurité et d’aménagement du territoire.

 

Pour endiguer ce phénomène de constructions anarchiques qui menace la salubrité et l’avenir de la commune, le gouvernement vient tout juste de déployer et d’installer le service de l’urbanisme à Yaloké. Sa mission principale sera de réglementer les chantiers et d’apporter de l’ordre au milieu de cette croissance sauvage. Une tâche immense qui demande du temps et de la pédagogie. « Ça viendra peu à peu, car les gens commencent à comprendre », espère le représentant de l’État.

 

À Yaloké, le grand défi des prochains mois consistera à transformer la richesse volatile de l’or en un développement harmonieux et équitable. Pour les autorités, il est urgent de faire en sorte que le boom minier devienne une opportunité pour tous, et non plus un facteur d’exclusion sociale.

 

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Par Arsène Zato*

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