Patrice Akoloza ou l’art de la diversion : Quand le ministre joue les moralisateurs au lieu d’agir
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le ministre du Commerce, Patrick Akoloza, a encore frappé. Lors d’une réunion avec les opérateurs économiques et les bouchers de Bangui le 9 avril, il a choisi de donner des leçons d’hygiène et de conservation de la viande, comme si les acteurs du secteur étaient les seuls responsables de la dégradation des conditions sanitaires dans la capitale.
L’hypocrisie d’un ministre qui ignore les causes profondes
Dans son discours spectaculaire, le ministre Patrice Akoloza s’indigne contre la “viande pourrie” et exige des bouchers qu’ils améliorent la conservation. Mais comment peut-il oser tenir un tel propos alors que l’ENERCA (Énergie Centrafricaine) plonge Bangui dans le noir plusieurs heures par jour, voir toute la journée ? Les bouchers, déjà asphyxiés par la crise économique, sont contraints d’utiliser des groupes électrogènes pour maintenir leurs chambres froides en état de marche. Ces groupes coûtent cher en carburant, réduisent leurs marges et, surtout, ne garantissent pas une conservation optimale.
Mais Où sont les investissements de l’État dans les infrastructures énergétiques ? Pourquoi le ministre ne s’attaque-t-il pas à la racine du problème, à savoir, l’incapacité de l’ENERCA à fournir un courant stable, au lieu de faire porter le chapeau aux bouchers ?
La corruption , encore la corruption
Akoloza parle de “contrôles sérieux” et de “normes d’hygiène”. Mais qui croit encore à la rigueur des inspections en Centrafrique ? Les commerçants, qu’ils soient bouchers, boulangers ou gérants de supermarchés, savent pertinemment que les contrôles sanitaires sont souvent monnayables. Les agents de la mairie ou du ministère ferment les yeux contre quelques billets, et les “amendes” se transforment en “négociations” informelles.
Preuves à l’appui : En 2023, un rapport de la Banque Mondiale soulignait que la corruption dans les services publics centrafricains coûterait près de 24% du PIB national. Où est la volonté politique pour briser ce cercle vicieux ? Pourquoi Akoloza ne propose-t-il pas un plan de lutte contre la corruption dans les services d’inspection, au lieu de se contenter de discours moralisateurs ?
L’illumination des devantures : Une priorité de pire folie dans une ville à l’agonie
Le ministre a également demandé aux commerçants d’”illuminer les devantures de leur commerce pour embellir la ville”. Une requête qui frise l’absurde quand on sait que plus de 90% des quartiers de Bangui n’ont pas accès à un éclairage public fonctionnel. Les rues sont plongées dans l’obscurité dès la tombée de la nuit, exposant les citoyens à l’insécurité et aux accidents.
Ironie tragique : Akoloza préfère s’attaquer à l’esthétique des vitrines plutôt qu’à l’urgence de la sécurité publique ou à la réhabilitation des réseaux électriques. Est-ce là la vision d’un ministre du Commerce ? Ou simplement celle d’un technocrate déconnecté, qui confond embellissement et développement ?
Les bouchers, les boulangers et les commerçants de Bangui ne demandent pas des leçons de morale. Ils réclament :
– Un accès stable à l’électricité pour conserver leurs produits.
– Des infrastructures adaptées (abattoirs modernes, chambres froides publiques).
– Une lutte réelle contre la corruption dans les services de contrôle.
– Un soutien financier pour s’équiper de matériel conforme aux normes.
Au lieu de cela, Akoloza leur sert un discours pré-mâché, lu avec la froideur d’un fonctionnaire indifférent. Où est l’écoute ? Où est la concertation ? Le ministre semble oublier que ces acteurs sont les piliers d’une économie informelle qui fait vivre des milliers de familles.
Par Sylvie Vickos
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