Centrafrique : quand la fraude aux assurances auto transforme les axes routiers du pays en couloirs de la mort

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Centrafrique : quand la fraude aux assurances auto transforme les axes routiers du pays en couloirs de la mort

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

L’application de l’article 308 du code des assurances reste lettre morte face à la ruse des fraudeurs. Le réseau routier centrafricain devient le lieu d’un danger permanent où les victimes restent sans défense.

 

En effet, le développement économique et social d’une nation repose en grande partie sur l’organisation et la sécurisation de ses voies de communication terrestres, un impératif qui échappe encore à de nombreux conducteurs. En République centrafricaine, circuler au volant d’un engin motorisé implique des responsabilités juridiques et humaines que la majorité des usagers choisit d’ignorer, créant un désordre généralisé sur l’ensemble du territoire.

 

Cette situation d’anarchie routière découle directement d’un refus global de se conformer aux règles élémentaires de la sécurité collective. Les automobilistes et les transporteurs déploient quotidiennement des stratégies frauduleuses pour circuler sans aucune couverture de responsabilité civile, préférant s’exposer à des risques majeurs plutôt que de s’acquitter de leurs obligations légales. Pourtant, l’assurance obligatoire n’est pas une contrainte financière destinée à enrichir des entités tierces, mais une protection vitale pour l’assuré lui-même, garantissant sa prise en charge médicale, sa sécurité financière et sa couverture juridique en cas d’accident, qu’il soit auteur ou victime de la collision.

 

Les autorités administratives ont pourtant tenté d’endiguer ce phénomène par des actes réglementaires clairs. Dès le début de l’année 2024, une note circulaire rappelait l’interdiction stricte de souscrire des polices d’assurance auprès de compagnies étrangères pour les véhicules immatriculés sur le territoire national. Par la suite, le 18 mars 2025, le directeur de cabinet du ministère, Wamata Yambouka, a officiellement sollicité le concours de la Gendarmerie Nationale pour contraindre les contrevenants à régulariser leur situation auprès des compagnies locales. Malheureusement, ces injonctions fermes n’ont pas freiné l’ingéniosité des fraudeurs, dont les pratiques se sont intensifiées au point de paralyser l’application des textes.

 

Pour éclairer les mécanismes profonds de cette fraude, la rédaction a pris contact avec M. Arsène Elien, Administrateur Civil Adjoint en Banque, Microfinance et Assurance. Ce professionnel pointe du doigt les défaillances du contrôle et l’existence d’un véritable réseau de coupage de route administratif. Interrogé par la rédaction du CNC, M. Arsène Elien explique que le véritable problème réside dans le nouveau système mis en place par les policiers et les propriétaires de véhicules, qui consiste à circuler avec une déclaration de pertes valable à renouveler tous les trois mois, au coût de seulement 25 000 francs CFA.

 

Cette pratique démontre une volonté délibérée de fuir la légalité en exploitant des circuits corrompus. Au lieu de s’acquitter d’une prime d’assurance annuelle conforme aux risques réels de la route, les conducteurs achètent une tranquillité éphémère et illégale, une astuce qui prive l’État de ressources fiscales indispensables et met en péril des vies humaines. M. Arsène Elien ajoute que beaucoup d’entre eux refusent de se conformer aux exigences en matière d’assurance, de visite technique et d’autres documents, ce qui représente un manque à gagner pour l’État et met en danger la vie des usagers ainsi que celle de la population.

 

Le constat demeure accablant dans les zones frontalières mentionnées dans les directives ministérielles, notamment à Beloko, Berberati, Nola et Gamboula, où les contrôles réguliers devaient initialement obliger les transporteurs à cesser l’usage de polices d’assurance étrangères invalides. L’impunité dont bénéficient ces réseaux de fraudeurs entretient un climat d’insécurité permanent sur les routes nationales. M. Arsène Elien dénonce fermement cette situation et affirme qu’en tant qu’assureur, il se permet de dénoncer cette pratique frauduleuse et dangereuse qui compromet la sécurité routière et prive l’État de recettes légitimes.

 

Par Brahim Sallé

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