Lettre ouverte de l’ancien député Franck Urbain SARAGBA  au Président Touadera sur la situation très préoccupante de notre pays

Publié le 20 juillet 2022 , 8:03
Mis à jour le: 20 juillet 2022 4:00
Franck Urbain SARAGBA
Franck Urbain SARAGBA

 

Bangui, le 20 juillet 2022

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OBJET : Lettre ouverte sur la situation très préoccupante de notre pays, adressée à son excellence monsieur Faustin Archange TOUADERA, Président de la République Centrafricaine.

 

Monsieur le Président de la République,

La situation très préoccupante de notre chère patrie m’amène dans une démarche citoyenne et personnelle à vous adresser cette lettre ouverte à un moment où d’une part le sort du monde se joue en Ukraine et d’autre part sur le plan sous régional, notre cher beau pays est confronté à une ingérence outrancière, une mainmise déplorable dans la vie socio-politique à dessein expansionniste sur toile de fond l’implantation d’une colonie de peuplement Rwandais. J’espère bien monsieur le président de la République que vous aurez  au moins cinq minutes sur le temps de visite qui vous est imparti pour honorer de votre présence toutes ces innombrables et interminables célébrations, ces irrésistibles moments de dilettantisme entouré de vos « potes » à Mandjo pour y jeter un œil car notre pays se trouve  aujourd’hui dangereusement et fatalement dans une impasse, il risque de disparaitre à jamais si vous ne prenez pas immédiatement des mesures appropriées pour le sauver. Demain, ce sera trop tard ! « Un Etat, ça meurt aussi » (dixit mon professeur, l’écrivain, philosophe et homme politique centrafricain, Laurent Gomina Pampali)

Monsieur le Président de la République, Aujourd’hui, notre beau pays se résume à un champ lexical de mots qui sont autant de maux qui laminent notre Nation. De mémoire de nos concitoyens, jamais maux n’ont été aussi cultivés, entretenus, façonnés, développés, élevés et distillés avec un si haut niveau d’expertise et de savoir-faire  au point d’affecter tout le corps social pour des générations. Jamais président de la République n’a été aussi loin dans le parjure et dans l’intelligence avec les forces étrangères, jamais régime politique n’a été aussi trompé dans l’affairisme et la feymania à ce niveau, jamais corruption et impunité n’ont été aussi érigées en système, Les Forces armées Centrafricaines aussi divisées et démunies face aux rebelles, la population divisée, jamais notre peuple n’a été autant terrorisé par des mercenaires étrangers , des rebelles et autres miliciens sur la terre de leurs ancêtres, jamais la terre de nos pères n’a été aussi trahie, occupée, opprimée, dévêtue, souillée, violée, humiliée, honnie, calomniée, fragilisée. Elle a fini par être isoler, blacklister par nos frères des pays voisins que sont le Tchad, le Cameroun, Le Congo, le Congo démocratique, le Soudan mais aussi et également par  l’UA, l’UE, l’ONU, le BEAC, la FMI, la Banque Mondiale, que sais-je encore… Votre régime est au mépris de toute diplomatie la plus élémentaire soit-elle et de toute bienséance dans une logique de victimisation permanente, n’hésitant pas accuser à tort et à travers toutes ces entités d’être la cause de nos malheurs, pire d’avoir ourdi un complot contre notre pays. Exactement comme si une personne quelconque habitait à yassimandji un quartier de Bangui et qu’elle faisait l’unanimité contre elle. Vos services opposent une défiance systématique et un refus catégorique à l’endroit des acteurs sociaux même lorsqu’ils ne revendiquent que leur droit, pourtant la bonne gouvernance c’est d’abord et avant tout le consensus.

Contre vents et marées vous voulez d’une manière inique modifiez la constitution pire encore changer de constitution ce qui est un affront aux valeurs de la république et traduit le caractère totalitaire de votre régime, comme si le fait de changer seulement de constitution suffisait. Sachez monsieur le président que la meilleure constitution du monde ne rimera à rien s’il n’y a pas d’hommes sages et vertueux pour en assurer la juste interprétation alors qu’une constitution médiocre fut-elle accomplira des miracles dès lors que quelques sages et vertueux s’attèleront à en garantir la parfaite applicabilité. Autrement dit, « il n’est de richesses que d’hommes » (dixit Jean Bodin, économiste français, 1529-1596). Il y’a si peu, vos services ont opposé un refus catégorique à l’opposition démocratique laquelle ne demande qu’à jouir de son droit constitutionnel qui est celui de manifester pacifiquement et dans le même temps les partisans du régime ont pu manifester malgré les interdictions. Vous avez choisi plutôt pour conserver votre pouvoir de composer avec des mercenaires plutôt qu’avec vos frères de l’opposition démocratique sur leur terre, la terre de leurs aïeux. Vous avez fait confiance en introduisant à tort auprès de vous  de piètres et vils personnages qui sont de véritables mercenaires étrangers de la communication au désavantage de valeureux journalistes nationaux. Ceux-ci ont profité opportunément de leurs statuts auprès de vous et de vos amis pour infiltrer les services de la République et étalés au grand jour les secrets de l’Etat.

Monsieur le Président de la République, de-ci de-là, la majorité des centrafricains n’attend plus grand-chose de vous et de votre régime car la récolte est à la hauteur de l’encensement. Je ne fais que vous dire la vérité comme par les deux fois où j’ai eu l’honneur et l’opportunité d’échanger avec vous.

La première fois au palais de la Renaissance devant témoins  et la deuxième fois à votre domicile de Boy-rabe toujours devant témoins. Par ailleurs, à plusieurs reprises à la tribune de l’Assemblée Nationale, alors député indépendant non inscrit de la sixième législature j’ai eu à dénoncer ses dérapages notamment lors du vote de la loi sur la moralisation de la vie publique ou lorsque nous demandions des éléments de preuves irréfragables avant de nous prononcer sur la destitution à tort de l’ancien président de l’assemblée Nationale en la personne de Abdulkarim Meckassoua. Hélas ! Ça n’est que plus-tard et c’était déjà trop tard que la cour des comptes a disculpé l’accusé. Il en est de même à Khartoum, lorsque quelques personnalités et moi-même en tant qu’observateurs avions émis des réserves sur la signature d’un prochain accord de paix avec les rebelles du fait qu’à aucun moment nous n’avions assisté aux débats et aux échanges entre les différentes parties du conflit ni reçu entre nos mains le texte du dit accord. Finalement, l’accord sera définitivement signé à Addis-Abeba une fois que les huit (8) députés représentants l’Assemblée Nationale en tant qu’observateurs avaient été écartés du processus.

Monsieur le président, Je ne fais que dire ce que la majorité de nos concitoyens pense tout bas mais pour combien de temps encore. En vous disant cela, c’est prendre le risque d’être vouer aux gémonies par vos opportunistes partisans mais que m’importe car il s’agit de notre pays, un patrimoine en commun que nous avions reçu en héritage de nos aïeux et dont nous avons la charge et la responsabilité de le retransmettre en l’état à la génération future. Se taire est devenu insupportable car qui ne dit mot consent. A n’en pas douter, en manque d’arguments vos partisans me traiteront de rebelles « CPC » ou d’avoir été « acheté » comme ils ont l’habitude de vous le faire croire en vous cachant la vérité mais sachez que vous serez seul demain devant le tribunal des hommes, de l’Histoire et de Dieu.

Monsieur le Président de la République, L’exemple le plus probant est celui du dernier dialogue républicain. Alors que de l’avis de tous et de la communauté internationale il fallait organiser un dialogue inclusif afin de pouvoir vous réconcilier avec vos frères qui sont aujourd’hui dans l’opposition démocratique et dans l’opposition armée, demain qui sait parviendront au pouvoir alors que vous n’y serez plus, parce qu’il en va ainsi de la vie politique et de la logique de l’alternance démocratique. La célérité avec laquelle vous avez pris le décret convoquant le dialogue républicain a étonné aussi bien nos concitoyens que les observateurs internationaux qui ne comprennent pas toujours  ni le pourquoi ni le comment. Tant de promptitude pour une cause aussi nationale aurait mérité toute notre déférence à  l’endroit de votre auguste personnage. Vous nous aviez si tellement habitué à laisser trainer les choses d’autant plus que vous y étiez farouchement opposé il y a si peu à l’organisation d’un dialogue inclusif entre toutes les filles et les fils du pays. Un dialogue inclusif qui aurait permis à notre peuple tout entier d’amorcer le processus de résilience, ultime étape vers l’unité de notre peuple. Au lieu de cela,  vous avez apprêté vos attirails, revêtu votre armure dorée de grand guerrier tribal avec le soutien indéfectible de mercenaires et de rebelles étrangers sans foi ni loi, prêt à en découdre avec vos frères pour verser leur sang, le sang centrafricain. Vous avez préféré sous le conseil éclairé de vos conseillers va-t-en-guerre le « win na win ».

Monsieur le Président de la République, Cette précipitation à vouloir organiser un dialogue de cette ampleur en seulement sept (7) jours constitue un rétropédalage plutôt nuisible. L’inorganisation manifeste vient s’ajouter à toute une liste pléthorique de maladresse et des maux que vous avez largement contribué à entretenir, encourager et soutenir depuis votre premier quinquennat. Ce dialogue devrait être une grande kermesse et servir d’exutoire pour qu’enfin à la sortie chaque centrafricain s’y retrouve, hélas !  Vous auriez dû dès votre premier mandat consacré celui-ci à rassembler les centrafricains en organisant un véritable dialogue inclusif avec les partis politiques,  la société civile, le citoyen lambda désireux d’y participer lequel dialogue devrait être assorti de résolutions fortes et souveraines. Le contexte s’y prêtait et les centrafricains était déjà prêt dans la majorité des cas demandeurs comme c’est le cas aujourd’hui. Vous auriez recueilli alors toute la bénédiction et la reconnaissance d’un peuple. Ce dialogue républicain a finalement divisé davantage les centrafricains,  pire encore de ses conséquences sur un corps social déjà larvé. Son caractère exclusif, mal organisé nous permet de le dire. Les centrafricains ne parlaient pas parce qu’ils avaient peur pour leur vie néanmoins dans leur silence lourd de sens ils attendaient secrètement des résolutions fortes assorties de sanctions pour tous ceux qui ont tué, violé, détourné des fonds publics, trahi la Nation et enfin le pardon or de telles résolutions vont à l’encontre des intérêts de ces nombreux fossoyeurs de la République qui sont à vos côtés lesquels vous induisent en erreur. Affairisme ne rime toujours pas avec raisons d’Etat, dit-on.

Monsieur le Président de la République, les grandes idées nobles et novatrices que vous incarniez et qui constituaient alors votre leitmotiv politique comme « le candidat des pauvres », « L’Union sacrée», « promouvoir le multilatéralisme » « le désamorçage des cœurs » et que dire de l’accord de Khartoum sont là des moments et des mots forts auxquels nous autres patriotes y avions adhéré parce que nous y avions cru. Le pays et les centrafricains venaient de sortir de plusieurs crises à répétition et d’une période de transition qui ont fragilisé les structures de l’Etat. Nous ne voulions plus d’une autre crise qui viendrait liquider le pays. C’est ainsi et animé de  cet esprit positif que nous avions soutenu l’espoir que vous suscitiez. Bien que n’ayant pas voté pour votre candidature lors de ces dernières élections, moi-même je suis monté à la tribune de l’Assemblée Nationale en ma qualité alors de député indépendant non inscrit de la sixième législature pour défendre certaines de vos idées. Malheureusement ces mots forts sont devenus au fil de votre quinquennat des coquilles vides, des maux pour notre pays et la Nation toute entière au point de nous conduire dans une impasse inqualifiable. Puis-je me permettre de vous rappeler ici l’article 38 de notre loi fondamentale relatif aux engagements qui étaient les vôtres lors de votre prestation de serment lesquels sont susceptibles en cas de manquement de vous traduire devant la haute cour de justice. Or, à la date d’aujourd’hui les observateurs attentifs, nos partenaires aussi bien que nous-mêmes avons relevés qu’il y’a autant de manquements que d’engagements pris de votre part. Vous avez décidé entre-autres de prendre faits et causes pour ces mercenaires et rebelles étrangers qui sèment la terreur et la mort des Centrafricains. En prêtant serment vous vous êtes « engagé devant Dieu et la nation d’observer scrupuleusement la constitution, de garantir l’indépendance et la pérennité de la République, de sauvegarder l’intégrité du territoire, de préserver la paix, de consolider l’unité nationale, d’assurer le bien-être du peuple, de remplir consciencieusement les devoirs de vos charges sans considération d’ordre ethnique, régional ou confessionnal, de ne jamais exercer les pouvoirs qui vous sont dévolus par la constitution à des fins personnelles ni de réviser le nombre et la durée de votre mandat et de n’être guidé en tout que par l’intérêt national et la dignité du peuple centrafricain ».

A ce jour, si l’on s’en tient en toute objectivité seulement aux éléments probants dus aux manquements liés à vos charges et dieu sait s’il y’en a déjà eu plusieurs tant la liste est longue et pourrait vous conduire dès demain matin devant la haute cour de justice si jamais vos adversaires politiques ou le peuple souverain décidait de le faire.

Monsieur le Président de la République, du candidat des pauvres, vous êtes devenu en l’espace seulement de quatre (4) années celui des riches, des affairistes, des corrupteurs, des corrompus et des incompétents, le patrimoine national est bradé  à tour de bras aux étrangers. Avec une injonction outrancière, une mainmise, une ingérence inqualifiable dans la vie socio-politique  de notre pays et pour assouvir ses ambitions expansionnistes, le président Paul Kagamé sous votre regard, votre silence complice est en train d’organiser et d’implanter une colonie de peuplement sur notre territoire national. Les deniers publics sont détournés à volonté à la vue et au su de tout le monde et les auteurs sont restés impunis pire encore ils sont promus, ce sont ces nouveaux riches qui viennent nargués les centrafricains en faisant construire des maisons comme des champignons avec l’argent public. Où en est-on donc avec la déclaration du patrimoine des hommes politiques ?

De l’union sacrée, une doctrine qui était la bienvenue, plutôt salvatrice pour notre nation laquelle avait fait en son temps non seulement l’unanimité dans la classe politique de notre pays mais également auprès de nos concitoyens. Aujourd’hui, il n’en reste plus rien. Les partis politiques alliés et autres soutiens politiques se sont retirés. Les uns après les autres des personnalités aussi compétentes qu’expérimentées pour ne pas tous les citées vous ont lâché. Que s’est-il donc passer ? Autant vous dire que les actes que vous avez posés depuis le début de votre quinquennat sont loin de désamorcer les cœurs mais tendent plutôt à amorcer un processus de rejet total de votre politique. En un mot, le Centrafricain ne se sent plus chez lui en sécurité, il est brimé, emprisonné alors que ces rebelles étrangers qui sèment la mort et la désolation sont libres de tout leur mouvement. De vastes étendues de terre, de terrains, de commerces sont bradés. Des propriétés avec titres fonciers sont réquisitionnées et les propriétaires ou les héritiers sont  dépossédés par la force. Pour s’en convaincre il suffit d’ouvrir les yeux, de tendre les oreilles au détour des allées et couloirs pour voir et écouter les lamentations et autres revendications de nos concitoyens, ces veuves et orphelins éplorés avant que cela ne soit trop tard et j’ai bien peur que cela ne le soit déjà. Le nombre pléthorique de vos proches conseillers sont bien placés pour vous en parler. Hélas !

Monsieur le Président de la République, malgré le fait que vous soyez dans le déni, nous savons que vous êtes aujourd’hui pris en otage dans un étau à trois(3) mâchoires acérées , d’abord par votre  entourage pour leurs seuls intérêts bassement matériels et égoïstes ensuite par les mercenaires de la société Wagner pour des raisons évidentes de gains et enfin par le Rwanda pour les ambitions expansionnistes et colonisatrices du président Paul Kagamé. Pour éviter d’être accaparer d’une manière discontinue par les vôtres, pour arrêter le braquage et le rançonnage « ad vitam aeternam » de ces mercenaires Russes, pour résister aux velléités  expansionnistes et colonisatrices du Rwanda, pour lever complètement le voile de l’embargo et celui de l’isolement sur notre pays, je vous prie de prendre exemple et de méditer sur ce qui s’est passé ces derniers jours en Côte d’Ivoire entre les présidents Ouattara, Bédié et Gbagbo. Réconciliez-vous rapidement avec vos frères de l’opposition démocratique et du CPC car seuls ceux-là pourront vous aider à sortir de ces griffes étrangères et sauront vous protéger. Afin de permettre à notre patrie de reprendre son droit au respect à la vie, de reconquérir son unité, de briser la misère et la tyrannie en brandissant l’étendard de la patrie, vous devez monsieur le président de la république prendre urgemment les décisions suivantes :

1°- Abrogation de la loi sur la crypto monnaie ;

2°- suspendre le processus de modification de la Constitution ;

3°- Déclaration pour annoncer votre non candidature aux prochaines élections ;

4°- Organisation d’une table ronde ou d’un dialogue politique inclusive ;

5°- Mise en place d’un gouvernement de transition avec un premier ministre issu de l’opposition démocratique .

 

Patriotiquement.

Franck Urbain SARAGBA,

Ancien député.

 

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