Classement BAD : Pourquoi la RCA se retrouve-t-elle classée parmi les dernayos en Afrique ?

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 Classement BAD : Pourquoi la RCA se retrouve-t-elle classée parmi les derniers en Afrique ?

 

 

 

Rédigé le 14 septembre 2026 .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

 Le tout dernier rapport de la Banque africaine de développement (la BAD) sur l’Indice d’industrialisation apporte un éclairage sur la situation économique du continent. Au milieu des dynamiques régionales, la République centrafricaine se positionne au 47ème rang continental sur 54 pays. Ce chiffre traduit une réalité douloureuse mais transformable : la RCA fait aujourd’hui partie des derniers du classement industriel africain.

 

Le pays se retrouve piégé dans un grand paradoxe où il possède un sous-sol d’une richesse insolente, mais un tissu manufacturier local presque invisible, l’obligeant à importer la quasi-totalité de son quotidien.

 

Le paradoxe centrafricain : Des richesses immenses, une assiette importée Le sous-sol et la nature de la Centrafrique font rêver les géologues du monde entier. Le pays regorge de diamants de joaillerie de renommée mondiale, d’or, d’uranium, de gisements de cuivre, de fer, et dispose d’immenses forêts de bois précieux. À cela s’ajoute un potentiel agricole exceptionnel avec des terres fertiles et un climat idéal pour le coton, le café, le manioc ou l’élevage.

 

Pourtant, en marchant dans les marchés de Bangui ou des provinces, le constat est saisissant : le savon, les tissus, les boîtes de conserve, les cahiers scolaires, les matériaux de construction et même les produits alimentaires de première nécessité viennent presque tous de l’extérieur. Faute d’usines locales pour transformer le coton en vêtements, le bois en meubles de masse, ou le bétail en produits laitiers industriels, la RCA dépend entièrement de l’étranger. Les devises du pays s’échappent pour faire vivre les industries des autres nations, faute d’une politique industrielle locale forte et protectrice.

 

 L’enclavement et l’énergie : Les deux grands verrous à faire sauter

Si la RCA consomme l’extérieur et stagne en bas de l’indice de la BAD, c’est parce que produire sur place relève aujourd’hui du parcours du combattant pour les entrepreneurs. Le rapport pointe deux faiblesses majeures qui bloquent l’éclosion des usines :

 

Le premier verrou est le coût exorbitant et l’instabilité de l’énergie. Une usine ne peut pas tourner de manière compétitive avec des coupures d’électricité incessantes ou en dépendant de générateurs à carburant très coûteux. Sans une énergie stable et bon marché, le coût de fabrication d’un produit local dépasse immédiatement le prix du même produit importé.

 

Le second verrou est l’enclavement géographique. Sans accès direct à la mer, la RCA dépend entièrement de longs corridors de transport, notamment l’axe routier reliant Bangui au port de Douala au Cameroun. Les tracasseries routières, l’état des pistes et les défis sécuritaires allongent les délais et font grimper le prix des machines industrielles et des pièces de rechange que le pays doit importer pour s’équiper.

 

 La RCA face à ses voisins : L’écart se creuse avec le Sud

Quand on compare la RCA à ses voisins directs dans ce classement, on constate que la géographie économique dessine deux réalités très différentes :

 

Du côté Sud, les voisins de la RCA avancent à grands pas. La République démocratique du Congo (la RDC), classée 13ème du continent, s’est imposée comme l’un des pays les plus dynamiques grâce à une volonté politique de transformer localement ses minerais stratégiques. Le Cameroun (21ème) et le Congo-Brazzaville (22ème) tirent profit de leur accès à la mer et d’un réseau de petites et moyennes industries qui commence à transformer le bois et les produits agricoles. Ces voisins prouvent que l’Afrique centrale a les capacités de bâtir une industrie.

 

En revanche, du côté Nord et Est, la RCA partage le même destin et se retrouve au coude-à-coude avec le Tchad (44ème) et le Soudan du Sud (53ème). Ces trois pays souffrent des mêmes maux : l’enclavement, une trop grande dépendance au secteur extractif brut (comme le pétrole ou les mines) et des crises sécuritaires transfrontalières qui découragent les investisseurs industriels de long terme.

 

 Le miroir des petits États : Une marge de progression réelle

Il est également très instructif de regarder les pays qui partagent avec la RCA ce bloc des derniers rangs de l’indice de la BAD, comme les Comores (48ème), la Gambie (50ème) ou Sao Tomé-et-Principe (54ème et dernier).

 

Ces petits États insulaires ou côtiers ont une excuse structurelle majeure : leur territoire est minuscule et leur population est très réduite. Pour eux, construire de grandes usines est difficile car le marché local est trop petit pour rentabiliser les investissements.

 

La RCA, quant à elle, n’a pas cette limite. Avec son vaste territoire, sa population grandissante et sa position de carrefour au centre de l’Afrique, elle dispose d’un marché naturel bien plus important. Le fait que la RCA soit talonnée par de micro-États montre que le problème n’est pas le potentiel du pays, mais bien l’absence d’infrastructures de base et d’un cadre politique stable pour encourager la production locale.

 

Le rapport de la BAD montre que pour quitter définitivement ce rang des derniers, le chemin de la souveraineté économique de la RCA passera impérativement par une transition claire : cesser d’être un simple réservoir de matières premières pour le reste du monde, investir massivement dans l’énergie, et soutenir les entrepreneurs locaux pour que la Centrafrique commence enfin à fabriquer ce qu’elle consomme.

 

Par Alain Nzilo

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